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Dimanche 13 juillet 2008

Rencontre en Grèce avec Christa, autrichienne,  genre 40 ans, qui se définit comme une femme « libre » sans que je lui ai rien demandé.  Elle bronze nue sur la plage, je lui offre une carapace d’oursin verte et comme elle parle français nous papotons en séchant au soleil.  Notamment des faits-divers autrichiens qui ont défrayé la chronique, Natacha Kampuch, puis le père qui a séquestré sa fille durant des années en lui faisant sept enfants. Curieusement, Christa ne semble pas choquée par ces affaires : « Ca arrive, chez nous les pères violent souvent leur quatrième fille ». Je ne connaissais pas cette coutume, je le lui dis, puis nous parlons d’amour, d’érotisme, de désir et elle me lance, quasi dédaigneuse : « En t’écoutant parler, j’ai l’impression de voir un film français, tu es très française. –Que veux-tu dire ? – Tu es cérébrale, tu parles de désir, tu as besoin de mots pour le sexe. Comme dans les films français. – C'est vrai, sans désir le sexe ne me semble pas très intéressant. Les gestes se ressemblent, quel que soit l’amant. Par contre, si le désir intervient, comme dit un de mes amis, un simple « missionnaire » peut te combler, alors que les 400 pages du kamasoutra dispensées par un homme que tu ne désires pas seront ennuyeuses. S’il s’agit juste d’orgasme, je me fais très bien cela toute seule ! »
Christa s’enflamme, pour elle l’amour, c’est l’Orgasme, qu’elle veut
sans mots, sans préliminaires, sans connaître l’homme qui le lui prodigue, mais total : « Je veux me liquéfier, ne plus penser, ne plus savoir qui je suis, ne pas savoir qui est l’autre, je veux me perdre ! » Je lui dis qu’effectivement, la perception de la sexualité est très culturelle. Elle me trouve typiquement française avec mes désirs cérébraux, je la trouve « tragique germanique » avec son envie de se perdre entre Eros et Thanatos.  Moyennant quoi, elle court après ce mythe, croit l’atteindre, est déçue,  finit par éructer sur l’incapacité des hommes occidentaux à la faire jouir, et rêve de l’habileté des asiatiques surdoués en sexe tantrique, ce qui là encore me semble un mythe …

Retour en France, je bavarde avec une amie qui me dit plaisamment : « Je ne t’ai pas envoyé de questions sur les amours plurielles, car avant d’en être là, j’aimerais bien réussir un amour singulier ! »  Dans sa famille comme chez ses ami(e)s, pas une histoire ne dépasse les 5 à 7 ans. C’est alors qu’elle me parle d’un homme avec qui elle adore faire plein de choses, a des relations amicales, et aime aussi faire l’amour. « Que veux-tu de plus ? Tu l’aimes !  - Tu crois que amitié+ désir= amour ?  - Complètement. C’est même celui qui a le plus de chance de durer. » Elle convient avec moi que la passion, trop narcissique, n’est pas de l’amour et consume trop pour durer, mais persiste à chercher ce qu’est l’amour dont elle rêve. »  

Je lui raconte l’histoire d’une auditrice qui avait appelé lors d’une émission de Brigitte Lahaie à laquelle je participais. Elle se plaignait de ne pas connaître L’Orgasme, décrivant le plaisir qu’elle ressentait avec son mari en concluant « C’est bien, mais ce n’est pas l’Orgasme ». Je lui avais demandé si elle avait essayé avec un autre homme. Oui, elle avait pris un amant, dans l'unique but de connaître enfin l’Orgasme, mais le malheureux lui avait donné juste du plaisir, qu’elle nous raconta en détail. Brigitte et moi nous écriâmes en chœur : « Vous êtes en train de nous décrire un orgasme ! » -Ah bon, c’est ça ? » fit-elle d’un air déçu.  J’ai dû lui expliquer que l’orgasme n’est pas forcément le ciel qui croule sur la tête entraînant une pluie d’étoiles qui vous enflamme du petit orteil à la pointe des cheveux et vous déchire les entrailles.

