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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 15:15

Je l'avais vu dans un reportage, sur LCP je crois. Il devait participer à une émission télévisée et était arrivé dans son Q.G fatigué, vidé. Son assistante lui avait proposé un café, il avait décliné l'offre: "Non, si je prends un café, ça va m'énerver et je risque de dire des bêtises. Je vais plutôt dormir une demi-heure, j'en ai besoin."

Je l'avais vu lors d'un meeting sur le Droit au Logement répondre à un militant qui lui reprochait d'être un "bourgeois bien logé"  (par parenthèses, quelle insupportable réthorique, celle qui voudrait qu'on ne saurait être "de gauche" sans être pauvre, surtout si l'on regarde le vote réel des pauvres... quand ils votent) Il avait répondu: "C'est vrai, je suis bien logé, il y a du chauffage chez moi (on était en hiver). Mais justement, je ne peux pas me sentir heureux quand je rentre dans un appartement confortable si dehors, il y a des gens qui dorment dans le froid." On peut dire que c'est une motivation individualiste, sensible, mais elle ne l'a jamais empêchée, au contraire, de développer des analyses globales, historiques et politiques.

Aujourd'hui, les jurnaux titrent avec délectation sur la fatigue,voire le renoncement à la politique de Jean-Luc Mélenchon. Lui a simplement précidé qu'il avait besoin de prendre du recul et de dormir. D'arrêter, en somme, d'être le nez dans le guidon.

Dussé-je en choquer beaucoup qui n'ont à l'esprit que ses emportements complaisamment provoqués et filmés par les médias,  je trouve admirable cet homme politique capable de prendre du recul avec la drogue quotidienne qu'est l'approche du pouvoir et la griserie médiatique. Tout comme, dans un tout autre genre, j'ai apprécié qu'un Xavier Dolan (le cinéaste Québécois "prodige") adulé, primé à Cannes et en pleine ascension, déclare avoir besoin de prendre un an sabbatique pour faire des études et avoir le temps d'aimer les gens qu'il aime. C'est tellement rarissime d'avoir envie de réfléchir avant d'agir.

an01r__dit_.jpgC'était le slogan de l'An 01: "On arrête tout, on réfléchit, et c'est pas triste".

Jean-Luc Mélenchon fait à voix haute le constat que les gens de gauche- je dis bien de gauche- font avec tristesse: la droite, comme le constatait le milliardaire Warren Buffet, a gagné la guerre idéologique. (aujourd'hui, l'extrême-droite aussi gagne du terrain) au point qu'il devient impossible d'espérer changer l'Ordre Economique Mondial  par la voie démocratique, le pouvoir des 10% qui possèdent 90 (ou 99?)% de la richesse du monde s'y opposerait immédiatement. Ne reste qu'une alternative: faire un pas de côté et vivre "autrement" à partir d'initiatives locales, sociales et solidaires en espérant qu'elles feront tache d'huile et dessineront un monde plus juste. Ou préparer une révolution qui ne pourrait être que violente face aux forces en jeu en face.

Le premier terme de l'alternative existe déjà, et je me réjouis de constater ici et là la multiplication des comités solidaires, logements partagés, agriculture paysanne,  polyamoureux, énergies écologiques, libertaires, anarchistes, féministes...  tout en sachant que ces initiatives restent si marginales face au bloc de la  pensée libérale que je n'en verrai pas le résultat global de mon vivant.

Reste l'hypothèse violente, qui a fonctionné en 1789, mais au prix de combien de vies, et pour quel résultat  225 ans plus tard?  Cela mérite largement un temps de réflexion au calme, de vacances au sens de "faire le vide" pour mieux le remplir d'une pensée claire et non polluée par l'agitation et la propagande.

Alors bonne vacance Jean-Luc, et bonnes vacances à tous!  

 

gour tazenat2



 



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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 19:09

baiser1.jpgC'était un soir de septembre, dernier dîner d'un voyage de presse. Après une semaine de congrès et de crapahutages en tous genres, les quatre médecins et six journalistes que nous étions avaient peu à peu troqué leurs masques professionnels pour une joyeuse camaraderie renforcée par un vol en coucou mouvementé et moult anecdotes mémorables. Ce soir là, donc, nous ressentions une sorte de mélancolie à l'idée de reprendre l'avion pour Paris, mélancolie qui poussait à des conversations plus intimes. De nos anecdotes professionnelles, nous passâmes à des souvenirs d'adolescence, les sujets de philo que nous avions eu au bac, nos formations respectives, nos autres vocations... quand soudain une fille lança : lune.jpg« Est-ce que vous vous souvenez de votre premier baiser ? » -Premier baiser... tu veux dire sur la bouche ? -Évidemment, sur la bouche ! - Avec la langue ? - Oui, avec la langue. - Ah bon, rit un des médecins, parce que si c'était juste sur la bouche, moi ça remonte à la maternelle, je devais avoir trois ans et avec mon amoureuse on s'embrassait sur les lèvres en pouffant comme des galopins. »

