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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 18:56

dieux1.jpgElle le rencontra dans un bar. Un dealer propre sur lui, qui lui inspira sur le champ confiance. Après quelques verres de bon vin et une petite fumette partagée, il lui souffla à l’oreille qu’il avait quelque chose de meilleur à lui proposer, du genre qui fait planer non seulement pendant mais après… avec la décharge d’adrénaline, d’endorphines, de dopamine, bref de tous les trucs en « ine » qui signent le very good trip.

feux d'art1Il n’avait pas menti. Une seule dose de sa came suffit à la faire planer si fort qu’elle réclama « encore ! » mais il rit : « Pas ce soir, j’ai à faire, je te promets de revenir demain. » Il était à peine parti que déjà elle rêvait au lendemain, regrettant dans le vertige qui l’avait saisie de ne pas avoir pensé à lui demander son numéro de mobile.

homme4.jpgLe second jour, il doubla la dose et ce fut dantesque. Elle ne savait plus qui elle était ni où elle habitait, tout ce qu’elle savait c’est qu’il lui faudrait désormais sa dose quotidienne, tant le manque la saisissait quelques minutes à peine après son départ. Avant, elle avait pourtant goûté à l’herbe, de la bonne rapportée par un ami d’Afghanistan, elle avait testé des comprimés qui font rire lors d’un festival techno, bref elle n’était pas une débutante, mais jamais encore elle n’avait été aussi intensément et rapidement addict. Elle appela des copines pour leur raconter cette merveille et toutes l’envièrent. Seule sa meilleure amie, Polly Sirène, fronça les sourcils. « Fais gaffe, t’es en train de partir en vrille. »  Elle pensa que son amie était une rabat-joie, et ne voulut pas entendre l’avertissement, passant les dix jours suivants dans l’attente éperdue du dealer et ne se ranimant que lorsqu’il sonnait à sa porte.

Un soir, il ne vint pas. Elle connut une nuit blanche où elle se tordit de douleur sur son lit, en proie au manque qui lui creusait le ventre et la laissait en sueur, en larmes en désespoir… Le cinquième jour, il arriva comme si de rien n’était : « Désolé, j’étais en voyage et n’ai pas pu te prévenir. » Elle se précipita sur lui, il l’écarta de ses deux mains tendues, sourit : « Une seule dose pour te réhabituer, ou tout de suite deux ? » La question ne se posait même pas. Elle en voulut, une, deux, trois, avec la sensation de ne vivre pleinement que durant ces minutes là.

Elle lui dit qu’elle avait besoin de sa came quotidienne, qu’il devait la lui fournir, après tout c’est lui qui l’avait rendue addict, il ne pouvait pas la laisser tomber. Il ne répondit pas et elle fut prise d’une angoisse intense à l’idée d’avoir été trop insistante. Elle lui proposa une grosse somme d’argent, il la refusa. « Plus tard, rien ne presse. »

cerise_sensuelle.jpgUne fin d’après-midi où l’orage donnait à la ville des lueurs de crépuscule, elle l’aperçut dans un café, parlant à l’oreille d’une femme qui riait en l’écoutant. Elle en fut offusquée. Ce sale type dealait partout ! Elle appela Polly pour lui crier son indignation. Polly essaya de calmer le jeu : « Réfléchis : il te fournit tes doses, n’est-ce pas ? Alors pourquoi te mettre dans un état pareil ? – Mais Polly, c’est insupportable, je ne veux pas qu’il deale ailleurs. -C’est sa vie, tu ne peux pas l’enfermer chez toi, tout de même ! »  Elle en convint, tout en se disant intérieurement que si, c’est ce qu’elle aurait voulu : l’enfermer et qu’il devienne son dealer attitré. Elle ne supportait pas l’idée que d’autres qu’elles goûtent cette drogue exquise. Il ne lui suffisait plus d’en profiter, elle en voulait l’exclusivité. 

lego_monstre2.jpgLe soir, après sa dose car elle aurait été incapable de lui parler avant, elle lui révéla qu’elle l’avait vu dealer dans un bar et qu’elle ne le supportait pas. Il se leva pour partir, elle se traîna à ses pieds, il se dégagea, elle tenta la froideur : « Fiche le camp, je trouverai d’autres dealers, tu n’es pas le seul à avoir de la bonne came. » Mais quand il ouvrir la porte, elle hurla : « Reviens, sinon je vais mourir ! ». Elle écouta décroître le bruit de ses pas dans l’escalier et crut effectivement qu’elle allait mourir tant le manque se faisait aussitôt sentir.

Elle  se procura une arme, guetta le dealer à la sortie du bar où il officiait ce soir là. A peine avait-il franchi la porte qu’elle tira deux fois. Elle visait bien, il s’écroula, elle s’enfuit en courant et monta quatre à quatre chez elle.

Quelques jours plus tard, averti par son employeur qui s’inquiétait de son absence et n’avait pu la joindre au téléphone, les pompiers enfoncèrent la porte et la trouvèrent morte sur son matelas, un flacon de comprimés ouvert sur la table de nuit. A défaut de sa dose, elle avait avalé une overdose de somnifères.

« Encore un drame de la drogue, soupira le flic qui les accompagnait.

-Ou un chagrin d’amour, suggéra le jeune pompier ému par la beauté de la jeune femme.

- Rien à voir avec l’amour, fit le flic en haussant les épaules. La drogue dont je te parle est hyper dangereuse et pourtant non seulement tolérée, mais encouragée par la société. On l’appelle la passion dite abusivement « amoureuse » qui rend les gens fous et peut les amener au crime ou au suicide, à s’avilir et à devenir dépendants pire que des cocaïnomanes. A part l’argent, je ne connais rien d’aussi addictif. Enlève la passion et l’argent, la jalousie et l’avidité, tu élimines 80% des faits-divers. D’ailleurs, étymologiquement, passion signifie souffrance. » (ce policier cultivé avait fait du latin).

Lyrique, il leva les yeux au ciel : « Seigneur, délivre-nous de la passion et apprend nous l’amour. »

 

img_0109.jpg

 

Je ne résiste pas au plaisir de faire connaître cette chanson aux jeunes générations, c'est un monument!

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6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 17:41

homm_riche.jpgQuand j’étais gamine, quantité de mes camarades n’avaient jamais pris l’avion ni vu la mer. L’avion, c’était un rêve, le luxe absolu réservé à quelques privilégiés. On offrait aux passagers, choyés comme des nababs, des valises ou des trousses de toilettes somptueuses aux armes de la compagnie aérienne. Les hôtesses  triées sur le volet- à l’époque on leur imposait curieusement d’être célibataires- ressemblaient à des top models et faisaient rêver les petites filles, alors qu’aujourd’hui  toute gamine sait que c’est un boulot de serveuse  dans un étroit couloir, même si la formation en langues étrangères et en secourisme est extrêmement pointue.

