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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 13:11

JOYEUSES PÄQUES !!!

pénitentspieta.jpgEncore qu'en ce saint week-end célébré avec faste dans de multiples pays, je garde en mémoire les centaines d'images recueillies en Espagne, où la Sancta Semana dure huit vrais jours, du dimanche des Rameaux au dimanche de Pâques, avec cortèges de pénitents quasi quotidiens, chants et répétition de la Passion du Christ. Entre Tolède, Cordoue, Salamanque et Vallodolid, on fait le plein de tradition chrétienne morbide...

vierge poignardéeQu'il s'agisse des expositions sur «Les instruments de torture durant l'Inquisition Espagnole » à Tolède et Salamanque (Inquisition qui dura presque quatre siècles et sema la terreur au nom de la pureté du chrétien espagnol, à ne surtout pas mélanger aux nouveaux convertis d'origine douteuse), ou des statues magnifiques la-mort.jpgde la cathédrale de Cordoue ou du musée de la sculpture de Valladolid, ces oeuvres d'art ne respirent pas la félicité du croyant mais plutôt une fascination pour la souffrance, le martyre et la mort rendant caduque le propos prêté à Ben Laden dans une interview : « Vous les chrétiens avez peur de la mort, nous les musulmans sommes fascinés par elle. » Ce n'était qu'une question d'époque, comme en témoignent les persécutions perpétrées par les croisés et les missionnaires d'antan et le goût du martyre des premiers chrétiens.

 

 

vierge aux bébésjesus nu

Heureusement, il y eut la Renaissance, qui produisit des œuvres infiniment plus joyeuses, comme ce Jésus malicieusement nu, ou cette sainte famille montrant Joseph attendri devant Marie avec deux bébés sur les genoux, suggérant donc que la virginité de la jeune femme- si tant est qu'elle ait existé pour engendrer le Christ- n'a pas perduré et qu'il serait tant que l'Eglise cesse de vénérer l'hymen pour prêcher l'amour, tous les amours.

vierge à enfantCar, et c'est cette bonne nouvelle que je tenais, mes biens chers frères, mes bien chères sœurs, à vous communiquer en ces festivités Pascales : Sainte Anne, mère de Marie, était polyamoureuse! Elle avait épousé trois hommes qui furent représentés maintes fois dans des œuvres du XVème siècle, comme celle ci-dessous, où ces trois gaillards barbus veillent sur Anne, Marie et le Christ. Joseph apparaissait parfois dans ces tendres tableaux polyfamiliaux qui contrastent joyeusement avec les habituelles images de souffrance et de martyre.

Évidemment, cette représentation d'une pluriamoureuse épanouie et néanmoins Sainte n'eut pas l'heur de plaire aux dignitaires de la religion. Aussi le Concile de Trente considéra-t-il les amours plurielles de Sainte Anne comme une légende apocryphe (c'est-à-dire un fait non authentique car jugé par les autorités religieuses comme non inspiré par Dieu, car c'est bien connu, ce sont les hommes qui décident de ce qui est ou non parole divine...) et en interdit (censura, dit le commentaire du musée Sans Gregorio de Vallodolid) toute représentation en raison de « leur indécence ». Tout comme aujourd'hui, les images de violence, d'agression, de torture et de brutalité étaient mieux acceptées que les images de sexe et d'amour.

Cependant, devant ces représentations par ailleurs magnifiques, la « Manif pour tous » aura bien du mal à justifier qu'elle défend la tradition chrétienne et non l'Ordre religieux.

 

polyste famille

               En haut, les trois maris de Sainte Anne, en bas, de gauche à droite: Marie, Jésus et Sainte Anne.

 


 

 

 


 

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 10:26

C'est l'histoire d'une fille aux alentours de la trentaine qui se demande ce qu'il reste à vivre d'intéressant quand on a, comme on dit, « tout pour être heureuse ». Autour d'elle, ses ami(e)s se marient, prennent un crédit, envisagent un bébé... Ce bonheur là ne la tente pas, tant elle trouve stupéfiant que des filles brillantes, drôles et dynamiques concentrent désormais leurs conversations sur le caca du nouveau-né ou les traites à payer.

L'engagement politique ? Elle a déjà donné quand elle était étudiante, et constaté combien le pouvoir corrompt : « Ils avaient des idées mais pas le pouvoir de les réaliser, ils ont le pouvoir mais plus envie de réaliser leurs idées. »

Alors elle regarde le monde avec une lucidité que lui a donné un drame précoce, la mort de son père dans un accident de voiture : Dans son esprit d’enfant, autrefois, n’existaient que ses parents, entité chaude et rassurante sans failles ni défaillances, entièrement vouée à sa protection. Cet univers sûr s’était écroulé un jour d’août brûlant. Depuis, Marine savait la fragilité du bonheur et l’imprudence qu’il y a à trop compter sur lui. »

Dans son exploration du monde, elle rencontre deux émigrés de l'Est rêvant de leur pays comme d'un paradis perdu, une vieille dame fantasque, un italo-grec séduisant, un amant de sa mère devenu un ami fidèle, une copine d'enfance en plein chagrin d'amour, et surtout Antoine, qui, comme elle, cherche à transformer la réalité pour qu'elle colle à ses rêves.

C'est l'amour fou, d'autant plus fou qu'il semble s'arrêter aux portes du désir. Si ce n'est que Marine veut bien « Jouer au monde » avec cet homme, mais pas s'y perdre.

C'est l'histoire d'une fille qui découvre combien il est important d'être acteur de sa propre vie quand autour de soi le monde semble en pleine décomposition. Et pas du tout « un livre pour stimuler la sexualité des couples » comme je l'ai entendu dire à la radio par une journaliste qui ne l'a visiblement pas lu...