Le jeu était lancé et nous occupa toute la fin du repas. A la surprise générale, chacun se souvenait avec précision de ce premier baiser amoureux. Avec qui, à quel âge, dans quel lieu, et surtout l'émotion ressentie, plus forte selon certains que la première fois qu'ils avaient fait l'amour. On se souvenait de la façon dont peu à peu s'étaient entrouvertes les lèvres, de la balade du bout de la langue qui dessinait le contour de la bouche et réveillait de subtiles terminaisons nerveuses, des frissons dans le dos, de la fébrilité qui poussait à prolonger et approfondir ce baiser générateur d'une tension de tout le corps que nous n'appelions pas encore désir...

pingouins.jpgOn parla- comme  Pierre Perret dans "Les baisers- des baisers mutins qui picorent et gagnent du terrain sans en avoir l'air, des baisers gloutons qui aspirent et suffoquent parfois, des baisers trop mouillés ou pas assez, des langues exploratrices qui savent instiller l'envie comme un divin venin, et des langues limaces qui donnent envie de s'essuyer au plus vite la bouche, des dents qui se cognent et se mordent avec délices et de celles qui agressent... On se dit pour finir que cette période où l'on échangeait des baisers sans baiser, sans vouloir forcément « conclure » tout de suite, juste parce que c'était délicieux, avait du bon, et même du très bon.

Béni(e)s soient ceux et celles qui, en ces temps de speed-love en tous genres, savent prendre le temps d'un baiser. Juste un baiser, vif comme une surprise, langoureux comme un désir au ralenti, c'est un goût oublié de volupté quand la baise, si prévisible, donne parfois l'impression d'avoir déjà vu le film.

 

 

 

 


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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 16:21

Faire de sa vie une œuvre... ça ressemble à « Jouer au monde », non ? L'envie de créer pour exister, au risque parfois d'y perdre la vie. C'est ce pari que fit Pierre-François Lacenaire, qui inspira au cinéaste Marcel Carné, le personnage du poète assassin dans le film « les enfants du paradis ».

Fils de bourgeois, mal aimé par ses parents, après une vie agitée- armée, séminaire, métiers divers, voyages, rébellion, duels- le vrai Lacenaire devint voleur puis assassin et finit sur l'échafaud, non sans avoir laissé une œuvre littéraire forcément trop courte, vu qu'il fut guillotiné à l'âge de 33 ans.

lacenaireA partir des Mémoires que Lacenaire rédigea en prison, Franck Desmedt a écrit et mis en scène le spectacle « Lacenaire », qui s'attache aux derniers mois de la vie de cet homme hors du commun, talentueux, cynique, blessé par la vie, lucide sur le monde et orgueilleux jusqu'à vouloir diriger lui-même ce « suicide social » que constitua son procès et sa condamnation à mort. Un homme qui fascina et inspira des écrivains et des poètes  (Baudelaire, Balzac, Lautréamont, Dostoïevski...) et séduisit nombre de femmes qui assistaient à son procès.

En une heure et quart, Franck Desmedt fait vivre un Lacenaire provocant, séducteur et poète, l'image que voulait sans doute laisser à la postérité le véritable Lacenaire, en gommant les blessures qui expliquent son itinéraire romanesque autant que tragique.

Face à lui, Frédéric Kneip incarne les autres personnages : Avril, complice rustre de Lacenaire, le procureur agacé par la verve du prévenu, le président du tribunal qui ne cache pas la fascination qu'exerce sur lui cet étrange assassin, et Prosper Mérimée, visiteur de prison admirateur du talent littéraire de cet étrange assassin. Il passe de l'un à l'autre avec une plasticité de voix et de visage stupéfiante qui lui permet, de façon totalement crédible, de faire dialoguer le président du tribunal et Avril. J'ajouterai- et ceux qui me connaissent savent à quel point c'est dans ma bouche un compliment- que dans certaines attitudes et répliques du Président du tribunal, Frédéric Kneip m'a fait penser à Laurent Terzieff.

 

Au mois d'août, Franck Desmedt partant en tournée d'été, Frédéric Kneip reprendra le rôle de Lacenaire, face à un autre partenaire pour les autres personnages. Je ne saurais trop vous conseiller d'aller voir très vite la pièce avec Desmedt dans le rôle de Lacenaire, puis de revenir en août, tant il est vrai- « le succès de « la cantatrice chauve » depuis 57ans le prouve- qu'un même texte, avec une mise en scène identique, peut donner deux pièces différentes en fonction de l'alchimie entre les comédiens. C'est la magie du théâtre, et nous avons tous besoin de magie.

C'est au théâtre de la Huchette, 22 rue de la Huchette, 75005 Paris, du mardi au samedi à 21h. Les couche-tôt peuvent dîner avant, les couche-tard dîner après...

 

 

BANDE-ANNONCE


 


 

 

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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 16:14

benvenisteEn 1988, le docteur Jacques Benveniste publiait dans la revue de référence « Nature » un article intitulé Human basophil degranulation triggered by very dilute antiserum against IgE (dégranulation des basophiles humains provoquée par de très hautes dilutions d'antiserum IgE). Il y montrait que même lorsqu'il n'y a plus aucune trace de molécule active dans la dilution, l'activité de cette molécule demeure comme si l'eau s'en "souvenait".

