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24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 22:36

En 1979, le président de l’URSS Leonid Brejnev envoie des blindés envahir l’Afghanistan. Officiellement  pour faire de ce pays en proie à des coups d’état répétés une nouvelle république soviétique. L’Afghanistan est aussi- surtout ?- un pays stratégique sur le plan énergétique. Traversé par un énorme gazoduc qui intéresse bigrement les grandes puissances après le choc pétrolier de 1973.

Le président Afghan Karmal, soutenu par les Soviétiques, veut faire des réformes sociales et économiques tout en préservant les traditions locales, avec un Islam modéré. Beau programme… sauf que le peuple Afghan n’apprécie pas que son président soit l’émanation d’une puissance étrangère. « Guerre froide » entre Etats-Unis et URSS oblige, la rébellion des Moudjahiddin contre les soviétiques est soutenue par les Etats-Unis (ainsi que l’Iran, la Chine et l’Arabie Saoudite). Les américains recrutent un certain Oussama Ben Laden, qui formera là-bas des milliers de talibans venus de pays arabes, partisans de la guerre Sainte et de la Charia. Peu importe, l’essentiel est de déstabiliser le bloc soviétique.

En 1985 le président Reagan augmente l’aide militaire à la guérilla.

En 1989, après dix ans de guerre et près de 1 300 000 morts côté Afghan (dont 80% de civils),  le président Gorbatchev ordonne le retrait des troupes soviétiques de l’Afghanistan. Suit une guerre entre les Moudjahiddin (modérés) et les Talibans intégristes. En 1996, les talibans, soutenus par les Etats-Unis et le Pakistan, repoussent les Moudjahiddin du commandant Massoud, qui sera assassiné le 9 septembre 2001.

Les attentats du 11 septembre 2001 changent la donne. Les talibans soutenus par les Etats-Unis deviennent leur pire ennemi et la lutte contre le terrorisme la priorité proclamée. Comment ? En envoyant des troupes en Afghanistan ! Sans tenir aucun compte du fait que pas plus qu’ils n’ont supporté l’ingérence de l’URSS dans leur pays, les Afghans ne sont prêts à supporter l’ingérence des Etats-Unis, de la France ou de tout autre pays.

L’expérience montre aussi, après 5 ans de guerre en Irak, qu’envahir un pays n’est pas la façon la plus efficace de réduire le terrorisme… Et qu’il est étonnant d’envoyer sans état d’âme des troupes en Afghanistan tout en reprochant aux Russes d’en envoyer en Georgie. J’oubliais : le gazoduc Afghan intéresse toujours autant, sinon davantage les pays développés. Et, comme c’est étrange, un gazoduc traverse aussi la Georgie.

L’histoire se mord-elle la queue ? Oui, sauf sur un point : en 1979, indignés par l’invasion de l’Afghanistan, de nombreux pays avaient boycotté les Jeux Olympiques de 1980 qui se déroulaient à Moscou. La France avait laissé le choix à ses athlètes d’y aller ou pas, et plusieurs Fédérations s’étaient abstenues. Quant à la délégation officielle, elle avait boycotté la cérémonie d’ouverture.

La politique se mord donc la queue, mais avec moins de couilles.

 

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22 août 2008 5 22 /08 /août /2008 12:52

Dans l’émission de Brigitte Lahaie (Lahaie, l’amour et vous, RMC de 14h à 16h, redif. à 23h) il y a ce qu’elle appelle la « question croisée » : l’animatrice et l’invité se posent mutuellement une question très personnelle. La dernière fois, j’ai demandé à Brigitte, magnifique quinquagénaire, comment elle envisageait la vieillesse.

