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Vendredi 25 juillet 2008


Depuis quelques mois, je reçois des sollicitations pour mettre de la pub sur ce blog. J’ai jusqu’ici refusé, tout en me disant que si le mécène tarde à se manifester, il faudra bien que je trouve une solution pour gagner plus de sous qu’avec mes petits travaux alimentaires si je veux poursuivre une carrière littéraire. Ouh ouh, mécène, quand vas-tu te décider à m’ouvrir ton cœur et ton compte en banque, car un riche qui devient mécène a forcément un cœur à la place du porte-monnaie, c’est pas l’argent qui est nocif, c’est le fait de le garder rien que pour soi…

Mais voilà-t-il pas qu’on m’a proposé des publi-reportages. J’en ai écrit pour les magazines dans lesquels je travaillais, en choisissant les annonceurs.  Ainsi, mon assistante et moi avions refusé  de faire un publi sur des lingettes pour bébés, car les lingettes, sauf en voyage où c’est parfois pratique, sont anti-écologiques et la lotion mise dessus peut provoquer des réactions allergiques. On avait dit à l’annonceur : « Ce n‘est pas un produit éthique, on ne prend pas. » Vu ses yeux ébahis, il doit être encore à interroger Littré, Larousse, Robert et Wikipédia pour savoir ce que veut dire « éthique ».

J’ai donc opté pour le principe des publis sous réserve de pouvoir accepter seulement les propositions que je trouverais utiles, culturelles, rigolotes ou d’un érotisme flamboyant 
J.  Depuis, j’en ai refusé une dizaine. Mon cher et tendre se fout de mes scrupules en me parlant des volte-face des hommes politiques, des magouilles des financiers, des fraudeurs fiscaux et des écolos qui roulent en 4x4 et ont des piscines privées.  Il a raison. Moi aussi.  On verra bien la suite, peut-être que ce billet va décider des mécènes émus…

Post-scriptum qui n’a rien à voir.  Rien que la semaine dernière, en lisant « la Montagne », quotidien régional d’Auvergne, la dernière page consacrée aux faits-divers recélait : un père qui a pendu ses deux filles avant de se suicider, un autre qui a tué toute sa famille parce que sa femme le quittait,  un garçon de dix ans qui a poignardé son père alcoolique menaçant sa maman enceinte et un écolier japonais qui a pris en otage sous la menace d’un couteau les passagers d’un bus sous prétexte que ses parents l’avaient grondé.
Ca fait beaucoup de pétages de plombs, non ? S’y ajoutent les deux pères qui ont oublié leur enfant dans leur voiture au soleil, causant la mort des deux.  L’un est pharmacien, l’autre cadre chez AREVA.  Un tel oubli, qui nous semble inconcevable, révèle la fragilité du cerveau humain, même chez des gens instruits.

Alors quand AREVA, justement, prétend que la sécurité dans les centrales nucléaires fait l’objet de toutes les précautions- ce que les dizaines d’incidents par an, dont quatre tout récemment infirment- on ne peut pas y croire. Parce que ce sont des hommes, justement, qui en tiennent les commandes.  Dont le cerveau peut brutalement déconnecter, surtout si on diminue les effectifs par mesure d’économie et qu’on met sous pression ceux qui restent. Surtout si on fait appel à des sous-traitants moins bien formés que les agents EDF, en sélectionnant non pas le plus compétent, mais le moins disant, le moins cher.

Journaliste à ELLE lors du démarrage de la centrale nucléaire de Fessenheim (quand ils ont fait diverger le réacteur, comme on dit), j’avais fait un reportage avec les écolos qui campaient sur les pylônes, puis, objectivité oblige, une visite de la centrale. On m’y avait offert le grand jeu : gants, combinaison, protocole de précautions pour mettre la tenue, puis l’enlever sans toucher le moindre centimètre carré de tissu contaminé, etc.

« Etes-vous pleinement rassurée sur l’excellence de la sécurité, madame ?

-         Presque, monsieur, si ce n’est que vous avez oublié une chose… »

Silence angoissé des ingénieurs. « Vous avez juste oublié de me demander si je n’étais pas enceinte ».  (Une femme enceinte ne doit pas risquer la moindre contamination radioactive, dangereuse pour le fœtus).  Je les ai rassurés, je n’étais pas enceinte, mais ce tout petit oubli montrait simplement qu’ils ne pensaient pas à tout, contrairement à ce que la propagande pro nucléaire de l’époque prétendait.