Depuis, l’avion s’est largement démocratisé, mais les compagnies aériennes continuent à s’adresser aux passagers- par le biais de luxueuses revues sur papier glacé- comme s’ils étaient richissimes, menant une vie de luxe et de volupté loin du commun des mortels. Leur style et leur langage sont un trésor d’euphémismes et de snobisme, que l’on retrouve d’ailleurs dans certains hôtels chics ou spas,

comme ceux que j’ai observés au cours de mes pérégrinations journalistiques, et certains magazines de mode… ou pas. Cela mérite bien un lexique.

VIE SOCIALE

Un lieu incroyable, hors du temps (à propos d’un restaurant). 1. Un petit resto traditionnel et pas cher du tout. 2. Un établissement luxueux sur une plage privée à 20 000km de Paris.

Une œuvre minimaliste fondamentalement conceptuelle : un foutage de gueule très bien coté au marché de l’Art

Quelques gouttes de fraîcheur pour sublimer une simple salade : remplacez le vinaigre par du jus de citron.

Mon inspiration vient d’émotions sensorielles (artiste) : je fais ça à l’instinct, sans aucune formation artistique.

Les élites économiques… le commun des mortels (Obs du 14 juin) : les riches… les autres

Argument populiste : le fait de rappeler que certaines fortunes sont indécentes quand des millions de gens vivent avec un dollar par jour.

Vos indignations juvéniles sont charmantes : pfff… gauchiste à 50 ans…

Nous sommes entre gens de bonne compagnie : évitons de parler politique, nous risquerions de nous fâcher

Mes filles adorent la modernité : mes filles me ruinent en gadgets hi-tech

Ma femme aime les belles choses : elle fait exploser la carte bancaire dès qu’elle entre dans une boutique

Ce it bag plébiscité par les it girls les plus trendy  est un must have chez les fashionistas : voilà le sac à la mode.

C’était une formidable aventure humaine (comédien) : on vient de tourner un film dont on espère qu’il va cartonner.

J’ai eu envie de prendre des risques, de me mettre en danger (comédienne) : j’ai  joué ma première scène de nu.

Trop d’impôt tue l’impôt : quelle idée de supprimer les niches fiscales !

On vit une période d’inquisition : j’ai un contrôle fiscal sur le dos

J’ai choisi un pays à régime fiscal attractif : j’ai délocalisé dans un paradis fiscal

L’insécurité règne dans les rues même en plein jour : il y a de plus en plus de SDF

VIE PRIVEE

Je suis sûr que vous êtes une femme très libérée : vous allez coucher avec moi, n’est-ce pas ?

bar.jpgMon épouse est très compréhensive : je la trompe énormément

Mon aînée s’est entichée d’un artiste : son mec a les cheveux longs et gratte la guitare

Olivia est une très bonne amie: nous ne sommes plus amants

J’adore les femmes : je saute sur tout ce qui bouge

Il faut mettre du piment dans la vie de couple : nous pratiquons l’échangisme

Sur le plan sexuel, je me suis bien assagi : ma prostate fait des siennes

J’ai arrêté de fumer et je mange bio : j’ai peur d’attraper un cancer

Je suis allée me ressourcer quelques jours : j’ai passé le week-end chez mes parents

Je suis parti de rien : 1. Mon père n’avait pas de fortune personnelle. 2. Je n’ai fait aucune étude

Vous avez l’air si heureuse : ma vie me fait de plus en plus chier.

En primaire, je fréquentais la communale du village : je ne suis pas aussi snob que vous l’imaginez

Coltan-les-mines-de-lenfer2-copie-1.jpgTerminons par deux extraits piochés dans Air France magazine, rubrique  « le monde en brèves » qui montre quelles sont les nouvelles essentielles dans cet univers parallèlele ciel est le plus bel endroit de la terre, comme dit la pub :

« 23000 personnes supplémentaires posséderont un patrimoine de plus de 100 millions de dollars US d’ici 2016. »

« Lagos s’offre le luxe : malgré la pauvreté et la violence, le Nigéria a développé une industrie du luxe grâce à sa manne pétrolière. D’ici 2020, (la ville) devrait atteindre un niveau de consommation d’environ 25 milliards de dollars. Auparavant, les élites économiques Nigérianes  devaient aller faire leur shopping à Dubaï. »

 

avion.jpg

 

 

 

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 11:26

Tout comme « les marchés » deviennent des sortes d’entités surpuissantes à propos desquelles nous n’aurions aucune responsabilité, aucune capacité à réagir, le climat est devenu un ennemi, un type louche et déréglé qu’il faudrait éliminer si c’était possible, pour vivre en permanence à 20°.

hamac.jpgAinsi, on vous annonce en hiver que « le froid a tué un SDF » en oubliant que le malheureux est plus mort d’être SDF qu’à cause du froid. D’autres font du ski en hiver et s’en portent très bien… En été, communiqué alarmistes contre la canicule : « il fait chaud, ne sortez ni les bébés, ni les vieillards », on lutte sur le front des incendies et contre la pollution, on se mobilise contre la canicule. Le soleil auquel on aspire après un mois de juin pourri devient un ennemi dès qu’il fait chaud, on allume les clims (ce qui aggrave la situation, car nul n’ignore qu’une clim’ rejette à l’extérieur les calories piquées à l’intérieur) et l’on parle du « dérèglement climatique » quasi en traitant la Terre de planète en chaleur, avec la connotation péjorative de ce genre d’expression.

serifos2008-9.jpgArrêtons de déclarer la guerre, de raisonner en termes de conquête, de maîtrise ou de guerre ! C’est avec cette logique agressive qu’on a créé l’agriculture intensive qui appauvrit et empoisonne les sols, qu’on a désertifié les mers, emprisonné les animaux en batterie et créé des villes sans âme. Parions plutôt sur un développement amoureux avec et non contre la planète. Pas de développement amoureux durable sans observation réciproque et respectueuse, sans prise en compte de la sensibilité de chacun, sans respect du territoire et de la liberté des êtres. Dès qu’il y a rapport de forces, possession sans désir, c’est l’échec. On ne devient pas écologiste en forçant l’ADN d’un épi de maïs pour lui insérer un gène de bactérie, mais en observant les champs de maïs pour comprendre comment ils se défendent naturellement contre les prédateurs, ce qui les rend plus forts et ce qui les fragilise. Exemple autre que le maïs : on évite bien des maladies de la vigne en espaçant davantage les ceps pour que l’air circule mieux entre eux, ça réduit l’humidité qui attire les champignons et les parasites. On y perd un peu en rendement, mais la terre reste saine et on économise sur les achats d’intrants chimiques.

penjari-elephants.jpgEn été, bien sûr qu’il faut être attentif aux feux de forêt et à la pollution, mais en fait, c’est toute l’année qu’il faudrait penser que le bois est combustible et l’air pur pas inépuisable. Au lieu de lutter contre la chaleur, imitons ce que font les gens qui vivent toute l’année dans des pays caniculaires. Se lever tôt pour profiter des heures fraîches et compenser la nuit plus courte par une sieste, y compris au travail. Les entreprises doivent savoir qu’une demi-heure de sieste leur rendra des salariés bien plus fringants et productifs qu’une clim’  et un excès de café. Boire beaucoup. De l’eau du robinet, potable dans la majorité des départements. Qu’un vieux meure déshydraté chez lui faute d’avoir pu monter son « pack » d’eau minérale (c’est arrivé en 2003) montre à quel point de dépendance et de stupidité est arrivé l’homo occidentalis. Apprécier la chaleur qui donne envie de fruits et de légumes, et d’un verre de vin frais partagé avec des amis dans la douceur de crépuscule tardifs.