« C’est étrange que vous me posiez cette question, a-t-elle répondu, car j’y ai justement pensé ce week-end en rendant visite à une proche âgée. Ce qui m’a frappée, c’est son manque de contact physique. Personne ne touche les vieux pour leur faire plaisir : on les masse, on leur donne des soins, on fait leur toilette, mais ce ne sont que des contacts fonctionnels, et quand leur famille les embrasse, c’est souvent très vite, « dans le vide », sans les toucher vraiment.  Mon passé d’actrice du X et ma vie amoureuse comblée font que  je n’angoisse pas du tout à l’idée de ne plus faire l’amour un jour. J’ai eu ce qu’il faut en matière de sexualité. Par contre, je pense que je serai malheureuse si je n’ai plus de caresses, de baisers, de gestes tendres. Oui, ça me manquera terriblement, et je pense que beaucoup de personnes âgées perdent le contact avec la réalité parce qu’on ne les touche pas assez. »

Benoîte Groult, alerte femme de 87 ans qui fait du vélo à Paris et de la pêche à pied sur les rivages d’Irlande tout en écrivant des livres pleins d’humour et de culture m’a dit la même chose : « A 40 ans, quand je prenais le train, dix mains masculines se levaient pour m’aider à hisser ma valise dans le filet à bagages, alors que je n’en avais nul besoin. Aujourd’hui où ça m’aiderait bien, aucune main ne se lève. Vieillir, pour une femme, c’est devenir transparente, et aux yeux des hommes on est transparente parce qu’on n’est plus baisable. »

Baisable ! Une femme n’existe-t-elle pour un homme que par sa capacité à être désirée et baisée ? Le commentaire anonyme d’un bloggueur sur le billet,PUIS-JE VOUS OFFRIR UN CAFE?  me traitant en substance de « vieille peau dragueuse », semble le confirmer. Il ne lui est pas venu à l’idée qu’entre la transparence et le sexuel existe mille façons de se connaître, de toucher et d’être touché à tous les sens du terme et que c’est essentiel pour être heureux.

S’il y a parmi les internautes des « vieux » de 60 ans et plus,  qu’ils nous disent si eux aussi se sentent devenir transparents et en souffrent. Même si la légende prétend qu’un homme vieillit mieux qu’une femme- ce que la réalité dans la rue ne confirme pas- on sait que derrière les couples de vieux et de jeunettes, bien souvent c’est l’odeur du compte en banque qui atténue celle de la peau parcheminée et des tissus relâchés… Mais les autres ? Rêvent-il aussi de caresses et de tendresse?

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18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 10:05

C’est encore un peu l’été et ça donne l’impression que tout va bien, que tout est calme. On respire mieux quand les politiciens sont en vacances et calment leur furie « réformatrice » : 63 lois votées à la dernière session, inefficaces tant qu’elles n’ont pas leurs décrets d’application, inutiles quand elles font double emploi avec ce qui existait déjà, parfois incohérentes si on les met les unes à côté des autres : l’hyperactivité ne permet pas le recul nécessaire à la sérénité que devrait avoir tout responsable politique. Avant la rentrée qui nous remettra face aux dures réalités, quelques paradoxes glanés de ci de là.

Paradoxe de voir des parents demander une webcam dans la crèche municipale afin qu’ils puissent vérifier ce qu’y fait leur enfant (confié à du personnel compétent), et dans le même temps d’autres laisser leur enfant seul dans un jardin public, ou seuls dans une voiture en plein soleil.
Paradoxe de réclamer la revalorisation du métier d’enseignant et le respect par les élèves de leur professeur, et de condamner à 500 € d’amende le prof qui a giflé l’élève l’ayant traité de « connard ». Paradoxe de n’avoir pas estimé que le père dudit enfant, en mettant son uniforme de gendarme pour aller se plaindre au proviseur, n’a pas commis d’usage abusif d’autorité et de « port illégal d’uniforme en dehors de l’exercice de sa profession. »
Paradoxe de multiplier les dossiers judiciaires, ce qui coûte très cher (enquête ouverte pour la mort naturelle d’une femme de 98 ans racontée dans le Canard Enchaîné, enquête sur la mort d’un cochon d’Inde (la bête aurait-elle été maltraitée ???) racontée par une amie juge) et dans le même temps de supprimer des tribunaux pour réduire le budget de la Justice.

