Entre les scandales fiscaux, le mariage pour tous et les attentats à Boston, une nouvelle est passée quasi inaperçue : en Grèce, il y a
quelques jours, deux contremaîtres ont tiré à balles réelles sur des ouvriers immigrés du Bangladesh venus tout simplement réclamer leurs salaires dus depuis plusieurs
mois.
http://fr.euronews.com/2013/04/18/grece-fusillade-contre-des-travailleurs-agricoles-migrants
En Europe, en 2013, dans un pays qui fut le berceau de la démocratie et de la civilisation, dont la
tradition d'hospitalité était millénaire (hospitalité se dit philoxenia, amour de l'étranger...) en Grèce, donc, défaite par la gabegie et la corruption, pourrie par la mafia, on tire sur des hommes pour ne pas payer ce qu'on leur
doit.
Et cette nouvelle, qui aurait dû faire la Une des journaux partout en Europe tant elle montre à quel point
de barbarie peut conduire l'appât du gain et le mépris des peuples, a été discrètement annoncée dans un patchwork d'infos internationales genre « le monde en 45
secondes ».
Plus encore que l'appât du gain, le mépris glace encore plus car il met l'accent sur une constante :
il existe une caste de gens persuadés que le pouvoir et la richesse leur sont dus par droit quasi divin et que tout autre qu'eux détenant une parcelle de ce pouvoir ne peut être qu'un usurpateur.
Les aristocrates versus les manants... 1793 en France a coupé la tête d'un roi- qui a servi de bouc émissaire- mais n'a aucunement éradiqué cette conviction ancrée chez ces gens là avec la même
force que leur « foi » aussi intégriste que celle des Jihadistes : ils ont la Vérité, ils sont la vérité et le pouvoir leur revient. Une arrogance qui les fait parfois tomber, tant
la certitude de leur impunité les rend imprudents autant qu'impudents, voir DSK ou Cahuzac dont on ne sait plus ce que cache le masque lisse lorsqu'il s'essaie à émouvoir le peuple en se
« confessant ».
Chez ces gens là, monsieur, on ne vit pas... on triche...
Ce même mépris, cette certitude absolue de détenir la vérité se retrouve dans le regard de Béatrice
Bourges, égérie du « Printemps Français », marque qu'elle a déposée, devenue un fourre-tout réunissant des gens du FN,
de Civitas, du GUD, d'Action française, de Renouveau Français, bref de l'extrême droite.
Qu'elle ne soit pas d'accord avec Caroline Fourest, c'est son droit. Mais sa façon de la traiter de
menteuse et de la toiser avec un mépris d'aristocrate devant sa bonniche est insupportable. Béate Bourges l'est ô combien ! Fille d'Yvon Bourges, ancien ministre sous de Gaulle, Pompidou et
Giscard d'Estaing, ministre qui a interdit en 1967 l'exploitation et la diffusion du film de Jacques Rivette « la religieuse » sous la pression de parents d'élèves ultras- catholiques.
Que ne commet-on pas au nom de la défense de l'innocence des petits nenfants... On aimerait que la blonde Bourges s'émeuve davantage des prêtres pédophiles que des couples homosexuels adultes et
consentants.
Chez ces gens là, monsieur, on ne pense pas... on prie...
Même mépris chez demoiselle Parisot dont par bonheur on sera bientôt débarrassé, qui souhaitait que le
travail fût aussi précaire que l'amour ou que la vie... mais pas les salaires des hauts dirigeants, ni son poste à la tête du MEDEF qu'elle a (vainement, heureusement) cherché à pérenniser avec
cent millions de fois plus d'énergie qu'elle ne cherchera jamais à pérenniser le travail d'un pauvre bougre gagnant en une vie ce que son patron gagne en un mois.
Chez ces gens là, monsieur, on ne cause pas... On compte.
Et ces gens là, monsieur, imposent leur idéologie jusque
dans les plus petits détails de la vie quotidienne. Impossible de trouver une rue Robespierre à Paris, toutes les demandes en ce sens ont été refusées, au motif que Robespierre fut un des
artisans de la Terreur pendant la Révolution Française. C'est aussi un homme politique qui avait mérité le surnom « d'incorruptible » et avait milité pour
la liberté d'opinion, de presse et de réunion, l'égalité politique de tous les citoyens, la suppression de l'esclavage,
des indemnités pour les victimes d'erreurs judiciaires, la disparition des titres de noblesse, et même… l'abolition de la peine de mort.
En revanche, on y trouve une rue Thiers et un square Thiers : Adolphe Thiers, le massacreur de la
Commune de Paris (20 000 morts) dont il se réjouissait en disant : « Ce spectacle affreux servira de leçon. La répression a été terrible et
règle la question sociale pour 30 ans ». Il fut l'adversaire résolu de l’impôt sur le revenu : « Le peuple n'a pas besoin d'appauvrir le riche pour être heureux lui-même ». « Pour moi, l'impôt sur le revenu, c'est le socialisme par l'impôt, c'est le secret des fortunes violé, cette loi n'est faite que pour flatter les passions
populaires. » ( on se
croirait en 2013, avec la taxation à 75 % de la tranche de revenus dépassant 1 million d'euros et la transparence des patrimoines...)
L'idée de l'impôt progressif sur le revenu est née en mai 1793 : le revenu nécessaire n'était pas
imposable, le revenu abondant subissait une taxe progressive et le revenu superflu était taxé à 100 %. Cet impôt ne survivra pas à la fin de la révolution. Adolphe Thiers le combattra en
1848 puis en 1871. Bref, en 1914, la France n'a pas encore d'impôt progressif sur le revenu alors que la plupart des pays d'Europe l'ont adopté!!!
(on se croirait en 2013 avec le mariage pour tous).
Merci à l'excellente revue FAKIR qui a publié dans son numéro
59 un excellent article sur l'impôt.
On croyait l'hophobie quasiment disparue, elle réapparaît vigoureusement, on croyait l'esclavage aboli, il ressurgit en
Grèce, en Chine, en Afrique et ailleurs, y compris dans de beaux quartiers parisiens avec des « petites bonnes » esclavagisées par leurs maîtres. Les droits acquis ne le sont jamais,
ils ont tous été conquis. Si on ne les défend pas avec vigueur, les saigneurs sont prompts à les reprendre, tant est ancrée en eux la conviction qu'il sont seuls à y avoir droit.
Sur ce, ayant comparé ce week-end les geeks des villes aux gars des champs et vérifié que le réel vaut mille fois
mieux que le virtuel, j'ai décidé de mettre ce blog en congé pour... un certain temps. Ce qui laissera aux nostalgiques tout loisir de découvrir parmi les 714 billets publiés, ceux qu'ils ou
elles n'ont pas lus.

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