Immédiatement popularisée dans les médias sous le nom de « mémoire de l'eau », cet article suscita une très violente polémique. Reconnaître que Jacques Benveniste avait découvert un phénomène nouveau mais réel, c'était remettre en cause les fondements de la biologie et admettre qu'une molécule n'a pas seulement une action chimique, mais sans doute aussi une activité d'ordre vibratoire, ondulatoire. Accessoirement, c'était ouvrir la porte à une explication scientifique des effets des médicaments homéopathiques, ce qui contrariait fortement l’industrie pharmaceutique classique et tous les chercheurs qui travaillent pour elle. Bref, cet article aurait obligé nombre de scientifiques à remettre en cause leurs croyances. ( eh oui, les scientifiques, comme tout humain, ont des croyances qui influent sur ce qu’ils estiment « vrai » ou « faux »)

« Nature » renia l'article de Benveniste, qu'elle avait pourtant accepté après les vérifications en usage pour toute publication dans une revue scientifique majeure. Un prestidigitateur fut envoyé dans le laboratoire du chercheur pour prouver que ses expériences étaient truquées, de multiples articles- lisibles sur Internet- l'insultèrent, le traitant d'illuminé, de charlatan, voire d'escroc... Ce qui le rendit acariâtre et parfois agressif tant il fut blessé par ces attaques indignes de l'immunologiste de haut niveau qu'il était.

Je l'avais interviewé dans un baraquement qui lui tenait lieu de laboratoire, après qu'il eût perdu son laboratoire de l'INSERM. J'ai assisté à plusieurs expérimentations trop longues à détailler ici, qui mettaient en évidence la fait que les cellules communiquent non seulement à l'aide de vecteurs chimiques, comme tout le monde l'admet, mais également avec un langage d'ordre électromagnétique.

Jacques Benveniste est mort en 2004 lors d'une opération du cœur.

EMI 514680Dix ans plus tard, après avoir travaillé depuis 2007 sur le sujet, le Pr Luc Montagnier, co-découvreur du virus du SIDA, présente ses propres travaux en relation avec « la mémoire de l'eau » dans un documentaire de Christian Manil : «  ON A RETROUVE LA MEMOIRE DE L'EAU » qui sera diffusé sur France 5 le samedi 5 juillet à 19h et rediffusé le lundi 7 juillet à 14h40.

Il y est démontré que l'on peut non seulement coder un ADN tout entier sur de l'eau, mais aussi lire la trace électromagnétique mémorisée sur cette même eau pour reproduire fidèlement l'ADN utilisé lors de la dilution... Selon Luc Montagnier, il serait possible d'identifier des bactéries encore inconnues de la science par la simple trace électromagnétique qu'elles laissent dans le sang, et comprendre ainsi l'origine de certaines maladies graves. Et, à l'inverse, numériser l'action biologique de certaines molécules médicamenteuses pour en faire des traitements efficaces et peu invasifs.

Nul doute que ce documentaire va susciter bien des réactions, ne serait-ce que parce que, si l'on admet que les cellules et les molécules communiquent avec des ondes électromagnétiques, on peut légitimement se demander si leurs messages ne pourraient pas être perturbés par le bain d'ondes électromagnétiques dans lequel nous baignons en permanence (téléphonie, antennes, etc), ce qui pourrait altérer l’intégrité desdites cellules et molécules.

 

eau

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18 juin 2014 3 18 /06 /juin /2014 09:38

acropole2Les polars ont l'avantage d’expliquer et de faire vivre de l'intérieur des situations que les débats d'experts et même les documentaires ont du mal à clarifier. C'est ainsi que depuis 2010 Petros Markaris raconte la crise grecque à travers les aventures du commissaire Kostas Charitos, flic banal mais tenace, aux prises avec des criminels hors du commun.

adiamantisAprès « Liquidations à la grecque » et avant « Pain, éducation, liberté » « Le justicier d'Athènes » met en scène un mystérieux « Percepteur national » qui assassine méthodiquement les grands fraudeurs fiscaux. A la ciguë, et ce n'est pas par hasard. ( au passage, la ciguë a l'air bigrement efficace pour occire discrètement son prochain...). Dans le même temps, Katerina, la fille chérie du commissaire, lasse de bosser bénévolement, envisage de s'exiler dans l'espoir de gagner un peu d'argent. Les exilés Grecs d'autrefois faisaient partie du peuple le plus pauvre, ceux d'aujourd'hui sont souvent très diplômés, et amers de voir leurs efforts réduits à néant.

Affiche Qdeg A3 Vive la crise brute 2 versions 1Petros Markaris- ou est-ce le traducteur ? - ne s'embarrasse pas de style littéraire et de réflexions métaphysiques à la manière d'un San-Antonio. Le commissaire Charitos mène son enquête avec la bonhomie et l'obstination d'un Maigret et une véritable obsession des embouteillages à Athènes. Ce faisant, par petites touches il révèle à travers une foule de personnages- politiciens, hauts fonctionnaires, entrepreneurs véreux- les raisons de la crise grecque qui n'a aucune raison de s'arrêter tant que ceux qui ont créé cette crise restent aux commandes du pays. Il décrit aussi les petites lâchetés et les grands désespoirs des Grecs, mais également ce qui les fait tenir : une solidarité familiale sans failles, le goût tenace des repas de famille et d'amis qu'on bricole avec ce qu'on a, ainsi que le désir d'en découdre avec ceux qui les ont menés là, de les faire payer...