Paradoxe d’obliger les conducteurs à s’équiper d’un gilet jaune et d’un triangle de signalisation sans vérifier que ledit triangle ne s’envole pas au premier coup de vent. Paradoxe de limiter la vitesse maximale à 130km/h et de continuer à construire des voitures qui vont à plus de 200.
Paradoxe d’exiger des voitures toujours plus sûres et de tolérer la commercialisation ( 4x4, et d’autres) de véhicules impossibles à ouvrir de l’intérieur si le contact n’est pas mis ou est endommagé, transformant ces bagnoles en cercueil pour les passagers en cas d’immersion, d’incendie, de froid polaire ou de chaleur torride si le conducteur est parti avec la clé de contact.

Paradoxe de commencer une guerre en plein Jeux Olympiques, manifestation planétaire destinée, souhaitait Pierre de Coubertin, à favoriser la fraternité entre les humains. Paradoxe de transformer chaque médaille obtenue en symbole de la puissance du pays, loin de toute idée de fraternité. Paradoxe d'entendre des occidentaux prendre fait et cause pour, ou contre, l'Ossetie du sud dont ils se fichaient royalement il y a huit jours, et en ignoraient souvent l'existence.

Paradoxe d’augmenter le prix de la baguette il y a quelques semaines en raison de la hausse du prix des céréales, et d’annoncer aujourd’hui qu’il n’est pas question d’en baisser le prix alors que le blé se fait abondant et moins cher, au motif que le prix de la baguette, c’est plus du carburant que de la farine.

Paradoxe d’obliger les chômeurs à accepter un travail jusqu’à une heure de transport de chez eux alors que l’économie comme l’écologie exigent qu’on économise le carburant et qu’on réduise les distances travail/emploi.


Paradoxe de vouloir se libérer du stress du téléphone en vacances, et de paniquer parce qu’il n’y a aucun cybercafé dans le bled où on séjourne. « J’vais voir Mémelle » dit avec une mine réjouie n’annonce pas une aventure coquine avec la tenancière du bistro, mais la découverte d’un relais Internet soulageante comme celle d’une pissotière publique en cas d’urgence.

Paradoxe d’entendre tant de gens autour de soi analyser avec justesse les paradoxes de cette drôle de société en affirmant « qu’on va dans le mur », et de voir qu’on continue à y aller. Comme disait je ne sais plus quel président africain : « Nous étions au bord du gouffre et nous avons fait un grand pas en avant. »

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15 août 2008 5 15 /08 /août /2008 00:16

Je délaisse ce blog pour apprivoiser mon premier appareil photo numérique. Pas par envie, à vrai dire, j’adore mon argentique que je maîtrise bien, mais vu la difficulté à trouver de bons labos pour développer les pellicules, vu quelques projets où j’aurais besoin de mitrailler, le numérique s’est imposé. Cependant je conserve l’argentique, l’un et l’autre ne font pas plus double emploi que les 33T vinyl et les CD. ( Concerto n°1 de Tchaïkovski dirigé par Karajan  sur vinyl et sur CD :  l’un a plus de rondeur, l’autre plus de claquant). Apprivoiser la bête nécessite de lire le mode d’emploi. 118 pages détaillent des perfectionnements dont l’utilité m’échappe parfois, comme les menus différents selon qu’on photographie- je cite- un bébé, un grain de peau, un paysage de jour, de nuit, au crépuscule, un animal domestique (et pour les animaux sauvages, on fait quoi ?) de la nourriture, du sable, de la neige, une fête, et j’en passe. Génial, mais le temps de tourner la molette adéquate, le sujet a disparu. J’en sais quelque chose, j’ai pris hier trois photos de queue de chat ! Le temps de régler le programme, la bête avait fui.
En plus de ces multiples réglages, moult avertissements « Warning ! » rappellent qu’il ne faut en aucun cas verser de l’insecticide sur l’appareil, le plonger dans une baignoire pleine ou poser dessus des bougies allumées ! Une notice moderne est un texte quasi surréaliste et une bonne évaluation de la connerie humaine, puisque chaque conseil « Warning » suppose un risque contre lequel la firme veut se prémunir pour ne pas risquer de procès.