Pour l'écrire, j'avais pris plusieurs mois de congé sans solde, au terme desquels, déjeunant avec un médecin collaborateur de ma rubrique, celui-ci m'avait rappelé, inquiet : « Hier, vous m'avez fait peur, vous sembliez dans un autre monde. » J'avais effectivement du mal à réintégrer la réalité déplaisante de cette époque, tout comme je me suis sentie assommée dimanche soir en regardant ce monde de fous qui perdure. Mais en grande partie grâce à ce livre, j'ai heureusement appris à « Jouer au monde », à l'amour, à l'humour, à l'amitié, à la lucidité. Et je regrette infiniment que ce roman, qui arrive en fin de vie- l'édition est un produit de plus en plus rapidement périssable- n'ait pas comme ont dit « trouvé son public ».

Forcément, si les gens ont cru qu'il s'agissait encore d'un manuel érotique ils ont dû être déçus !

 

joueraumonde COUV4bis

 


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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 13:39

Puisqu'il n'est pas dans l'ADN des politiciens ( « ce n'est pas dans l'ADN », expression très mode en ce moment) de changer de logique de pensée même quand la réalité démontre chaque jour que leur logique est dépassée, ne marche pas et pire : aggrave les problèmes, (une exception : l'Italie, où le nouveau chef de gouvernement a décidé d'abandonner la politique d'austérité vu ses piètres effets), cherchons le plan B.

utopie« Plan B », autre expression à la mode pour dire « solution nouvelle à un problème ancien non résolu par les logiques du passé ». Je vous en ai parlé en 2013 , notamment  d'un bar associatif de Poitiers appelé « Plan B ». Il fonctionne toujours, avec des menus à 12 euros préparés à base de produits de saison, bios autant que possible et locaux, plus des spectacles de musique, animations, conférences... originaux, qui créent de vrais liens entre les convives, bref une ambiance comme on les aime. « Et de bonnes bières » conclut un habitué.

Plan Bières1A propos de bières, j'ai rencontré à Clermont-Ferrand Jean-Baptiste Loiseau et Anne-Lise Amiot. Après avoir bossé en entreprise, tous deux ont eu envie de travailler en harmonie avec leurs idées, et pour un produit qu'ils aiment. En l'occurrence la bière, mais pas n'importe laquelle. Ils décident de brasser à petite échelle- micro-brasserie artisanale- avec de l'eau pure, des malts, houblons et autres ingrédients issus de l'agriculture biologique, et de réduire les transports, d'où une diffusion exclusivement locale auprès de nombreux partenaires : bistrots, cafés, vendeurs, marchés, et naturellement l'Empire du Malt, the caviste en bières qui diffuse notamment l'Auv'alie, la bière dédiée aux rugbymen Clermontois de l'ASM. Jean-Baptiste et Anne-Lise suivent des stages dans des brasseries artisanales, dégotent du matériel d’occasion, cherchent des financements, et Anne-Lise suit une formation universitaire de brasseur à la Rochelle.

planBières5Le 8 mai 2012, sortent leurs premières bouteilles avec un logo simple : Plan B, comme Brasserie et Bières Blanche, Blonde, Brune et amBrée. Auxquelles s'ajoutent des bières de Printemps, des Vacances et de Noël. Modérément alcoolisées, car ces deux amateurs considèrent que la bière est une boisson conviviale dont on boit généralement plus d'un verre par soirée, et qu'il est préférable de la faire légère, ce qui ne l'empêche nullement d'être goûteuse, plutôt que de s’assommer dès la première demi-heure avec de l'alcool en excès.

planBières4Le résultat est concluant : après une année et demie, leur production de 800 litres par semaine s'écoule si bien qu'ils vont passer à 1600l par semaine. Tout comme le plan B de Poitiers, celui de Clermont-Ferrand organise ou participe à de nombreuses manifestations locales autour de la musique, de la St Patrick ou d'événements sportifs. Ce n'est plus seulement de la bière, c'est aussi du plaisir plein la tête. Autre projet : fédérer les agriculteurs locaux, notamment producteurs de céréales autour d'un label « Auvergne bio » car jusqu'ici, faute d'offre locale suffisante, le Plan B doit acheter ses ingrédients bio au-delà du département.

Il y a moult- et malt- autres plans B dans le monde, il suffit de demander à Google pour en trouver, et sans compter sur d’hypothétiques sauveurs, imaginer le sien propre pour faire de ses rêves une réalité et de sa réalité un rêve. (devise de ce blog « Jouer au monde »)

 

 

 

 

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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 16:38

En 2004, il y a juste 10 ans, la réalisatrice  Martine Asselin me contactait pour me dire son envie de faire un film sur les amours plurielles à partir de mon expérience de plus de 30 ans sur le sujet. J'étais réticente, mais Martine a pris tout son temps pour qu'on se parle, pour rencontrer un maximum de personnes de mon entourage et pour m'accueillir au Québec afin que je la connaisse mieux. Alors je lui ai fait totalement confiance et j'ai bien fait : même si en 10 ans j'ai évolué sur quelques points je reste totalement en accord avec ce film.

 chmplain1Le film « La grande amoureuse » a été diffusé en mars 2007, rediffusé une dizaine de fois sur  la chaîne québécoise Canal Vie et présenté à de nombreux festivals. Chose curieuse, alors qu'un producteur parisien pensait qu'il allait facilement intéresser une chaîne française avec ce sujet, aucun n'en a voulu. Il y a 7 ans, le polyamour ne faisait pas encore les choux gras des médias.

