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Dimanche 3 février 2013 7 03 /02 /Fév /2013 17:40

C'est un chauffeur de taxi, Américain moyen sans histoires. Un soir, il conduit une cliente en banlieue proche. Course longue, la dame n'a pas assez d'argent sur elle pour payer. Elle invite le taximan à entrer et le fait patienter dans le living-room. En l'attendant, le jeune homme regarde le décor sobrement luxueux de la villa et s'approche de la baie vitrée. Comme des millions d'américains, il est passé de job en job et a été poseur de baies vitrées dans un passé récent. Il s'approche, ouvre la baie pour voir si elle porte la signature du fabricant pour lequel il travaillait. Bien vu, elle y est! Il referme la baie et s'impatiente : la dame téléphone à l'étage, ça s'éternise. Enfin, elle raccroche, descend le payer en s'excusant de l'avoir fait attendre : elle est allée embrasser sa fille de douze ans et a dû donner un coup de fil urgent...

arretezmoilaLe chauffeur repart, il fait nuit. Sur la route, deux jeunes filles éméchées titubent. Bon bougre, il les embarque et les emmène gratos à leur résidence étudiante car elle n'ont plus un sou. En chemin, l'une des filles, totalement bourrée, vomit dans le taxi. Avant de rentrer chez lui, le chauffeur va faire nettoyer le véhicule à la vapeur pour que le conducteur du lendemain -lui sera en congé- le trouve impeccable, d'autant plus qu'il n'avait pas le droit de charger les étudiantes sans les faire payer.

Le lendemain, on frappe à sa porte : « Police ! » Deux agents à l'allure inquiétante inspectent son logement, puis lui annoncent qu'il est soupçonné de meurtre. La petite fille de 12 ans de sa cliente a été enlevée pendant la nuit, tout laisse supposer qu'elle a été victime d'un maniaque sexuel : « Il y avait vos empreintes sur la baie vitrée par où est entrée le ravisseur, et on a découvert que votre taxi a été soigneusement nettoyé hier, tard dans la nuit. Sans doute pour enlever les traces de sang... »

Le chauffeur de taxi a beau clamer son innocence, raconter ce qui s'est passé, il se retrouve en attente de jugement dans le couloir des condamnés à mort d'une sinistre prison. Il demande qu'on recherche les étudiantes, souligne les insuffisances de la prétendue enquête, mais les policiers n'en ont que faire : ils tiennent un coupable idéal, pourquoi se fatigueraient-ils à chercher ailleurs ?

ian levisonCa s'appelle « Arrêtez-moi là », c'est écrit par Iain Levison, auteur américain diplômé en lettres mais qui, faute de boulot après ses études, est passé de job en job, période qu'il a raconté dans « Tribulations d'un précaire » : à tous ceux qui s'émerveillent de la liberté d'entreprendre et de bosser aux États-Unis parce qu'on n'y est pas freiné par un code du travail contraignant, je conseille ce livre. On y constate que la liberté se paye de salaires misérables, de conditions de travail infâmes, d'arnaques en tous genres et de violence contenue... ou pas. Sans code ni lois, le monde du travail n'est plus qu'une jungle.

Béni soit l'éditeur qui a accepté de publier Iain Levison, car il aurait été dommage de le louper. « Arrêtez-moi là » explique mieux que dix émissions « Faites entrer l'accusé » ou débats d'après minuit l'engrenage qui mène à l'erreur judiciaire. On y apprend beaucoup sur l'ambiance d'une prison américaine et comment il arrive que le condamné le plus intéressant, le plus intelligent, soit un psychopathe tueur en série... Alors qu'assez souvent les romans américains me plombent à cause de leur propension à s’appesantir avec moult détails sur des héros misérables (femme toxico et anorexique mère d'un enfant anormal engendré par un père chômeur alcoolique) ce roman a du style, du rythme et ne distille aucun ennui malgré le côté pregnant de l'histoire dont la fin, inattendue, vaut le détour.

Il doit beaucoup à une excellente traduction, fluide et jamais vulgaire. (je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les traductions de dialogues américains en français sont souvent d'une vulgarité affligeante, tout comme les acteurs qui doublent les gangsters se croient obligés d'adopter une voix nasillarde et traînante...)

Ce n'est pas de la pub, c'est gratuit. Plaisir de partager une découverte récente.

