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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 19:49

adresse.jpgUn jour, un homme a posté une annonce sur Internet disant à peu près : « Je cherche un mec qui me baisera, me coupera le sexe, le fera cuire et le mangera, puis me tuera ». Cet homme a reçu 4 réponses d’internautes intéressés,  parmi lesquels il en a choisi un qui a tout fait comme prévu, ce qui l’a évidemment conduit en taule, vu que même avec une lettre du mort spécifiant « c’est moi qui ai tout décidé et organisé », un acte de barbarie reste un acte de barbarie. Ce jour là, je me suis dit que permettre à tout délirant de trouver son alter ego sur la Toile, donc de se sentir moins seul, moins anormal, et de ce fait d’être davantage susceptible de passer à l’acte revient à mettre le feu à des bombes émotionnelles extraordinairement dangereuses.

Certes ce cas était pathologique, et heureusement l’immense majorité des internautes est saine d’esprit. Sauf que je suis scotchée par l’agressivité que génère l’expression sur le Net, quel que soit le thème du débat.  Illustration avec une phrase banale : « il fait beau et chaud » (contrepèterie belge) commentée dans différents contextes.

sympho-et-jerry.jpgDans la vraie vie : « Bonjour ! Qu’est-ce qu’il fait beau et chaud aujourd’hui. » Sourire du voisin : « Oui, on se sent plus détendu. – Moi pareil. Allez, bonne journée. Passez donc prendre l’apéro ce soir, on se mettra au jardin. » C’est sympa, bucolique et guidé par les expressions du visage, les regards et la voix de chacun.  Imaginons que les deux voisins n’aient pas été du même avis, ça aurait donné. « Bonjour ! Qu’est-ce qu’il fait beau et chaud aujourd’hui. –C’est vrai, mais va falloir arroser… - Vous avez raison, le sol est tout sec.  –Remarquez, faut profiter, p’têt qu’il pleuvra demain. – Espérons le … » Là encore, tout reste paisible, chacun se mettant au diapason de l’autre.

oreille.jpgAu téléphone : « Salut ! T’as vu le temps superbe ? –Ben oui. –Ca fait du bien, hein ? –Euh… tu me déranges au bureau pour parler du temps ? –Non, non, je voulais te proposer de passer prendre l’apéro ce soir. –C’est sympa, mais je n’ai aucune idée de l’heure où je vais finir, je travaille ! –Ah ouais ? Et moi je peigne la girafe ? –Tu bosses chez toi, c’est pas pareil… -Comment, c’est pas pareil ? Je suis au moins aussi efficace que toi. –Ecoute, j’ai pas le temps de discuter parce que là, tu vois, je rentre en réunion pendant que mossieur est cool chez lui. » Le type raccroche, son pote rumine sur la stupide jalousie de ce copain incapable de bosser en télétravail et persuadé qu’il n’y a que lui qui marne. Entre l’appelant et l’appelé, la distance ne permet pas d’évaluer précisément l’humeur et la disponibilité de chacun, au risque de déranger, d’être troublé par un ton de voix évasif (« qu’est-ce qu’il a ? Il m’en veut ?) alors que l’autre est tout simplement gêné par ce coup de fil perso tandis que sa patronne lui demande des comptes sur un dossier.

revenge.jpgForum Internet à la suite d’un papier titré : « Beau temps exceptionnel pour un mois de mars ».  24  commentaires. (fiction réaliste)

Alpha : 22° à Paris ! On a déjeuné en terrasse…

Bêta : 25° à Bordeaux, qui dit mieux ?

Gamma : 26° à Marseille, dimanche je tente le bain de mer…

Bêta : t’es ouf ! La mer est glacée en fin d’hiver.

Gamma : no problemo, le marseillais c’est pas de la gonzesse… Dis donc, Alpha, tu bouffes en terrasse à Paris ? Avec la pollution, t’es pas dégoûté...

Alpha : dis donc, provincial, tu crois que l’air est pur chez toi ? Fos, ça pue.

Gamma : pas du tout, ça dépend du sens du vent

Delta : Fos ça pue tout le temps, chaque fois que j’y passe je le sens

Gamma : t’habite à Fos ?

Delta : non, dans un bled en pleine campagne mais j’y passe souvent en voiture

Alpha : et voilà ! On parle de pollution parisienne, mais les bouseux roulent plus que nous.

Delta : le bouseux t’emmerde, parigot de mes fesses

Alpha : non seulement il m’emmerde, mais il fabrique de la merde bourrée de pesticides

Delta : va donc cultiver ton jardin, écolo de mes deux

Alpha : et toi, va rendre cinglées tes vaches

Delta : une vache folle est moins conne qu’un parisien de base

Bêta : Arrêtez ! Par ce beau temps, vous n’allez pas vous engueuler…

Delta : tiens, v’la le Bisounours de service

Gamma : « Putain con de Bisounours » tu veux dire, il est du sud-ouest

Bêta : c’est à Toulouse, putain con, pas à Bordeaux, bandes d’ignares

Alpha : Lol, le Bisounours s’énerve, je croyais que seuls les parigots étaient stressés J

Gamma : mdr…

Bêta : il t’en faut peu

Gamma : ouaip ! J’suis pas un coincé de la nouille, comme certains.

Etc, etc… Ou comment en quelques minutes de parfaits inconnus s’invectivent les uns les autres sur un sujet anodin, bien abrités derrière l’écran qui leur permet de dire n’importe quoi puis de disparaître à volonté quand ils en ont assez, d’insulter qui ils veulent et de soutenir des théories fumeuses avec autant d’aplomb que s’ils avaient étudié le sujet pendant quinze ans. Autant dire que sur les sujets sensibles, la politique, la religion, le sexe, le racisme… on arrive à des échanges d’une violence inouïe de la part de personnes peut-être très sympas dans la vraie vie, mais chez qui Internet développe un sentiment de toute-puissance qui se mue en agressivité. Comme si l’humanité disparaissait en même temps que se réduisent les sens impliqués dans la communication avec autrui: trois ou quatre dans la vraie vie (vue, ouïe, odorat et éventuellement toucher)  un (ouïe) au téléphone, et aucun sur un forum Internet. Il semble que sur Skype, où l’on se voit et s’entend, le ton reste nettement plus amical.

