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Vendredi 8 février 2008

Une fois n’est pas coutume, voici quasi in extenso le texte d’une chronique que j’ai écrite dans le dernier numéro du Nouveau Consommateur actuellement en kiosque. Il comporte aussi des interviews de Benoîte Groult, Jeanne Cherhal, Alain Passard… et bien d’autres qui montrent que 2008 et 68 ont bien plus qu’un anniversaire en commun.    

 

En 68, j’étais lycéenne. Je garde de ce mois de mai le souvenir ébloui d’une effervescence créative et joyeuse où tout semblait possible pour inventer un monde plus juste et plus gai. Avant 68, c’était la société gaullienne : lycéennes en jupe sous le genou, interdiction du pantalon « en dehors de la période d’hiver » qui variait suivant les établissements, classes de filles et de garçons séparées. Se balader avec un garçon dans la rue, même très platoniquement, valait un passage en conseil de discipline pour « atteinte à la réputation du lycée. » Interdiction de lire des journaux, même en Terminale, toute opinion politique était bannie alors que des cours d’instruction religieuse avaient lieu dans des lycées publics laïques, interdiction du travail en groupe, et même, parfois, interdiction du stylo à bille ! La télé (ORTF) dépendait du Ministère de l’information, les chansonniers l'appelaient "la Voix de son maître".

En 68, j’étais lycéenne. Je garde de ce mois de mai le souvenir ébloui d’une effervescence créative et joyeuse où tout semblait possible pour inventer un monde plus juste et plus gai. Avant 68, c’était la société gaullienne : lycéennes en jupe sous le genou, interdiction du pantalon « en dehors de la période d’hiver » qui variait suivant les établissements, classes de filles et de garçons séparées. Se balader avec un garçon dans la rue, même très platoniquement, valait un passage en conseil de discipline pour « atteinte à la réputation du lycée. » Interdiction de lire des journaux, même en Terminale, toute opinion politique était bannie alors que des cours d’instruction religieuse avaient lieu dans des lycées publics laïques, interdiction du travail en groupe, et même, parfois, interdiction du stylo à bille ! La télé (ORTF) dépendait du Ministère de l’information, les chansonniers l'appelaient "la Voix de son maître".

 

Mai 68 a débridé ce carcan. « Du bonheur à l’état pur, de la joie à revendre, une fête de l’intelligence et de l’émotion, un régal permanent, une euphorie et une volupté inconnues jusque là, écrivait le dessinateur Siné en 1998 (pour les 30 ans !).» La légende veut que la fête se soit arrêtée le 30 juin, après le discours de reprise en mains du général de Gaulle, la manif’ UDR aux Champs Elysées et surtout la réouverture des pompes à essence : le pétrole est décidément réactionnaire. En réalité, mai 68 a duré bien plus longtemps : « Quelque chose a bougé dans les têtes, une sorte de déclic. Nous avons compris confusément que notre bonheur dépendait plus de notre sagesse que de celle des dirigeants et qu’il ne fallait pas avoir peur d’être lucide. » (Wolinski). Ce déclic a profondément modifié les relations hommes /femmes, les rapports hiérarchiques au travail, la façon de s’habiller, la création artistique avec le statut des intermittents du spectacle voté en 68, la démocratie (l’autogestion que prônait le PSU allait bien au-delà de la démocratie participative) et l’ouverture au monde : le fondateur de Nouvelles frontières, Jacques Maillot, était un fieffé soixante-huitard, tout comme Philippe Gloagen, inventeur des guides  du routard. Sans oublier les accords de Grenelle qui ont accordé entre autres le SMIC à 1000 francs et la 4è semaine de congés payés. 

Le mouvement écologiste est aussi né de mai 68 : La Gueule Ouverte et le Sauvage, journaux écolos sont nés au début des années 70 : on y parlait de pollution, de préservation des ressources naturelles, panneaux solaires, énergies nouvelles, sobriété heureuse, solidarité Nord/Sud … Puis est venu le choc pétrolier de 1973 (le pétrole est décidément réactionnaire !) et le revirement de certains. « Nous avons fait mai 68 pour ne surtout pas devenir ce que nous sommes devenus . » a dit Wolinski. Un dessin de Reiser de 1973 montre un type bedonnant, costume cravate, tenant par la main un gamin rigolard : « Il y a cinq ans, papa occupait la Sorbonne ». « Petit con » soupire le père.  Le petit garçon du dessin a 40 ans aujourd’hui, il s’est pris de plein fouet la mondialisation, le chômage et le SIDA des années 80. Aujourd’hui il rêve de 4x4 et de stock-options. Alors, fini le rêve, écrabouillé par le rouleau  compresseur de l’argent roi ?

