"Une année marquée par le tournant ultra sécuritaire et le mouvement étudiant. Deux phénomènes face auxquels l'incompréhension et l'indifférence du discours dominant, à gauche comme à droite rappellent soudain que la fin du débat n'est pas la fin de l'histoire... C'est le retour des gros bras place Beauvau, le discours du Ministre de l'Intérieur sur "la France dépotoir ou "l'urgence de régler le problème de l'immigration"... La répression inflexible et le feu vert donné aux policiers se traduisent par des contrôles arbitraires, l'omniprésence policière, la multiplication des expulsions, mais aussi des bavures, quelques jeunes abattus par la police "par erreur", les premiers "bûchers" de l'immobilier où périssent pas dizaines des immigrés dans l'incendie criminel de leur immeuble. C'est aussi la réforme du Code de la nationalité..."
On se croirait en 2006, n'est-il pas? Eh non, c'est de l'année 1986 qu'il s'agit, ainsi décrite par François Cusset dans " La Décennie", le grand cauchemar des années 80 (éditions la Découverte). Sarkozy s'appelait alors Pasqua (et Pandraud, son homologue à la sécurité), les étudiants manifestaient non pas contre le CPE mais contre la réforme Devaquet, le président s'appelait François Miterrand, avec pour Premier Ministre un certain... Jacques Chirac.
"La Décennie" est un livre assez touffu mais passionnant qui retrace année par année ce qui s'est passé entre 1979 et 1990, comment on est passé de l'aspiration d'un monde plus libre et généreux au néolibéralisme cynique, à la loi du marché présentée comme une loi biologique contre laquelle il serait vain de s'insurger. En lisant "la Décennie" on est d'abord surpris de tout ce qu'on a vécu alors, des couleuvres avalées, des bêtises qui ont été dites parfois par des gens réputés intelligents, du reniement par certains de leurs convictions. Puis on est soulagé d'avoir survécu à tout cela et on se dit qu'on peut donc non pas survivre, mais vivre mieux malgré tout ce qu'on nous assène aujourd'hui de nihilisme. Enfin l'analyse, après les faits, des concepts de l'époque "fric et toc" est tout à fait utile pour ne pas être dupe des prochains concepts que vendront les medias.
Bref, ces 350 pages pas toujours faciles à lire sont bien utiles pour ne pas refaire les mêmes erreurs. Elles donnent aussi un sérieux coup de vieux à tous ceux et celles qui ont vécu ces événements ailleurs qu'au berceau. Un sérieux coup de vieux aussi à la classe politique, culturelle et médiatique qui, pour l'essentiel, rassemble les mêmes qu'il y a 25 ans! On comprend que les trentenaires aient envie de pousser les quinquas (et sexa) hors du nid...
A part cela, je suis plongée dans l'écriture d'un prochain recueil de nouvelles érotiques, avec l'envie qu'il ne ressemble pas au premier, évidemment. Peut-on se renouveler dans un genre aussi précis? Il me semble que oui, en tout cas ce que j'ai déjà écrit est très différent des histoires précédentes. On en reparlera. Pour m'inspirer, j'ai mis dans mon album de photos deux hommes qui me plaisent vraiment beaucoup...
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