Aujourd’hui où on veut faire passer l’énergie nucléaire pour une solution écologique sous prétexte qu’elle ne produit pas de CO2 (mais elle participe au réchauffement climatique via les vapeurs et les eaux de rejet) il n’est pas inutile de rappeler que l’humain n’est pas infaillible, surtout à une époque où les troubles psychiatriques sont devenus la première cause d’appel aux urgences et qu'un accident comme Tchernobyl, résultat d'une accumulation d'erreurs humaines, pèse encore sur la santé de milliers de personnes.

 

Les images, sans rapport avec le texte, sont juste destinées à faire joli dans ce billet un peu rude pour l'été :) 

 

par Françoise Simpère publié dans : En vrac
Mercredi 23 juillet 2008

Cette phrase qui, cela ne vous aura pas échappé, est un alexandrin (j’adore les alexandrins, j’en truffe mes livres tout à fait involontairement, c’est un rythme et une respiration qui me plaisent) cette phrase, donc clôt ma page « Humeur » dans le Nouveau consommateur, intitulée « la revanche des gentils ». Parce que la gentillesse éclôt mieux en été : la chaleur détend les corps, le repos détend les neurones et du coup, les gens se mettent à faire des choses inouïes en temps dit « normal ». Parler à leur voisin de plage, regarder la mer sans MP3 vissé à l’oreille, et même parfois éteindre leur téléphone mobile.

La gentillesse n’est pas une faiblesse malgré l’adage « trop bon, trop con ». C’est une force, celle d’être assez bien dans sa peau et sûr d’exister pour cesser de regarder son nombril et pouvoir s’intéresser réellement aux autres. Elle est contagieuse : souriez au marchand de journaux du Relay de la gare, j’ai essayé, ça le transfigure !  Elle est bonne pour la santé : la gentillesse et la joie de vivre font sécréter des endorphines, hormones du bien-être, tandis que les hormones du stress et de la colère usent l’organisme, j’en ai déjà parlé.

Donc aujourd’hui, je vais me faire du bien en parlant de gens que j’aime bien.


FLORENT NOUVEL, d’abord, ce très grand chanteur de 27 ans, déjà cité dans ce blog, vient d’autoproduire le clip de sa chanson « Vélibération », avec les moyens du bord et plein de
copains. J’aime Florent parce qu’il a du talent, parce qu’il est attentif aux autres, sait donner signe de vie, partager ses enthousiasmes et surtout parce qu’il émet des ondes positives de joie de vivre. Or par les temps qui courent, considérant que la noirceur génère la noirceur, et le bonheur stimule le bonheur, il est vital de se tourner vers des gens qui stimulent. En plus du clip, il a autoproduit un CD trois titres. Tout ça à voir et/ou commander sur son site :

http://www.myspace.com/florentnouvel
 

Autre gentil, Ezzedine El Mestiri qui se bat depuis 5 ans pour faire vivre le Nouveau Consommateur, magazine qui ne vous incite pas à consommer comme des fous mais à user du pouvoir le plus direct du citoyen pour changer le monde : consommer ceci plutôt que cela, adopter des modes de vie plus harmonieux et moins destructeurs de ressources. Le tout sans être Ayatollah de l’écologie, mais au contraire en parlant de plaisir et de bonheur. Hélas, alors que tant de gens se lamentent parce que la presse est aux mains de grands groupes industriels qui les manipulent, force est de reconnaître qu’ils achètent ces magazines sur lesquels ils crachent, et pas ceux dont ils disent du bien, exactement comme les téléspectateurs qui ne jurent que par Arte et regardent TF1.  Résultat : le NC a mis la clé sous la porte il y a deux ans et demi, Ezzedine a réussi à le faire repartir, mais il a failli fermer à nouveau il y a trois mois malgré un vrai succès d’estime, comme on dit des trucs intéressants mais pas rentables. Lisez le au moins une fois, pour voir. Si votre kiosquier ne le vend pas, allez sur le site pour connaître le point de vente le plus proche, car la distribution de petits journaux est effectivement moins fluide que celle des blockbusters de la presse.  Dans le dernier numéro (page 14/15) j’y rencontre Yves Cochet, l’un des très rares hommes politiques qui ose parler de Décroissance et pense que c’est non seulement une chance, mais qu’à terme, cela générera une société plus humaine et plus respirable. « Faire l’amour ou jouer du violon, dit-il, sont des activités épanouissantes dont l’empreinte écologique est très faible. » Il prône plus de temps de loisir contre moins de consommation de pétrole : « Travailler plus pour gagner plus est une mesure antiécologique. Tous les pays qui baissent leur temps de travail réduisent leur consommation d’énergies fossiles et leur pollution ».    www.nouveauconsommateur.com  