Certains internautes ont commandé le DVD, quelques projections privées ont été organisées...

 La dernière projection aura lieu jeudi 3 avril dans un village de Haute-Savoie, les Houches, à l'initiative des ateliers Equithés qui travaillent sur les droits humains, le partage des savoirs et des ressources, le bio, les cultures différentes, bref rien que des sujets qui m'intéressent et c'est pourquoi j'y serai.

Quand je dis « Dernière projection », cela signifie aussi dernière à laquelle je participerai. Parce que j'ai dit tout ce que j'avais à dire sur le sujet, et aussi parce que ma fille, qui a 16 ans dans le film, ne se reconnaît évidemment guère dans l'ado en mutation qu'elle était, à présent qu'elle est une jeune femme belle et bien dans sa peau.

Amis des Houches, de St Gervais, Chamonix, Megève et Genève, n'hésitez donc pas à faire le déplacement, vous pourrez dire: "J'y étais!"

La présentation du sujet commencera à 20h30, la projection de la grande amoureuse à 21h, suivie d'une discussion avec les participants.

Ceux qui souhaitent dîner sur place entre 19h30 et 20h30 peuvent réserver auprès de Yohann Catland, organisateur de cet atelier : 04 50 54 55 20. Attention : le nombre de places au dîner est limité !

Ateliers Equithés

65 rte des S'nailles
F-74310 Les Houches
04 50 54 55 20
atelier.equithes@free.fr

 

 


  lancement_031.jpg

 

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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 10:47

fran_oise_22.jpgQuand j'étais ado, ma place de tête de classe systématique rendait les garçons admiratifs de mon "intelligence", mais craintifs aussi, de sorte que j'avais un mal infini à me sentir séduisante, et c'est un euphémisme! Du coup, le premier qui m'a lancé: "Ton côté Version Latine m'horripile, par contre j'adore te regarder quand tu écris en haut du tableau et que ta minijupe remonte, car tu as un beau petit cul", celui-ci donc me fit fondre de plaisir!
fran_oise_45.jpgLes 40 années suivantes, les appréciations masculines achevèrent de me convaincre que, finalement, je n'étais pas un thon. Ça fait du bien...
Mais voici que depuis un an environ, nombre d'hommes pointent à nouveau mon intelligence et mon acuité d'esprit pour dire qu'ils sont charmés. Comme quand j'étais ado. Mais cette fois-ci, cela ne me déçoit pas. Les années passant, je souscris au proverbe chinois qui recommande à l'homme: "Aime une femme pour son intelligence plutôt que pour sa beauté, votre amour sera plus durable."  Et puis "mes" hommes aussi prennent de l'âge, et je leur trouve toujours du charme, par cette magie qui fait que le regard aimant, véritable caméra infra-rouge, traverse les strates du temps et retrouve, fugacement mais toujours, l'émotion des premiers échanges.

 

manif-CPE-petit-mars-2006.jpg

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 11:52

Face à l'adversité, deux façons de réagir : s'en prendre aux autres ou à soi. Ce qu'on appelait autrefois les personnalités de type A ou B. Par exemple, s'il perd ses clés, le « type A » s'énerve, vocifère, appelle tous ses proches pour leur demander « ce qu'il ont bien pu faire de ses clés qu'il est sûr de leur avoir prêté un jour », va déposer plainte pour perte ou vol ( « Perte ou vol, monsieur ? Ce n'est pas le même formulaire » s'insurge le cerbère policier) et lorsqu'il retrouve enfin le trousseau dans la poche de son blouson, clame à qui veut l'entendre qu'un naze quelconque lui a fait une blague pour lui faire croire qu'il perd la tête. La maladie d'Alzheimer, est la hantise des papy-boomers qui s'en croient atteints dès qu'ils ont quelques DADA : déficits d'attention dus à l'âge. Mais ne leur parlez pas d'âge, ils détestent ça ! Le papy-boomer ne vieillit pas, il mûrit, grisonne gentiment et trouve détestable que des gamins de 40 ans le vouvoient, ça fait bourge... Le type A , qui s'échauffe facilement, est candidat à l'infarctus, à l'AVC et aux accidents de la route, toujours provoqués par des imbéciles qui se croient tout permis.

Les personnalités de type B perdent aussi leurs clés mais alors elles battent leur coulpe, s'en veulent d'être si étourdies et prennent rendez-vous pour une consultation Alzheimer dès que la chose se répète deux ou trois fois. Avec les frais que cela induit pour la collectivité, leur angoisse, et la nuisance de traitements dont l'efficacité est sans doute inférieure à la stimulation naturelle et régulière des neurones par une vie sociale et culturelle nourrie. (tiens, les vieux bonzes qui pensent que les « intermittents du spectacle» sont des parasites sociaux : pas du tout, ils contribuent à l'équilibre mental de leurs contemporains!) Les « type B » qui « se rongent les sangs » sont candidats aux ulcères, dépressions, voire cancers ou suicides quand l'adversité dépasse la perte d'un trousseau de clés.

Il existe une troisième voie, pacifique pour soi et pour les autres : la confiance en soi et en son étoile. C'est un fait corroboré par aucune étude scientifique autre que mes années d'expérience, mais j'ai remarqué que cette confiance a souvent des retombées positives, et au moins, évite de se ronger les sangs et de faire chier les autres.

J'ai déjà raconté comment j'ai retrouvé un chèque égaré de 9000 francs en écoutant simplement la voix nocturne qui m'indiquait où le retrouver. Que ce soit une divinité quelconque ou mon inconscient qui m'ait inspirée, c'était le résultat du processus que j'avais enclenché: parcourir en mémoire ce qui s'est passé depuis la dernière fois qu'on a vu l'objet. Lorsque se produit un « trou » dans cette remontée du temps, c'est mauvais signe, signe qu'à ce moment précis l'objet s'est défilé. Car l'objet inanimé a une âme, tout poète le sait. Observer les replis et malices de cette âme aide grandement à ne plus se laisser surprendre.

