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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 12:44

fou5.jpgBruno Gaccio, qui est un vrai chic type, en était tout marri sur France-Inter : ses enfants lui réclamant une console vidéo, il céda à la pression et se rendit  à la FNAC où il trouva l’objet. « Vous prenez la garantie bon fonctionnement à 39 € ? » demande le vendeur. –C’est quoi ? – Si la console ne marche pas, vous nous la rapportez et on vous donne immédiatement un bon d’achat équivalent à sa valeur pour en acheter une autre, ou tout autre objet d’ailleurs. –Ca arrive souvent qu’elle ne marche pas ? –Oh… une fois sur deux environ, y a des problèmes. – Il y a bien une garantie constructeur ? – Tout à fait, mais là, comptez environ quatre mois pour être dépanné. - Donc, dit le malheureux Gaccio, si je comprends bien, vous me vendez un truc dont vous savez déjà qu’il est défectueux dans un cas sur deux, et du coup je dois payer 39 € de plus pour  être sûr de pouvoir m’en servir ? Haussement d’épaules du vendeur : « C’est le commerce, monsieur. »

Autre joyeuseté, pub TV : une jeune fille fait tomber son ordi et prend un jet d’encre sur son pull. On se demande si c’est une pub pour une imprimante ou un détergent, quand on aperçoit soudain le père, la mère et le petit frère de la jeune fille éclaboussés eux aussi, tandis qu’une voix doucereuse susurre : « Quand votre e-réputation est salie, toute votre famille en subit les conséquences. Mais avec Machinchose protection familiale (je ne vais pas leur faire de la pub, à ces margoulins), vos données compromettantes seront nettoyées ou rendues inoffensives.

Enfin, ce matin, reportage sur les moyens de protéger sa maison contre les cambrioleurs, la totale : porte blindée, abonnement à une société de télésurveillance, alarme et diffusion d’un brouillard opaque qui empêche le malfrat d’y voir clair et permet de le cueillir tandis qu’il cherche la sortie.

flics 5Conclusion : on vous vend de la merde assortie d’une assurance complémentaire, des crétins diffusent des calomnies sur le Net (ou vous-mêmes êtes assez stupide pour poster des clichés de vos partouzes ou de vos beuveries), les cambriolages augmentent malgré l’ex-ministre de l’Intérieur bientôt souhaitons le ex-président qui avait fait de la sécurité sa priorité… mais tout ça est GENIAL, car ça génère une activité économique qui booste le PIB de notre beau pays !!!  De même que les marées noires boostent l’activité des avocats, des fabricants de détergent et des compagnies d’assurances, ou que les accidents de voiture stimulent l’industrie automobile, l’activité des carrossiers/garagistes, les pompes funèbres, les hôpitaux, les labo pharmaceutiques, les fabricants de prothèses, les compagnies d’assurances (elles gagnent à tous les coups, celles-ci) et j’en oublie sûrement…

diableImaginez une seconde- c’est un rêve- que plus personne ne vole ou tue, juste parce que depuis l’enfance on aurait appris aux enfants que cela ne se fait pas et qu’ils l’auraient retenu. ( je répète, c’est un rêve !). CRISE ECONOMIQUE MAJEURE : chômage pour les policiers, les magistrats, les éducateurs, les personnels de sécurité. Plus besoin  de contrats d’assurance pour le vol, faillite des fabricants de portes blindées, de fenêtres sécurisées et autres systèmes d’alarme, fermeture des prisons et chômage pour les matons. Baisse des ventes de téléphones mobiles (première cause de vol et d’agression dans les transports en commun) et de tous les objets de valeur que les cambrioleurs affectionnent.


Conclusion : le mal est infiniment plus souhaitable que le bien dans un système où on ne s’intéresse qu’à la rentabilité économique et pas au bonheur et à la paix.

joueraumonde COUV4bis« Puis-je humblement te faire remarquer que les mégots que je jette sont ramassés par de pauvres travailleurs immigrés qui se retrouveraient sans travail s’il n’existait pas des pollueurs de mon genre ? La pollution est créatrice d’emplois, comme les accidents de la route et les cancers. Le malheur et les frustrations contribuent davantage à la croissance économique que le bonheur. Si tu refuses cette réalité, tu n’as rien compris au monde moderne.

- Moralité ?

Marc haussa les épaules, soudain grave :

« Il n’y en a pas. Tu sais bien qu’il n’y en a plus depuis longtemps… »

(JOUER AU MONDE, page 81).

Quand je vous dis qu’il y a tout dans ce roman et qu’il est urgent de le lire ! Urgent, aussi, parce qu’il va bientôt arriver à trois mois de vie et que passé ce délai, les libraires vont le renvoyez à l’éditeur. Ca s’appelle les « retours », inévitables vu le peu de place qu’ont les libraires, faut en faire pour les nouvelles parutions. Ensuite, les romans retournés ont très peu de chances d’être vendus car les libraires- qui viennent de voir leurs marges réduites avec la hausse de la TVA sur les livres, une honte- sont de plus en plus réticents à commander un bouquin de 13 € sur lequel ils en gagnent 4. Vous-mêmes, si le libraire vous dit « je ne l’ai pas, je vais le commander », 9 fois sur 10 vous répondez « Non, je vais voir si je le trouve ailleurs », et votre envie de lire s’estompe en trois pas. On me dira « il reste Internet ». Effectivement. On a beau vouloir soutenir les petits libraires, le système, là encore, favorise les grosses machines.


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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 13:22

les-fades.jpgJadis,  il y a longtemps, je reçus une invitation au Congrès de Banalyse que je déclinai en spécifiant toutefois que mon ectoplasme flotterait avec grâce entre les rails SNCF proches du Viaduc des Fades, haut-lieu de ce congrès, afin d’exprimer ma totale fraternitude avec les Banalystes.

Et voici qu’en ce 4 avril 2012, jour de la St Isidore ce qui ne saurait être un hasard, j’apprends que sort un film « Echangeriez-vous votre voiture contre deux trabant »  qui commence en 1982, date de création du Congrès de banalyse.  Il va falloir se battre pour le voir, une seule séance étant prévue au cinéma St André des Arts ce midi, à l’heure précise où j’écris ce billet, zutalors.

Si je suis élue présidente, une de mes premières mesures sera de projeter ce film dans toutes les écoles de France pour réapprendre aux enfants les vertus de l’attente, antichambre du désir, lui-même antichambre de la pulsion de vie qui manque à tant d’aigris contemporains. En attendant ce jour glorieux, je passe la parole à mon ami d’enfance et très cher érudit Pierre Bourgoin, éminent graveur de fresques de crocodiles sur les tables du lycée,  dont  voici quelques lignes de son magnifique article sur le Congrès de Banalyse.

