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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 10:16

 

film_joyeux_noel.jpgCe moniteur de plongée ressemblait à Jean Reno/Enzo dans « le grand bleu ». J'ai passé avec lui mon niveau 3. Lorsqu'il venait à Paris, il aimait toquer à ma porte avec un pack de bières : « Ma petite Françoise, je viens bavarder ». A l'époque il avait des soucis conjugaux et envie de se confier. Il me racontait aussi quelques bribes d'un passé difficile, des années auparavant, lorsqu'il avait travaillé comme infirmier pendant la guerre du Liban. L'un de ses potes, infirmier également, avait été tué par des snipers, lui blessé par balles et laissé pour mort. Il avait survécu sans séquelles physiques mais blessé à jamais dans sa tête par les souvenirs d'atrocités qu'il se refusait à me raconter. Quand je lui disais : « Parles-en, ça te fera du bien », il répondait invariablement : « Non, ma petite Françoise, je ne veux pas t'abîmer le cœur avec ça. » Il avouait juste qu'il faisait des cauchemars où il revivait les souffrances d'alors et ne pouvait se pardonner d'avoir survécu quand tant d'autres étaient morts.

Un soir qu'il dînait chez sa mère tout en regardant le journal télévisé, il fut confronté à un reportage sur la guerre en Irak. Sa mère le vit soudain les yeux écarquillés, figé : « Qu'est-ce que tu as, mon fils ? » Il n'eut pas le temps de répondre et s’affaissa, le nez dans son assiette. Les secours conclurent à une mort subite- évidence!- mais je reste persuadée que celle-ci fut provoquée par les images ravivant celles qui hantaient sa mémoire.

Il y a quelques mois, j'ai commencé à visionner le film « Fragments d'Antonin » de Gabriel le Bonin (voir vidéo ci-dessous) qui raconte le traumatisme mental d'un survivant de la guerre de 14/18. C'était si insoutenable que je n'ai pas pu aller jusqu'au bout. Impossible de supporter une heure et demie ce qu'eux ont vécu pendant quatre ans...

18440132-r 640 600-b 1 D6D6D6-f jpg-q x-xxyxxLes revenants de guerre ne sont jamais indemnes, même s'ils ne portent sur leurs corps aucune blessure visible. Mon grand-père, optimiste et bon vivant, déclara quelques jours avant sa mort : « J'aurais à refaire ma vie, je referai la même... en enlevant les quatre ans de 14/18 et mes deux ans de tranchées. » Dans les mémoires qu'elle a rédigées pour nous, notre mère raconte qu'à la déclaration de guerre de 1939, son père s'écroula en larmes, lui qui ne pleurait jamais (à l'époque, un homme ne pleurait pas!) en répétant : « Alors, tout ce qu'on a souffert à la dernière Guerre, c'était pour rien ? »

Eh oui, grand-père, c'était pour rien. Depuis la « der des der » d'il y a 100 ans, il y a eu de multiples autres guerres, la 39/45, certes, mais aussi toutes les guerres que les occidentaux- qui s'autocongratulent de vivre « en paix » depuis 1945- sont allés faire ailleurs, soit en participant à des conflits (Algérie, Viet-nam, Corée, Irak, Bosnie, Afghanistan...) soit en vendant des armes partout dans le monde tout en affichant une volonté de désarmement mais quoi : les affaires sont les affaires ! Selon le dernier annuaire sur les dépenses militaires mondiales publié par le SIPRI (Institut international de Stockholm d’études pour la paix) 1740 milliards de dollars ont été consacrés au commerce d’armes dans le monde entier en 2011. Et pour la santé, l'éducation ou l'environnement, on prétend qu'il n'y a pas d'argent !

Selon le journaliste italien Antonio Mazzéo interviewé par Olivier Turquet : "le capital financier international s’est mis en tête que le conflit et la reconstruction des pays bombardés pourrait être le moteur nécessaire pour sortir de l’impasse et pour stimuler la demande, l’économie et le développement."

film_joeyx_noel_2.jpgD'aujourd'hui jusqu'à juin 2019, date du centenaire du Traité de Versailles, ce ne seront que célébration de la guerre de 14/18, hommage aux soldats « morts pour la France » et appel à la cohésion nationale « dont notre pays sait faire preuve dans les moments difficiles. »

Bel argument pour sous-entendre « soyez aussi dociles que les soldats d'alors, acceptez ma politique économique de merde qui fait payer les citoyens lambda et s'empresse de garantir aux entreprises et aux plus riches que telle nouvelle ponction fiscale sera compensée par une réduction ailleurs, réduction évidemment répercutée sur les citoyens lambda...) Comme disait un soldat à un gradé dans le très beau film de Christian Carion : « Joyeux Noël » : « C'est vous qui décidez la guerre, mais c'est nous qui la faisons ».