A force d'étudier les mœurs de la seconde chaussette- celle qui manque régulièrement lorsqu'on range le linge propre- j'ai découvert sa propension à tomber du monceau de linge sale dans l'escalier du sous-sol (qui, n'ayant pas de nez de marches, avale et cache prestement ladite chaussette, la complicité des objets entre eux pour échapper à l'emprise humaine est surprenante mais je les comprends) et à se coller aux parois du tambour de la machine à laver. D'où l'habitude prise de jeter un coup d’œil sous l'escalier du sous-sol AVANT de mettre la lessive en route, et de faire tourner manuellement le tambour APRES la lessive pour décoller les chaussettes tapies sur la paroi. Résultat : plus de seconde chaussette manquante ou presque.

Mais revenons à la méthode C : lorsqu'il s'avère que l'objet a fugué en profitant d'une faille d'attention, la probabilité de le retrouver s'amenuise. C'est alors qu'intervient la confiance en soi et en son étoile. Inutile de battre sa coulpe, ça fait mal et ne sert à rien, ni d'invectiver les autres. Une seule certitude réconfortante : l'objet est quelque part sur cette planète, et moi aussi. Je sais qu'il existe, lui aussi me connaît. Par conséquent, il y a plus de chances que nous nous retrouvions qu'il n'y avait de chances de nous trouver quand ni lui ni moi ne connaissions notre mutuelle existence : cette première « rencontre » ayant eu lieu, pourquoi perdre foi en des retrouvailles ?

Par parenthèses, cette méthode fonctionne aussi en amour. A chaque rupture, je me dis qu'il y avait une chance sur 3 milliards que je rencontre cet homme, une sur trois millions pour que nous nous plaisions, et même si, au moment de la rupture, la conjoncture paraît nettement défavorable, il y a désormais plus d'une chance sur 3 milliards pour que nous nous retrouvions un jour pour une relation pas forcément passionnelle- tant mieux, la passion n'est pas faite pour durer- mais éventuellement amoureuse ou tendrement amicale. Cela vous fait sourire ? Pourtant, il m'est arrivé un, trois, cinq, voire dix ans après la rupture, de renouer avec ces amours des liens qui cette fois-ci n'ont pas de terme prévisible, car plus aucun des enjeux qui fragilisent les relations.

Et s'il ne revient pas ? Objecterez-vous. N'étant pas encore morte, ni lui, rien ne prouve qu'une retrouvaille est impossible. Cette conviction me rend sereine, jusqu'au moment où le souvenir de la personne (ou de l'objet) s'est si estompé que leur retour n'a plus en fait d'importance. Je ne dis pas que cela efface toute mélancolie- c'est joli, d'ailleurs, la mélancolie- mais ça protège des chagrins destructeurs. 

Pour en revenir aux objets, j'ai égaré un été mes papiers de voiture. Mon retour sur le passé récent m'indiqua qu'ils avaient du s'enfoncer dans le sable lorsque le sac de plage s'était renversé. Vu la difficulté à faire comprendre aux CRS que les papiers de ma voiture prolongeaient leurs vacances, j'en fis cependant faire des duplicata. Quinze mois plus tard, je reçus mes papiers originels dans une enveloppe expédiée de Normandie, sans un mot d'accompagnement. Quelqu'un les avait trouvés et avait durant plus d'un an négligé de les renvoyer. Leur état impeccable prouvait en effet qu'ils n'avaient pas longtemps séjourné dans le sable humide. Et que j'avais eu raison decroire leur retour possible.

Puis ce fut la fugue d'un porte-carte contenant de l'argent, des chèques vierges et ma carte d'identité. J'avais peu de chances d'en retrouver le contenu, mais gardais intacte l'idée de retrouver le contenant de cuir vert, dont je situais la disparition à moins de dix mètres de chez moi, sans doute lorsque, pressée d'ouvrir ma porte, j'avais sorti les clés de mon sac avant d'arriver et fait tomber le porte-carte. Quatre jours passèrent. Le cinquième je retrouvai dans ma boîte à lettres le porte-carte et son contenu, y compris l'argent liquide, accompagné d'un message: « J'ai trouvé ceci dans la ruelle près de chez vous, et en lisant votre carte d'identité, j'ai su que c'était à vous. Signé : votre voisin du dessus. J'ai remercié chaleureusement le voisin, grondé mon porte-cartes qui n'avait pas souffert de son escapade malgré le crachin, et décidé de ne plus le mettre dans la même poche de sac que mes clés.

Car c'est un élément essentiel de la méthode C : tirer des enseignements de chaque expérience, pour ne pas tomber dans ce que Freud nomme « le principe de répétition », qui consiste à refaire inlassablement les mêmes erreurs. Les types « B » enclins à s'auto-flageller en gémissant « c'est toujours sur moi que ça tombe ! » (les objets perdus, les hommes malveillants, les loubards malintentionnés) ont tendance à répéter à l'envie les mêmes schémas, tout en s'étonnant qu'ils aient les mêmes conséquences. Exemple mondain : si Valérie T avait observé avec neutralité- sans s'en réjouir- la manière goujate qu'a eu François H. de dire d'elle « j'ai rencontré la femme de ma vie » en oubliant ses 25 ans avec Ségolène R. et ses 4 enfants, elle ne serait pas étonnée aujourd'hui de la manière goujate dont il l'a congédiée comme un monarque change de favorite. On peut même espérer qu'elle aurait eu le bon sens de le quitter la première !