L’homme immobile devant le temps qui passe

Rappelons les faits : un jour d'ennui, Pierre Bazantay et Yves Hélias, penseurs rennais, décident de lancer une « campagne d'observation du banal ». Ils choisissent de la tenir en juin 1982 à (sic) Fades (Puy-de-Dôme) devant la petite gare située à proximité du viaduc ferroviaire.

Les débuts de la Banalyse furent à la fois solitaires et féconds. Malgré le caractère alléchant de l'invitation qui précisait : « Les parties seront conviées, non sans le risque de l'ennui, à contempler le spectacle étrange de la platitude », aucun de ses destinataires ne déféra à l'aimable proposition. Pressentant le fait, les organisateurs avaient d'ailleurs décrété avec une pertinence rare et sage qu'étaient banalystes tous ceux qui, ayant eu connaissance de la réunion, avaient été tentés de s'y rendre. Cette absence d'arrivants leur permit de se consacrer à leurs activités  principales, être là et attendre les trains, c'est à dire et pour résumer, perdre leur temps. Ils notent avec lucidité qu'ils durent s'employer à le perdre attentivement, ne serait-ce que pour s'assurer qu'il fût bien perdu. Il y a de ces honnêtetés intellectuelles qui vous confondent d'admiration….

banalyse5.jpg… Il était prévu que les participants au Congrès de Banalyse arrivassent en train et sollicitassent du contrôleur l'arrêt aux Fades dont on a vu que la marque était d'être en pratique outrageusement facultatif. A leur intention les organisateurs avaient rédigé un indicateur horaire fort utile où l'on découvre avec intérêt qu'un Moscovite coiffé de sa chapka et muni d’un samovar de voyage devait accomplir un trajet de 59 heures et 29 minutes pour arriver aux Fades et y retrouver une charmante postière en jupe plissée de Busseau-sur-Creuse, laquelle n'avait mis que 2 heures et 32 minutes pour parvenir à destination. En théorie cela ne de­vait entamer en rien leurs chances de se retrouver car nul n'ignore le légendaire attrait qu'éprouve le Moscovite hétérosexuel pour l'aguichante Creusoise.

En 1984 se situe un épisode personnel d'importance mineure mais que je dois à la vérité de relater. Prévenu verbalement par un informateur hésitant qu'un congrès de nature indéfinissable se tenait aux Fades, je décidai de m'y rendre afin de confronter la sécheresse lacunaire de l'annonce aux impedimenta des faits… Quelques vaines déambulations le long de la voie me permirent de pren­dre conscience avec acuité d'une des questions fondamentales posées par la Ba­nalyse : que se passe-t-il lorsqu'il ne se passe rien ?

L'année 1985 fut une année fertile au regard de la Banalyse. Commen­çons-la par sa fin. En cette période une nouvelle éclata comme une bombe : « Prrai Brânické serkànf », k nemuz doslo v Praze 31. fïjna 1985 mezi 18h37'a 18h46', na konecné stanici tramvajov" ch linekc. 3, 17 a 21. »

Que ceux qu'un goût immodéré pour la pratique du hockey sur gazon a éloigné de l'étude des langues vernaculaires d'Europe centrale, sachent qu'il s’agissait là de l'annonce d'une rencontre banalytique ayant eu lieu dans un arrêt de tramway d'une banlieue de Prague le 31 octobre 1985. Cette rencontre avait pris pour modèles les congrès de Banalyse d'Auvergne. La Banalyse s'internationalisait. D'aucuns se prenaient à rêver d'une universalité en gesta­tion. D'ici peu, la Papouasie-Nouvcllc-Guinée allait devenir terre de mission.

Mais revenons quelques mois en arrière. Lors de la tenue du IV Con­grès en juin 1985, les organisateurs eurent la surprise d'apprendre que le journal local avait consacré un article conséquent à l’événement. Surprise due sans doute à une amnésie partielle imputable à l’émotion du moment puisqu’ils avaient eux-mêmes, quelques semaines auparavant, informé la presse de l'imminence de leur réunion. La Banalyse commençait sa carrière médiatique dans l’ambiguité. C’est le sort de toute révolution où la première détonation du fusil de chasse emprunté à son grand-oncle par l'émeutier affamé est confondue avec le bruit du bouchon de Champagne qui saute dans la main potelée du bourgeois prévaricateur. Il n'y a rien à faire à cela sinon tendre l'oreille et ouvrir l'œil.

Et le bon. »

banalyse 004Si ces extraits vous ont donné l’envie d’en savoir plus, l’article complet, source à la lecture d’une plénitude absolue mêlée du fou-rire que donne le sentiment d’enfin approcher l’insoutenable légèreté de l’Etre se trouve page 51 et suivantes du livre « L’Auvergne insolite  , petit Guide pataphysique », œuvre collective cornaquée par l’honorable et discret Pascal Sigoda,  et édité par lui-même au Signe de la Licorne.   Guide d’une haute tenue morale et surtout intellectuelle dont j’attends, dont nous attendons tous avec impatience le second tome prévu depuis quelques années, la Phynance seule freinant l’expression sans retenue de la spécificité pataphysique auvergnate.

Comme Vialatte, auteur illustre d’immortelles chroniques dans « la Montagne », je terminerais volontiers ce billet par sa formule « Et c’est ainsi qu’Allah est grand » si je ne craignais de faire l’objet d’un coup de filet en milieu islamique comme on dit aujourd’hui.


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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 14:33

moustakiDepuis quelques années, Georges Moustaki ne chante plus, trahi par des poumons déficients. Chez lui, tel un sage, il peint, écrit, lit… Sur scène, jeune premier ou patriarche blanchi, il était toujours entouré de belles jeunes femmes. Chez lui, j’imagine que certaines viennent le voir et qu’il se plaît toujours à les regarder pour le plaisir des yeux  et de l’âme.

serifos moulin-copie-1J’étais allée un jour dans son appartement pour une interview. Superbe appartement,  beau sans tape-à-l’œil,  simple sans négligence. Harmonieux. Il  m’accordait vingt minutes. Nous parlâmes plus d’une heure. Il se souvenait de la lettre que je lui avais adressée, quand je souhaitais passer quelques mois en Grèce. Très gentiment, il m’avait répondu qu’il connaissait davantage Alexandrie que la Grèce et ne saurait me conseiller une île en particulier. Un ami m’a suggéré Serifos, bon choix. .. parfaitement illustré par  la chanson "l'île habitée"


 

qu’il me suffit d’écouter pour que me revienne en mémoire le parfum des hélichryses et les maisons cubiques d’un blanc étincelant, comme un divin jeu de dés.