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photo de Lars Stephan

Inutile de gaspiller des hectolitres avec deux douches par jour : un gant humide passé sur le corps à intervalles réguliers suffit à rafraîchir et cela peut se faire partout : au bureau, chez soi, presque dans la rue. Rue où par temps torride tout ou presque est permis : les filles sont belles, les hommes dorés, les nombrils en goguette, les jambes fines et attirantes. Profitons de siestes torrides où l’on découvre, dans les délices de l’amour l’après-midi, la sensation oubliée des odeurs corporelles ( je parle de gens qui se lavent régulièrement, évidemment), sueur aphrodisiaque qui dessine sur le dos de l’homme des rivières que la bouche a envie de suivre de la source à l’embouchure, qui donne à la peau féminine un glissé inédit propice aux longues caresses… L’été sera torride ou bien ne sera pas, bel alexandrin dont on ferait volontiers sa devise.

Lorsqu’on aime la blondeur des épis parce que, comme au renard du Petit Prince, elle évoque une  chevelure longuement caressée, lorsqu’on aime l’odeur de la mer comme le souvenir de celle d’une femme désirée, lorsqu’on respire à pleins poumons un air si pur qu’il grise d’une émotion quasi charnelle, bref, quand on érotise la nature, on ne supporte plus de l’arroser de pesticides, de prendre la mer pour une poubelle et l’atmosphère pour un cendrier qui pue. On a envie de l’apprivoiser et de se blottir contre elle, avec la certitude que le bonheur est ailleurs que dans un taux de croissance.

 

sarakiniko.jpg

Ce n'est pas le Groenland et ses icebergs, mais Sarakaniko à Milos (Grèce)

 



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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 13:25

agios sostisA Sérifos, j’ai abordé des vacanciers à l’accent du sud (Albi) en leur demandant s’ils pouvaient garder mon sac le temps que j’aille me balader sur la colline proche.  Des retraités de l’Education nationale.  Pas très rock and roll a priori, sauf que ces gens là, en plus d’être tout à fait joyeux, ont passé une bonne part de leur vie professionnelle à essayer de sortir de l’ornière des jeunes en danger social ou en déficit de neurones. Des efforts surhumains pour en sauver peut-être 10 ou 15%, mais quel bonheur quand ils y arrivent !!!  « Ils ont parfois 40 ans et me sautent au cou en m’appelant Maîtresse », rit Claudine. Je leur explique que « Maîtresse», à leur âge, ça peut avoir une connotation mais rien à faire : je reste maîtresse, celle qui leur a donné confiance en eux. »

P1020636Les quelques secondes où je me suis assise sur le sable pour échanger quelques phrases se sont transformées en un ouzo/mezzés le lendemain car je voulais leur faire connaître le petit bar de la jetée- tout à côté de l’embarcadère du ferry- où les mezzés sont somptueux et le serveur adorable. Claudine et son mari, le couple d’Albi, ont crapahuté au Yemen, à Cuba, en Grèce, en Asie… tout en résistant à l’ordinateur (ils n’en ont pas chez eux) au téléphone mobile  et jusqu’à il y a trois ans à la carte bancaire. « Pas besoin de  mail, soutient Claude, quand je veux des nouvelles de quelqu’un, je lui écris ou je vais le voir. » Ils sont de gauche, la  vraie rouge qui tache, et débordent de joie de vivre et de générosité.  

P1040405.JPGAutre découverte, un estivant solitaire faisant des mots croisés. Je suis  sûre qu’il est français, les mots croisés sont un truc de français. Je l’aborde, lui parle de Serifos, de son ancienne mine de cuivre, du cimetière avec vue sur mer que lui-même a trouvé superbe… En fait de solitaire, il est venu avec des amis en voilier et repart le lendemain. On nage ensemble, il va dîner avec ses amis, on se recroise sur le port et en quelques pas dans le village baigné du parfum nocturne des chèvrefeuilles se crée une complicité que d’aucuns mettent des années à acquérir. Musicien, ingénieur, voileux, sculpteur… un touchatout comme je les aime avec qui je passe une exquise soirée comme si je le connaissais depuis des lustres, sans savoir si je le reverrai un jour mais qu’importe : il existe quelque part.

marina.JPGJ’allais oublier : à Serifos, j’avais été accueillie le 6 juin à la sortie du Ferry par ma copine Marina et son ami. Il y a 6 ou 7 ans à Milos, je mangeais seule dans une taverne, comme d’hab’ et j’avais entendu un couple derrière moi parler de détendeur et de niveaux 2 ou 3. Je les avais abordés : « Vous êtes plongeurs ? » Ils étaient, moi aussi, et on s’était retrouvé le lendemain au Milos Diving Center de Yannis dont j’ai déjà parlé. Marina est devenue une amie, même si on ne se voit pas souvent à Paris,  boulot oblige. Périodiquement, on s’envoie des courriels pour se raconter nos vies, nos amours (et relativement peu nos emmerdes) ou on se propose impromptu un concert, un dîner, une soirée pyjama…

areti.JPGEn Grèce, j’ai aussi le plaisir infini de retrouver depuis des années des visages familiers qui s’éclairent d’un sourire en me revoyant, même quand il s’est passé deux ans entre deux voyages. Madame Bouris, épouse de Minas Vas. Bouris  qui tient  l’hôtel ARETI, areti@serifosisland.fr

avec des fleurs partout dans le jardin, et des balcons avec une sublime vue, m’a sauté au cou en m’apercevant. 

stamatis2.JPGstamatis.JPGstamatis3

A la taverne STAMATIS, loin au bout de la plage, là où la route est de terre battue- cherchez, ça vaut la peine- j’ai revu le patron et ses deux serveurs fidèles, un chauve souriant (sans jeu de mots) et un pince-sans-rire qui parle de mieux en mieux le français et vous conseille avec assurance d’excellents plats grecs à prix doux et arômes méditerranéens. Cette année, ils étaient parmi les rares à avoir des clients chaque soir, moins que d’habitude cependant, et leur offraient le dessert. A Serifos, on peut boire du vin local qui change de la retsina. Un blanc sec pas mal du tout, et un rouge légèrement madérisé, parfait en apéritif.  

glaros-rooms.JPGA Hydra,  ambiance beaucoup plus mondaine.  Ce qui n’empêche pas de dénicher des chambres toutes mignonnes, avec terrasses ombragées, comme celle que j’ai louée chez Glaros. J’y ai aussi fait la connaissance de Carolina, française de la Rochelle mariée à un Grec, qui m’a permis de mieux comprendre l’île où elle vit depuis 7 ans avec un double, voire sextuple regard puisqu’elle parle 6 langues. Elle fabrique des bijoux et des céramiques et vend les créations d’artisans locaux. Plaisir  de trouver de jolis objets abordables et pas « made in China » ou « India ».