Que les romantiques persuadées que leur amour va changer le macho indélicat en féministe tendre déchantent : un homme peut évoluer, mais le fonds demeure et réapparaît volontiers au galop, comme le naturel du proverbe. Cela n'empêche aucunement de vivre une belle histoire avec lui, mais en sachant, comme pour les chaussettes, passer régulièrement une main à l'intérieur du tambour de son crâne pour savoir ce qu'il y dissimule.

Pour en revenir au sac, je me suis demandé si mon expérience des doublures qui craquent et avalent les petits objets ne justifiait pas d'acquérir un sac totalement « made in France » réalisé par des artisans amoureux de leur savoir-faire et de la qualité qui en résulte. Las ! Excepté les très grandes et très chères marques- deux ou trois en France- même les sacs « de marque française » sont aujourd'hui en tout ou partie réalisés ailleurs, pas forcément en Chine. La délocalisation ayant la faveur de ceux qui croient que le coût du travail est le maillon faible de la France (en oubliant le coût des dividendes et celui des transports, si largement subventionnés qu'il est rentable pour certaines entreprises d'importer des pommes du Chili quitte à jeter celles produites en France) ces chefs d'entreprises ont importé le dumping social dans les pays d'Europe, notamment de l'Est, sans aucun souci des conséquences politiques et violentes de cette exploitation.

Il mélange bien des choses ce billet, penserez-vous. Pas tant que cela. C'est une base essentielle de ma vie: sans confiance en moi et en mon étoile, le désir d'améliorer les relations amoureuses et le monde en général m'aurait quitté en moins de temps qu'il n'en faut à une chaussette pour disparaître sous un lit, autre malignité bien repérée !

 

 

 

 

 

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 14:54

Inutile, coûteux, nuisible pour l'environnement et les populations locales, inadapté à l'indispensable changement de politique énergétique... rien que ces arguments devraient suffire à stopper le projet de l'aéroport Notre-Dame des Landes auquel s'accroche si désespérément Jean-Marc Ayrault qu'on pourrait penser qu'il s'agit d'une question personnelle, d'une ambition politique.

C'en est sans doute une, à laquelle s'ajoute l’amour-propre qui le pousse à s'obstiner malgré le nombre croissant d’opposants, loin d'être tous d'irresponsables gauchistes ou baba-cool.

Mais il y a plus, et pire : ce projet est un PPP : partenariat public/privé, formule chère au cœur de Nicolas Sarkozy, que le gouvernement actuel (non, décidément non, je ne peux pas l'appeler socialiste) poursuit dans une optique de strict court terme : l’État n'a pas d’argent pour financer cet aéroport, Vinci s'en chargera... Mais Vinci, qui a déjà la main mise sur nombre d'équipements publics- les autoroutes bradées après avoir été financées par les contribuables par exemple- n'investit jamais à perte. C'est normal, c'est son métier et sa vocation de faire du profit. On ne saurait le lui reprocher, mais on peut lui tenir rigueur du lobbying musclé fait auprès des pouvoirs publics pour favoriser les PPP, des conditions financières draconiennes qui seront tôt ou tard financées par les citoyens au détriment de l'intérêt collectif, et de cette mentalité de prédateur qui consiste à s'emparer du territoire et des équipements collectifs dont les États et les citoyens ne sont plus alors que locataires. Avec la précarité et les risques que cette dépendance suppose.

La perversité des PPP a fait l'objet d'un documentaire allemand- toute l'Europe est touchée- qui montre combien cette formule dangereuse favorise la corruption des dirigeants et fausse le jeu normal de la démocratie. Diffusé jeudi soir et ce matin, on peut le visionner ici. Allez-y, c'est édifiant et ça fout les boules de voir une fois de plus bafouées les règles élémentaires d'honnêteté par les puissants, avec un sentiment total d'impunité. Normal, même quand ils font l'objet de poursuites, celles-ci se terminent rarement mal pour eux...

 

Samedi 22 février, grande manifestation contre le projet d'aéroport Notre-Dame des Landes à Nantes. A défaut d'y participer,  on peut signer une des nombreuses pétitions qui circulent contre ce projet, symbole de la primauté des intérêts privés sur l'intérêt collectif et de l'asservissement des dirigeants politiques à l'économie privée. (tant qu'à être traitée de "rouge" par certains, mettons de la couleur!)

 

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5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 23:27

mari_s2.jpgC'est quoi ce délire selon lequel « le gouvernement serait anti-famille ? » Que nenni gentes dames et jolis damoiseaux, (à manif moyennageuse, réponse médiévale): le mariage pour tous, la possibilité d'adoption pour les adultes de même sexe, la reconnaissance des familles recomposées avec un statut des mari_s3.jpgbeaux-parents (en attendant un statut des polyfamilles ?) ne peuvent qu'aboutir à multiplier les familles, qui ne sont donc aucunement en danger, ce qui ne signifie pas qu'elles soient sans danger. Entre les violences conjugales, l'inceste et les enfants ou les parents maltraités, l'idée selon laquelle la famille est la base de la sérénité psychologique me laisse dubitative, il suffit de lire les dizaines de romans consacrés au douloureux « secret de famille » qui a gâché la vie de tel ou tel auteur... dans des familles pourtant papa/maman hétéros.

