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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 10:40

Nous avions sympathisé sur Internet et comme d'habitude, je lui demandai une rencontre "en vrai" , le virtuel me lassant rapidement... Rendez-vous fut donc pris à la sortie du métro Franklin-Roosevelt: "J'aurais une veste de cuir noir, un jean noir et j'ai les cheveux noirs, dis-je. - Moi aussi, que du noir, répondit-il.

Arrivée sur place, dans la nuit noire, j'eus à peine le temps de jeter un coup d'oeil à la ronde qu'il fut devant moi. Noir total. Il était Gabonais, tout de noir vêtu. Il vit ma surprise, me demanda  si cela me gênait. Je lui répondis que pas du tout, vu que j'étais moi-même née au Gabon et avais passé une partie de mon enfance en Afrique, avec des parents qui respectaient assez les africains pour dire "nègres" ou noirs", comme Aimé Césaire ou Léopold Senghor, plutôt que d'user du politiquement correct "black" (un peu comme mon pote homo veut qu'on l'appelle pédé plutôt que gay, considérant que tant que pédé sera considéré comme une insulte, l'homophobie perdurera.)

Ce nouvel ami a fait des études poussées, son père était un haut fonctionnaire, la famille vivait en France... Bref, un cas d'intégration exemplaire, comme disent les politiciens. R... me répondit qu'en réalité il ne se sentait pas encore tout à fait à l'aise dans le monde occidental, et comme je m'en étonnais, il sourit: "Tu comprends, je suis noir, ça se voit tout de suite. -Et alors? - Et alors? Même si intellectuellement je suis persuadé que tous les humains sont égaux, même si je travaille dans une entreprise où l'on m'apprécie, je ne peux m'empêcher de voir certains regard sur ma peau. Il y a moins de racisme, certes ( ndlr: encore que... des événements récents puissent en faire douter)  mais quand on appartient à un peuple qui a entendu durant 400 ans qu'il est une race inférieure, il faut compter à peu près le même temps pour que tout sentiment d'infériorité soit éradiqué."

tireur 1Je pensais à cette rencontre lors du cirque Dieudonné- aujourd'hui éclipsé par le cirque amours présidentielles, un clou chasse l'autre- et en allant voir une pièce de théâtre que je vous recommande chaudement,  "LE TIREUR OCCIDENTAL". Le thème est simple: un jeune etehnologue, Rodolphe, part sur le terrain vérifier les théories sur les "sauvages" qui nourrissent ses manuels universitaires. Forme du crâne, poids du cerveau, aptitude aux sentiments, capacité intellectuelle... tout ceci a été établi par d'éminents chercheurs persuadés que le sauvage se situe quelque part entre le singe et l'homme blanc. Rien de fictif dans tout cela: lors d'une exposition universelle à Paris, on exhibait des hommes en cage importés des colonies, que les visiteurs venaient contempler comme autant de bêtes curieuses. Rodolphe est enthousiaste, précis, méticuleux. Il est hébergé par "Le tireur occidental", matriculé, sans nom, dont la tâche depuis 50 ans consiste à tirer sur tout être cherchant à franchir la muraille qu'il garde, allégorie de la frontière entre monde riche et monde pauvre, évidemment. Très vite Rodolphe découvre que l'essentiel des tirs concerne des sauvages souhaitant venir dans ce qui leur semble un Eden. Jusqu'au jour où l'un d'eux, surnommé Rad-Jik par les deux français, est blessé et non tué, puis recueilli par Rodolphe, trop heureux de disposer d'un sujet d'études à portée de main.

La suite et la fin sont savoureuses, je ne les dévoilerai pas ici.

tireur 2Rodolphe, le tireur et Rad-Jik sont incarnés par un seul comédien Xavier Béja. Je connaissais son talent car il avait eu un jour la gentillesse d'interpréter des fragments de  "Ce qui trouble Lola" lors d'une manifestation littéraire, et, stupéfaite, j'avais redécouvert mes textes et été éblouie par l'ampleur et l'émotion qu'il savait leur donner.

Dans ce triple rôle ô combien difficile, Xavier Beja excelle: il est tour à tour juvénile et un peu ridicule en ethnologue naif, cassant et inquiétant en tireur occidental, miroir de nos préjugés en Rad-Jik. La mise en scène de Michel Cochet sert à merveille le texte de William Pellier qui a la particularité... de ne comporter aucun verbe. Cela lui donne un rythme et une étrangeté d'autant plus fascinante que les deux personnes avec qui j'ai assisté à ce spectacle, captivés par sa qualité, n'ont pas remarqué l'absence de verbe!

Ca se joue au LUCERNAIRE à Paris, du mardi au samedi à 19h (on peut ensuite dîner sur place) jusqu'au 15 mars. Allez-y, c'est un vrai plaisir, et cela en apprend davantage sur les racines et ressorts du racisme que tous les articles et débats qu'on a eu à subir récemment.

 

tireur-occidental3

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commentaires

Saoul-Fifre 28/01/2014 22:55


Et il m'étonnerait beaucoup que Dany Laferrière accepte de changer le titre de son savoureux "Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer" d:^)

Celestine 21/01/2014 22:20


Tu parles si bien de la pièce que si j'ai l'occasion de monter à Paris, j'irai traîner du côté du Lucernaire. Une pièce sans verbe...c'est étonnant ce qui n'empêche pasque le sujet qu'elle traite
soit très sérieux.

Daniel 21/01/2014 18:59


A l'armée (oui les jeunes, au siècle dernier c'était encore obligatoire ;-)  on était mélangés à des Africains de Côte d'Ivoire, du Togo, Gabon ou Sénégal. La plupart d'entre-eux
s'ennorgueillissaient d'être appelés "nègres". Il m'avait fallu de longues discussions avant de me plier à cette habitude.


De la même façon, il y a maintenant de jeunes Français qui s'auto-identifient en tant que Rebeux...


On a tous quelque chose de différent des autres, comme tout le monde  ;-)

françoise 21/01/2014 14:47


à Olivier: http://www.theatre-video.net/video/Video-sans-titre-par-xavierbeja


à Andiamo: le politiquement correct frise souvent le ridicule, comme disait Coluche "bientôt, les cons seront des mal-comprenants". N. Sarkozy qui passe souvent ses vacances dans la villa de la
famille Bruni à Cap Nègre devra-t-il dire Black cap?

Andiamo 21/01/2014 11:30


Robert Sabatier avait écrit il y a fort longtemps un bouquin intitulé "Alain et le nègre" l'histoire d'un gamin de Belleville dont la Maman partage la vie avec un nègre, roman très spirituel
au demeurant.


Récemment l'ouvrage a été réédité, et l'éditeur (oublié son nom) avait demandé à Robert Sabatier de changer le titre ! Au nom du politiquement correct... Sabatier a refusé, arguant qu'il n'y
avait rien de péjoratif a appeler un nègre un nègre.

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