 

album-400927.jpgJ’eus l’étourderie de lui raconter que je chantais ses chansons. « Chantez ! » demanda-t-il. A capella, devant le maître, autant dire que j’entonnai « ma liberté » avec une timidité absolue. Il eut la gentillesse de trouver que je la chantais plutôt bien, mais se demanda pourquoi j’avais choisi « ce vieux truc », que lui réclamait aussi son public. « Vos chansons illustrent des moments de vie dans lesquels chacun reconnaît une part des siens- la liberté, la solitude, l’habitude… » des chansons qui nous ressemblent et que nous retenons. »  Il précisa que la mélodie, qui fait qu’une chanson se mémorise facilement, n’était sans doute pas étrangère à cette réussite : « C’est du travail, beaucoup de travail. Les gens me croient paresseux car je suis nonchalant, mais je travaille beaucoup ».


 

 

En rentrant, j’ai imaginé un texte que lui écrirait une fan, imaginé une rencontre entre la jeune femme et le vieil homme, sensuelle et douce comme un rêve.

Le mien aurait été qu’il le mette en musique et le chante, évidemment. 

 

Elle lui avait écrit

« Cher monsieur Moustaki

Depuis bien des années

Vous accompagnez

Mes rêves

Votre voix si tranquille

M’a bercée sur une île…

Grâce à vous j’ai appris

A mordre dans la vie

Si brève

Les toits d’ardoise gris

Ondulaient sur Paris

En vagues…

Heure entre chat et loup

Où l’esprit se dissout

Divague

Il a glissé ses mains

Sous son pull et ses seins

Caresse

Ont effleuré ses doigts

A moins que ce ne soit

L’inverse

Juste un désir de peau

Sans suite, sans un mot

De trop

Son pull bleu rabattu

A caché ses seins nus

Sa peau

Il a repris ses mains

A proposé du vin

Des fruits

Ils ont bu en silence

Avant que ne s’avance

La nuit

Puis elle est repartie… 

Elle lui avait écrit

Cher Monsieur Moustaki

Depuis bien des années

Vous accompagnez

Mes rêves

Et je vous dis « Merci ».

 

 

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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 19:49

adresse.jpgUn jour, un homme a posté une annonce sur Internet disant à peu près : « Je cherche un mec qui me baisera, me coupera le sexe, le fera cuire et le mangera, puis me tuera ». Cet homme a reçu 4 réponses d’internautes intéressés,  parmi lesquels il en a choisi un qui a tout fait comme prévu, ce qui l’a évidemment conduit en taule, vu que même avec une lettre du mort spécifiant « c’est moi qui ai tout décidé et organisé », un acte de barbarie reste un acte de barbarie. Ce jour là, je me suis dit que permettre à tout délirant de trouver son alter ego sur la Toile, donc de se sentir moins seul, moins anormal, et de ce fait d’être davantage susceptible de passer à l’acte revient à mettre le feu à des bombes émotionnelles extraordinairement dangereuses.

Certes ce cas était pathologique, et heureusement l’immense majorité des internautes est saine d’esprit. Sauf que je suis scotchée par l’agressivité que génère l’expression sur le Net, quel que soit le thème du débat.  Illustration avec une phrase banale : « il fait beau et chaud » (contrepèterie belge) commentée dans différents contextes.

sympho-et-jerry.jpgDans la vraie vie : « Bonjour ! Qu’est-ce qu’il fait beau et chaud aujourd’hui. » Sourire du voisin : « Oui, on se sent plus détendu. – Moi pareil. Allez, bonne journée. Passez donc prendre l’apéro ce soir, on se mettra au jardin. » C’est sympa, bucolique et guidé par les expressions du visage, les regards et la voix de chacun.  Imaginons que les deux voisins n’aient pas été du même avis, ça aurait donné. « Bonjour ! Qu’est-ce qu’il fait beau et chaud aujourd’hui. –C’est vrai, mais va falloir arroser… - Vous avez raison, le sol est tout sec.  –Remarquez, faut profiter, p’têt qu’il pleuvra demain. – Espérons le … » Là encore, tout reste paisible, chacun se mettant au diapason de l’autre.

oreille.jpgAu téléphone : « Salut ! T’as vu le temps superbe ? –Ben oui. –Ca fait du bien, hein ? –Euh… tu me déranges au bureau pour parler du temps ? –Non, non, je voulais te proposer de passer prendre l’apéro ce soir. –C’est sympa, mais je n’ai aucune idée de l’heure où je vais finir, je travaille ! –Ah ouais ? Et moi je peigne la girafe ? –Tu bosses chez toi, c’est pas pareil… -Comment, c’est pas pareil ? Je suis au moins aussi efficace que toi. –Ecoute, j’ai pas le temps de discuter parce que là, tu vois, je rentre en réunion pendant que mossieur est cool chez lui. » Le type raccroche, son pote rumine sur la stupide jalousie de ce copain incapable de bosser en télétravail et persuadé qu’il n’y a que lui qui marne. Entre l’appelant et l’appelé, la distance ne permet pas d’évaluer précisément l’humeur et la disponibilité de chacun, au risque de déranger, d’être troublé par un ton de voix évasif (« qu’est-ce qu’il a ? Il m’en veut ?) alors que l’autre est tout simplement gêné par ce coup de fil perso tandis que sa patronne lui demande des comptes sur un dossier.

revenge.jpgForum Internet à la suite d’un papier titré : « Beau temps exceptionnel pour un mois de mars ».  24  commentaires. (fiction réaliste)

Alpha : 22° à Paris ! On a déjeuné en terrasse…

Bêta : 25° à Bordeaux, qui dit mieux ?

Gamma : 26° à Marseille, dimanche je tente le bain de mer…

Bêta : t’es ouf ! La mer est glacée en fin d’hiver.

Gamma : no problemo, le marseillais c’est pas de la gonzesse… Dis donc, Alpha, tu bouffes en terrasse à Paris ? Avec la pollution, t’es pas dégoûté...

Alpha : dis donc, provincial, tu crois que l’air est pur chez toi ? Fos, ça pue.

Gamma : pas du tout, ça dépend du sens du vent

Delta : Fos ça pue tout le temps, chaque fois que j’y passe je le sens

Gamma : t’habite à Fos ?

Delta : non, dans un bled en pleine campagne mais j’y passe souvent en voiture

Alpha : et voilà ! On parle de pollution parisienne, mais les bouseux roulent plus que nous.

Delta : le bouseux t’emmerde, parigot de mes fesses

Alpha : non seulement il m’emmerde, mais il fabrique de la merde bourrée de pesticides

Delta : va donc cultiver ton jardin, écolo de mes deux

Alpha : et toi, va rendre cinglées tes vaches

Delta : une vache folle est moins conne qu’un parisien de base

Bêta : Arrêtez ! Par ce beau temps, vous n’allez pas vous engueuler…

Delta : tiens, v’la le Bisounours de service

Gamma : « Putain con de Bisounours » tu veux dire, il est du sud-ouest

Bêta : c’est à Toulouse, putain con, pas à Bordeaux, bandes d’ignares

Alpha : Lol, le Bisounours s’énerve, je croyais que seuls les parigots étaient stressés J

Gamma : mdr…

Bêta : il t’en faut peu

Gamma : ouaip ! J’suis pas un coincé de la nouille, comme certains.