NON. Car sur le Net[1], dans des colloques et des journaux comme celui-ci et quelques autres[2] se fait jour une aspiration à un autre idéal. Quand les gens veulent «  changer de vie » aucun ne rêve de quitter son métier de prof, comédien ou ostréiculteur pour devenir analyste financier, mais beaucoup rêvent d’abandonner l’analyse financière pour un métier souvent moins lucratif, mais qui donne sens à leur vie.  Des jeunes veulent un monde  où on ne gaspillera plus, où on réduira les inégalités, où on inventera une vie en société plus respectueuse des autres. L’ère industrielle ? Ringarde. En juillet 2007, le monde a atteint le point où la consommation de pétrole dépasse les possibilités d’extraction. La planète vit à crédit… Lu sur un tract: « Trop tard, Sarko, ton monde est « has been », la modernité industrielle est un rêve dépassé. »  

Revenir à l’âge de la bougie ? Pourquoi pas si c’est pour souffler les 40 bougies d’un rêve qui, loin de devoir être liquidé, apparaît d’une étonnante modernité. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[2] la Décroissance, Changer tout, et bien d’autres.

 

 

 

 

 

par Françoise Simpère publié dans : Publications
Mercredi 21 novembre 2007

Le numéro novembre/décembre du Nouveau Consommateur est paru. Avec toujours une foule d’infos sur comment acheter mieux, moins et meilleur. (ouaip, je viens de trouver ce slogan, je vais le vendre à mon vénéré rédac chef !) et comme c'estun numéro pré-Noël, on y parle même de chocolat super bon. Plus des interviews sympas de gens chaleureux. Plus des articles pour comprendre comment on en est arrivé à cette société à la fois si riche de biens et si pauvre en bien-être, pour ne pas dire bonheur. Quelques extraits : 

Page 20 : « Le mal-être au travail comme les catastrophes climatiques relèvent de la même logique : on sait que ce mode de vie est destructeur et pourtant on le poursuit. Car changer suppose de s’affranchir du conditionnement idéologique, psychologique et social. La seule question valable : « Dans quelle société avons-nous envie de vivre ? »  

Page 31 : IS GREEN SO BEAUTIFUL ? (est-ce que l’écologie est si belle ?) 

Green is beautiful… c’est le slogan qui déchire aux Etats-Unis, dans la Silicon Valley où de nombreuses sociétés bossent à présent sur le « développement durable ». L’écologie prend la délicieuse couleur du dollar…

On roulera vert, on se chauffera vert, on mangera vert, on s’habillera vert, mais toujours autant. Green ne sera réellement beautiful que si que l’écologie instaure plus d’équilibre et d’harmonie. Pas une mode ou une nouvelle addiction, un autre mode de vie. Je laisserai le mot de la fin à un vieil oncle, découvrant Internet : « C’est extraordinaire tout ce qu’on y trouve ! Mais tant d’infos qu’on n’aura pas le temps de lire… tu ne crois pas que c’est trop, est-ce qu’on a besoin de tout ça ? » 

ET POUR FINIR SUR DU GROS : 

Page 10 : COMMENT LA BANQUE DE L’UNION EUROPEENNE FINANCE LE PILLAGE DE L’AFRIQUE 

La BEI est l’institution financière de l’Union Européenne. … En Afrique la BEI est censée intervenir en faveur du développement mais semble l’oublier : ces six dernières années elle a accordé plus de 600 millions d’euros à de grands projets miniers en Afrique, et pas un centime pour l’éducation ou la santé. 

Son unique critère : la rentabilité, sans prise en compte des impacts sociaux ou environnementaux du projet. L’économie africaine ne profite pas du développement de ce secteur, tandis que les populations en subissent les conséquences très lourdes.   

Ce dernier papier est signé Anne-Sophie Simpère. L'aînée des deux filles.