Dans les romans de Markaris, les victimes sont généralement des personnages immondes, et les criminels des personnages blessés ou révoltés par les injustices. Ce qui les rend sympathiques et révèle sans doute dans l'inconscient de l'auteur, et peut-être de tous les Grecs, le désir de tuer, au moins symboliquement, les responsables de la crise.

51B8+DlnHQL. SY445Excessif ? Exagéré ? Un récent documentaire « Qui veut la peau de Bernard Tapie ? » diffusé sur France 5 montre encore une fois la réalité plus stupéfiante que le polar le plus échevelé. Charismatique, charmeur autant qu'exaspérant, Tapie a été tour à tour manipulateur et manipulé tant par la gauche que par la droite, avec un cynisme total. L'utilisation de Tapie par François Mitterrand pour contrer Michel Rocard, puis par Nicolas Sarkozy pour être élu en 2012 moyennant ensuite le fameux arbitrage qui nous a coûté quelques 400 millions d'euros mettent en évidence un Tapie voyou mais aussi ministre, emprisonné pour dérapages financiers multiples, mais encensé par les fans de l'OM, comédien au théâtre mais aussi (surtout?) dans la vie. De quoi réaliser une série politico-financière qui paraîtrait invraisemblable si elle était présentée comme une fiction...

Chez ces gens là, Monsieur, on brasse en toute impunité des millions d'euros ou de dollars, on joue avec les peuples comme avec des pions d'échecs, et lorsqu'on échoue, on invoque une « crise » mythique, comme une fatalité, en exigeant que paient ceux qui n'y ont joué aucun rôle. Comme le dit le « Justicier d'Athènes » à la fn du livre : « L’État grec est la seule mafia qui a fait faillite, toutes les autres sont florissantes. »

 

markaris

 


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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 12:26

 

 

Ce qui rend l'humain humain, c'est la culture. J'ai déjà écrit icique si l'homme préhistorique, après une journée épuisante à traquer le mammouth, avait éprouvé le besoin de dessiner sur les grottes sans espoir d'avoir un public et des acheteurs pour ses œuvres, c'est que la culture est plus qu'importante : essentielle. L'essence même de la civilisation. Que retient-on d'un pays? Les Pyramides d'Egypte, la muraille de Chine, les églises de tous styles, la Bible, Léonard de Vinci, Victor Hugo, Bach, Mozart ou Miles Davis, les thermes romains, les temples Incas ou Hindous, les peintures aborigènes, les sculptures du Zimbabwe, les masques Vaudous, toutes les musiques... Si la France demeure la première destination touristique au monde, c'est certes parce que ses paysages sont magnifiques et qu'on y mange bien- la cuisine étant en elle-même une culture- mais aussi parce qu'on y trouve, sur un territoire pas très grand, un concentré unique d’œuvres d'art de toutes les époques. Si les Américains et les Australiens découvrent sur le tard les Indiens et les Aborigènes qu'ils ont massacrés et appellent désormais « natives» pour signifier qu'ils sont à l'origine de leur pays, c'est bien parce qu'il est important de savoir d'où l'on vient pour savoir où l'on va.

Une civilisation qui néglige la culture cesse rapidement d'être civilisée. J'ai connu un homme avec qui les discussions s’achevaient souvent par une explosion de violence de sa part quand nous n'étions pas d'accord. Un jour où je lui en fis la remarque, il répondit : « Oui, mais toi tu maîtrises les mots, moi je n'ai pas fait assez d'études. Alors quand je ne trouve pas les mots, ça me donne envie de crier ou frapper. » (il n'avait que crié, sachant qu'un geste de trop m'aurait fait fuir à jamais.). Les mots, comme antidote à la violence...

Oui, la culture est un des meilleurs vecteurs de cohésion sociale et de construction de l'identité de chacun. (2012)

J'ai un ami agriculteur et documentariste. Un jour qu’il racontait ce qu’il faisait à un copain, celui-ci éructa : «  Tu es intermittent du spectacle ? Système d’assistés, de nantis. Foutez rien et on vous paie… »  Il se trouve que l’éructeur était militaire. Frédéric lui répondit calmement : « Tu es payé toute l’année, depuis des années, sans que tu fasses la guerre, alors que le métier du militaire est de faire la guerre. En somme, tu es un intermittent de la guerre. Permets-moi de me réjouir que tu sois intermittent ! Moi, j’ai choisi d’être intermittent de la culture, tout aussi nécessaire à l’humain que la guerre, mais hélas précaire. Et dis toi qu’avec 1 ou 2% du budget de la Défense, on couvrirait largement toutes les sommes versées aux intermittents du spectacle. » (2010)

Et pour finir, relisez « La vie très privée de Guy Kaddict », c'est pour l'instant de la science-fiction, mais ça deviendra vite VOTRE réalité si vous continuez à ne rien comprendre au conflit des intermittents, des fonctionnaires et de bien d'autres catégories sociales dont on ne découvre l'indispensabilité (néologisme, je sais) que lorsqu'elles disparaissent.