Etc, etc… Ou comment en quelques minutes de parfaits inconnus s’invectivent les uns les autres sur un sujet anodin, bien abrités derrière l’écran qui leur permet de dire n’importe quoi puis de disparaître à volonté quand ils en ont assez, d’insulter qui ils veulent et de soutenir des théories fumeuses avec autant d’aplomb que s’ils avaient étudié le sujet pendant quinze ans. Autant dire que sur les sujets sensibles, la politique, la religion, le sexe, le racisme… on arrive à des échanges d’une violence inouïe de la part de personnes peut-être très sympas dans la vraie vie, mais chez qui Internet développe un sentiment de toute-puissance qui se mue en agressivité. Comme si l’humanité disparaissait en même temps que se réduisent les sens impliqués dans la communication avec autrui: trois ou quatre dans la vraie vie (vue, ouïe, odorat et éventuellement toucher)  un (ouïe) au téléphone, et aucun sur un forum Internet. Il semble que sur Skype, où l’on se voit et s’entend, le ton reste nettement plus amical.

 

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 11:55

Port-Gentil-1952.jpgComme dit souvent mon petit frère (excuse, JM, jusqu’à la fin des temps tu seras mon petit frère de 1m85) nous sommes de purs produits de la colonisation, et heureux d’exister. Or il est vrai que si Saigon et Pondichéry n’avaient pas été des colonies, jamais le métèque indo vietnamien qu’était notre père n’aurait été envoyé en France faire ses études, et jamais, donc, il n’aurait rencontré en France une adolescente Vichyssoise qui n’avait pratiquement jamais franchi de frontières avant de le connaître. Donc, ça n’a pas eu que du mauvais, la colonisation, d’autant plus qu’être sang-mêlé et vivre sur des continents très différents montre la relativité de chaque culture : « Vérité en deça des Pyrénées, erreur au-delà ».

benin03janvier06.JPGEnfants, ne nous effleurait pas une seule seconde l’idée que nous étions supérieurs parce que nous étions blancs, en témoigne cette réflexion d’un petit garçon de l’école de Ziguinchor (Sénégal) : « Maman, je me suis fait un nouveau copain ! –Un blanc ou un noir ? –Euh… j’ai pas regardé. » Ce n’est pas qu’on ne voyait pas la couleur de la peau, évidemment, c’est qu’elle nous importait peu. En 12ème (CP), il y avait dans ma classe une trentaine d’africaines pour deux blanches, et encore j’étais un peu jaune. On jouait toutes ensemble sans se poser la moindre question, et si j’avais remarqué que j’étais parfois « la chouchoute », je pensais que mon jeune âge en était la raison- j’avais 5 ans et demi, certaines dans la classe avaient 14 ans et étaient déjà mères- et pas du tout ma couleur de peau. En revanche, j’en suis encore choquée, je ne supportais pas de voir les « bonnes soeurs» attraper par les cheveux deux élèves qui chahutaient et cogner leurs crânes l’un contre l’autre en disant : « Ca donne creux là-dedans, y a pas de cervelle », ou frapper une élève parce qu’elle avait enlevé ses chaussures en récré, vu qu’elle courait beaucoup plus aisément pieds-nus. J’avais été horrifiée de cette punition, et tendais la main comme les autres pour recevoir un coup de bâton en cas de punition collective.

Je me souviens de mes équipées avec mon frère aîné dans les cases où les mères africaines cuisinaient des sauces écarlates qu’elles nous faisaient goûter, des dîners où mon père invitait son greffier africain et était pour cela regardé bizarrement par certains colons racistes qui pensaient plus malin de ne pas se mélanger. Je me souviens de notre boy, André, à qui j’avais décidé d’apprendre à lire, car lorsque je lui envoyais des mots pour qu’il ne dise pas à maman que j’avais fait une bêtise, il les lui portait illico, ne sachant pas les déchiffrer. Je me souviens de ses pleurs quand nous sommes repartis en France, et de nos pleurs car nous avions envie qu’il vienne avec nous. Je me souviens de maman expliquant à un quémandeur de nourriture une nuit de ramadan qu’elle n’avait que du jambon et ne pouvait le lui donner parce que c’était du porc. « Non, c’est du veau » affirma le quémandeur affamé. –C’est du porc. – Non, c’est du veau ! » Devant cette insistance, maman lui avait donné une tranche de jambon en pensant qu’il n’y a que la foi qui sauve et que ventre affamé n’a pas d’oreilles.

bernard et abdoulayeBref, c’était simple de vivre ensemble, et pourtant nous n’étions pas « politiquement correct » avec la peur permanente de commettre un impair. Le « politiquement correct » qui aboutit à dire « personne à mobilité réduite » pour handicapés moteurs, « minorités visibles » pour peaux noires ou basanées, « non-comprenants » pour cons est une horreur. On n’est pas raciste quand on est capable de se moquer d’autrui quelle que soit la couleur de sa peau, tout simplement parce que se moquer, c’est le considérer comme un égal. Ne pas oser rire avec lui, c’est se sentir coupable d’un racisme qui n’ose se dire…

Quand ma mère s’exclamait dans un village d’Afrique non éclairé « il fait noir comme dans le derrière d’un nègre », tous les noirs alentours éclataient de rire. Eux-mêmes ne manquaient jamais de nous dire : « Nous, les noirs, on sent l’homme, vous les blancs vous sentez le cadavre ». Au lieu de se dissimuler derrière un racisme honteux niant les différences physiques,  nous en faisions un sujet de plaisanterie. Un chef de village s’était gentiment moqué de maman, qui dégraissait les morceaux du méchoui avant de les manger : « Ah vous, les blancs, vous avez peur du gras ! »

Face au débat actuel des gens qui se demandent si les races existent ou non, je reste bouche bée, car se poser cette question sous-entend que si races il y a , elles hiérarchisent les humains et que face à ce danger, il faut nier la notion de races. Un peu comme les féministes qui nient toute différence biologique et hormonale entre hommes et femmes au nom de l’égalité. Eh bien non ! Egalité, oui, identité, non ! Le terme d’identité nationale a vraiment des relents nauséabonds. Arrêtons de parler de « communauté juive », « communauté maghrébine » « communauté asiatique », arrêtons de définir les gens par leur origine ou leur religion, arrêtons de nier que nous sommes différents et battons-nous pour faire reconnaître que ces différences nous enrichissent et que nous sommes tous EGAUX.