Le rapport de forces n'a pas changé, même s'il paraît moins meurtrier.

 

 

 

( les trois photos sont de Christian Carion, extraites du film "Joyeux Noël)

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commentaires

françoise 14/11/2013 14:30


à Evelyne: la guerre ne plaît à personne, et pourtant les hommes continuent d'en faire, malgré les appels à la paix et à la fraternité, hélas.


à Pierre: à quoi tient une vie, parfois... à deux balles.


à TB: cette pudeur venait peut-être aussi de la censure, s'ils se plaignaient.


à Marin: je suis également frappée par la propension des humains à s'inventer des contraintes et des souffrances, par exemple, le rituels religieux très souvent punitifs.


à Blutch: comme chantait Brel: pourquoi ont-ils tué Jaurès?

Reynald Masini 13/11/2013 13:42


Je ne tire qu'une leçon de 14-18:
Il ont du assassiner Jaurès pour déclencher cette putain de guerre. Ce traître de Jaurès qui voulait fédérer les ouvriers français et allemands contre les salauds qui ont organisé sciemment ce
massacre. 14-18 est le fruit d'une entente des industriels français ET allemands pour relancer l'économie. Ils ont eu l'appui du Tsar qui tablait sur une guerre en Europe pour ressouder la Sainte
Russie derrière lui. Pour ce faire, il payait les journaux français pour dire du mal des boches, et vice-versa.

Les bonnes idées étant faites pour être reprises, 39-45 ne fut que le remake de la première. Il suffisait juste de permettre aux cinglés de service de prendre le pouvoir.
Comme les foules sont imbéciles, la même recette est resservie à chaque bonne occasion de faire du fric.

Quelques médailles pour glorifier les morts pour le chiffre d'afffaires des usines à canons et le tour et joué.
Napoléon disait qu'il avait créé la légion d'horreur pour distribuer des hochets à ceux que cela amuse. Ca coûte rien et ça rapporte gros....

L'Humanité est maudite si pour faire preuve de courage, elle est condamnée à tuer éternellement.
                            Jean
Jaurès,       (mort pour avoir voulu sauver la paix)

http://fr.academic.ru/pictures/frwiki/71/Gentioux_Monument_aux_morts_pacifiste_1.JPG

marin à terre 12/11/2013 10:43


Oh oui, quelle connerie. Il faut se dissuader de cett saloperie à tous prix, et c'est le marin qui parle. Une fois qu'elle commence, nous ne sommes plus dans la normalité et s'ouvre une sorte de
faille dans l'espace et le temps où rien n'est dans la normalité du temps de paix ; seule la survie a valeur humaine.


Même cette commémoration est exclusive de la paix, du moins de l'esprit de paix et du "plus jamais cela" de nos poilus. En effet, les discours officiles ont complètement zapé Jaurès. pour moi
c'est comme si on tirait une seconde fois sur lui  ou qu'un bouchait de nouveau la cheminée de Zola.


Quelle drôle d'époque où l'esclave manifeste dans le violence avec son maître (lire patron) à Quimper. Oui nous sommes censés être mieux informé que nos aînés des années 1870-1914, mais rien ne
bouge et toujours cette soif de violence et de larme. L'humain est toujours à chercher sa souffrance plus que son bonheur, son plaisir.


On ne souviuent  même plus que des pédagogie comme Freinet sont issu de cette guerre pour justement donner le goût de la vie et du bonheur et de 'avenir aux enfants. On voit  cela,
maintenant, juste comme une méthode d'enseigner et plus une ouverture à exister.


Nous devons toujours êtredans la résistance car ces temps noirss sont toujours présents. Résister et  être révolutionnaire, encore et toujours mettre l'imagination au pouvoir.


En attendant, j'empreinte ce vers fameux de Ferré : . https://www.youtube.com/watch?v=piPxjgHtG38


 

Tant-Bourrin 12/11/2013 06:09


Le plus émouvant reste les mots simples qu'ils faisaient parvenir à leur famille, le souci de la ferme, des animaux, de la récolte, alors qu'ils étaient plongés dans l'enfer. Je garde ainsi
précieusement des reproductions de quelques échanges épistolaires de mes arrière-grands-parents dans lesquels, sous les non-dits, on devine
l'horreur absolue de ce qu'ils vivaient alors...

Pierre 11/11/2013 19:06


Mon grand-père a eu la "chance" de se faire trouer la peau dès les premiers jours du conflit. Il a ainsi été préservé de la boucherie qui allait suivre... Quatre ans de camp de prisonnier,
certes, mais la vie sauve et l'esprit épargné des visions d'horreur. 1500 soldats de son régiment périrent au combat...

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