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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 18:27

Premier vrai soleil, envie d'un maillot deux-pièces. Un truc simple, bikini et soutien-gorge en triangle dont on peut réduire la voilure pour bronzer plus, ou l'augmenter en cas de seins plus volumineux. Vous ne me croirez pas : j'ai exploré dix boutiques au moins, pour ne trouver que des maillots avec coques préformées et rembourrage systématique, y compris pour les rares soutien-gorges en triangle.

sortie_de_l__eau.jpgOr je ne sais si vous connaissez la visqueuse sensation sur la peau de la mousse imbibée d'eau de mer, le temps de séchage incroyable des soutifs rembourrés et les seins gelés dès qu'un courant d'air refroidit la mousse humide, mais faut être franchement maso pour porter ce genre de maillot qui de surcroît ne trompent personne tant le rembourrage est artificiel. (par parenthèse : pour détecter les seins refaits sur une plage, regardez les filles allongées : si le sein est aplati, il 

est d'origine, s'il continue à pointer, il y a forte hypothèse de prothèse.) Dans une boutique asiatique, j'ai même trouvé des maillots avec fesses rembourrées !

J'explique donc aux vendeuses que je désire un maillot basique de chez basique, comme décrit ci-dessus et obtient cette réponse : « Je vois mais on n'en a pas, c'est pas la mode cette année. »

A quoi je réponds que mes seins n'ont nulle intention de changer selon les fluctuations de la mode.

Il faut croire que je suis la seule, car je n'arrive toujours pas à comprendre comment il se fait que toutes les femmes ou presque avaient les seins menus aux temps de la jeune Jane Birkin ou du mannequin Twiggy, et que quinze ans plus tard, la mode étant aux gros seins, les bonnets C ou D sont devenus la norme.

Bref, je ne sais plus à quels seins me vouer... à part les miens !



 


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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 23:00

amoureux.jpg« En couple » : certains s'affirment comme tels sur les réseaux sociaux deux jours après la soirée qui les a réunis dans le vertige du désir et du séduire, comme s'il y avait impérieuse nécessité à clamer à la population: « J'ai un mec, j'ai une nana ! » Vous remarquerez qu'on clame plus souvent « j'ai » que « j'aime » et ça devrait interpeller.

mari_s2.jpgDu temps où les gens se mariaient pour la vie, pas toujours avec passion, mais avec l'intention de fonder un foyer et de construire une vie commune pérenne, le couple était clair : une association entre un homme et une femme- à l'époque, pas de mariage entre personnes de même sexe- pour perpétuer le modèle familial de leurs parents. Le régime matrimonial de base était alors la communauté simple, qui versait dans la corbeille non seulement les biens acquis durant le mariage, mais aussi ceux possédés par chacun des époux avant le mariage. 1 + 1 n'égalait même pas deux, mais 1 : le couple effaçait l'homme et le femme (la femme un peu plus...) La communauté est ensuite devenue « réduite aux acquêts », ce qui permet à chacun des conjoints de conserver comme bien propre ce qu'il possédait avant le mariage. Maigre progrès...

Le seul contrat laissant à chaque individu son autonomie financière est « la séparation de biens », qu'adoptent 10 à 12% des couples. C'est peu, et cela témoigne de l'idée fusionnelle attachée au couple. La séparation de biens protège la famille tout en reconnaissant l'indépendance financière de chaque conjoint   mais elle suscite autant de réticences que le fait de faire chambre à part, alors même que tant de gens avouent dans l'intimité que dormir à deux est compliqué si l'un ronfle, l'autre a toujours froid (ou chaud), se lève dans la nuit, allume pour lire en cas d'insomnie, etc. Mais affirmer qu'aimer ne veut pas dire mélanger son argent avec celui de l'autre, ni faire forcément couette commune, dur, dur...

Communauté de vie, pourquoi pas ? Encore que je pense que le seul moyen pour vivre longtemps ensemble est de ne pas vivre en permanence ensemble. Les « couples qui durent » comme on dit, affirment neuf fois sur dix être très indépendants, les fusionnels ont explosé en moyenne au bout de 14 ans, souvent plus tôt. Mais quand s'ajoute à la communauté de vie la communauté d'argent, on a tous les ingrédients d'un cocktail explosif, les questions d'argent étant au top des motifs de dispute, avec l'adultère et l'éducation des enfants, et un des principaux points de conflit lors des séparations.

tax_collector.jpgOr l'administration fiscale contribue à perpétuer l'idée que couple= fusion économique. Vous n'êtes plus deux contribuables, mais un foyer fiscal. Pour avoir la possibilité de déclarer séparément leurs revenus, les époux doivent avoir un contrat de séparation de biens ET justifier de deux adresses différentes. Ce qui les transforme en époux séparés « de fait », même s'ils ne divorcent pas, puisque « les époux s'engagent à une communauté de vie », matérialisée dans l'esprit du législateur par le domicile unique.