J’aurais bien mis sa photo pour vous donner encore plus de raisons de l a lire , mais je pense qu’elle n’aimerait pas J Son papier vaut la peine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par Françoise Simpère publié dans : Publications
Mardi 2 octobre 2007

Coucou, me revoilou! Vu la montagne de courrier et le boulot qui m'attendent, j'écrirai ici plus tard, mais voici cependant quelques infos reçues d'honorables correspondants qui valent le détour.

LE TROU DE LA SECU, QUEL TROU?

- Une partie des taxes sur le tabac, destinée à la Sécurité Sociale, n’est pas reversée : manque à gagner pour la Sécu : 7,8 milliards
- Une partie des taxes sur l’alcool, destinée à la Sécurité Sociale,
n’est pas reversée : manque à gagner pour la Sécu : 3,5 milliards
- La partie des primes d’assurances automobiles destinée à la Sécurité Sociale n’est pas reversée : manque à gagner pour la Sécu : 1,6 milliards
- La partie de la taxe sur les industries polluantes destinée à la
Sécurité Sociale n’est pas reversée : manque à gagner pour la Sécu : 1,2 milliards
- La part de TVA destinée à la Sécurité Sociale n’est pas reversée : manque à gagner pour la Sécu : 2 milliards
- Retard de paiement à la Sécurité Sociale pour les contrats aidés : 2,1 milliards
 Retard de paiement par les entreprises : 1,9 milliards
En faisant une bête addition, on arrive au chiffre pharamineux de 20,1 milliards d’Euro.
Donc, si les responsables de la Sécurité Sociale et certains
hauts politiciens avaient fait leur boulot efficacement et surtout
honnêtement, les prétendus 11 milliards de trou seraient aujourd’hui 9 milliards d’excédent.
Ces chiffres sont issus du rapport des comptes de la Sécu pour 2003. Il y a fort à parier qu’ils sont à peu près similaires pour les années qui suivent, puisque le précédent quinquennat, c’était 2002/2007, avec les mêmes politiciens et administrateurs qu’aujourd’hui.

A rajouter au texte reçu : chaque fois que l’Etat exonère de charges sociales les entreprises dans l’espoir de les inciter à embaucher ( J ), il est censé verser l’équivalent desdites charges à la Sécurité sociale. Mais, vu la dette publique, il ne le fait pas : et encore quelques milliards soustraits au budget de la malheureuse Assurance maladie.  

 

 

 

 

 

par Françoise Simpère publié dans : Publications
Mercredi 5 septembre 2007

 Le dernier numéro du Nouveau Consommateur est en kiosque, avec l’ITV de Jacques Landriot dont je vous ai parlé plusieurs, fois, et mon coup de gueule qui me soulage, dont voici quelques extraits. La suite dans le magazine.  

 

 

 

LA SOCIETE MAL AD E DE LA GESTION[1] 

 

Ils veulent gérer la France comme une entreprise qui doit être rentable… Ce leitmotiv de nos dirigeants n’est pas nouveau. L’obsession de la gestion a commencé dans les années 80, celles des traders, des jeunes loups de la finance et de la glorification de l’entreprise versus la diabolisation des services publics, mais c’est de pire en pire. Rentabilité, oui, s’il s’agit de chasser les gaspillages et d’utiliser au mieux l’argent public. Mais qu’est-ce qu’un élève rentable ? ………… 

Les morts de la canicule 2003 ont été éminemment rentables, parce que c’étaient des vieux dépendants qui coûtaient cher à la société, et que 15 000 décès allègent d’un coup le budget des caisses de retraite, mais comment comptabilise-t-on la souffrance et la solitude de ces vieux et de leur famille  ?......... 

Paradoxalement, l’idéologie de la gestion, individualiste et axée sur la performance, a le même travers que la planification communiste, collective et égalitaire. Dans les deux cas, le bonheur est décrété d’en haut, rationalisé, réduit à des critères matériels et chiffrables. Dans les deux cas, on oublie que le bonheur dépend aussi- surtout ?- de la part irrationnelle de l’humain, de son aspiration à la transcendance, qui en font un être capable d’amour gratuit et de convictions désintéressées, capable de graver des fresques sur des grottes préhistoriques à une époque où survivre était pourtant un enjeu quotidien.  Sans espoir de vendre ses œuvres. Gratuitement.

 « Je veux avoir le temps d’apprivoiser les mouches, 

Je veux l’éternité pour apprendre ta bouche…. 