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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 14:20

couple_riant.jpgDans la presse féminine, c’est un marronnier, un sujet récurrent : « l’amitié homme/femme est-elle possible ? » article se concluant immanquablement par « non, sauf avec un homme (ou une femme) assez moche pour qu’on n’ait jamais de tentation. » Dans l’esprit des rédactrices, dès lors que se pointe une once de désir, voire de simple séduction, on entre- pouah ou chouette !- dans la drague, menant inévitablement au lit, lequel signifie tout aussi inévitablement la fin de la belle amitié. En gros, entre camarades, copains, amis, amants puis amours, s’érigeraient des barrières infranchissables sous peine de fauter gravement.

tango_de_rue.jpgLe syndrome de la tremblante du mouton se transmettant à la vache folle ayant largement démontré que les barrières infranchissables sont pour le moins poreuses, on devrait se méfier de tout ce qui catégorise et enferme. De  même que coucher une fois avec un homme ne suffit pas à le consacrer amant car il en faut bien davantage  pour accéder à l’intimité physique de l’autre, intimité physique qui se bâtit aussi sur une intimité affective et intellectuelle très proche de l’amitié … de même l’amitié avec un homme ne signifie pas que la relation soit totalement désexualisée. Dîner avec une amie très chère, ce n’est pas la même chose que dîner avec un ami très cher, même si dans les deux cas on va se coucher sagement après. Tout simplement parce qu’un homme et une femme sont certes égaux, mais pas identiques, l’exploration de la planète masculine à laquelle je me livre depuis des décennies m’a confirmé cette intuition. De fait, la différence sexuelle sexualise la relation même s’il n’y a pas relation sexuelle ( je me fais bien comprendre, là ?)

Alors d’où vient cette terreur des jeunes hommes d’être « relégués » par une fille au rang d’ami, qu’ils vivent comme une dégradation ? Hier encore,  ayant découvert sur Internet des sites  du genre « Comment la séduire à coup sûr ? »  dans lesquels il était doctement expliqué que la phrase la pire que peut entendre un garçon est « J’aimerais que nous restions amis », j’en parlai à un ami trentenaire en rigolant. Lequel me soutint aussitôt que oui, c’était affreux cette phrase, que les filles disent pour se débarrasser poliment d’un mec, et qui signifie en clair « il n’y aura jamais rien entre nous ». Le « rien » voulant dire « sans sexe ». Cela m’a rappelé la réponse d’un ami  à sa femme qui s’inquiétait de son amitié avec moi depuis plus de 20 ans : « Je te jure, il n’y a rien entre Françoise et moi .» Lorsqu’il m’en parla, je fus surprise que 20 ans d’amitié, pour sa femme, ne fussent rien, alors qu’un seul coït eût signifié pour elle le drame absolu. Le sexe est décidément survalorisé quand on le considère comme un péché … ce qui était le cas de cette bigote épouse.

caresses.jpgMais toi, jeune Padawan qui t’affirme polyamoureux et que n’effraient ni n’obsèdent les câlins, laisse-moi te dire que tu fais fausse route en dévalorisant l’amitié que t’offre éventuellement une fille. Je te le concède : pour quelques-unes, c’est une façon de dire qu’elles ne souhaitent pas faire l’amour avec toi.  Ce qui n’est aucunement dévalorisant, quoi que tu en penses. Le désir n’obéit à aucun critère objectif : une fille peut désirer un crétin et ne pas désirer un homme farci de belles qualités.  Qu’elle te désire ne te donne aucune valeur supplémentaire, qu’elle ne te désire pas ne t’en enlève aucune. C’est ainsi. Point. Même si c’est désagréable eu égard à l’émoi que tu sens s’ériger en ton for intérieur denim doublé coton, ce désagrément ne justifie aucunement que tu dénigres l’amitié proposée. Songe que la jeune femme pourrait répondre « Casse toi, etc… » ou encore « je n’ai pas le temps de te voir » ou même « Non, t’es trop moche, tu pues l’ail, t’es qu’une cloche »…

A l’inverse, sa proposition d’amitié témoigne d’un réel intérêt envers ta personne. Elle signifie qu’elle a envie de te découvrir, qu’elle y passera du temps vu que l’amitié, ce n’est pas un coup en passant, ça prend longtemps pour éclore et contrairement aux idées reçues, ça ne t’enlève aucune chance de devenir un jour son amoureux. On tombe plus facilement amoureux de quelqu’un qu’on apprécie que d’un illustre inconnu. Eh oui, jeune Padawan, le coup de foudre qui aboutit au coup d’un soir est certes une salve hormonale jouissive, mais elle a infiniment moins de chances de durer qu’une relation amoureuse fondée sur l’amitié et la complicité où vient se greffer le désir.  Ou sur une relation de désir qui prend ensuite le temps de découvrir le ou la partenaire avec le regard inconditionnel de l’ami(e).

L’amitié homme/femme est un des sentiments les plus épanouissants qui soit, sous réserves de ne pas l’enfermer dans un cadre normatif qui lui interdirait toute escapade. C’est pourquoi j’aime tant la réponse de François Mitterrand à la question d’un journaliste : « Au bout du compte, croyez-vous à l’amitié entre homme et femme ? – Oui, au bout du compte j’y crois. Mais avant d’être allé au bout du compte, je n’y crois pas. »

vin2.jpgAu-delà du nombre des relations, le bonheur du Lutinage est de décoller les étiquettes, de ne pas renoncer à l’amitié sous prétexte qu’on est allé au bout du compte, ni de penser que parce qu’on est allé un soir au bout du compte, le scénario devra se répéter à chaque fois.  Le bonheur, c’est de ne  jamais savoir comment finira la soirée. Loin du sempiternel « on dîne, on baise » ou du « je préfère qu’on reste amis » qui érigerait une barrière entre les corps,  les Lutins savourent toute rencontre avec gourmandise, qu’elle qu’en soit la conclusion. Sans considérer qu’une conclusion-câlin inaugure une relation amoureuse incompatible avec l’amitié, ni qu’un chaste « au revoir, à bientôt » est une défaite pour leur désir. Ouvre tes possibles, jeune Padawan, et découvre qu’une amie-femme n’est pas un sous-produit de tes désirs frustrés…

http://www.dailymotion.com/video/x9ty9d_henri-tachan-l-amour-et-l-amitie_music


cerise05.jpg


 

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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 12:35

Il y a des merveilles dans ce blog !  Je m’y plonge rarement, mais  n’ayant aucune envie de me fader un Xième billet sur N.S, j’ai cherché… et trouvé tellement de mots sur le sujet que franchement, ce serait de la gourmandise d’en écrire un nouveau. Ainsi, celui-ci qui a déjà deux ans mais pourrait être écrit aujourd’hui, sauf que la fatigue s’est encore accrue.