L'administration est à ce point imprégnée de l'idée du « couple » qu'une personne qui a divorcé ne redevient pas « célibataire » comme il serait logique, mais reste « divorcé(e). » Un acte ponctuel l'étiquette à vie, tout comme la mort du conjoint fait de vous un veuf ou une veuve, même vingt ans après le décès, alors que le ou la survivant(e) devrait redevenir tout simplement célibataire. Le mariage religieux parle d'un lien qui durera « jusqu'à ce que la mort vous sépare », l'administration, elle, maintient le souvenir du couple, et ne l'oublie que si la personne se remarie... et forme un autre couple, cellule économique de base et foyer fiscal.

Pourquoi mélanger l'amour et l'argent ? Pourquoi cet attachement au « couple » à une époque où il est d'une précarité extrême ? Pourquoi cette conviction que le couple- marié ou non- est plus important que chacun des individus qui le composent? Pourquoi refuser que des célibataires libres et autonomes le restent, sous prétexte qu'ils s'aiment et partagent un bout de vie?

Je discutais il y a quelques jours avec un ami adepte de relations avec les femmes fondées sur l'amitié, sans que soit exclues ou obligatoires les relations sexuelles : « Elles ne prouvent que le désir, pas l'amour ». - C'est quoi, pour toi, l'amour ? En bon philosophe qui répond à une question par une autre, il me demanda : « Et pour toi ? » Je lui parlai de la notion d’intimité que j'affectionne, où on aime l'autre pour ce qu'il est : « Dans la passion, on passe son temps à se demander si l'amour va durer et combien de temps, dans l'intimité on aime quelqu'un, pas un concept, et on lui fait confiance, on se dit qu'il (ou elle) ne nous fera aucun mal (alors que la passion génère du mal, ne serait-ce que la jalousie ou les crimes passionnels). Mon ami alla plus loin : « Pour moi, aimer, ce n'est pas seulement ne pas faire de mal, c'est vouloir le bien de quelqu'un... - … Pas seulement vouloir lui faire du bien, ajoutai-je, mais se réjouir aussi du bien qu'il trouve ailleurs. »

A ceux et celles qui me feront remarquer que je suis "en couple" depuis 40 ans : oui, et j'en suis ravie, mais sous le régime de la séparation de biens, avec des comptes séparés, quinze ans de vie en « communauté » et rarement plus de deux mois consécutifs sans que l'un ou l'autre ne s'offre un ailleurs. Malgré cela, j'ai remarqué une chose curieuse : alors que je n'ai jamais caché à quiconque notre façon de vivre, même des amis proches avaient dû conclure que pour venir si souvent seule à leurs invitations, ou partir seule en vacances, il devait y avoir de l'eau dans le gaz... La preuve : il a suffi de quelques dîners auxquels nous sommes allés ensemble pour que les ami(e)s qui m'invitaient seule se mettent à nous inviter systématiquement tous les deux. Au point que j'ai dû rappeler à des copains intimes que même si nous étions ravis de les recevoir, je ne comptais pas renoncer à mes dîners en tête-à-tête avec eux (la réciproque est vraie du côté de mon cher et tendre, qu'il sorte seul ou accompagné me fait plaisir) et je dois dire que devoir préciser cette évidence m'énerve autant que lorsque, peu de semaines après mon mariage, j'ai reçu une lettre de l'administration adressée à «madame Bernard Simpère ». Autant dire que j'ai exigé qu'on m'écrive à moi, et pas à l'épouse de...

poissons.jpgPour en revenir aux « Pourquoi ? » Si le couple est la seule union reconnue par l'administration, au point que deux personnes habitant sous le même toit sont réputés « en couple », ce qui a des influences sur les aides et allocations auxquelles elles ont droit (à elles de prouver qu'elles vivent en co-loc et en toute amitié), c'est évidemment parce que le couple reste une petite entreprise qui achète, vend, consomme et garantit la stabilité et la pérennité du système existant. On le présente comme un refuge alors qu'il est repli sur soi, on en ferme les frontières sous prétexte de le protéger, tout étranger au couple est observé comme un perturbateur potentiel dont il vaut mieux se méfier... Le couple, pour un État, c'est facilement gouvernable, parce que facilement insécurisé...

 

 

 

 

 

 

 


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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 22:59

Venus_de_Milo_Louvre_Ma399.jpg"Ce qui vient de se passer (le référendum) n'a aucune conséquence, c'est nul et non avenu [...] La seule élection qui vaudra, c'est celle du 25 mai, le reste n'est qu'un faux semblant". Qu'il est sidérant ce Hollande ! Des milliers de personnes ont participé à cette consultation, et qu'il soit ou non d'accord avec le résultat, ce résultat est là. Affirmer que le scrutin est nul parce qu'il ne lui plaît pas, n'est-ce pas une ingérence dans les affaires intérieures d'un pays étranger et un déni de démocratie ?