La vraie question est donc ailleurs. Dans un machisme teinté d'homophobie, curieusement porté par des leaders femmes. Comme quoi le macho peut porter jupon et ne pas être homosexuel.

lecture.jpgVous l'aurez remarqué, aucune de ces contestataires ne s'est offusquée à l'idée qu'une petite fille pourrait mettre un jean et un blouson. Elles sont les premières à les acheter dans des boutiques de luxe pour leurs gamines. L'effrayant pour ces femmes n'est pas qu'une petite fille s'habille comme un garçon, c'est qu'un garçon puisse ressembler à une fille ! Manière quasi subliminale d'avouer un machisme profond : être un garçon, voire « un garçon manqué » comme on disait autrefois, c'est valorisant. Faire de la trottinette pour une fille, aucun problème, mais jouer à la dînette ou à la poupée pour un garçon, ouh la la ! Et s'il allait devenir homosexuel, efféminé, folle quoi ! Être femme c'est tellement moins considéré qu'il suffit que des métiers se féminisent (enseignement, médecine, assistance sociale) pour qu'ils soient moins bien payés.

homme_tricot.jpgBien sûr, il y a eu des progrès, bien sûr de plus en plus de jeunes hommes sont capables de s'occuper d'un enfant ou de faire la vaisselle sans se sentir dévirilisés, de moins en moins d'hommes déclarent « Chérie, je T'ai descendu TA poubelle », de plus en plus de métiers autrefois interdits aux filles leur sont à présent ouverts... avec un salaire en moyenne de 24 % inférieur. Bien sûr on condamne plus qu'avant les viols et les violences conjugales...

Mais le sexisme demeure, inconscient, innocent presque :

 

  • Lorsque Patrick Cohen sur France-Inter, parlant d'un humoriste qui après Dieudonné s'est mis lui aussi aux blagues antisémites remarque: « D'ordinaire, son registre c'est le machisme et là il est très bon, il me fait beaucoup rire. »
  • Quand on cherche un jouet pour un enfant de 6 ans et que la première question posée est : « Pour une fille ou un garçon ? »
  • Quand une femme enceinte annonce qu'à l'échographie « c'est un garçon ! » et que tout le monde la félicite.
  • Quand une femme enceinte annonce que son premier bébé sera une fille et qu'on lui répond : « Auprochain, tu NOUS fera un garçon. »
  • Quand aux tests d'embauche on est taxée de « nettes tendances masculines » si on a coché des cases correspondant aux qualités d'autorité, d'initiative, de responsabilités et de charisme.
  • Quand à la devinette posée à des enfants: « Deux médecins vont voir leur père, or ce père n'a pas de fils... », cinq bonnes minutes d'hypothèses diverses se passent avant qu'un gamin propose en hésitant : « … parce que c'est des médecins filles ? »
  • Quand dans une classe de CE1 dix filles au moins préféreraient être garçon, alors que pas un seul garçon ne souhaite être une fille.
  • Quand un juge ose dire à une jeune femme violée qui s'est fait aussi dérober son sac : « Si ça se trouve, votre agresseur voulait juste vous voler, mais mignonne comme vous êtes... » ( le juge avait d'ailleurs été remplacé par une juge, sur demande de l'avocat de la victime)
  • Quand quelqu'un s'exclame« Tu ne dis pas écrivaine, ou auteure, j'espère, c'est tellement laid ! »
  • Quand une femme courageuse est systématiquement affublée d'une paire de valseuses : « Simone Veil, voilà UN ministre qui a eudes couilles ! »
  • Quand la grammaire énonce que le masculin l'emporte sur le féminin, alors qu'il serait plus harmonieux de faire l'accord avec le genre le plus représenté dans la phrase : La mer, le ciel, les vagues et les femmes sont beaux » est grammaticalement la règle, mais « La mer, leciel, lesvagues et les femmes sont belles » sonnent mieux et plus logique, non ?
  • Quand on me dit « Vous avez de la chance d'avoir eu un mari compréhensif », sous-entendant qu'il me fallait forcément son autorisation pour disposer de mon corps et de mon cœur.
  • Quand une femme polyamoureuse est considérée comme une fille facile.

Cette dernière phrase me rappelle un billet sur Blogborygmes par lequel j'ai d'ailleurs fait la connaissance de ses membres. Cela commençait par des phrases connues :

Un homme à femmes : c'est un séducteur
Une femme à hommes : c'est une pute

Un homme public : c'est un homme connu
Une femme publique : c'est une pute

Un homme facile : c'est un homme agréable à vivre
Une femme facile : c'est une pute

Les auteurs du billet en trouvèrent d'autres moins classiques :

Un coco : a choisi le marxisme comme idéologie
Une cocotte : c'est une pute

Un homme qui fait une passe : c'est un sportif qui ne joue pas "personnel"
Une femme qui fait une passe : c'est une pute

Il est bon : il est doux et généreux
Elle est bonne : c'est une pute

Un chien : c'est un toutou
Une chienne : c'est une pute

Vibre ô mon frère : partage mes émois !
Vibromasseur : c'est pour les putes

 

La joute se poursuivait sur des pages et des pages, j'y ajoutais mon grain de sel.

Il s’assoitsur une bitte: c'est un marin

Elle s’assoitsur une bite: c'est une pute


Et c'est ainsi que 7 ans après cette découverte, nous nous retrouvâmes pour une fête Cochonne où garçons et filles, dans un bel élan de mixité fraternelle, fabriquèrent moult cochonnailles en chantant des chansons... mais pas celle-ci, tiens !

 


 

 

 


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Published by - dans Humeur
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1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 19:42

C'est l'histoire d'un mec qu'a pas eu de bol. Il avait pourtant bien commencé : ses parents, d'origine modeste, avait réussi à l'envoyer à l'Ecole normale, puis Normale Sup', d'où il sortit professeur. Sur ce survint 1939, la guerre.

