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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 17:25

Comme beaucoup d'entre vous sans doute, j'ai vu ce reportage sur France 2 :

http://www.dailymotion.com/video/xtswb8_jt-france-2-stage-non-remunere_news

avec la conclusion du juriste interrogé : « Ces agissements sont passibles de 3 ans de prison et 45000 euros d'amende. » J'espérais que ce reportage allait susciter des réactions en haut lieu, et puis rien. Pas de remous côté Ministère du travail ni Inspection du travail. Un ami auprès de qui je m'en indignais m'a répondu qu'avec 1 Inspecteur pour 28 000 salariés, les inspecteurs du travail sont débordés et ne se saisissent d'un dossier que si on les alerte.

Qu'à cela ne tienne, alertons. J'ai donc écrit une première lettre à Michel Sapin, Ministre du travail :

http://srv07.admin.over-blog.com/index.php?id=1344833694&module=admin&action=publicationArticles:editPublication&ref_site=1&nlc__=251351341037

lettre que vous pouvez librement copier et adapter pour l'envoyer à votre tour. Plus il sera alerté, plus il y aura des chances qu'il réagisse.

J'ai envoyé la même, adaptée à sa fonction, au Directeur Général du Travail en charge des Inspecteursdu travail :

jean-denis.combrexelle@dgt.travail.gouv.fr

Là encore, vous pouvez copier et envoyer...

On me dira : « Pourquoi fais-tu cela, tu n'es ni stagiaire ni en recherche d'emploi ? »

Parce que, tout simplement, je crois qu'il ne faut jamais laisser passer des agissements contestables, voire illégaux et que les outils existent pour cela, non violents et parfaitement légaux. Certes, on peut s'indigner, défiler dans la rue, regretter le temps d'avant qui était tellement plus social, s’inquiéter pour ses enfants et les aider... Tout ceci est bien, indispensable même, mais il arrive un moment où au-delà de l'indignation il faut défendre la dignité et cela passe par plusieurs choses :

  • prisonnier.jpgRefuser que soient banalisés les « emplois »pas ou trop peu rémunérés et les attitudes de mépris de certains employeurs. Le rapport de travail est un rapport d'échange : mes compétences contre un salaire décent, rapport sain et équilibré qui existe encore, mais de moins en moins. Du management par le stress à l'esclavage de clandestins, les rapports de travail tendent à se déshumaniser pour une raison simple même si parfois inconsciente : on a moins de scrupules à exploiter un être déshumanisé. D'où l'importance de s'affirmer en tant qu'être humain. Si vous acceptez le mépris, on vous méprisera, si vous mettez des limites courtoisement mais avec fermeté, on vous respectera. Je garde en mémoire le souvenir d'un greffier africain de notre père, qui avait lancé à un procureur général (blanc) entré en trombe sans frapper ni saluer dans son bureau : « Quand bien même vous seriez le Président de la République, ça ne vous dispense pas d'être poli ». C'est le Procureur qui s'est trouvé gêné et obligé de s'excuser...

  • Cesser d'avoir peur : la peur paralyse et fait le lit de la dépression. Par ailleurs on vous respecte d'autant plus que vous affirmez et défendez vos droits sans crainte. Deux fois dans ma vie professionnelle j'ai saisi les Prud'hommes. Tout le monde m'avait prédit que j'allais perdre mon emploi et ne plus jamais trouver de travail sur la place de Paris, le monde journalistique étant petit. Non seulement j'ai gagné les deux fois, mais je n'ai pas perdu une seule pige à cause de ces actions, et plutôt gagné le respect du DRH...

En France, nous disposons d'un Code du Travail et d'institutions qui permettent de faire respecter la loi... à condition de les utiliser, faute de quoi ces outils deviendront obsolètes, le Conseil des Prud'hommes a déjà été menacé de disparition à l'ère Sarkozy.

mai68.jpgTant que les gouvernants cèdent au chantage à l'emploi et accordent des réductions de cotisations sociales, tant qu'à l'autre bout de la chaîne, des jeunes qualifiés acceptent de bosser pour rien ou Peanuts, les entreprises n'ont aucune raison d'embaucher normalement. Difficile de forcer la main aux gouvernants, encore que... si nos ancêtres avaient raisonné comme ça, on n'aurait ni congés payés ni repos du dimanche. En revanche, si les stagiaires et autres précaires refusent en masse ces faux emplois, ils se feront entendre.

J'entend déjà les lamentations sur « la crise et l'absence de travail » Foutaise ! Sur le site Profilculture, à la rubrique « audiovisuel », j'ai relevé plus de 300 offres de travail de moins d'un mois, dont certaines marqué « urgent », preuve qu'il existe un vrai besoin. Mais sur ces 300 offres, il y avait 290 stages s'adressant pour beaucoup non pas à des étudiants mais à des diplômés, voire à des personnes ayant déjà quelques années d'expérience dans le secteur. Idem dans le secteur de la restauration et sans doute dans bien d'autres.