Mais j'y pense : n'est-ce pas en France que le peuple, au cours d'un scrutin tout ce qu'il y a d'officiel et d'organisé a voté en 2005 à 55 % contre le projet de Conctitution européenne et qu'il n'en a été tenu aucun compte ? (précision: voter contre n'était pas « être contre l'Europe », mais contre la ligne économique ultralibérable qui transpirait à chaque page du Traité). Plus tard, quand des députés ne votaient pas selon la ligne attendue par l'exécutif, n'est-ce pas en France qu'on les a fait revoter pour obtenir la réponse souhaitée ? Et le président de cette France là ose donner des leçons de démocratie à l'étranger ?

N'est-ce pas les économistes de 2008 qui affirmaient doctement « la crise est derrière nous » « il n'y a aucun risque que les banques soient touchées l'une après l'autre », "le capitalisme, il n'y a que ça qui marche" qu'on retrouve sur les plateaux TV en 2014, toujours pédants et sûrs d'eux alors qu'ils ont eu faux sur toute la ligne tandis que ceux qui avaient vu juste et mis en garde contre « l'argent fou » sont peu ou pas invités ?

N'est-ce pas le Ministère de la Culture, préposé au rayonnement de la culture française, qui a supprimé en 2013 toute subvention au « Monde Diplomatique », magazine français le plus lu sur la planète, tandis qu'il octroie de l'argent public (le mien, le vôtre) à Télé 7 jours, Gala ou Closer et surtout au Figaro de Dassault (premier journal subventionné par le Ministère de la Culture, 16 millions en 2013) qui engrange par ailleurs des millions de recettes de pub via ses magazines (Fig-mag, madame Figaro), et fustige en permanence les « assistés » qui vivotent du chômage ou avec le RSA.

Quant au fils à papa Pierre Gattaz, président du MEDEF de père en fils (son père Yvon présidait aux destinées du Centre National du Patronat Français, ancêtre du MEDEF, dans les années 80) il vient de s'octroyer 25 % d'augmentation de salaire tout en proposant d'instituer des contrats de travail en dessous du SMIC. L'idée d'un salaire minimum lui semble insupportable, mais celle d'un salaire maximum acceptable ne l'effleure même pas.

Quand se taieront enfin les éditorialistes perroquets qui répètent en boucle: « Croissance, il faut de la croissance, la croissance n'est pas au rendezz-vous"? Qu'ils aillent vivre en Afghanistan ou en Sierra Léone, ils y trouveront des taux de croissance de 12,5 à 15 % (chiffres 2012.) Ça veut dire quoi d'ailleurs la croissance ? En Libye, qui du temps de Khadafi avait un taux de croissance oscillant entre 2 et 4,5 % (à la louche), il y a eu en 2012 un taux de croissance de … 104,5 %, venant après une chute de croissance en 2011 de … - 62,1 %. Ça sent bigrement les chantiers de reconstruction sur lesquels, comme des charognards, se sont précipitées les entreprises de BTP du monde entier !

La croissance n'est pas un bien en soi, mais la photo d'une situation économique conjoncturelle qui ne préjuge en rien du bonheur des habitants du pays, au contraire. Les pays développés ont naturellement peu de croissance parce qu'ils débordent déjà de biens de consommation... qu'ils n'arrivent d'ailleurs plus à vendre, et c'est la crise !

Comme le remarque sagement le site « statistiques mondiales » le taux de croissance ne mesure que la croissance du revenu humain et non la valeur du patrimoine de l'humanité. Si cette croissance s'obtient en puisant dans l'actif de l’humanité ( ressources et énergies non renouvelables, NDLR) celui-ci se dévalorise et le bilan comptable réel devient négatif. Ce pourrait être le cas depuis les années 1970/80. En d'autres termes l'obsession de la croissance enrichit quelques individus mais appauvrit le monde.

Qu'on cesse de harceler les gens avec la dette.  Si, comme dans d'autres pays, une banque centrale avait prêté à taux bas aux Etats européens au lieu, comme la Banque centrale européenne, de prêter à 1 % aux banques privées des milliards que celles-ci ont prêté ensuite à des taux pouvant atteindre 7 % pour des pays comme la Grèce, aucun pays d'Europe ne serait accablé par sa dette. Par ailleurs si la comptabilité publique faisait comme les comptabilités d'entreprises- amortissement de la dette sur plusieurs années et prise en compte des actifs dans le bilan- on découvrirait qu'un pays qui s'est endetté pour éduquer les jeunes, investir dans la recherche, garantir une bonne santé aux habitants et entretenir son patrimoine est en fait un pays riche en patrimoine et ressources humaines de qualité, alors que le même pays s'appauvrit quand il emprunte pour pouvoir consentir des réductions de charges à des entreprises qui les utilisent à 65, voire 80 % pour rémunérer leurs actionnaires au lieu de les investir dans la recherche et leur activité d'économie réelle.

Le surprenant, le sidérant, le désespérant, c'est que l'analyse de la situation est faite depuis longtemps, de façon très détaillée, dans moult livres, articles et excellents documentaires sur l'argent fou, la faillite des banques, l'évasion fiscale, les liens douteux entre finance et politique et même les projets alternatifs qui marchent. Nul ne pourra dire comme en 45 : « Je ne savais pas ». Mais alors pourquoi rien ne bouge-t-il alors que cette situation mériterait... n'ayons pas peur des mots, une Révolution ?