« Tu es avec l’Amour comme cette femme avec l’Orgasme » dis-je à ma copine. Dans une recherche de mythe, parce que les contes de fées racontent que l’Amour fait exister, comble une femme, est la plus merveilleuse des choses, etc… tout comme les magazines te serinent aujourd’hui qu’hors l’orgasme, point de salut.  Résultat : tu as sans doute l’amour tout près de toi et tu ne le reconnais pas. – Et pour toi, qu’est-ce que c’est ? – C’est différent avec chaque homme, mais il y a des points communs : je sais que j’aime un homme si penser à lui quand il est absent me donne envie de sourire au lieu de me mettre en état de manque. Quand je ne sens en confiance avec lui et que j’accepte de n’avoir plus un œil vers la sortie et le doigt sur la gâchette[1]. C’est assez rare, finalement. Enfin,  il me faut du temps, et j’adore ce moment où je ne me pose plus la question de l’Amour, tant il devient une évidence.  A ce niveau, je n’en aime que cinq ou six. (et c’est là que certains vont se demander s’ils en font partie, niark, niark, niark J)

 

 



[1] cf Lola dans « Ce qui trouble Lola »

par Françoise Simpère publié dans : EROS
Dimanche 22 juin 2008


Il a  45/48 ans, plutôt beau gosse et plein de sous.  Cet homme marié et père de
famille consomme de l’érotisme payant avec une lucidité qui le rend intéressant : « Quand j’avais  vingt ans, dit-il, je draguais l’été entre Agde et Sète. C’était une période d’infinie liberté, juste avant le SIDA, où on profitait à plein de la gourmandise amoureuse des filles qui rejoignaient nos envies de garçons. L’après-midi,  il y avait un couple derrière chaque buisson et tout ce petit monde- parfois des gens bien plus âgés que je ne l’étais-  s’envoyait en l’air avec une spontanéité réjouissante. Même les flics nous laissaient à peu près tranquilles, du moment qu’on restait discrets. Aujourd’hui, je vais toujours en vacances dans cette région. Plus personne n’y drague, parce que l’endroit est truffé de clubs libertins. Comme les gens savent qu’ils leur suffit de payer leur entrée pour être sûr de consommer, ils ne se risquent plus à aborder qui que ce soit au dehors. »

Il rêvasse devant son verre : « Le sexe est à l’image de la société. Entièrement marchand et axé sur la sécurité. Plus question de courir le risque d’un râteau en abordant une femme, plus question de ne pas « concrétiser ». Il faut du résultat. Pour les femmes, le sexe marchand, balisé par un endroit clos où elles savent qu’en cas de problème le videur interviendra, est infiniment rassurant. Les medias ne leur parlent que d’agressions, de viols ou de Sida,  alors elles veulent des garanties, et les garanties, ça se paie. »

Ainsi, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes sexuels aseptisés ? Non, justement. Parce que le sexe transformé en prestation de service perd ce qui  fonde le désir : l’attente, la crainte de ne pas réussir, l’appréhension devant l’inconnu, le cœur qui bat plus fort, la relation en somme.  Ce qui rend une bite secondaire par rapport à l’homme qui la porte. Le plaisir tarifé, quelle qu’en soit l’expression (clubs, prostitution, messageries roses) offre du sexuel à foison mais fort peu de relationnel.  Le relationnel est évacué par l’argent : si vous payez, vous  exigez de consommer (d’où la déception des hommes lorsque certains soirs, ils se retrouvent avec une proportion  H/F de 4 pour 1 et voient fondre leurs espoirs de concrétiser, comme les souscripteurs de fonds de pension américains ont vu fondre leur espoir d’enrichissement) L’argent gomme aussi la culpabilité : l’homme qui trompe sa femme se sent coupable. Par contre, s’il paie pour un service sexuel, il perd toute notion de culpabilité. Il vient « s’essorer » une heure devant un écran grâce à sa carte bleue ou dans un lieu payant puis rentre chez lui le cœur serein.