 

 

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Mercredi 8 septembre 2010 3 08 /09 /Sep /2010 10:01

 

bato.jpgSamedi avant mon départ, je suis tombée par hasard sur le documentaire « Mitterrand et la psychanalyse » diffusé par la chaîne LCP/ Public Sénat (dernière diffusion dimanche 12 à 9h55, puis sans doute podcast sur le site de la chaîne) : une série d’entretiens entre  François Mitterrand, le psychanalyste Ali Bagoudi et le journaliste Pierre  Jouve.   Ce qui frappe, outre la sérénité et l’élégance de ces entretiens qui se poursuivirent presque jusqu’à la fin de la vie du président, c’est  l’intelligence et la culture d’icelui. On peut en penser du mal sur le plan politique ou ne pas aimer l’homme, on ne peut nier qu’il avait une stature de chef d’Etat,  une vraie réflexion sur le monde, le pouvoir  et la vie, et même une modestie intellectuelle. Quand Ali Bagoudi lui demande ce qu’il pense de la psychanalyse, Mitterrand évoque Freud, Lacan (« un peu de mal avec Lacan »), Young… et conclut « je ne suis pas assez compétent pour en parler. » 

livre mitterrandTrès étonnante aussi, la distance qu’il a eu, dès l’enfance, avec le monde, le pouvoir, les choses. Comme si seul lui importait de garder le pouvoir sur lui-même. Ce qu’il a fait. Résistant quinze ans à un cancer qui en tue d’autres en cinq ans. Au journaliste qui lui demande s’il  pense à la mort, il répond cette phrase formidable : « Je sais que je vais mourir, mais je n’y crois pas…. Comme vous d’ailleurs, je pense. »  Cette phrase m’a rappelé celle de Jean-Marie Pelt, un jour où nous parlions tous les deux de l’urgence écologique : « Tout le monde sait que nous allons à la catastrophe, mais personne n’y croit, c’est là le problème. »  Joli sujet de philosophie : « Savoir est-il suffisant pour agir ? »  Et à l’inverse, certains croient en Dieu sans savoir s’il existe ou non. L’homme est un être irrationnel qui se croit rationnel. 

livre sarkofous gouvernentA la demande de Mitterrand paraît-il, Ali Bagoudi a tiré de ses entretiens, un livre qui ne devait paraître que dix ans après sa mort. Ce livre, "Rendez-vous" est effectivement paru en 2005, je l’ai manqué mais vais me le procurer. Bagoudi a aussi commis un ouvrage sur les phrases de Nicolas Sarkozy. En en lisant quelques-unes, on tombe de haut, c’est vertigineux, après la hauteur de vues de « Mitterrand et la psychanalyse », ce contentement de soi  vulgairement exprimé.  Là où je suis en vacances, j’ai emporté « ces fous qui nous gouvernent » où sont brossés les portraits psychologiques de NS et de Ségolène royal par des psychologues américains spécialisés en psycho politique.  Politique française vue de l’intérieur par des gens extérieurs…

 

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  A propos de saines lectures, notre site d'édition est ouvert même quand je suis absente, il suffit de cliquer là:  link


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Lundi 16 août 2010 1 16 /08 /Août /2010 13:05

 

algue.jpgJe reçois un chèque pour la commande de « Aimer plusieurs hommes », ou le « CDI de Dieu » ou « l'Algue fatale ». Le jour même, le livre est expédié, et reçu entre 24 et 48h après l'envoi. C'est simple, basique, efficace.

couv century3 copiePlus moderne, le paiement en ligne via Paypal, choisi pour la sécurisation des paiements qu'il offre. Mais, qui dit « sécurité » dit précautions pour éviter les erreurs et permettre que s'échangent des informations bancaires sans qu'elles circulent partout. D'où des procédures compliquées où il faut commander, mettre l'article dans un panier, puis valider sa commande, payer, puis valider son paiement... en passant d'une page à l'autre, du site choisi à la page Paypal, avec parfois l'impossibilité de revenir en arrière en cas d'erreur. Résultat: une personne sur trois payant en ligne sur www.autresmondesdiffusion.fr oubliait de valider son paiement, et une sur six commandait deux fois par suite d'un vagabondage involontaire entre les pages.

première couvTout ceci appartient au passé! Nous avons désormais une procédure simplifiée- mais tout aussi sécurisée- qui permet de valider et payer sa commande en trois clics.