bien_vu....jpgAyant mieux à faire, je n’ai pas écouté le discours de NS en meeting, de toutes façons ce ne sont pas ses paroles, mais celles de Guaino dont on connaît le talent pour trousser des discours vibrants histoire de galvaniser les foules (70 000 participants dans une salle qui peut en contenir 40 000, les règles de sécurité auraient-elles été transgressées… ou le public fortement surévalué ?) Cependant, impossible d’échapper aux extraits diffusés sur les ondes et les écrans qui pourraient se résumer en une phrase : « Je ne suis pour rien dans ce qui va mal en France, c’est la faute à la crise, à l’Europe, à l’immigration. » S’il n’y est pour rien, s’il n’a rien pu faire pendant 5 ans de pleins pouvoirs contre des ennemis aussi clairement désignés, on ne voit vraiment pas pourquoi il devrait rempiler. NS, c’est le roi du bouc émissaire, du « diviser pour régner », du gars qui monte une catégorie contre l’autre, attisant davantage les rancœurs et les jalousies que le dynamisme et la solidarité.

congr_s_sarko.jpgOh ! Il est connu, il s’agite partout, mais cela ne signifie pas qu’il soit apprécié. La « stature internationale de président » dont on nous rebat les oreilles est plutôt déboulonnée : le voici le plus impopulaire dirigeant européen.

Ce dont se souviendra, ce sera les promesses non tenues, les vœux du président répétés quasi à l’identique d’année en année sans aucune concrétisation positive, les atteintes à la retraite lui qui avait promis de ne pas toucher à la retraite à 60 ans, et le pouvoir d’achat en berne, celui-là même qu’il devait aller chercher avec les dents…

sans_abri.jpgIl n’a pas éradiqué la misère ni, comme il l’avait promis donné un toit à chaque SDF, au contraire : beaucoup d’entre eux sont aujourd’hui travailleurs pauvres, c’est-à-dire des gens qui bossent mais sont payés au lance-pierres et dorment dehors. 

Les français ont-ils la mémoire si courte pour que 25% soit encore prêts à voter pour un président-candidat qui promet en 2012 de supprimer les retraites dorées comme il l’avait déjà promis en 2008, sans aucun effet ? Qui a oublié l’écologie et se soumet aux intérêts des fabricants de pesticides. (les futurs cancéreux le remercient…) Qui, de Michèle Alliot-Marie à Eric Woerth en passant par lui-même a été bien loin de la République exemplaire promise. Qui a gardé en prison pendant 6 mois Julien Coupat, sans qu’aucune charge sérieuse n’ait pu être retenue contre celui-ci. Qui ne cesse de stigmatiser les « assistés » en oubliant que les véritables assistés sont les riches qui fuient à l’étranger pour ne pas payer d’impôts mais reviennent se faire soigner en France pour être remboursés et ont touché des millions par la grâce du bouclier fiscal.

Les français- pas tous heureusement- sont étranges… Alors que Jean-Luc Mélenchon est saluée même par un Sarkozyste pur sucre comme Eric Brunet comme « l’homme politique le plus talentueux de la campagne, qui réveille en nous ce qu’il y a de meilleur » alors que le Véritomètre (analyse à la loupe des chiffres donnés par les candidats sur une foule de sujets) clown-repub.jpgmontre qu’Eva Joly est la plus crédible, celle qui raconte le moins de « craques », ces deux candidats qui devraient caracoler en tête sont loin derrière un président en état d’échec, un PS inconfortablement à cheval, selon les auditoires, entre un discours de gauche et un discours libéral, un centriste isolé dont l’analyse est parfois intéressante mais le projet très flou et une extrême-droitiste efficace pour stimuler la rancœur des foules, mais nettement moins crédible dès qu’il s’agit d’être précise sur un programme et le projet de société qu’il dessine.

Le petit bonheur qui en résulte, c’est de les voir, ces quatre là, s’agiter comme des malades pour grapiller nos voix et dépenser des sommes faramineuses pour nous faire croire que seul notre bonheur et celui de la France leur importe. Profitons-en : ces semaines avant l’élection, c’est comme feuilleter un catalogue de voyages. On est les Rois, tout est encore possible, on peut choisir qui on veut !

joueraumonde COUV4bis« Augmenter les salaires, tu vois, c’est pas seulement une question d’argent, c’est aussi la possibilité de plus être obligé de faire des heures sup’, d’avoir enfin un peu de temps à soi. Tu vois, petite, j’ai 51 ans, ça fait 34 ans que je bosse, et jamais, tu entends, jamais je n’ai choisi mes dates de vacances sans qu’on me les change au dernier moment. C’est comme si ma vie ne m’appartenait pas. Comme si j’existais moins que ceux qui décident mes dates. Putain, on est tous des hommes, non ? C’est pour ça qu’il faut se battre. Pour rester des hommes. '(JOUER AU MONDE", page 103) 

 J'ai écrit ce passage en 1995, il est toujours et encore plus actuel, alors comprenez que je m'impatiente...


 






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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 13:17

bougies_d__anniv.jpg… mais pour moi ça veut dire beaucoup. La très officielle « Commission paritaire des Publications et Organes de Presse » vient de qualifier « Causette » dont je vous ai déjà parlé ici de « Publication d’information politique et générale ». Une première pour un magazine féminin ! Et un beau cadeau d’anniversaire pour les trois ans de ce magazine né le 8 mars 2009 que de plus en plus de lectrices (et pas mal de lecteurs) aiment toujours davantage, preuve, n’en déplaise à Beigbeder, que l’amour ne dure pas trois ans, mais peut commencer sérieusement à partir de 3 ans J

Si cette nouvelle me plaît, c’est parce que j’aime ce journal, certes, mais surtout parce qu’il a réussi en prenant systématiquement le contrepied de ce qu’on propose d’ordinaire en matière de projet de presse.

Paradoxe 1: ce magazine féminin a été initié par un homme, Gregory Lassus Debat, qui fut journaliste à L’Huma, à France 5 et autres medias généralistes et voulait répondre à sa copine et aux copines de sa copine qui ne se reconnaissaient pas dans les féminins qui « les prenaient pour des Quiches ». Belle idée, il n’était pas le premier à l’avoir eu, je connais plein de gens de presse qui ont souhaité un jour faire un féminin  « intelligent » et se sont cassé le nez sur les impératifs budgétaires et les diktats des pubs cosmétiques et modeux. Lui, Gregory et son copain Gilles Bonjour (qui bossait dans une banque) se sont endettés : 90 000 euros en prêt à la consommation à un taux indécent, je veux dire cher, c’est dire si aucune banque ni groupe de presse n’étaient prêts à investir dans leur projet. Ils ont aussi choisi de se passer de pub dans un premier temps- de toutes façons, les annonceurs ne se bousculaient pas !- et de s’en tenir dans un second temps aux pubs exclusivement culturelles.