Pour tous ces cadeaux inattendus, ces rencontres qui durent ou pas,  mais qui toutes font vibrer,  je garde confiance en la vie. Sur le ferry, j’ai passé un bon moment à contempler un homme d’une beauté stupéfiante – enfin, à mon goût- en train de lire avec un évident plaisir. Après l’épidémie d’obèses de 40 berges que j’avais déplorée ces derniers jours, ce mec où il n’y avait rien à jeter, tout à admirer, m’a procuré plaisir des yeux et du cœur. Comme quoi, emporter sa libido partout avec soi garantit de ne jamais s’ennuyer !


hydra-rue.JPG

 

 

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 12:29

village-hydra.JPGY… serveur Albanais marié en à une grecque : depuis 15 ans, je regarde vivre les Grecs et je sais ce qu’ils pensent. Ils sont OK pour bosser dur, mais ils veulent  garder ce qu’ils gagnent. Ils disent que l’argent, c’est pour eux et leur famille, pas pour l’Etat et les fonctionnaires corrompus, mais la corruption vient aussi d’eux.  Dans ce pays, il y a énormément d’argent, mais personne ne veut payer d’impôt, pas seulement les armateurs et l’Eglise, toutes les professions privées. Pour eux, l’Etat est une charge… mais on lui demande de faire des routes, des écoles, des hôpitaux… et on râle quand ça ne marche pas bien. Maintenant, on demande aux Français et aux allemands de payer pour la Grèce, mais pourquoi paieriez-vous pour ce pays alors que les Grecs ne veulent pas payer pour lui ? (Je lui explique que ce n’est pas par bonté d’âme, mais parce que les banques françaises et allemandes seraient à leur tour en grande difficulté si la Grèce sortait de l’Euro).  Je pense que Nouvelle Démocratie et le Pasok ne vont pas arriver à gouverner ensemble, ils sont adversaires ! D’ici un ou deux ans, ce sera le chaos politique, avec de nouvelles élections et peut-être l’arrivée d’extrémistes au pouvoir.

port hydraC, commerçante française mariée à un Grec : « Jusqu’à il y a deux ans, j’étais la seule de l’île à reverser la TVA aux impôts. Les autres la facturaient aux clients mais ne la reversaient pas. Payer des impôts, c’est très mal vu par les commerçants, les professions libérales et les plus riches. Ils considèrent que l’école et les hôpitaux publics sont mauvais- faute d’argent pour les financer- mais comme ils envoient leurs gosses en école privée, peu leur importe. Les seuls vrais contribuables sont les fonctionnaires, qui sont prélevés à la source. C’est donc une hérésie de réduire le nombre des fonctionnaires et leurs salaires, ce sont les seuls travailleurs qui entretiennent les finances publiques ! La crise a commencé ici bien avant 2008, avec les JO de 2004. C’est dantesque ce que les entreprises ont touché comme pots-de-vin pour mener à bien les travaux, parce que l’Etat Grec ne voulait pas déchoir face au reste du monde. Vous vous souvenez comme on disait à l’époque que rien ne serait prêt à temps, qu’un si petit pays ne pouvait pas faire face… Je suis surprise que Syriza n’ait pas gagné les élections car autour de moi, je ne voyais que des gens prêts à voter à gauche, et les journaux annonçaient sa victoire, en prédisant la faillite du pays dès le lendemain des résultats. A moins  les sondages aient été une manipulation… Un mois avant les élections, 500 à 700 millions d’euros ont quitté la Grèce chaque semaine pour l’étranger. A tel point que la dernière semaine, plus personne n’acceptait la carte bancaire, on avait trop peur que les sommes ne soient jamais créditées en cas de faillite du système bancaire.

hora le soirX… ingénieur des Mines Suisse. « J’ai passé une part de ma vie à mettre en relation les ingénieurs et les géologues, vu que les premiers feraient moins de bêtises s’ils écoutaient les seconds, mais que les seconds parlent un langage que les premiers ne comprennent pas. Beaucoup de conflits viennent de différences culturelles, y compris la crise européenne. J’ai travaillé 25 ans en Grèce pour y trouver de l’eau douce à l’aide de forages et de barrages en terre,ma spécialité. J’aime tant ce pays, que j’étais prêt à y bosser au tarif « femme de ménage ». (On le payait 18 euros de l’heure, les femmes de ménage suisses sont mieux payées qu’en France…) « Savez-vous qu’en Grèce ancienne, comme chez les musulmans, le prêt à intérêt était immoral ? Vouloir multiplier l’argent à partir de l’argent, c’était se prendre pour un  Dieu, donc mal. L’entrée dans l’Europe et l’Euro les a fait basculer dans la culture de la finance et de la spéculation.  Certains Grecs y ont fait fortune, sans réaliser que cette économie là obéissait à une logique et à des règles très différentes de leurs habitudes…» -Pourquoi la Banque européenne a-t-elle choisi un Suisse pour un projet européen plutôt qu’un ingénieur de l’U.E : « Parce que l’Europe manque d’ingénieurs « de terrain ». Les besoins sont immenses pour construire de grands ouvrages, alimenter les peuples en eau douce, construire de façon écologique… et on ne trouve plus assez d’ingénieurs parce que depuis quelques années, les meilleurs d’entre eux préfèrent se tourner vers l’informatique ou la finance. L’informatique, Internet, c’est évidemment très utile, mais ils est indispensable de se confronter au terrain pour comprendre les choses.»

P1010376.jpgDirecteur d’hôtel au Pirée : Je suis content que les partis de droite s’allient pour gouverner ensemble. (Je lui fais remarquer que le Pasok, en principe, est socialiste, il se reprend). Euh… Je crois qu’il faut oublier ces histoires de gauche et de droite pour sauver la Grèce. Nous avons des opportunités, des atouts, mais le gouvernement ne doit pas, comme le voulait Syriza, augmenter les taxes et les prix. Si on nous augmente les charges, on ne peut plus vivre ! Si les petits commerçants doivent payer des impôts, pareil ! On paye déjà beaucoup trop de taxes. Alors bien sûr, il y a des fraudeurs, des gens exemptés d’impôts… laissons les, ce n’est pas grave. Ce qu’il faut, c’est que le gouvernement travaille pour fournir au pays de bonnes routes, des écoles, des hôpitaux, pour que la Grèce soit attractive pour les investisseurs. Voyez-vous, notre problème, ce sont les immigrés : les Albanais, les Irakiens, Iraniens, Pakistanais… Ils envahissent Athènes et nuisent à notre sécurité. Ici, on n’a pas de bons immigrants, que de mauvais immigrés.