Enfin, pour le plaisir et la réputation érotique de ce blog 
J, une adresse gratuite à connaître, celle d’un site Québécois consacré aux plaisirs des sens : érotisme, lectures, objets, art, etc. Ca s’appelle l’Ile des Sens, c’est cornaqué par un homme que je n’ai jamais rencontré, chaleureux, enthousiaste, spontané comme savent l’être tant de Québécois (il commence ses lettres par Belle dame Simpère et les achève par « Je vous souhaite une journée bien inspirante ». Joli, non ?) Je lui ai fourni des textes et vais me promener de temps à autre sur cette île un peu fouillis, encore inachevée mais diablement sympathique, qui permet aussi de s’ouvrir à la psychologie québécoise, ni française malgré la langue, ni américaine malgré la géographie.

 

 

par Françoise Simpère publié dans : En vrac
Lundi 9 juin 2008

En Australie, il y avait des mouches, des mouches par millions se posant sur votre visage, votre bouche, vos bras dès que vous mettiez le nez dehors.  Un fléau ! Pourquoi tant de mouches en Australie ? Parce que les conquérants avaient introduits le bétail sur ce continent tout neuf sans y amener son complément indispensable : le bousier, insecte qui décompose les excréments, les transforme en engrais et empêche que les mouches viennent y pondre et proliférer.

Heureusement, un ami des bêtes et des excréments parcourut le monde et dénicha en  Afrique un bousier très actif, qu’il introduisit en Australie.  Miracle : grâce à cette solution ni chimique, ni irradiante, les mouches cessèrent de proliférer en Australie et la terre, dûment fertilisée grâce au bousier qui fait pénétrer les bonnes matières nutritives des excréments dans le sol, donna des récoltes plus belles et plus abondantes. A tel point que l’heureux importateur du bousier continue d’en expédier dans les régions- l’Australie est immense- où il n’est pas allé les implanter lui-même.

Cette sublime histoire, je l’ai découverte en visionnant deux des documentaires de la série diffusée sur Arte sous le titre « la fabuleuse histoire des excréments ». Où l’on découvre que l’américain moyen, s’il consomme environ 70l d’eau par jour n’en boit qu’un litre et consacre la majorité du reste à se débarrasser de ses déchets et excréments. L’assainissement, comme on dit, est une industrie lourde puisque roi ou manant, homme ou animal, nous avons tous en commun cette humble fonction évacuatrice. Et culturelle. Au Japon, on a le culte des chiottes high-tech avec analyseurs d’urine, bruits de chasse d’eau intégrés pour couvrir les bruits de miction et lunettes chauffantes pour garder les fesses tièdes. En Inde, il existe des urinoirs pour femmes, car celles-ci avaient l’habitude d’uriner debout sous leur sari (je m’en souviens très bien, ça m’épatait quand, petite fille, je suis allée en vacances chez mes grands-parents à Pondichéry). En Inde toujours, la collecte des excréments était jusqu’à il y a peu une tâche dévolue aux seuls intouchables. (là encore, souvenir précis de ces domestiques emportant sur leurs têtes les étrons familiaux, et souvenir des lieux, comme disait mon grand-père où trônaient des chaises percées…)  Au Canada, il existe un musée des cacas où les enfants peuvent apprendre comment, à la forme, la couleur et l’odeur de la chose on peut déduire l’animal qui l’a produit. On découvre aussi l’immense potentiel économique des cacas recyclés en engrais, matériaux de construction ou   œuvres d’art (une artiste française en expose dans un musée)  et des gaz récupérés à des fins énergétiques. Enfin, écouter un scientifique esbaudi devant ses machines capable de reproduire le cycle de la digestion de n’importe quel animal et de produire des crottes de toutes formes que les chercheurs analysent ensuite avec dévotion est un véritable plaisir intellectuel.