Georges Hyvernaud est fait prisonnier et envoyé dans un camp de travail en Poméranie, un truc obscur bien moins connu que les « camps de la mort » alors que beaucoup des prisonniers y sont morts d'épuisement ou de désespoir.

« L’absurdité, ça ne se démontre pas, ça ne se raisonne pas, ça ne sert pas à faire des conférences ou des articles dans les revues. On l’éprouve dans tout son être. C’est une révélation vivante qui, à de certains moments intenses, emporte tout.” (La peau et les os, éd. Le Dilettante)

HyvernaudRevenu de cinq années de captivité, Georges Hyvernaud écrit un livre « La peau et les os », où il ne cherche aucunement à faire de lui et de ses camarades de captivité des héros comme dans tant de livres sur la guerre, mais à décrire ce qu'ils vécurent. Il publie ensuite « Le wagon à vaches», observation tout aussi minutieuse des comportements d’après-guerre, quand les survivants ne rêvent que de consommation et d'embourgeoisement et règlent leurs compte entre eux pour trier les vrais héros des faux, choisir qui aura droit à son nom sur le monument aux morts et qui est patriote. Hyvernaut raconte comment le proviseur du lycée, ayant appris que son fils avait été tué à la guerre avait manifesté la dignité que tous attendaient (« Il a donné sa vie pour la France » et patati, et patata) tandis que le professeur de maths, frappé du même malheur, exprima violemment son immense douleur, et fut, pour cela, méprisé et rejeté par ses pairs. Cela ne se fait pas de dire que mourir à la guerre à 20 ans est une absurdité, pire : une monstruosité... La guerre, c'est sacré! Tout comme les journalistes, il y a trois ans insistaient sur la dignité des Japonais face au désastre de Fukushima, au lieu de poser les vraies questions de l’inconscience de ceux qui construisent une centrale nucléaire en zone notoirement sismique.

Il est rare que j'ai un choc littéraire, « Le wagon à vaches » en est un. C'est de l'écrit vif, nerveux, pas un poil de graisse, rien de mou et d'onctueux, rien de complaisant mais tout d'humain, sans occulter ce que ce mot comporte parfois de médiocrité : ne dit-on pas « c'est humain » pour excuser les pires lâchetés ? Georges Hyvernaud ne fait ni dans le pathos ni dans le manichéisme qui opposerait de gentils pauvres à de méchants riches ou l'inverse. Il regarde, il note et il écrit avec une force quasiment Célinienne, les imprécations et la bave aux lèvres en moins. Il écrit dans la même veine que Reiser dessinait son « Gros dégueulasse », avec la lucidité de ceux qui savent ce qu'est un pauvre bougre parce qu'ils ont vécu près d'eux. Reiser, fils d'une femme de ménage et de père inconnu n'a eu en gros que douze ans- il est mort en 1983, à 42 ans- pour profiter de l'aisance matérielle que lui avait apporté son talent. Il m'avait raconté son enfance : « Quand j'étais petit, les femmes se tuaient au travail, elles n'arrêtaient jamais. Pour elle, se reposer c'était s'asseoir pour écosser les petits pois. »

Les deux romans de Georges Hyvernaud n'eurent guère de succès. Découragé, cet écrivain hors pair cessa de publier en 1953 et reprit son boulot de prof, sans plus rêver de littérature :

« La littératurefrançaise peut se passer de mes services. Elle ne manque pas de bras, la littérature française! Les littérateurs engagés, les littérateurs encagés... Les travailleurs de choc qui vous édifient des trente volumes de roman et toute l'époque est dedans. Ceux qui font des conférences en province avec trois anecdotes et un couplet moral planté dessus comme une mariée en plâtre sur un gâteau de mariage. Et les petits jeunes gens qui parlent tout le temps de leur génération. Et s'ils racontent en 220 pages qu'ils ont fait un enfant à la bonne de leur mère, ça devient le drame d'une génération... ( « Le wagon à vaches »)

Il se marrerait sûrement devant les romans des trentenaires boboïsants, où le spleen de l'un et les amours contrariées de l'autre s'étalent à longueur de pages, lui qui avait tellement conscience que le romanesque est un privilège de classe :

« La marquise demanda sa voiture et sortit à cinq heures ». Il ne s'y est pas trompé, le vieux. Il n'a pas dit « la femme de ménage ou la vendeuse de Monoprix ». Quand la marquise sort, nous sommes assurés que les virtualités les plus exquises frémissent dans son cœur et dans sa chair. Mais la femme de ménage ne va que vers les wassingues ou les seaux d'eau sale. Ou bien elle fait des courses dans le quartier. Elle se hâte parce que la crèmerie va fermer.

La vie manque de romanesque quand on est obligé de la gagner. Elle n'est plus que ce cheminement pas à pas, jour à jour, sou à sou, peine à peine. On n'a pas de drames, nous autres. On n'a que des ennuis, des embêtements. Et à peine le temps d'y penser. On avance dans tout ça le nez sur le souci présent, et après celui-là, il y en aura d'autres. Aucune liberté, aucun jeu. Les pauvres gens ne choisissent pas l'événement, ils sont pris dedans.

Il frémirait, Hyvernaud, devant les romans mettant en scène une concierge philosophe ou une mercière farcie de vie intérieure, écrits par des gens qui ne doivent pas souvent franchir le seuil d'une mercerie de province.

De toutes les impostures littéraires, le populisme me paraît la plus indécente, qui feint de croire que les pauvres bougres disposent eux aussi d’une vie profonde, d'appréciables richesses spirituelles, de complexités inexplorées... ( quand il y a ) absence de vie profonde, ou écrasement de la vie profonde par la vie quotidienne.