Non, je n’ai pas voté pour Nouvelle Démocratie, j’ai voté pour un autre parti de Droite…

 

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 11:48

vote2.JPGvote1.JPGDimanche 17 juin, le vent est si fort que je renonce à nager et vais traîner vers l’école où votent les Grecs.  Pas mal de monde, ils ont du mérite car beaucoup ont dû revenir d’Athènes où ils travaillent pour voter sur leur lieu d’origine, le vote par procuration n’existe pas en Grèce. Je leur en ai parlé, ils étaient ébahis… et envieux. A la sortie les gens discutent.  Un jeune dit que Nouvelle Démocratie (ND, genre UMP) reste favorite, avec une forte poussée de Syriza (genre Front de Gauche). Il craint un « 3ème tour social » si ND gagne, mais davantage encore la victoire de Syriza, dont tous les journaux affirment qu’elle se traduirait par la faillite bancaire dès le lendemain.  Sans oublier le risque de coup d’état militaire, les Grecs gardent en mémoire la dictature des colonels qui ne date que d’il y a 40 ans. « Les Grecs sont inquiets, mais ils n’ont pas encore réalisé l’ampleur de la crise, ou plus exactement, ils ne savent pas comment s’en sortir, il y a 4 ans qu’ils font des efforts, sans résultat. »

syriza.JPGFinalement, Nouvelle démocratie est en tête suivie de Syriza à deux points et demi d'écart, mais comme en France, le découpage fait que ND aura dans les 133 sièges, Syriza 72 et le Pasok une quinzaine.  Pas d'accord possible entre les deux premiers, ce serait demander au Front de gauche de rallier l’UMP… Au Pirée, manif une heure à peine après les résultats définitifs : flics casqués, pluie de tracts  (un centimètre d’épaisseur sur la chaussée) odeur de gaz et de fumée, pompiers… Le lendemain à la place d’une bijouterie de luxe, il y a un trou noir et des débris calcinés. Cocktail molotov, incendie accidentel ? Le 18 au Pirée, je vais à Marina Zea, l’autre face de la Grèce. Luxe et volupté, beaucoup d'enseignes étrangères, des banques, des yachts portant souvent pavillon anglais ou allemands (les Allemands adorent la Grèce, elle en est truffée) De blondes Grecques nagent dans la baie magnifique comme dans une piscine privée.

taverne2 hydraFin des vacances avec deux jours à Hydra, sur la mer Myrtoo entre les golfes Saronikos et Argolikos. Maisons de pierre à étages et toits de tuiles rouges, style italien, histoire entre marins, révolutionnaires, militaires et artistes … C’est là que Léonard Cohen acheta une maison dans les années 60 et vécut avec Suzanne, qui d’ailleurs revient régulièrement dans l’île.

croisiere-hydra.JPGane hydraLe front de mer aligne des yachts de toutes tailles, sans oublier les énormes bateaux de croisière qui embarquent quelques centaines de touristes pour, en une journée, « faire » Egine, Poros, Hydra et Spetses. Une heure dans chaque île, le temps de parcourir deux ou trois ruelles en soupirant « Quel calme, que c'est beau! » faire des photos puis du shopping dans les innombrables bijouteries de l'île, tandis que les hommes sirotent un ouzo ou une bière sous l'auvent d'un des cafés qui bordent le port. Rien à voir avec l'aridité enivrante des Cyclades et les petits cubes bleus et blancs. Il suffit pourtant de rester un jour de plus et d'aimer marcher pour découvrir, un peu en hauteur, des paysages magnifiques et de vieux grecs souriants qui rappellent ceux décrits dans « l’Eté Grec ». Hydra est une île sanscvoitures, on s'y déplace à pied, en bateau ou en âne. 

chats-hydra.JPGFinalement, Nouvelle Démocratie et le Pasok vont faire alliance pour gouverner. Ca correspond à peu près à l'UMP/PS. Cette union nationale avait été proposée par Papandréou (Pasok) il y a un an, Nouvelle Démocratie avait refusé, Samaras voulait des élections. Aujourd’hui, il l’accepte. Parce qu’il a vaincu le Pasok. Pour la petite histoire, c’est aussi une question d’hommes : Papandréou et Samaras étaient cothurnes à l’université et sont en rivalité personnelle depuis lors… Voilà ce qui s’appelle perdre bêtement un an. Le paradoxe est que le peuple Grec ait confié à ND/Pasok le soin de sauver le pays, alors que ce sont ces deux partis qui l’ont conduit au désastre : ND entre 2004 et 2009, le Pasok ensuite. On prend les mêmes et on espère ne pas recommencer ? Certes, près de plus de 26%  des Grecs ont voté Syriza, mais la majorité préfère reconduire  ceux qui ont failli  parce qu’elle les connaît. Le vrai changement, c’est pas maintenant.

musee-orthodoxe-copie-1.JPGOr, pour sortir des crises économiques, écologiques et morales qui secouent la planète depuis plusieurs années, mettre des rustines ne suffit plus. Il faut changer de logique économique et de mode de vie, mais ça fait diablement peur au plus grand nombre. Le  sommet de Rio+20 le montre: devant l’urgence écologique, il est une fois de plus urgent de ne rien faire. On en crèvera, chacun espérant passer entre les gouttes, soit en mourant avant la cata finale, soit en survivant au détriment des autres. Pessimiste, moi ? Oui, résolument, dans une analyse globale de l’humanité. Mais non, tout aussi résolument, grâce à des rencontres lumineuses qui préservent ma foi en l’humain. 

 

crepuscule-milos-copie-1.JPG

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 12:37

acropole2D’où vient que fière de ses origines, sa mythologie, l’invention de la démocratie et ses philosophes antiques… mais aujourd’hui ruinée, corrompue, divisée, abîmée, la Grèce si précaire garde un charme éternel ? Que tant de Français, Allemands, Italiens, Danois… la considèrent comme leur seconde patrie, y achètent des maisons (faisant malheureusement exploser les prix…)  et envisagent parfois d’y vivre à la retraite ? Par quel sortilège des étrangères ayant épousé des Grecs ni spécialement sexy, ni particulièrement attentionnés, avouent-elles être tombées amoureuses de la Grèce plus que de leur Grec ? Un pays aussi séducteur mérite qu’on se penche sur ses vertus, ses vices étant abondamment analysés par ailleurs J.