Les syndicats, les associations et les internautes peuvent soutenir et conseiller les précaires, mais c'est aussi à eux de relever la tête.

bandeauGénération Précaire, ne vous cachez plus derrière des masques quand vous défilez, montrez vos visages, affirmez que vous êtes l'avenir et que les entreprises ont besoin de vous et refusez les stages dès que vous n'êtes plus étudiant. C'est un risque? Quel risque? Les stages à répétition ne garantissent nullement une embauche prochaine comme on vous le fait miroiter : quand à 30 ans vous avez enchaîné 5 stages, l'employeur ne vous reconnaît aucune expérience mais sait en revanche que vous êtes docile et corvéable à merci... Pourquoi vous embaucherait-il ne serait-ce qu'au SMIC si vous acceptez de travailler pour 0 à 417 euros par mois ? Inutile de huelr à la mort, il suffit d'exiger le respect du droit commun, à savoir un vrai contrat de travail (CDI ou CDD selon les besoins de l'entreprise) sur la base minimum du SMIC non exonéré de cotisations sociales. Enregistrez discrètement vos entretiens d'embauche, ça peut servir...

_nergie.jpgSi tous les stagiaires de France cessaient le travail une semaine entière (c'est faisable, on n'a pas grand chose à perdre quand on gagne au mieux 417 euros par mois), bien des journaux ne sortiraient pas, des restaurants ne pourraient accueillir leurs clients, des sociétés de service tourneraient au ralenti... Leur impact économique serait aussitôt valorisé, évident, tout comme on s'aperçoit lors d'une grève de la Fonction Publique que ces fonctionnaires soi-disant inutiles sont indispensables. ( alors que l'absence de gouvernement en Belgique pendant 18 mois n'a nullement empêché le pays de tourner...)Ce serait jouissif, et diablement efficace pour retrouver l'estime de soi et la confiance indispensables pour s'en sortir.

 

 

 

 

P1000302.jpg

 


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commentaires

Claire 30/10/2012 15:18


Pour ton deuxième lien, Françoise, tu peux mettre le lien direct vers ton billet :


http://fsimpere.over-blog.com/article-lettre-au-ministre-du-travail-michel-sapin-111763195.html


Ca devrait marcher pour tout le monde. :)

Françoise 29/10/2012 11:59


Effectivement TB, le lien était verrouillé et je ne sais pas comment le déverrouiller sans donner mon mot de passe de blog, ce qui est périlleux... J'ai donc publié le texte, et voici le lien
vers la page du ministre: http://travail-emploi.gouv.fr/spip.php?page=envoi-page&id_article=2536


à doudou: si, il y a encore beaucoup de grèves et d'actions, mais elles sont peu médiatisées, excepté si vous lisez l'Humanité ou le blog de Jean-Luc Mélenchon. Qui ne veut pas voir la fièvre
cache le thermomètre


à Jean Aymard...: effectivement, ils ne sont que 1 à 10%, nous sommes les 90/99% et comme disait Coluche: il suffirait que les gens n'achètent pas pour que ça ne se vende pas. C'est valable pour
les objets, c'est valable aussi pour une organisation sociale.


à Reynald: le pire, c'est que les stages sont strictement réglementés, les lois existent. Reste juste à les faire appliquer, avec sanctions à la clé


à Andiamo: le franc parler, ça fonctionne souvent, surtout si tu es sûr de bosser correctement, tu as des atouts dans ta manche. La vie est rapport de forces...


SF: apprendre un métier avec un bon maître est un cadeau pour ton intellect, mais sois sûr que le Maître y trouve son compte: fierté de transmettre un savoir, et possibilité de faire ensuite
bosser l'apprenti et faire vivre son atelier


à la Poule: j'ai la même expérience. Je suis allée toute seule au feu pour faire respêcter la loi Cressard sur le droit des pigistes. Tout le monde s'est défilé, au motif que face aux patrons,
c'est dangereux d'aller en justice. Résultat: j'ai gagné, comme je l'ai dit, mais en plus, tous les pigistes ont été régularisés et ont touché du pôgnon grâce à cette action. Pas un(e) ne m'a
remerciée, en revanche, ils n'hésitaient pas à m'appeler quand ils avaient un problème, sur le thème "toi qui sais bien te défendre..." A la fin, je les envoyé chier.