« L’argent rend l’acte sexuel anodin, dit mon interlocuteur. Ce n’est plus qu’un instant de plaisir qui permet de calmer une excitation, voire de se détendre quand on est stressé.

-Comme les films pornographiques.

-Exactement. Ils apaisent sans mettre en jeu des sentiments. D’ailleurs, je ne pense pas que tous les jeunes soient mis en danger par la pornographie. Un ado élevé dans une famille aimante et qui discute avec lui, un lycéen qui a étudié les émois de la Princesse de Clèves et du Rouge et le Noir sait très bien qu’un film de cul est une fiction ne représentant aucunement la réalité de l’amour. Ceux que cette vision brute et brutale met en danger, ce sont les gamins livrés à eux-mêmes,  dans un milieu où les femmes ne comptent pas et où il faut être macho pour s’affirmer. Ca ajoute aux autres risques qu’ils courent… C’est très social, finalement !

Avant la contraception, une femme redoutait les rapports sexuels. La libération du plaisir féminin est la résultante directe d’un meilleur environnement médical.  La loi de 1920 qui  réprimait pénalement toute incitation au contrôle des naissances n’avait aucune visée morale, mais l’ambition de faire naître plein d’enfants pour remplacer les millions de morts de la guerre de 14/18. Napoléon 1er, après avoir fixé la majorité sexuelle des fillettes à 11 ans n’hésitait pas à dire, devant les cadavres de soldats : « Une nuit de Paris remplacera tout ça ». 

Aujourd’hui où la contraception existe et où les femmes sont pour la plupart financièrement indépendantes,  rien ne devrait s’opposer à une vie amoureuse libre, joyeuse, gratuite et diversifiée. Si ce n’est que celle-ci  ne facilite pas la vie des dominants. Les gens heureux et autonomes sont ingouvernables. Tout pouvoir s’appuie sur la frustration, la division et la soumission des citoyens, valeurs dont l’efficacité est déjà démontrée au travail. D’où l’intérêt de maintenir, quoi qu’il arrive,  une frustration amoureuse latente.  Certes, le sexe s’affiche, mais comme le dit cet homme qui le consomme sans illusion, entre deux rendez-vous professionnels, « il y manque le relationnel » et même à terme, l’érotisme : « Je suis excité la première fois. Dès la seconde, ça me semble répétitif. Tout est trop organisé pour qu’on ressente le moindre trouble. C’est juste une détente organique. » 

Alors, l’Amour et ses émotions comme ultime solution ? Certes, si ce n’est que l’Amour, qui devrait être la relation la plus naturelle et la plus épanouissante du monde, un élan spontané et joyeux vers les personnes qui nous plaisent, est  terriblement compliqué par les enjeux de possession, de rivalités et de doutes qui le minent. Ce qui crée, là encore, des frustrations favorables à la société marchande. Quand on a un chagrin d’amour, c’est bien connu, on a envie de claquer du fric ou d’aller chez le coiffeur pour compenser J

Voilà, Elise, pourquoi ce blog  mêle si souvent amour, érotisme et politique. Parce que la façon dont nous vivons nos relations amoureuses est le reflet d’une organisation sociale, et que, j’en suis persuadée, on ne changera pas le monde sans travailler sur nos comportements privés, dont on s’imagine qu’ils sont archaïques ou biologiques, alors qu’ils sont en majorité issus de conditionnements éducatifs et sociaux. Il suffit de voyager un peu pour se rendre compte qu’on aime différemment selon les latitudes et les époques. Mais que,  en revanche, tous les régimes, religieux ou communistes, libéraux ou démocratiques, veulent réglementer la sexualité de leurs concitoyens, tout en laissant se développer le sexe marchand.

Et parmi les questions qui me réjouissent : un exhibitionnisme est puni lorsque quelqu’un porte plainte contre lui. Mais comment se fait-il que celui ou celle qui porte plainte n’est jamais incupé(e)e pour son voyeurisme ?