 

 

mega livadiIl y a le ciel, le soleil et la mer, mais on les trouve sous bien d’autres latitudes. Il y a évidemment les vestiges antiques, mais on en trouve aussi en Italie, les Romains ayant d’ailleurs largement empruntée à la culture Hellène. Il y a des criques sauvages embaumant les herbes aromatiques, comme en Corse ou en Croatie. Une nonchalance presque orientale (comme en Turquie ai-je envie d’écrire au risque de me faire écharper par les Grecs, outrés qu’on évoque l’ennemi séculaire à cause duquel l’Etat dépense des fortunes en armement). C’est un pays où tout arrivant se voit offrir un verre d’eau fraîche, où les habitants des îles se chargent eux-mêmes de l’entretien des sentiers des collines, dont ils blanchissent chaque année les marches à la chaux, où l’hospitalité fait partie des traditions. J’en ai déjà parlé ici. Il existe en Grèce des influences de l’Est, Eglise orthodoxe et intonations rugueuses plus proches des Balkans que des sonorités méditerranéennes. Plus une certaine réserve, bien différente des épanchements méridionaux.

folegandrosLes Grecs ont le goût des discussions politiques, partagé avec les Français (une douzaine de quotidiens sur papier !) et une passion pour le foot, partagé avec la planète entière: chaque soir, les tavernes proposent un écran géant pour suivre les matches de l’Euro 2012. On évoque même des références plus lointaines, quasi africaines, à la vue de certains camions délabrés mais toujours en service, ou d’un papa à moto, tenant son fils sur les genoux sans que l’un  ni l’autre ne portent de casque. Je ne dis pas que c’est bien, je dis simplement qu’on se sent en Grèce à la fois proche et dépaysé, ailleurs sans être perdu, et séduit par de multiples facettes qui expliquent en partie pourquoi il est si difficile d’imposer à ce pays les critères uniformes de l’Union Européenne, comme l’expliquait déjà Yannis en 2010.

Pêche locale poulpesoursinskoutalas3En à peine plus de dix ans, le mode de vie a été bouleversé. Lorsque j’ai découvert Serifos, en 1995, il n’y avait aucune banque sur l’île, on changeait les francs en drachmes à la poste, à l’épicerie ou à la bijouterie, à des taux variables, que le commerçant arrondissait toujours en faveur du client si le chiffre ne tombait pas rond. Autant dire que la comptabilité de la Poste, seul service public local, devait être des plus fantaisistes… Dans les îles, la majorité des routes n’étaient pas goudronnées, quelques-unes grossièrement cimentées. Il y a à peine 30 ans, il n’y avait ni cadastre ni permis de construire en Grèce, donc pas de spéculation immobilière, on trouvait une foule de tavernes servant aubergines farcies, Tzatziki et autres délices de la cuisine grecque, et pas de Mac Do. Aujourd’hui, notamment dans les grandes villes, il y a plus de fast food proposant des sandwiches, burgers, glaces et boissons sucrées que de tavernes. D’où une flambée d’obésité chez les enfants et les jeunes, et une montée des maladies qui vont avec, alors que les Grecs, jusqu’en 1999, étaient, malgré la cigarette et la pollution, le peuple européen le plus épargné par les cancers.

marina zeaL’entrée dans l’Euro, puis les Jeux Olympiques de 2004 ont transformé une économie quasi autarcique en économie mondialisée. L’économie est comme la guerre : il y a ceux qui la décident et ceux qui la subissent. Les élites économiques et politiques du monde entier se comprennent : ils font les mêmes études, parlent la même langue et ont le même mode de vie « cosmopolite et luxueux », qu’ils soient en Allemagne, en France, aux USA, en Chine, au Brésil ou en Grèce. Leur idée du développement est identique : libre concurrence, le moins d’Etat, de fonctionnaires et d’impôts possibles et le plus de profit à court terme. Un modèle efficace, qui a permis à d’immenses fortunes de se constituer. Avec l’aide de la spéculation, de la corruption, et de la fraude fiscale. Et avec d’autant plus de facilités en Grèce que sur un territoire  comprenant, outre le « continent », 250 îles habitées et moins de 12 millions d’habitants, contrôler ce qui se fait ici ou là et taxer ce qui doit l’être relève de la mission impossible… surtout quand manque la volonté politique. Comme partout, la crise économique a généré une classe de « nouveaux riches » qui ont su, comme on dit, profiter des opportunités. Ces dernières années, les boutiques et constructions de luxe se sont multipliées, en même temps que la défiance pour les pauvres et les immigrés. J’ai vu apparaître des chiens de garde là où il n’y avait que des chats, et des discours fustigeant les Albanais, forcément voleurs et dangereux. Le nombre de mendiants à Athènes devient impressionnant, générant le fameux « sentiment d’insécurité » qui fait le lit de l’extrême droite. « Aube Dorée », le parti néonazi, règne dans certains quartiers que ses partisans veulent « nettoyer ». Mais curieusement, les medias ont davantage alarmé les citoyens sur le danger représenté par Syriza, le parti de gauche (à peu près analogue au Front de gauche chez nous).

planche a voilePour la majorité des Grecs, qui ne sont certes pas tous des contribuables vertueux, loin s’en faut, la crise économique est une formidable désillusion : les politiciens leur avaient vendu l’Europe et l’Euro comme la clé de la prospérité, ils se retrouvent plus pauvres qu’avant. Ou plus exactement plus dépendants qu’avant. La décennie qui vient de s’écouler a certes vu les routes se goudronner, Internet arriver partout, les îles se couvrir de boutiques et de banques, les services publics se multiplier, puis décroître face à la dette publique,  mais au final beaucoup de Grecs se sentent floués, moins heureux qu’avant, vivant au jour le jour et humiliés par ce qu’on dit d’eux à l’extérieur, par les menaces de « tutelle » et par l’angoisse de l’avenir, eux qui ont un si glorieux passé. La crise est culturelle autant qu’économique.

horaP1010369.jpgL’art de vivre Grec, empruntant à l’esthétique autant qu’à la simplicité, a fait la beauté des statues et des maisons Cycladiques, il procure un sentiment de plénitude à la vue d’intérieurs harmonieux sans tape-à-l’œil et de paysages éternels, tout comme la langue grecque a su conserver des mots intacts depuis plus de 3000 ans ainsi que l’a écrit Jacques Lacarrière. Cette plénitude un peu pompeusement appelée « authenticité » par les touristes est celle après laquelle courent les citadins stressés, tout en souhaitant néanmoins disposer, comme en Grèce, de douches propres et de plats qui ne leur filent pas la tourista. C’est elle qui faisait dire aux étrangères mariées à des Grecs : « Voici un pays où on peut être heureux sans être riche ». C’est peut-être en la retrouvant qu’il se redressera. Au- delà des inquiétudes légitimes et de la nécessité d’assainir l’économie, il serait essentiel de s’attacher aux atouts et aux valeurs qui peuvent sauver ce pays, tout comme en France le « modèle social » et le rejet par les citoyens des excès de la mondialisation ont permis d’amortir les effets les plus délétères de la crise financière.