La semaine précédente, toujours sur Arte, nous sommes tombés sur un documentaire consacré à la recherche du froid absolu : - 273° comme chacun sait. De quoi se figer d’ennui, isn’t ? Que nenni, mes braves. Le film, tourné avec humour, érudition et passion nous tint en haleine jusqu’à une heure avancée.

On s’interroge à n’en plus finir sur ce qu’est une TV de service public ? C’est celle-ci, bonnes gens, qui procure le fin plaisir d’apprendre des choses qu’on n’enseigne pas à l’école ni dans les autres medias,  se joue des tabous et vous donne le sentiment de vous endormir un peu moins bête que la veille. Merci ARTE!

par Françoise Simpère publié dans : En vrac
Jeudi 29 mai 2008


Un gynécologue se targuait de prédire à coup sûr le sexe d’un enfant à naître. A la future mère il disait « Vous aurez un garçon », et notait sur un papier : « Mme D : fille ». A la naissance d’un garçon, il se félicitait « Je vous l’avais bien dit », à la naissance d’une fille, il répondait à la mère qui lui reprochait son erreur : « Pas du tout, tenez, j’avais marqué ce que je vous avais dit dans votre dossier : « madame D : fille. » Infaillible.

Ce coup du gynéco est repris par NS qui affirme « Nous ne toucherons pas au 35h », tandis que Xavier Bertrand ou Patrick Devedjian proclament « Il faut supprimer les 35h ». Ainsi, quelle que soit l’issue, ils pourront dire « on vous l’avait bien dit, suivi de l’inévitable « Je fais ce que je dis, je dis ce que je fais. »

Foutage de gueule. Je n’en détaillerai pas d’autres, lisez le Canard Enchaîné de cette semaine, c’est un florilège excellent des mensonges, semi-vérités, absurdités et autres arrogances des gens qui nous gouvernent ou voudraient bien nous gouverner.  Heureusement qu’il y a le Canard pour fournir à prix raisonnable (1,20 € ) l’antidote au matraquage TV.

Internet et bien d’autres journaux le font, certes, mais il faut fouiner, surfer, et acheter des journaux (Politis, le monde Libertaire, le Sarkophage, Courrier International) dont l’indépendance a un prix. Heureusement aussi que certains- entendu au vol en zappant de ci de là- posent des
questions qui montrent que tous ne sont pas dupes.

A propos de Daniel Bouton PDG de la Société Générale : « Ou vous le saviez et vous vous accommodiez fort bien des imprudences lucratives de Jérôme Kerviel, ou vous ne le saviez pas, et vos systèmes de contrôles sont nuls ! » (un petit actionnaire)

A propos du prix du poisson : « Il faudrait savoir pourquoi le poisson acheté 3€ le kilo aux pêcheurs est vendu 15 ou 20 € dans les grandes surfaces ? » (Michel Barnier)

200 milliards de fraude fiscale en Europe ! Il y a là un gisement financier qu’il suffirait de récupérer pour disposer de crédits sans créer la moindre taxe (Benoït Hamon, député PS européen)
A quoi servirait le PS s’il revenait au pouvoir sans aucun projet cohérent à présenter ? C’est la question que peuvent se poser les Français. (le même, décidément bien lucide)

Pourquoi demande-t-on des efforts à tous les salariés et admet-on que les revenus des grands patrons français aient progressé en moyenne de 58% en un an ? (tout le monde)

Pourquoi le fils d’un noble Hongrois et d’une avocate, élevé à Neuilly, adopte-t-il un parlé systématiquement vulgaire ?  Pour faire peuple (quel mépris pour le peuple !) ou parce qu’il a été mal éduqué ?