 

gossip5.jpg

 

 

 

 

 

 

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Published by - dans Humeur
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commentaires

marin 28/03/2012 16:39


Oui la génération pub de mr Rolex est bien présente. L'internet comme mileu de mixité sociale. Ca n'excuse rien mais là, on a la photo. Enfin le photo, je veux as dire la figure desgens, mieux la
photo réelle d'une société à un moment donné, un peu comme lessondage dont on nous abreuve .


Les mecs desrenseignements doivent se bidonner de la facilité à suivre quelqu'un maintenant. Ip Ip quand tu nous tiens.


Et c'est comme pour la télé, on est pas obligé de répondre ou d stagner la où ça plait pas. Car finalement, avant  c'était déjà comme cela, mais seulement moins vu. Est ce internet qui a
décomlxée la parole ? Ou nos "élites bling bling" ?

françoise 28/03/2012 10:43


à Reuynald: pour illustrer l'exemple que tu cites, je ne sais pas si tu as lu "les stances à Sophie" de Christiane Rochefort où il y a un morceau d'anthologie sur deux cons fous de bagnole qui
font la course. A lire, d'ailleurs, tout le bouquin est une description jubilatoire de la connerie des années 60 (oui, la connerie n'a pas d'époque privilégiée) écrite de main de maîtresse.


à Miller: rassurez-vous Miller, j'ai beaucoup apprécié la discussion précédente car c'était une discussion, justement, avec des arguments. Quand des personnes n'ont pas le même avis, on peut se
dire "l'un a raison, l'autre tort", ou penser- c'est mon cas- que sur un sujet complexe, plusieurs opinions peuvent exister, qu'il n'y a pas de vérité absolue et que la confron tation des idées
est toujours intéressante. Ce que je fustige dans ce billet-ci, ce sont les insultes, les attaques personnelles et la montée de l'agressivité à propos de n'importe quoi. J'ai volontairement écrit
un sketch sur un sujet mineur, mais sur la page de certains journaux, comme l'Obs, rue 89, le Parisien... les noms d'oiseaux et les attaques perso sont effrayantes, surtout à l'égard de parfaits
inconnus... peut-être le tutoiement systématique abolit-il trop la distance. C'est pourquoi j'utilise plutôt le "vous", sauf quand je connais réellement les internautes. 


à TB: effet magique mais pas kiss-cool :) Cela dit, comme la langue d'Esope, Internet est la meilleure ou la pire des choses selon la façion dont on l'utilise. Je n'oublie pas que je t'ai connu,
ainsi qu'une douzaine d'autres amis en chair et en os, grâce à Internet, en utilisant cet outil uniquement comme un premier pas vers une connaissance réelle.


à Anne: comme dit à TB, Internet permet effectivement de rencontrer des gens intéressants et de se faire des amis qu'on voit ensuite "dans la vraie vie". C'est ce que vous avez fait, visiblement,
et du coup, vous n'éprouvez plus le besoin de tchats et des forums où chacun reste anonyme.

Anne 28/03/2012 09:52


Je viens de me rendre compte en lisant votre article, pourquoi le net m’a sauvé la vie. J’ai toujours été très seule avec une tendance agoraphobe... du coup, je ne me suis pas bien socialisée.
Alors quand j’ai commencé à utiliser le net avec les contacts anonymes qui permettent de plus « oser »... j’ai commencé à communiquer. J’ai appris à m’exprimer et à lier connaissance.
Je me suis peu à peu ouverte aux autres. Et ça s’est répercuté dans la « vraie vie ». Maintenant, je ne tchate plus, j’écris assez peu... mais j’ai des amis. Et je continue à utiliser
le net pour les blogs... par lesquels on peu rencontrer (en vrai) de belles personnes...


Alors c’est vrai que le net est un endroit où on se permet beaucoup plus que dans la « vraie vie »... mais ça peut aussi mener vers la « vraie vie », justement... :-)

Tant-Bourrin 28/03/2012 05:34


C'est l'effet magique d'internet, le courage des lâches que donne l'écran, qui renvoie l'autre à une vague entité sans forme et sans nom...

Miller 27/03/2012 21:46


Chère Françoise, j'espère que ce n'est pas notre récent débat sur les "races" qui vous a inspiré ce papier, ou du moins que nos interventions ne vous ont pas vexée! :-)


Sur le fond, oui, je me suis souvent fait la même réflexion: quelle violence, quel mépris, quelle hargne dans la plupart des propos postés, par exemple, sur les forums des journaux. Surtout sur
les sujets polémiques bien sûr. Certains proposent, pour remédier à ce problème, de supprimer l'anonymat sur Internet. Chacun devrait signer ce qu'il écrit. Mais est-ce possible techniquement? En
avons-nous vraiment envie? Moi-même je signe ces posts sous un pseudonyme...


Moi j'aime les gens, je ne suis pas misanthrope, mais quand je lis les commentaires, pas sur votre site mais sur des grands sites de journaux, parfois ça me désespère: on a l'impression que tout
une marée de rancoeurs vient se déverser là, tout un flot de frustrations, de rages contenues, de haines... c'est terrible. Mais que faire? Les gens sont tout simplement malheureux, peut-être.


Sur le plan "littéraire", bravo pour votre sketch, il est très bien écrit!!!

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