G. Hyvernaud est mort en 1983 dans un quasi oubli. Un seul critique littéraire a mentionné cette nouvelle. Dans les années 90, sa veuve a retrouvé des cahiers à lui, que le Dilettante publia, en rééditant aussi ses deux livres oubliés.

« Le wagon à vaches » est également chez Pocket depuis le 2 janvier 2014. Si vous aimez les mots justes, ne le manquez surtout pas.

 

 

 

 

 

Superbe texte d'un autre grand observateur







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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 11:21

bambou.jpgUne armada d'experts pas vraiment antilibéraux a rédigé un rapport à l'intention des participants au Forum de Davos où se retrouvent ceux qui dirigent le monde, politiquement ou économiquement. Ce rapport, d'une lucidité intéressante, analyse la connexion des «risques globaux». Il reconnaît que les risques économiques, sociaux, écologiques et géopolitiques, sont interconnectés et susceptibles de déclencher à court ou moyen terme une défaillance systémique. Constate que les inégalités sociales sont devenues improductives et que les luttes contre l’austérité en Europe sapent la confiance dans les institutions. main-jouer-bulle-_-isp0803206.jpgReconnaît que les protestations populaires dans les pays émergents indiquent l’épuisement des modèles prédateurs, et que le chômage de masse risque de faire de la génération des jeunes ayant 20 ans en 2013 une génération perdue. Sans oublier que le changement climatique et les évènements météorologiques extrêmes pèsent sur l’économie et que d'ici quelques années l’accès à l’eau risque d’être compromis pour une part grandissante de la population.

En conclusion, le rapport considère comme risque systémique numéro 1 "le creusement des inégalités", et en 2 le dérèglement climatique.

Chouette, me suis-je dit, le risque numéro 1 est sans doute le seul où l'on peut faire rapidement quelque chose alors qu'inverser le déréglement climatique devient de plus en plus aléatoire et sera long...

caresses.jpgIl suffirait d'une volonté politique- établir un revenu maximum acceptable, un revenu de base pour tous, traquer les fuites de capitaux et l'évasion fiscale, payer les matières premières à leur juste prix, redistribuer les profits et/ou les investir dans l'économie réelle plutôt que de spéculer, etc- pour réduire considérablement les inégalités. C'est faisable, il y a des expériences en économie sociale dont peuvent s'inspirer les entreprises classiques (d'autant que les SCOP, notamment se portent généralement bien.

Sauf que conscients de l'échec du système libéral/financier, les auteurs ne proposent aucunement de changer de système. Ils restent persuadés que celui-ci est le meilleur même s'il échoue, que les indicateurs économiques (PIB, croissance) restent adaptés au monde actuel alors que tout prouve le contraire.

Ils ont le cerveau si formaté que l'idée de changer de logique ne les effleure pas.

album-400855.jpgAlors ils font la charité. Bill Gates a consacré 50 milliards à sa fondation. C'est généreux. Certes, on sait que les fondations sont aussi un excellent moyen d'optimisation fiscale pour les grosses entreprises, et on pourrait reprocher à Bill de financer davantage l'envoi de vaccins aux enfants du Tiers-Monde que l'amélioration des conditions de vie des plus pauvres, alors que notre passé récent a prouvé qu'en finançant l'accès à l'assainissement et à l' eau potable et à la nutrition on améliore bien mieux la santé qu'avec des vaccins. Mais ne boudons pas notre plaisir: Bill donne beaucoup de sous, Bill est charitable... comme les bonnes dames de la Comtesse de Ségur donnaient des vieux vêtements aux pauvres.

émeuEt Bill a lui aussi une vision bloquée du système lorsqu'il déclare à un journaliste de France-Inter qui lui demande si le creusement des inégalités ne le choque pas, ainsi que l'accroissement constant des richesses de 1% de la population.

"Il ne faut pas raisonner ainsi, ce n'est pas parce qu'une personne s'enrichit qu'une autre s'appauvrit, on n'est pas dans un monde fermé. Toute croissance est profitable à tous."

Eh non, Bill. Première énorme erreur: si, nous sommes dans un monde fermé, une seule planète dont certaines ressources sont en train de s'épuiser, ce qui va à l'encontre du mythe de la croissance comme clé de tout.

koalarit.jpgEffectivement, quand une personne s'enrichit, une autre ne s'appauvrit pas: ce sont des milliers de personnes qui s'appauvrissent pour financer l'enrichissement de la première, l'écart des revenus, socialement dangereux lorsqu'il dépasse un ratio de 1 à 40, dépasse aujourd'hui le 1 à 500 (et encore, je dois être en dessous de la vérité).

mer2.jpgReste la question: es-tu de bonne foi, de bonne conscience, ou faux-cul? Indulgente, je prêchais pour la bonne conscience, me souvenant d'une chercheuse qui travaillait sur un OGM de banane dont je lui faisais remarquer qu'il serait une catastrophe pour les pays producteurs de bananes (avec argumentation solide à l'appui). Elle me répondit: "Je ne pense pas à tout ça quand je suis dans mon labo, je fais juste de la recherche." Avec une immense bonne conscience, celle de faire avancer la science. "OK pour les chercheurs, m'a-t-on répondu, mais au niveau des décideurs de Davos, ils ne sont nullement stupides, ils savent ce qu'ils font. 

Un bal des faux-cul, en somme, qui depuis le sommet de Rio en 1992- il y a 22 ans!- savent que "la maison brûle" et continuent d'attiser le feu.

 

bruxelles.jpg

Les images n'ont rien à voir avec le texte, c'est juste un peu de douceur dans ce monde de brutes

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