 

koutalas

 

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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 15:58

cafepiree5C’est un café  pas comme les autres, que j’avais inscrit au Panthéon de mes petits bonheurs de vie : « Un café frappé à 4h du matin au Pirée. » Bonheur à l’aller, quand après le vol Paris/Athènes et l’heure de trajet du bus 96 de l’aéroport jusqu’au Pirée, on arrive un peu hébété sur le port pour découvrir qu’il faut patienter deux heures, parfois plus, avant le départ du ferry pour l’île de son choix. Bonheur au retour quand on débarque à l’aube au Pirée avec la perspective d’un vol passé midi.

cafe piree1Ce café ombragé par des lauriers-roses était un havre, avec une quantité incroyable de tables et de chaises à l’extérieur comme à l’intérieur, plus tous les services qu’un voyageur peut espérer : boissons et grignotages, Internet à tarif étudiant, toilettes propres avec douches, téléphone et consigne pour les bagages, y compris les sacs à dos si souvent aujourd’hui rea non grata (choses non bienvenues), à croire que dans ce monde aseptisé les backpackers, les routards donc, doivent être éliminés du paysage non pas de façon brutale mais doucereuse, en leur faisant notamment moult complications à l’aéroport pour enregistrer leur bagage, qu’ils doivent enfermer dans un grand sac en plastique ou ligoter bien serré, au motif que « toutes ces courroies, mon Dieu, ça peut coincer les tapis roulants ». Ils s’en aperçoivent après 50 ans de voyages de backpackers partout à travers le monde !!! (petite parenthèse : merci à l’Australie, continent si ouvert aux voyageurs en sac à dos, qu’on trouve dans n’importe quelle petite ville une auberge appelée non pas « de jeunesse » vu qu’elle héberge tous les âges, mais « backpackers » vu qu’elle est particulièrement accueillante aux voyageurs en sacs ados, ceux qui toute leur vie gardent au cœur une part d’adolescence).

cafepiree4Pour en revenir à ce café qui recèle mes souvenirs de quinze ans de voyages en Grèce, d’aubes incertaines aux doigts de rose caressant de tendres traînées le ciel céruléen, de musiques lancinantes dont la seule écoute gommait tout stress tandis que m’envahissait la certitude que j’étais là où je devrais toujours être pour être en bonne santé- à deux pas de la mer avec tout le temps qu’il faut- j’eus ce 6 juin un sursaut de bonheur : l’embarcadère n° 9  d’où partait le ferry Adamantios Korais se trouvait à deux pas du mythique café dont j’apercevais à quelques mètres les lauriers fleuris doucement bercés par une brise meltémique, et à deux mètres au-dessus des grilles l’inscription étonnante : « la consommation n’est pas obligatoire ». Faut vous dire, monsieur, que dans ce pays de mer et d’îles, le port est un service d’Etat. Bien sûr, ça aide si vous consommez, mais si pas, vous êtes tout de même bienvenu et l’Etat subventionne le service public, comme dans toute démocratie.

cafepiree3J’ai franchi la grille ouverte avec un sentiment curieux : pas une seule chaise dans le jardin fleuri. Un coup d’œil à travers la porte vitrée : vide, avec des vestiges de vitres réfrigérées et quelques chaises empilées. A l’étage, un homme lave mélancoliquement le sol de la terrasse, seul. Le café géré par l’Organismos Limenos Piraiôs (autorité du Port du Pirée) a fermé, crise oblige. Je suis donc allée acquérir deux petites souvlaki (brochettes marinées) et une bière dans un kebab un peu miteux : 4,30 euros pour le tout, moins cher qu’un café au Fouquets J aurait dit NS en pensant que le Grec a sans doute un SMIC  très bas, mais des prix également très bas. Si ce n’est qu’en scrutant le ticket de caisse, j’ai vu le taux de TVA : 23% contre 19,6% en France. Les Grecs ne paient pas tous leurs impôts directs, qu’ils soient évadés fiscaux ou légalement défiscalisés, mais les consommateurs paient la TVA au prix fort et on n’en parle jamais, alors que cet impôt est le plus pénalisant pour les revenus modestes.

Dans le jardin du café disparu, j’ai dégusté mes brochettes à l’ombre des lauriers en fleurs. Allongés sur un muret, des SDF siestaient, canettes vides en pagaille autour d’eux… Ils avaient mis du linge à sécher sur un fil tendu entre deux branches. L’un d’eux s’est levé, a pissé sous un arbre. Bientôt l’endroit sera devenu zone malodorante. Ce sera le moment pour les promoteurs d’acheter pour une bouchée de pain ce bâtiment si bien situé et de le transformer en bureaux ou bar branchouille. La mondialisation y trouvera son compte, l’âme du Pirée beaucoup moins, mais on sait déjà que "ce port du bout du monde que le soleil inonde"

n’appartient désormais que très peu aux Grecs et beaucoup plus aux Chinois.


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23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 08:00

Mon cher et tendre et moi sommes des fans du "Concombre Masqué", BD potagère et hilarante.  Depuis des années, ça le tenaillait, l'envie de créer un potager. Avec la crise, il se fit péremptoire: "Si tu cultives tes légumes et élèves trois poules, ta survie est assurée, quel que soit le krach boursier, et au moins tu manges sain". Argument libertaire et écolo qui ne pouvait que me toucher.

bataviafeves.JPGOn a commencé l'an dernier avec quelques tomates cerises et des concombres, plus, évidemment les herbes aromatiques en tous genres et des plants de salade. A ce propos d'ailleurs, si les puristes distinguent les salades qui pomment qu'il faut  cueillir  rapidement pour pas qu'elles montent, et les salades "à couper" qu'on récolte feuille à feuille au fur et à mesure des besoins, nous nous sommes aperçus à l'expérience que la batavia, la romaine et la feuille de chêne deviennent des salades à couper et qui ne montent pas, pour peu qu'on en récolte régulièrement quelques feuilles. Pour aller plus loin, l'enjeu était de taille: jardin tout petit de pavillon de banlieue, avec un côté pelouse et fleurs et un autre graviers et coin à manger. Où caser un potager dans une si petite surface? En coupant en deux la pelouse, devenue triangulaire, et en installant des carrés sur le toit du garage et des pots sur le gravier. On a de la chance: la terre et bonne, quelques sacs de terreau en plus (et bientot le compost qu'on mijote depuis un an!) l'ont rendue toute guillerette, l'alternance pluie et soleil- beaucoup de pluie, effectivement- si désagréable pour le citadin mais si délicieuse pour les jeunes plants a fait le reste.