Pourquoi ne l'avoir pas fait avant? me direz-vous. Parce que le précédent système était fourni en package par la plate-forme de e-commerce et qu'il fallait l'expérimenter pour croire en une telle complexité! Et aussi parce que mon cher et tendre, en charge du site, n'est pas webmaster et apprend au fur et à mesure qu'il pratique. Avec des aides amicales- merci les amis!- mais une telle dose d'adrénaline, la mauvaise pas celle qui stimule, qu'il est parti se reposer à la campagne avec pour seule ambition de planter des patates et cueillir des noix et du raisin. L'homme sage cultive son jardin, l'homme libre toujours chérit la mer, mais il n'est écrit nulle part que l'homme heureux passe son temps devant son ordinateur.

Sauf chez les Geeks, que certains prononcent guik (comme dans give me mais pas comme dans genious) d'autres jek (alors que le double « e » se prononce « i » comme dans sweet) ce qui me conduit à penser qu'il faudrait dire « jik », pour respecter le double « e » et la règle selon laquelle le g se prononce « j » devant le « e » et le « i » et devient dur devant les autres consonnes: « Gus est un gogol gaga. »


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Mardi 23 mars 2010 2 23 /03 /Mars /2010 16:25

 


Comment les croire (les parents) : ils nous vendent l'amour unique, merveilleux, magnifique et pourtant quand on s'inquiétait, ils nous affirmaient que l'amour maternel était inépuisable, quel que soit le nombre d'enfants sur lequel devait se répandre sa douce manne. Par quel miracle l'amour sexué, sexuel, ne devrait se borner qu'à un objet ? Quel est ce verrou étrange, qui nous l'a mis, leur a mis, dans la tête,  et pourquoi ? »

C’est dans un tout petit roman intitulé « Méfiez-vous des fruits » de Anna Rozen, qui met l’Amour à sa juste place. Celle d’un échange. Bref, durable, single ou multiple. Profond ou léger. Enfant de Bohême.  Juste réjoui du corps à corps, cœur à cœur, pensée à pensée entre deux, trois ou X êtres de genre masculin, féminin ou hybride.

camilla2.jpgD’où vient que tant de gens veuillent l’étiqueter et décrètent « Ce n‘est pas de l’Amour » si on ne souffre pas mille maux et mille morts, si la passion ne vous rend pas fou ? D’où vient ce désir de souffrir, voire mourir, d’amour ? Peut-être de la crainte de ses pulsions animales- l’humain n’aime pas se savoir animal- et de l’idée que le plaisir doit forcément s’expier ? Ou d’une conception de l’Amour comme d’un bien à  « gérer » (genre « Love Book » : 351 conseils inédits et sansfaille pour améliorer vos relations (amoureuses) de 74% en 46 jours. Je n’invente rien, je l’ai reçu ce matin en service de presse). 74% de Bonus en 46 jours ? Le placement de rêve ! Même Jérôme Kerviel est battu.  Et tous ceux qui perdront aux bourses amoureuses se sentiront minables. Aujourd’hui, il ne suffit pas d’aimer, il faut réussir sa vie amoureuse, sa vie professionnelle, sa tarte Tatin et son élevage de nains de jardin forcément surdoués.

                                                                                              mes amoureux préférés...

Qu’ils se les gardent, leurs vies de compétition, je sors ! Il fait beau, y a de jolis garçons aux terrasses des cafés, un vote qui titille l’idée que la soumission n’est pas totale, des manifs et du soleil, bref un temps à quitter son clavier et à se conduire en galopins.

Couv_Pub.jpgSpécial copinage (j’y serai) : Xavier Renou, fondateur et porte-parole du collectif "les désobéissants", qui entend promouvoir et former à l’action directe non-violente et la désobéissance civile. présentera ses deux derniers ouvrages : Désobéir avec lessans-papiers et Désobéir à la pub(éditions le passager clandestin) à la librairie Résistances. 4 Villa Compoint  75017 Paris 

Pour en savoir plus : voir l’annonce complète sur notre sitehttp://www.autresmondesdiffusion.fr/joomla1.5/echangeons/7-des-amis/12-soiree-desobeissance-a-la-librairie-resistances  seul point de diffusion de « Aimer plusieurs hommes » et bientôt du « CDI de Dieu ». Je jubile : ce livre est bourré d’humour, d’amour et de fantaisie, même après la cinquième lecture, parole de correctrice !