Paradoxe 2: malgré cette incertitude financière,  Causette a recruté de vrais journalistes issus de la presse généraliste ainsi que des pigistes, tous payés normalement : « On a ramé les 18 premiers mois, reconnaît Liliane Roudière, rédactrice en chef, mais on a voulu que les gens soient payés correctement, condition sine qua non pour faire du journalisme de qualité.  Depuis que ça marche, les salaires ont été augmentés, et les pigistes ont même bénéficié d’augmentations rétroactives ».  Quand je vois certains magazines, malgré la pub, être bricolés avec des stagiaires et des pigistes payés au lance-pierre, et des magazines sur Internet proposer à des blogueurs ou auteurs de céder gratuitement leurs articles en leur faisant miroiter « visibilité et notoriété », le professionnalisme de Causette est vraiment réjouissant, d’autant que la réussite est au bout de ce professionnalisme.

En effet, après un démarrage lent et une image de magazine « féministe », donc forcément, pour les détracteurs, « chiant, agressif, avec du poil aux pattes et la haine de l’homme », les lectrices ont commencé à affluer, ravies de lire des articles intelligents, informatifs, engagés, féminins et bourrés d’humour. Féministe, Causette ? Pas du tout. A moins que ce ne soit féministe de penser que les femmes peuvent s’intéresser à la politique, à l’économie et à la culture tout en aimant la bonne chère et en étant jolies…  Au bout d’un an, le magazine a fait des bénéfices et de bimestriel il est devenu mensuel en 2011 tout en préservant l’équilibre financier.

combishort_2.jpgParadoxe 3 : alors que les groupes de presse- dans le groupe Marie-Claire, c’était trois « panels » par mois- se ruinent en études de marketing pour cibler leurs lectrices : jeunes citadines branchouilles, mères de famille provinciales, divorcées bientôt Cougar, ménopausées qui n’osent l’avouer… et s’épuisent à vouloir coller aux attentes des lectrices c’est-à-dire, en gros, à leur offrir ce qu’elles ont déjà aimé au lieu de leur dénicher du nouveau et intéressant, Causette ratisse large : de 15 à 90 ans, dont un tiers d’abonnées qui pour un grand nombre ont reçu l’abonnement en cadeau… de leur chéri !  C’est la preuve que les lectrices ne s’identifient pas à un « segment de marché » mais tout simplement aiment lire ce journal pour son contenu. Comme on lit un news magazine ou un quotidien, ce qui devrait être l’objectif de n’importe quel journal.

Paradoxe n°4 : cette Publication d’Information politique et Générale ne nie aucunement sa féminité pour avoir l’air sérieux, à l’inverse des femmes politiques qui singent les manières masculines pour être prises au sérieux. Elles écrivent sur la sexualité des femmes, interrogent les candidats à la présidentielle sur l’égalité salariale entre hommes et femmes, se maquillent et s’habillent avec soin et interviewent des femmes célèbres ou inconnues.

Bref, Causette illustre merveilleusement l’idée qu’un concept réfléchi auquel on croit fermement a toutes les chances de réussir même s’il sort des sentiers battus de la logique dominante. Comme diraient mes copains de TINA : there are others alternatives. Comme je l’écris si souvent : on peut ouvrir les possibles. A moins de deux mois de la présidentielle, imaginer que d’autres projets de société sont possibles, même et surtout s’ils vont à l’encontre de la logique dominante qui ne marche plus trop bien, est particulièrement réconfortant.

Je poste ce billet le 7 mars alors que l’anniversaire de Causette est le 8 mars,  simplement parce que le 8 mars est la Journée Internationale des femmes, et que cette journée façon « espèces à protéger » m’insupporte et m’insupportera, tant qu’il n’y aura pas une Journée des hommes pour célébrer l’autre moitié de l’humanité. 


causette-copie-1.jpg

 

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 18:55

joueraumonde COUV4bisEn 1975, un jeune homme à l’époque « beau comme un Dieu » me parla longuement du Brésil et m’expliqua ce qu’est la saudade,  sans que j’imagine une seule seconde que 20 ans plus tard ses mots me reviendraient en écrivant « Jouer au monde » 

serifos-1995-bis.jpgA un autre, en 1977, je fis découvrir « la saveur de l’oursin »  ( Autres désirs, autres hommes) sur une plage où il errait, abandonné la veille par son épouse. 15 ans de mariage sans jamais dîner en tête-à-tête avec une autre femme qu’elle, répétait-il, désespéré. –Peut-être est-ce pour cela qu’elle vous a quitté…

caulerpaJe me souviens d’un chercheur, qui me passionna en 1997 en m’expliquant le rôle des mitochondries dans les cellules et me fit caresser du bout du doigt une éponge « rouge et douce comme un clitoris » (dixit ce scientifique ») dans une grotte sous-marine.

D’un autre avec qui je dégustai en 1998 un somptueux coucher de soleil et un verre de liqueur de myrte Corse au pied du phare des Lavezzi, tandis qu’il m’expliquait la vie des Caulerpa taxifolia naturelles et mutées.

Pub.jpgJe me souviens de cet allemand, cheveux au carré, regard rieur, que nous rencontrâmes en 2008, ma fille et moi, dans un pub improbable au cœur du bush australien. Il parcourait à vélo ce désert ô combien hostile, avec une petite tente Quechua et un sourire désarmant qui contrastait avec les autres buveurs aux mains calleuses et aux bières multiples, plutôt « rough » mais très intéressants aussi.

album-400927.jpgUne grecque aux cheveux bouclés de jeune pâtre m’invita en 1996 à une soirée à laquelle je ne pus malheureusement me rendre. Le trouble qu’elle m’inspira avec son regard transperçant me révéla que mes désirs n’étaient pas si univoques que je le croyais et orienta mes réflexions sur le genre…

Voyage de presse en 1977, la Grèce encore. Nous avions pour mission de tester des voiliers en flotille, voyage si heureux qu’il fût le seul où je vis des journalistes pleurer en se quittant, au cours d’une ultime soirée où je saisis au vol le baiser d’un nommé Grigoritos tandis que ma jupe remontait le long de mes jambes,  soufflée par un malicieux meltem.

la prisonnièreEn 1991, un homme me fit battre le cœur en me disant quasi textuellement une réplique du film « la Prisonnière » (avec Laurent Terzieff, que j’aime tant), film dont il n’avait pourtant jamais entendu parler.

Un autre, sur la plage d’Etretat, enroula autour de mon cou une algue brune en 1978,  scène de « la Prisonnière » là encore. Ces synchronicités m’inspirèrent des années plus tard la nouvelle « Elsa fait son cinéma » (Des désirs et des hommes) et la falaise d’Etretat où réveillonnent Antoine et Marine dans « Jouer au monde ».