Je veux me coucher là et n’être pas rentable. »  

 

(Henri Tachan)

 

 

 

 

 



[1] Titre d’un essai passionnant de Vincent de Gaulejac (Seuil, 2005)

par Françoise Simpère publié dans : Publications
Mardi 24 juillet 2007

Hier, j’avais une grosse colère sur ce travail qui tue, sur l’in human ité présentée comme une fatalité. Si grosse que j’en ai été stressée toute la journée. Donc, pour reprendre souffle et douceur, voici un extrait de « Autres désirs, autres hommes  » adapté à la saison  

 

Paris l’été. Torpeur moite. La ville somnole derrière des stores baissés tandis que sous les portes cochères s’étalent des lambeaux de fraîcheur. ... 

L’enseigne d’entreprise, la rue Française, six étages à gravir après une nuit blanche, j’avais une jupe longue de velours noir et une blouse de dentelle, tenue du soir incongrue parmi les grues immobiles. Le trou des Halles tenait lieu de grand Canyon, Marco Ferreri y tournait un western. Et sous ma jupe, sur la peau de mes cuisses, ta main impérieuse remontait. Je riais en m’agrippant à la rampe : « Arrête, tu vas me faire tomber », mais j’étais tombée depuis longtemps. Dans tes bras, dans la spirale d’un désir étrange, celui de tes cris quand tu jouis, de ton ventre sur lequel j’étale du bout des doigts ton humidité, de ton odeur sur ma paume… 

Paris torpeur. Des regards posés sur moi pesants comme du plomb fondu. Ici j’errais triste, il y a longtemps, devant un manège qui me rappelait ta façon de me faire tourner dans tes bras jusqu’à ce que j’en perde l’équilibre et le souffle. A vingt ans, on croit que la vie s’arrête quand cesse de tourner le manège, plus tard on sait qu’il repart. Le propriétaire du manège agite au-dessus des enfants une peluche, il faut en saisir la queue pour gagner un tour gratuit. Petite, j’étais experte à ce jeu là. Pour le prix d’un ticket, je faisais dix tours. Je criais : « J’suis forte pour attraper la queue ! » Ce talent là ne s’oublie pas… 

Bord de Seine où j’ouvris ta chemise. Tu avais des yeux dorés, des tourments pleins la tête que je me faisais fort d’effacer, ma bouche a le pouvoir d’aspirer les pensées tristes, mes lèvres ont gardé l’empreinte de cette fossette sous ton nombril, que j’ai longuement parcourue de la langue. Tu haletais, tu avais envie de défaire ta ceinture, du monde passait à deux pas de nous, on ne se dévêt pas en public. Ce jour là, nous sommes passés à deux doigts de l’outrage public à la pudeur. Du bout de ces deux doigts, j’ai effleuré ton gland. Tu as sursauté.  Frisson électrique, moi je mouillais. Ce jour là nous avons frôlé l’électrocution. 

Goût d’alcool dans la bouche, sourires, fous rires. D’une boîte à l’autre, d’une musique « caliente, caliente » à l’autre, nous testons toutes les couleurs du rhum, feuille verte du Mojito,  soleil couchant du Sosua Mama,  traîtrise laiteuse du punch coco, sensualité de la salsa, « Etes-vous content de me voir, ou est-ce votre trousseau de clés ? » C’est l’heure où l’on dit des bêtises, l’heure on l’on rit de tout. L’itinéraire se termine sur ton couvre-lit. J’ouvre ton pantalon, jamais je ne l’ai fait.  « Nous passons à des jeux de grandes  personnes », remarques-tu. L’expression me plaît, assez pour que je te prenne aussitôt dans ma bouche."Quand je serai grande, je veux encore jouer avec toi". Parole tenue depuis vingt ans. .. 

Paris, l’été. Soleil sur les miroirs des tours du Front de Seine, lumière fragmentée. Paris, ville kaléidoscope, je secouerai tes immeubles, j’agiterai tes murs pour créer de nouveaux rêves. Paris, ville puzzle de ma mémoire, je t’éparpillerai dans les os de mon crâne, remue-méninges pour te reconstituer pièce à pièce, recommencer le jeu, te voler au temps et vivre en trois minutes les vibrations de trente ans.

 

 

 

 

 

par Françoise Simpère publié dans : Publications
 

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