Sur ce, je vous abandonne  quelque temps. Un peu de soleil, de mer et de Grèce….

par Françoise Simpère publié dans : EROS
Dimanche 15 juin 2008


LUNDI, début des épreuves du bac, épreuve de philosophie. Je ne peux résister à l’envie de proposer aux lecteurs de ce blog un sujet qu’ils ne devraient avoir aucune peine à réussir.

Carla était d’humour boudeuse. Son second album avait récolté un bide, au mieux un succès d’estime, terme consacré pour ne pas vexer l’artiste à qui son producteur annonce la courbe électro-encéphalogrammique faiblarde de ses ventes. Le premier avait pourtant valu à l‘intéressée moult louanges vantant son timbre de voix « flûté mais sensuel » et  sa pose alanguie sur la pochette du CD, moult commentaires stupéfaits, surpris, étonnés de constater qu’on peut être belle et écrire des textes aussi bien roulés qu’on est bien tournée, ou l’inverse.
Mais là, rien. Le bide, même si le sien gardait la fermeté qui sied à qui avale consciencieusement  des pro biotiques et des vitamines pro fermeté « Madame ne laissez pas les outrages du temps plisser votre ventre. »
Elle décida de consulter son oracle, le grand Jacques, maître incontesté de la communication,  mieux que Maître, gourou, dignitaire, qui se surnommait lui-même le « Com’ missionnaire » et dont la fière devise était « le savoir-faire n’est rien sans le faire savoir, alors que le faire savoir peut pallier un manque de savoir faire. » A coup sûr, elle avait manqué de faire savoir pour son deuxième album.

Elle frappa, ouvrit la porte de l’antre du maître, assis dans la pénombre :
« Ouh, dit-elle, c’est triste ici ».
« Oui, mais c’est gai là »  répliqua-t-il en lui désignant un fauteuil en osier authentique, vestige du tournage du film culte Emmanuelle, dans lequel Carla s’assit en croisant haut les jambes avant d’exposer son problème au Maître. Celui-ci réfléchit et lui dit :
« Tu tombes bien, j’ai deux dossiers en instance… qui pourraient résoudre ton problème et le leur. »
-Raconte.
-  C’est très confidentiel.  Je travaille des deux côtés, tu l’as remarqué, un tour à gauche, un tour à droite. Que veux-tu, le cœur et le portefeuille ne sont pas dans la même poche du costume, mais contrairement à ce d’aucuns imaginent, je ne trahis personne. Je suis capable de servir loyalement chacun de mes clients, y compris toi. Si tu acceptes ma proposition,  je te garantis toutes les Unes de magazines que tu souhaites et le succès de ton prochain album.  En contrepartie, je compte sur ton savoir-faire pour combler mon client numéro 1, mais cette fois ci, pas trop de faire savoir : travaille dans la discrétion et fais fantasmer la nation afin qu’elle se passionne pour votre romance et en oublie le reste.  Le temps venu, je te dévoilerai la suite du programme- le plan B comme on dit aujourd’hui- qui satisfera mon client numéro 2. » 

Commentaire de texte : expliquer en quoi consiste la stratégie de maître Jacques et imaginez le fameux plan B.  En quoi satisfera-t-il le client numéro 2 ? 

Dissertation : «  Le sexe permet aux femmes de prendre le pouvoir, le Pouvoir permet aux hommes de prendre les femmes. » Commentez et discutez ce point de vue à la lumière de l’Histoire passée et présente.

 

par Françoise Simpère publié dans : EROS
Lundi 26 mai 2008

John-Flaherty Cox est un auteur de textes érotiques dont les personnages récurrents-  Diane, Etienne, Paul-  se livrent à d’excitants ébats tout en y mettant du sentiment, ce qui permet de plaire à un public aussi bien libertin que romanesque, même si, parfois, la propension des héroïnes à  dire « je t’aime, je vous aime tous » aux mâles qui les font jouir prête à sourire. Ce n’est pas là-dessus que j’épiloguerai, mais sur le fait que JFC n’imagine que des personnages riches, habitant de superbes loft ou des villas splendides, portant robes et bijoux de marques, conduisant des bolides luxueux et travaillant dans la finance ou les galeries d’art.  « Fais-moi plaisir, lui ai-je demandé un jour, fait baiser Diane avec un livreur de pizzas dans ton prochain bouquin. » Il me l’avait promis, ne l’a pas fait : « J’ai essayé, je n’y arrive pas », m’a-t-il avoué.