Choc de découvrir en 2004 une salle de bains quasiment identique à celle que j’avais décrite en 1993 dans la première version de « Jouer au monde », dont le propriétaire, comme l’Antoine du roman, savait retoucher des diapositives au pinceau !

img_0127.jpgUn dîner en 2002 dans un parador clandestin de Santiago de Cuba, m’a inspiré le chapitre  « Cuba Libre » («  les Latitudes amoureuses ») bien que  je n’ai jamais eu d’amant Cubain, ce qui, d’après les amies qui y ont goûté, est une grave lacune. Y remédierai-je un jour ? Je ne sais pas, et tant mieux. Ce qui me plaît n’est pas de programmer des rencontres, mais de les laisser venir et de m’imprégner comme une éponge des émotions qu’elles peuvent susciter. Plus qu’une question d’hommes et d’amours, il s’agit d’une attitude face à la vie. Rester disponible au monde, « open mind » sur les gens, les sensations et les situations qui font vivre plusieurs existences en une, sans les hiérarchiser ni en négliger aucune.  Où le sexe ne constitue ni une barrière interdite, ni l’élément essentiel. Où les hommes et leur univers se révèlent presque toujours passionnants.

Autant dire que le film « les Infidèles » sur lequel j’ai été interviewée ce matin pour France 2 m’a semblé dater. (diffusion jeudi 8 mars vers 22h, émission « Avant-première,  une minute environ sur 30’ d’ITV, donc je développe ici). Les hommes y sont des « queutards » paillards et menteurs, terrifiés à l’idée de perdre leur confort conjugal et un peu paumés parfois. Les maîtresses sont des Bimbo ou Lolitas qui les font fantasmer. Les épouses sont trompées, furieuses ou malheureuses. Le seul sketch réalisé par une femme montre le couple Dujardin/ Lamy dans un essai d’aveu de l’infidélité, qui serait forcément plus douloureux que le mensonge…

Bref, loin d’un film « audacieux, moderne et libre » comme le présentent ses auteurs, on est dans l’adultère bourgeois tel qu’éternellement il fut montré, au mépris de l’évolution des mœurs qui montre de plus en plus d’hommes avides de relations amoureuses et pas seulement sexuelles, de plus en plus de femmes désireuses qu’on ne leur mente pas et ouvertes à des rencontres épanouissantes.

L’atout du film, ce sont les acteurs,  tous bons et parfois assez drôles. Les scènes de sexe n’ont rien de choquant, étant admis que tout adulte ayant fait un jour l’amour sait à peu près comment ça se passe et ne sera pas étonné.  C’est un film de potes et ça se voit, ils ont dû bien s’amuser à le jouer et à le réaliser, mais j’avoue que les films de potes me gonflent un peu.  Comme « les petits mouchoirs » de Guillaume Canet, ça raconte leur vie de bo-bos certes hypersympas et beaux gosses, mais qui ne concerne qu’eux…

VALSEUSE.jpgSHORTBUS.jpgQuand on a si bien joué dans « Le bruit des glaçons » ou « The Artist » pour Jean Dujardin, ou « Ne le dis çà personne » et « A bout portant » pour Gilles Lellouche, on devrait éviter « les Infidèles ». »  Pour l’audace et la liberté de ton, mieux vaut revoir « les Valseuses » « Shortbus » ou «La loi du désir »

 

lars4.jpg

 photo de Lars Stephan, http://www.larsstephan.com  on ne s'en lasse pas! 

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 13:06
cr4.jpgQuelle audace ont eu les premiers humains qui ont goûté une huître gluante et iodée dont un certain nombre a dû les empoisonner pour avoir traîné trop longtemps au soleil. Puis ont testé les champignons sauvages, goûté les plantes et réussi, après combien et combien de morts,  à connaître les espèces vénéneuses et établir une liste de plantes médicinales.

Quelle endurance incroyable il a fallu aux marins d’antan pour embarquer sur des caravelles brinquebalantes vers l'Ouest, à la recherche d'une route plus courte vers les  Indes, franchir le Cap Horn ou celui de Bonne Espérance sans balise Argos ni  équipe de secours à portée de radios.

Quel courage il a fallu aux repris de justice et prostituées déportés en Australie pour en explorer les déserts peuplés d'animaux dont la moindre piqûre ou morsure pouvait être mortelle.

aborigene_feu.jpgQuelle intelligence ont montré les Inuits, les Aborigènes, les Indiens d’Amérique... pour créer une culture et des modes de vie originaux (hélas quasiment détruits par les occidentaux) et s'adapter à une nature hostile sans la détruire, en sachant d'instinct qu'ils en dépendaient davantage qu'elle ne dépendait d'eux.

Quelle insatiable énergie a animé les médecins qui ont exploré les méandres de la folie, secouru les pestiférés au risque de leur vie, opéré sur des champs de bataille. Et les chercheurs d'or, les aventuriers de tout poil, les missionnaires et religieuses, les passionnés de botanique, les vulcanologues, tous ceux et celles qui agissent non pas comme les téméraires inconscients allant marcher sur les glaciers alpins en espadrilles en comptant sur les sauveteurs pour les tirer d’affaire, mais comme des adultes qui ont conscience du danger, l’évaluent et l’affrontent en adultes.

Y-a-t-il eu un changement génétique, une altération de l’espèce, pour que la moindre intoxication alimentaire se transforme en psychose du concombre et que l’antienne sécuritaire soit un des meilleurs arguments électoraux,  ou est-ce dû à une infantilisation sournoise de la société ?

Car pour devenir adulte, il faut être traité comme tel. Apprendre dès l’enfance à traverser la rue et aller seul à l’école sans gilet jaune, plus tard oser dire « non » aux ordres stupides, mais réduire sa vitesse quand la portion de route est dangereuse, et ne pas conduire bourré. Pas à cause du radar et de l’alcootest, mais pour ne pas courir de risques stupides.

P1020375En 1977, pour « Frapper les cieux d’alignement », j’avais interviewé entre autres l’architecte espagnol Ricardo Bofill qui m’avait fait part de son étonnement : « La France ressemble à une grande école maternelle avec à la tête un directeur- le président de la République- qui intervient dans votre vie quotidienne pour vous dire « faites ceci, pas cela » comme si vous étiez des enfants. Je suis stupéfait que vous puissiez entendre un journaliste vous dire « Bison Futé vous conseille telle route, Bison Futé vous rappelle de vérifier vos pneus avant de partir en vacances » sans éclater de rire ou éteindre le poste. » Que dirait-il s’il connaissait aujourd’hui les pedibus, les assurances « beau temps pour les vacances », les campagnes « manger moins salé, moins sucré », les modes d’emploi « mettez ce médicament hors de portée et de vue des enfants » (pourquoi de vue ? Si quelqu’un peut m’expliquer…) bref ces multiples interdictions/obligations qui infantilisent, rendent dépendants, sécuritaires et annihilent la confiance en soi.


P1000802-copie-1.jpg

 

 

 

 

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