Pourquoi ne dit-on pas que la productivité des travailleurs français est une des plus élevées d’Europe et que la France est le 3ème pays où les entreprises étrangères viennent investir ? (un manifestant à Paris)

Je terminerai par une angoissante question qui m’a traversé brutalement l’esprit :
Qu’est devenue Stéphanie de Monaco ? Avez-vous remarqué que depuis l’avènement de la politique « people éblouis par le fric » », la princesse qui osait avoir un amoureux poissonnier du nom de Mario Jutard, épouser son garde du corps Ducruet (avec qui elle a eu l’intelligence de rester en bons termes) faire un enfant hors mariage avec un autre garde de son corps, épouser un acrobate, vivre dans une roulotte, susurrer que l’amour est un Ouragan, nous valant cette fine plaisanterie d’un chansonnier : « La princesse chanteuse a un pied à Paris, l’autre à Monaco, les Lyonnais s’inquiètent », bref Stef de Monac’, la Princesse qui voulait vivre comme tout le monde a disparu ou presque des gazettes, au profit de gens qui veulent vivre comme des princes.

Jamais nous n’aurions pensé regretter un jour Jacques Chirac, me disait un syndicaliste. Jamais je n’aurais pensé regretter les frasques de  Stef’ de Monac !

Dans le prochain billet, nous parlerons du nomadisme de la petite culotte… (je soigne mes teasers J )

 

 

 Seul le plus haut placé ne prend pas de fiente sur la gueule...

par Françoise Simpère publié dans : En vrac
Mercredi 7 mai 2008

A 10 ans- il était né en 1904- René Dumont apportait aux soldats des tranchées, parfois au péril de sa vie, les chandails que tricotaient sa mère et ses tantes.  Un soir, on amena des blessés dans sa maison, qu’il entendit hurler toute la nuit avant qu’ils meurent. Il décida alors, définitivement, que la guerre est un massacre que rien ne justifie. On l’envoya au service militaire et il en revint, selon ses propres termes « fou pendant six mois ». Il refusa dès lors de vivre quoi que ce soit de contraire à ses convictions. Dumont était un écologiste précurseur, un réel humaniste, insolent, audacieux, plein d’humour mais capable d’affronter des dictateurs pour leur démontrer leurs aberrations. Pas le genre à s’excuser auprès des Chinois, et il avait raison : ces derniers méprisent l’adversaire qui s’humilie devant eux. La dernière image du documentaire de Bernard Baissat « René Dumont, citoyen de la Terre » montre ce malicieux agronome escaladant à 88 ans une barrière avec l’aisance d’un jeune homme. Il est mort à 98 ans. Vivre en accord avec soi-même préserve la santé. Souvent, la dépression vient du décalage entre vie rêvée et vie vécue. 
Chaud week-end en Auvergne. J’y ai appris d’un sculpteur  qui m’a hébergée chez lui la recette de la liqueur de Verveine, fraîche au palais, exquisément parfumée, et juste assez titrée pour favoriser un sommeil profond mais serein. Je crois que je vais planter quelques pieds de verveine dans mon jardin… Des fèves aussi. La compagne du sculpteur m’a fait découvrir leurs fleurs blanches et noires, superbes. Des plantes qui se mangent,  et de surcroît décoratives ! Nous avons cueilli des radis et de la roquette sous l’œil inquisiteur d’un chat blanc tout en nous racontant des histoires de filles.
De retour à Paris, discuté une heure à une terrasse avec un homme charmant. Libertin tendance marshmallow, goûtant le plaisir comme une gourmandise tendre. Il vit avec curiosité et un naturel quasi enfantin des escapades coquines dans des lieux  que d’aucuns trouveraient glauques et que son sourire rend sympathiques. Délicieux de parler aussi intimement avec un inconnu … 

    Le soir, autre projection, puis retour par les quais de Seine dans une tiédeur de printemps presque été. Nuit de Chine.

Le lendemain matin, infos radio, concentré de catastrophes : Nicolas an 1, cyclone en Birmanie, traque de chômeurs, une femme violée et séquestrée pendant 28 ans par son beau-père qui lui a fait six garçons souhaite rencontrer son homologue autrichienne, violée et séquestrée par son père pendant 24 ans. Mon père, instruit par sa profession de magistrat, avait raison : la famille, valeur refuge, est aussi le lieu de toutes les abominations, violences, incestes, querelles d’héritage…  Encore n’avait-il pas connu les bébés congelés …

J’ai éteint la radio. La vraie vie est ailleurs. 



 

par Françoise Simpère publié dans : En vrac
 

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