Je raconte l’anecdote à l’ami avec qui nous avons parlé de la Révolution (nos sujets de conversation sont très éclectiques), un homme adorable et d’une simplicité totale. Pourtant, il hoche la tête : « Je comprend qu’il n’ait pas pu. Moi-même, quand j’ai des fantasmes, je visionne de superbes créatures en robe du soir, j’associe spontanément l’érotisme au luxe. » Effectivement, je reçois pas mal de textes d’auteurs en mal de publication, et presque à chaque fois, les personnages sont sinon riches, au moins aisés et surtout formatés pour consommer les objets censés se faire pâmer les femmes : « Il a l’argent, il a la voiture, il aura la femme » disait une publicité pour je ne sais quel bolide.  Dans l’inconscient masculin, les femmes sont attirées par l’argent, le luxe et le pouvoir, et comme me disait un ami : « Les hommes ne pensent qu’aux femmes, ils ne cherchent l’argent et le pouvoir que pour les séduire. » D’où la compétition permanente, l’ambition démesurée, le narcissisme médiatique, et  la misère affective de ceux  « qui aimeraient bien avoir l’air, mais qu’ont pas l’air du tout » comme chantait Jacques Brel.

A ceux là, frustrés et persuadés que l’érotisme est un luxe qui ne se conquiert qu’avec du luxe, la société marchande vend des montres, des Palm, des voitures, des parfums, des gadgets qu’ils achètent pour essayer d’au moins ressembler à ces héros et ces puissants capables d’avoir une superbe créature à leur bras malgré leurs rhumatismes, leurs rides, leur gros bide et leur prostate défaillante.

Casser ce couple infernal érotisme/luxe, rappeler que le désir et le plaisir peuvent être libres, joyeux et gratuits pour peu qu’on s’intéresse à la personne plus qu’au personnage, aux êtres plus qu’aux masques, c’est sans doute ce qui m’a amenée à écrire des textes érotiques, comme je l’expliquais dans « Autres désirs, autres hommes ».

« Pas envie des stéréotypes où on a l’impression que la sexualité est une activité à part, réservée à des oisifs qui n’ont rien d’autre à faire, des pétasses du 16è trompant l’ennui en trompant leur mari, des femmes soumises ne sachant jouir que la honte aux joues et la tête dans les feuilles mortes. (Car bien entendu leur Maître, toujours beau et fortuné, les attache en pleine nuit au pied d’un chêne séculaire pour mieux les enculer).
L’EROTISME EST AU COIN DE LA RUE !
Je dédie ce livre aux gens comme vous et moi, qui avons en mémoire des instants où le désir nous est tombé dessus comme un cadeau surprise, des partenaires d’une sensualité devenue torride par la seule brûlure de notre regard sur eux, et même des scénarios érotiques où on joue à se faire peur tout en s’amusant comme des fous car le sexe, on ne le dit jamais assez, est un plaisir parfois d’une drôlerie irrésistible."

On y croise des petits Beurs amoureux, un comédien au chômage, un bachelier homosexuel, une étudiante thésarde, un conseiller culturel, une quincaillière, un  publicitaire, une chercheuse scientifique, un aubergiste corse, un ouvrier mécanicien, un coopérant, une secrétaire ivoirienne…


Dans « Ce qui trouble
Lola » : un photographe, un presque SDF, un étudiant en lettres, des peintres en bâtiment, un barman, une confiseuse, un cancérologue, un informaticien, un décorateur, un représentant en lingerie et godemichés, des rockers, un balnéothérapeute,

Dans « Les latitudes amoureuses » : un médecin, un commercial, une artisane en bijoux, des fêtards parisiens, des musiciens et étudiants cubains, une infirmière, un architecte, un aventurier australien.  