J'ai posé la question autour de moi, avec souvent pour réponse : « Les  gens pensent que ce système va dans le mur, mais ne savent pas quoi mettre d'autre à la place ? » La propagande selon laquelle le communisme est une horreur, l'écologie est utopique, les alternatifs des marginaux, les pays d'Amérique Latine pauvres et violents, l'Afrique toujours mal partie et jamais arrivée fait que l'idée même de changer angoisse ceux qui entendent à longueur de journée ces litanies dépressives.

La crise, c'est peut-être cela : préférer un monde fini, usé, qui va dans le mur mais on connaît le mur, plutôt qu'oser explorer des horizons nouveaux, où le regard se perd avec volupté.

Ah oui, le titre de ce billet : je suis la Vénus de Milo, car face à cela... les bras m'en tombent.

 

 

 

 

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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 20:31

Le baby-boomer  dont je vous ai parlé ICI, a beaucoup d'amis de jeunesse, copains d'une adolescence heureuse, compagnons de militantisme, partenaires d'expéditions improbables en Inde et en deux-chevaux via l'Iran et l’Afghanistan quand il était aisé de traverser ces pays. Il les revoit en 2014, ils se donnent des nouvelles de leurs enfants devenus adultes et pas mal réussis pour la plupart, des petits-enfants qui les rendent gâteux, ça ils ne l'auraient jamais cru tant à 20 ans ils redoutaient de sombrer dans la routine familiale. Puis les voici qui concluent la conversation par : « Je te quitte, je vais voir mon père (ma mère). »

Leurs vieux ont 85 ans, parfois un peu moins ou beaucoup plus. Pendant des années, les baby-boomers les ont peu fréquentés, ils fuyaient ces « croulants » confits dans des valeurs qu’eux-mêmes avaient balancé joyeusement à 20 ans. Leur crise d'adolescence a duré parfois jusqu'à près de 40 ans...

Aujourd'hui, le baby-boomer se tient au chevet de ses parents fatigués et pend conscience qu'après eux, il sera en première ligne face à la mort qui le laisse, comme tout le monde, incrédule : « Je sais que je vais mourir mais je n'y crois pas. Comme vous, comme tout le monde. » avait dit François Mitterrand à un journaliste.

Le baby-boomer réalise aussi qu'en le quittant, ses parents emporteront avec eux les souvenirs de l'ancien monde. Leur génération a fait la dernière (espérons-le) guerre mondiale, et a été la dernière à perpétuer les valeurs anciennes. Passée l'inévitable crise d'adolescence, plus quelques années de jeunesse à « jeter sa gourme », les parents nés dans les années 20 à 30 reproduisaient peu ou prou le schéma de vie de leurs aînés : mariage, emploi stable, trois enfants ou plus. Ces trois enfants, nés après 1945, sont de la première génération à ne pas revenir dans le giron traditionnel.

Ils ont fait leur coming-out, ont bénéficié de la pilule, ont découvert la planète en prenant l'avion comme leurs parents prenaient leur vélo, ont vu alunir des hommes, ont connu le téléphone fixe, le be-bop, le mobile à touches, le tactile... Ils n'envoient plus guère de lettres mais reçoivent quotidiennement des centaines de messages électroniques, ils ont oublié l'odeur de pommes et d'encaustique qui embaumait les cages d'escalier des immeubles anciens. Ils se souviennent de mots comme « chandail » « percale » « cache-nez » « bastringue » mais ne les emploient plus.

 

41SYbO8dYYL. AA160Voilà à quoi j'ai pensé en refermant le livre d'Alex Taylor, « Quand as-tu vu ton père pour la dernière fois » ? Alex a passé plusieurs mois auprès de son père malade, jusqu'à sa fin. Ce livre raconte cette année particulière que vivent néanmoins de nombreux baby-boomers lorsque leurs parents se font vieux, ou très vieux. J'ai plusieurs fois rencontré ce sémillant journaliste international, qui vit depuis longtemps son homosexualité avec finesse et intensité et adore la linguistique. Un européen convaincu, un amateur de bonne chère, un homme aux manières délicieusement British bien qu'il vive depuis plus de 30 ans en France. Du coup, je redoutais que son livre ne soit qu'un récit, sans doute émouvant, voire poignant, de la fin d'un être aimé. Or il est bien davantage, et n'est pas du tout triste... Sans peut-être en avoir conscience, Alex Taylor révèle la force de ses racines. Il est bien plus britannique qu'on ne l'imagine, tout imprégné des odeurs de son pays natal, des paysages de son enfance et des méthodes éducatives qui diffèrent sensiblement d'un côté ou de l'autre du Channel. En allant voir son père, il retrouve son pays et réalise à la fois combien il y est attaché, et combien il n'aura plus rien à y faire lorsque son père sera mort. Déraciné par choix à 20 ans, il l'est davantage encore en devenant orphelin, et là est la force de son livre : nous faire ressentir qu'au-delà de leur absence, les parents emportent avec eux un monde disparu ( qui nous racontera la guerre 39/45 vue par leurs yeux d'adolescents ?) et une part de notre enfance, faisant de nous des déracinés : ne dit-on pas qu'on est toujours du pays de son enfance ?

 

 

 

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