poivron.JPGcourgette-en-formation.JPGfeuille-geante.JPG

Après quinze jours d'absence en Grèce, je n'ai pas reconnu le mini-potager de début juin. Ca pousse, ça promet des tomates d'ici deux mois, bientôt des fèves, des pommes, des framboises, des aubergines... mais d'ores et déjà les salades sont en pleine forme et les courgettes aussi. La courgette, faut dire, ça abonde. En même temps que sur les marchés où elles ne sont pas chères du tout en pleine saison. Ce n'est donc pas une question d'argent, mais de plaisir.

courgetteEn  sortant du train de banlieue,  cueillir dans son jardin une courgette ferme et qui a du goût et de la salade craquante qui n'a connu aucun engrais ni traitement (les coccinelles et les oeillets d'Inde étant censés nous débarrasser des pucerons) tout ça à dix minutes de Paris, est un plaisir ineffable, le sentiment d'échapper à la dépendance au  Monop' d'à côté pour se nourrir, vu qu'on a aussi en réserve de la viande de petite vache bretonne élevée par ma belle-soeur, sans véto, sans antiobio,  juste à l'herbe. Et en plus, c'est détendant de cueillir des choses qui se mangent... 


Restent les poules... dont la cohabitation avec deux chattes et le destin en cas de départ en vacances prolongées nous fait encore hésiter...


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roses2aubepine.JPGroses1.JPG

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 18:47

J’ai commencé le journalisme sous d’agités auspices : crise économique (chocs pétrolier de 1973 et 1978) violences urbaines et internationales (guerre du Vietnam, coups d’Etat en Amérique Latine financés par la C.I.A), famines au Biafra, au Bengladesh et ailleurs,  mais avec un fourmillement d’actions positives : débuts de l’humanitaire organisé, féminisme, prise de conscience écologiste relayée par « la Gueule Ouverte » et un supplément au Nouvel Obs qui s’appelait « le Sauvage » ( eh oui ! Il fut un temps où les socialistes s’intéressaient à l’écologie en dehors des périodes électorales !)

rebelle_fran_oise_1973.jpgArrivant de province, je découvrais ce métier merveilleux dont j’ai toujours pensé « quelle chance d’être payée pour me cultiver… »  A l’époque, le tarif du feuillet était de 100 francs, le SMIC à 1200francs environ. Transposé aujourd’hui, ca ferait un feuillet à environ 90 €. De quoi faire rêver les rédacteurs Internet d’aujourd’hui à qui on propose de pisser de la copie pour 15 € le feuillet… En contrepartie, on bossait comme des malades les soirs de bouclage. Qui se terminaient par un tala, pot joyeux entre journalistes, typos et ouvriers du livre. Tala, Kézaco ? On boit TALA santé d’Untel ou du journal !

nucl_aire.jpgA ELLE,  dirigé par une grande dame de la presse nommée Daisy de Galard, les journalistes proposaient des sujets, elle demandait : « C’est intéressant ? –J’ai l’impression. – Allez voir.» Il pouvait s’agir de la réforme du divorce, d’un film en tournage, de la loi sur l’avortement, du nucléaire, des problèmes des viticulteurs, de l’interview d’un braqueur repenti, des traitements du cancer du sein, du succès inquiétant de la secte Moon…. J’y ai fait tout cela… Au retour de reportage, Daisy demandait si l’enquête valait un papier, et si oui, de quelle longueur. Sans aucune limite liée au coût du papier, au frais de reportage ou aux diktats des annonceurs (genre : « ah non, rien sur le nucléaire, EDF nous achète une page de pub » comme ce fut le cas dix ou quinze ans plus tard) Le seul impératif était d’apporter de l’info nouvelle et intéressante. Et ça marchait : ELLE vendait alors 700 000 ex par semaine.

GOSSIP3.jpgSeul bémol : provinciale, je ne possédais pas les codes de langage de la capitale, tout en superlatifs. A Paris, on n’est pas surpris, on hallucine. Un objet n’est pas démodé, mais kitchissime,  un autre forcément branchouille, et telle robe « sublimissime ». C’est fort, quand elle n’est pas même sublime. Tout est superlatif aux parisiens aisés qu’on surnomme bo-bos, pour qui hors Paris point de salut, qui ne rient pas mais HUR-lent de rire et ont l’impression de partir à l’aventure dès qu’ils s’aventurent au-delà du périphérique ou dans un milieu différent du leur. Comme cette journaliste chroniqueuse qui refusa tout net d’aller faire une interview : « Je ne parle pas à des gens que je ne connais pas. » Exemple extrême… Quoique j’ai rencontré un journaliste d’un news magazine venu faire une enquête sur les difficultés des vins de Bordeaux. Il  arriva le soir après la visite des chais et des propriétaires, assista au somptueux dîner merveilleusement arrosé et repartit le lendemain matin en me disant « Je me suis fait mon idée… De toute façon,  j’ai pratiquement écrit mon papier dans l’avion en venant. »  C’était contraire à l’éthique mais pas forcément à la qualité. C’est ainsi qu’un article sur la prostitution des mères de famille dans les grands ensembles avait été unanimement remarqué et loué… alors que le journaliste n’avait pas fait la moindre enquête. Un jour, passant en voiture avec un ami devant une cité en chantier hérissée de grues, il avait murmuré : « Qu’est-ce que les femmes doivent se faire chier ici ! – Penses-tu, avait suggéré son pote, leurs maris sont au boulot… Je suis sûr qu’elles fricotent avec les beaux ouvriers immigrés. » Il avait vu juste, puisque dans le courrier des lecteurs, quelques femmes confirmèrent qu’elles trompaient l’ennui en trompant leur mari, ce qui leur permettait d’arrondir la cagnotte permettant d’acheter des babioles sans en parler à l’époux. Comme quoi l’intuition peut tenir lieu de talent…

eau.jpgDepuis, chaque fois que je lis le récit d’explorateur d’un journaliste parisien commençant sur un ton inspiré par : « Il pleut sur (Hagondange, Charleville-Mézières, Trebeurden, n’importe où hors  Paris), les rues noires sont désertes, quelques adolescents  désœuvrés sirotent une pinte dans l’unique café de la ville ouvert passé 21h… » je ne peux m’empêcher d’imaginer que le journaleux a rédigé son papier tranquillou chez lui, vu qu’en province il est vite perdu si  le réseau ne passe pas, qu’Internet a une connexion lente et qu’il n’y a aucun ami Facebook. 

Et c’est pourquoi, lasse de lire et d’entendre de doctes analystes en salon affirmer « les Grecs sont comme ci, les Grecs sont comme ça » je vais dès demain aller me faire voir chez les Grecs. Ou plutôt aller les voir, parler avec eux, contempler la mer Egée, et me réjouir de cette lumière unique du ciel Héllène qu’aucune crise financière ne pourra jamais ternir.

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serifos moulin

 


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