 

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Vendredi 6 novembre 2009 5 06 /11 /Nov /2009 19:41

En 1995, Bogota, capitale de la Colombie battait des records de criminalité (3365 personnes assassinées en un an) et de mortalité automobile (1400 tués), la pollution rivalisait avec celle de Mexico et les embouteillages rendaient les transports lents et épuisants. L’élection d’Enrique Penalosa à la tête de la ville en 1998, puis de Eduardo Gazon, tous deux membres du parti Vert, a radicalement changé la donne. Penalosa a enterré les projets d’autoroutes urbaines préconisées par des experts en développement japonais pour améliorer la circulation, au profit de pistes cyclables et d’une immense avenue piétonne. Avec les milliards économisés sur le budget des autoroutes, il a construit des écoles et des bibliothèques et financé un système de bus rapides peu polluants, le Transmilenio. Parallèlement, il a interdit aux automobilistes d’utiliser leur voiture aux heures de pointe plus de trois fois par semaine, et augmenté les taxes sur l’essence.  Rage des automobilistes, tollé des commerçants, un peu comme lorsque Bertrand Delanoë a multiplié les pistes cyclables et volontairement réduit la circulation automobile dans Paris.

Parallèlement, le maire considéra qu’essayer de concurrencer les pays riches sur le plan de la croissance et de la consommation, c’était aller à l’échec et donner aux Colombiens le sentiment qu’ils étaient pour longtemps des citoyens de seconde zone. « Au lieu de richesse matérielle, offrons leur du bien-être et du bonheur » se dit-il,  en favorisant les espaces publics de rencontre, la culture, l’éducation, etc. 

Résultat des courses :  trois ans après son arrivée à la mairie de Bogota, le taux d’homicides dans la ville avait chuté de 40% et continue de reculer (sans répression supplémentaire …) Même chose pour les accidents mortels de la circulation. Quant à la circulation automobile restante, elle s’est fluidifiée : plus rapide, moins de pollution.

Des histoires comme cela, il y en a des dizaines dans le Hors Série de « Courrier International d’octobre 2009 « LA VIE MEILLEURE Mode d’emploi » que j’ai enfin pris le temps de lire, profitant de mon immobilité. Pas des histoires de gentils écolos fermant les robinets- même s’il est préférable de le faire et d’éteindre la lumière en sortant d’une pièce J- pas de nouvelles technologies « vertes » ou de gadgets écolos : des histoires de gens qui prennent le temps d’analyser une situation, et de la transformer en s’attaquant aux causes. Parfois contraints et forcés : à Cuba, face à la pénurie alimentaire,  les cubains sont passés en une dizaine d’années d’une agriculture chimique, mécanisée, intensive et monoculturale (essentiellement canne à sucre et tabac) à une agriculture vivrière, biologique et proche des consommateurs. Avec à la clé la possibilité de l’autosuffisance alimentaire.

Partout dans le monde ça bouge : en Belgique, en Russie, en Chine, aux Etats-Unis, en Pologne, en Allemagne, au Danemark, au Québec, au Brésil,  avec des expériences pour transformer l’urbanisme et les relations humaines, réduire le gaspillage alimentaire, promouvoir le lien social et les économies d’énergie, repenser l’utilité et les objectifs du travail… Je n’ai pas encore tout lu, mais je cherche encore l’article sur LA réflexion globale en France et plus encore les réalisations qui en découleraient. Je suis sûre qu’il en existe, ça se voit sur la Toile, avec une profusion d’initiatives qui toutes vont dans le même sens : privilégier l’Etre et non l’Avoir.

Face à une crise plus morale qu’économique- car avec un comportement moral des acteurs économiques et financiers il n’y aurait pas de crise- il est suicidaire, ou au moins démoralisant de vouloir s’opposer de front au capitalisme financier. Un coup à prendre des coups sansaucun effet favorable. En revanche, lui tourner le dos, vivre « à côté » et autrement, c’est possible. Eloge de la fuite… Je me réjouis que la majorité des expériences décrites par « Courrier International » soient initiées par la mouvance écologiste, qu’on disait ringarde et utopique il y a seulement cinq ans Aujourd’hui, ces idées sont les seules qui font réellement avancer les choses. J’allais dire : « tout comme le Lutinage est la seule idée qui fait vraiment réfléchir à ce qu’est l’amour et à l’évolution des relations hommes/ femmes  dans un sens plus généreux et respectueux». Beaucoup de Lutins sont d’ailleurs proches des écologistes, il n’y a pas de hasard…


 

Par Françoise Simpère - Publié dans : Lectures
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