L’érotisme n’est alors plus un luxe, ni une conquête, mais une exploration d’univers infiniment variés et multiples, où le désir et le plaisir sont finalement accessoirement sexuels et beaucoup plus jubilatoires, liés à l’alchimie de rencontres dont chaque personnage, outre des organes sexuels en parfait état, a aussi un cerveau,  une culture, un passé, un métier et des questionnements qui en font un être unique et précieux. Indépendamment de son statut social et de son argent.

Ca n’a pas l’air, mais c’est extrêmement politique…

par Françoise Simpère publié dans : EROS
Jeudi 15 mai 2008

C’est une infirmière dévouée travaillant dans un service de soins palliatifs, présidente d’une association de parents d’élèves, militante contre la misère sociale et qui trouve encore le temps d’aider ses voisins et de faire la quête pour diverses ONG. Une femme solide,  mère de deux fils, mariée à un militant aussi actif qu’elle. Qui un jour la trompe avec une étudiante rieuse et écervelée dont elle dit : « Ce n’est pas qu’il la baise qui me navre, il a connu d’autres écarts, c’est de penser qu’il a craqué pour une écume de fille qui ne lui apporte rien que du vent léger. Est-ce donc cela dont il avait besoin ? »

Et elle ajoute : « Je travaille dans un service où il meurt deux patients par semaine, je m’occupe de cas sociaux à la mairie où je côtoie d’épouvantables misères, je lis le bulletin d’Amnesty International où on raconte d’horribles atteintes aux droits de l’homme. Tout ça me hérisse, me révulse, me révolte, mais la seule chose qui m’a fait mordre mon oreiller en pleurant,  avec l’envie de mourir là, tout de suite et sans regrets, c’est l’idée que mon mec en aime une autre. Non, même pas, je dis une bêtise. C’est l’idée qu’il a manqué de quelque chose que je n’ai pas su lui apporter. Dérisoire, non ? On ne souffre vraiment que lorsqu’on a son petit ego mis en cause. »

J’ai créé ce personnage dans un roman (non encore publié) à force d’entendre ce genre de récits. Le chagrin d’amour a ceci de particulier, me disait le dessinateur Reiser, qu’on souffre comme un malade sans l’avoir mérité. On ne comprend pas pourquoi on a été aimé et pourquoi on ne l’est plus. Parce qu’il n’y a aucune explication. On n’a rien fait de merveilleux pour être aimé, rien fait d’épouvantable pour ne plus l’être. Généralement. (Il y a des exceptions).   

« Le premier chagrin d’amour est une abomination parce qu’il oblige à faire le deuil de l’absolu à un âge où on est généralement épris d’idéaux. Certaines personnes poursuivent cet idéal impossible toute leur vie. Pour l’adolescente que j’étais, ce fût comme lorsqu’on révèle à un enfant que le Père Noël n’existe pas. Il n’y croit plus jamais mais continue d’aimer Noël, la fête et les cadeaux. Au sortir de ce chagrin, je ne croyais plus au Prince charmant, mais j’ai continué à aimer l’amour et ses cadeaux…. Je suis en fait tombée très vite amoureuse d’un autre, puis d’un autre, et d’un autre encore… et cela me ravissait à chaque fois de constater que le cœur, que l’on croit blessé à mort au moment du chagrin, ressuscite si vite, avec un enthousiasme intact… Je me suis émerveillée de ma capacité à rebondir et au fil des chagrins, j’ai appris à ne pas lutter contre le désarroi, à le laisser m’envelopper comme un manteau d’abord très lourd, puis de plus en plus léger, jusqu’à ce que tout simplement il s’envole…. (Aimer plusieurs hommes p. 19/20)

Voilà Caroline, ce que vous pouvez dire à votre amie : « On croit souvent mourir d’amour, mais on survit généralement ».  Et dans un mois, dans un an, elle se demandera comment elle a pu se mettre dans un état pareil pour un homme qui ne LA méritait pas.

par Françoise Simpère publié dans : EROS
 

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