à Reynald: Michelin, entreprise paternaliste s'il en est, avait très bien compris qu'en assurant à ses ouvriers le logement, l'éducation des enfants (y avait des écoles Michelin à Clermont), des
soins pris en charge en cas de maladie et autres avantages, il avait des ouvriers performants mais en plus aimant leur boulot et leur patron, même si celui-ci se faisait des couilles en or! Les
choses ont changé avec les premiers licenciements, mais "l'esprit Michelin" était si ancré qu'à l'enterrement d'Edouard Michelin, le dernier patron issu de la famille d'origine, ses ouvriers
étaient là, en pleurs... Tu vas voir, la situation est telleement pourrie aujourd'hui qu'on va finir par regretter le paternalisme :)


 

Reynald 29/10/2012 11:21


@ SF
Le "cadeau" de t'apprendre un métier a en lui-même un juste retour pour le patron qui s'appelle la continuité de l'entreprise. Comment survivra-t-elle si de nouveaux ouvriers ne viennent pas
remplacer les vieux?


Bien avant Jules Ferry, les Schneider avaient créé l'école communale du Creusot pour apprendre à lire et écrire aux enfants de leurs ouvriers, et futurs ouvriers eux-mêmes. Ce n'était que le
résultat d'un constat que l'efficacité passe par la formation.
Ce n'était pas non plus de la philanthropie lorsque ils ont fondé une des premières écoles d'ingénieurs de France (qui existe toujours, mais sous la tutelle nationale).


Lorsque le maître d'apprentissage t'apprend un métier, il ne te le donne pas, il te le vend au prix d'un salaire moindre durant ta formation, ce qui est juste lorsqu'il s'agit d'une formation
longue. Dans le cas de la mise au courant des pratiques entrepreneuriales, ça n'a rien de justifiable.
Certains artisans ont encore une vraie relation maître-élève, où aucun des deux ne compte son temps car seule la transmission du savoir compte, mais ça devient rare, très rare....


Payer pour être formé:
Oui certes, il y a aussi une époque où l'on payait pour obtenir une charge de fonctionnaire, avec l'avantage de pouvoir, après, se servir largement dans les caisses.....
Autres temps-autres moeurs comme disait le rital qui n'était pas carré.
Blutch.

La Poule 29/10/2012 11:01


Je suis totalement en phase avec ce que tu écris-là. Il y a deux ans, mon compagnon et moi, profs temporaires dans un lycée, avons refusé de nous plier à une "règle locale" qui consistait à
imposer deux heures hebdomadaires non payées pour chaque prof, par "solidarité"... pour maintenir à flot des sections clandestines, donc pour lesquelles il n'y avait pas d'argent.


Nous sommes allés, avec l'aide d'un syndicat (la CGT) et quelques collègues (15 sur 120 profs) au tribunal administratif, après un échec total des négociations amiables. Nous sommes passés pour
des méchants, parce que nous combattions contre un mécanisme qui se prétendait solidaire. Impossible de faire entendre des arguments, qu'ils soient de l'ordre de la dignité d'un prof (je touchais
1000 euros par mois) ou plus simplement du droit du travail.


Après un an, nous avons été marqués, mon compagnon et moi, d'un commentaire, encore enregistré dans les fichiers de l'enseignement catholique, marque qui de fait m'a interdit d'exercer de nouveau
dans cette corporation (c'est un fait : j'ai fait ce qu'il faut pour pousser une directrice dans ses derniers retranchements, obligée d'avouer qu'elle ne m'embauchait pas à cause de cette
démarche de protestation, et contrainte d'embaucher quelqu'un de moins qualifié que moi pour ne pas être prise en faute).


Je ne regrette pas ma démarche, même si je suis au chômage depuis plus d'un an, et mon compagnon aussi. J'attends le résultat de notre démarche au tribunal, qui est longue et fastidieuse, la
rectrice maniant la mauvaise foi avec brio et persévérance.


Les collègues qui ont baissé leur froc pendant deux ans avant qu'on mette les pieds dans le plat avec la CGT, profitent aujourd'hui de leur salaire normal, sans heures bénévoles, et personne n'a
été viré avec les fermetures de section. Les heures ont été ventilées et partagées.


Mais personne n'est venu nous dire merci.

Saoul-Fifre 29/10/2012 10:42


Une anecdote vécue me revient. Année 85, je travaille comme monteur en installations téléphoniques pour un patron privé sous-traitant avec France Télécom. Là, avec le système des soumissions de
marchés par "envellopes", on se rapproche de l'esclavage. Pour que les prix soient tenus, on nous met la pression. Un de mes meilleurs amis recherche du boulot et je le présente au patron en lui
disant "mettez-le avec moi et je le forme". Accord puis, comme mon ami est particulièrement doué, en 5 jours il est opérationnel en solitaire. Et ben, ce salaud de patron ne lui a pas payé cette
semaine là !!!


 


Ceci dit, avant, les parents payaient un maitre-artisan pour qu'il apprenne un métier à leur apprenti de fils. Et c'est vrai que celui qui t'apprend ton métier, ce qui va te faire vivre toute ta
vie, il te fait un sacrément beau cadeau !

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