Mon tout premier appareil photo, milieu des années soixante

Reste heureusement la photo. Magique. Je m’esbaudis de recevoir en quelques secondes sur Skype des photos venues du bout du monde, mais c’était également magique, quand je développais des pellicules noir et blanc dans l’obscurité d’un placard que nous avions transformé en labo, de voir apparaître l’image dans le bain de révélateur. Avec parfois des détails inattendus, comme dans le film « Blow up ». Magique de retrouver, coincée au fond d’un tiroir, un cliché dont on se demande qui est cette belle femme dansant le tango, qui sont ces gens qui lèvent leur verre et sourient ? Comment ont-ils laissé une trace chez nous ? Sont-ils vivants ou morts ? 


1965: ma petite soeur sur les épaules de ma grande soeur, mon grand frère, et moi à gauche. Les parents en avaient fait une carte de voeux. Z'étaient modernes!




Les trois mêmes soeurs en 2008, et leur nièce





Les romans de Patrick Modiano débutent souvent par une photo sur laquelle le héros se penche en se demandant qui est la belle jeune fille qui… ou en se remémorant cette ancienne, si ancienne histoire d’amour que l’héroïne doit être à présent bien chenue. Est-ce plausible avec des photos sur écran ou CD ? Pas sûr.  Le contact charnel, tactile avec les photos sur papier les rend différentes des photos virtuelles. Exactement comme on a un rapport de lecture différent avec un texte sur écran ou un texte imprimé. C’est pourquoi je continue à  écrire sur des carnets et à faire des albums de photos sur papier… Feuilleter ces albums, c’est prendre le temps de réaliser ce qu’on a vécu, les gens que l’on a croisés, avec qui on a vécu, aimé, travaillé, voyagé… dont la seule photo fait ressurgir des tranches de vie datées d’après le format des clichés, la qualité des couleurs, la marge blanche ou crantée autour, le sépia ou le noir et blanc.  C’est renouer avec le fil du temps, avec la conscience de l’éphémère comme de la durée.
Hier, je parlais avec un homme des choses que l’on ose ou non faire. Chaque rêve réalisé, me dit-il, devient un fragment de notre patrimoine de vie. Patrimoine immatériel, certes,  mais léguable à travers des photos ou des écrits.  On photographie les bébés et on a raison, car ils n’auront nul souvenir conscient de leurs deux ou trois premières années alors qu’elles sont essentielles pour leur futur affectif.  J’ai écrit pour chacune de mes filles le journal de leurs trois premières années, au jour le jour, à la première personne comme si c’était elles qui parlaient. Histoire de leur léguer la mémoire de leurs débuts, que nul autre que nous ne pouvait leur offrir.  

J'ai trente ans aujourd'hui 8 décembre 1998 mardi
J'ai trente ans et je n'ai jamais eu d'accident de voiture
Je n'ai jamais suivi une vraie prostituée dans une chambre d'hôtel
Je ne me suis jamais laissé pousser la barbe ni déguisé en femme
Aucun de mes parents n'est mort
Je n'ai jamais volé d'article dans les magasins
Je ne suis jamais allé en Afrique
Personne ne m'a agressé physiquement dans la rue
Je n'ai jamais tué un animal pour le manger
Je n'ai jamais fait l'amour avec deux femmes à la fois
Je n'ai jamais tué personne même si j'en ai eu envie souvent
Je n'ai pas construit de maison
Je n'ai participé à aucune guerre
D'ailleurs, j'ai même pas fait l'armée
J'ai trente ans et je suis un enfant
(chanson de Philippe Katerine) 

Amusant de voir ce qu’on a fait dans cette liste… et d’y ajouter la sienne.

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10 août 2008 7 10 /08 /août /2008 12:57

Une amie- mais en était-ce vraiment une ?- m’ayant asséné un jour : « Les hommes profitent de toi, tu es une bonne poire », je me demandais si j’étais bonne poire, pauvre pomme ou, plus vraisemblablement « cerise sur le gâteau » de leur existence. Je m’en ouvris à un homme : pas n’importe lequel, puisqu’il m’a inspiré le personnage de Matteo[1] dans « Ce qui trouble Lola ». Et cet homme, d’une phrase tendre et simple, m’a pour l’éternité rassurée. Ce texte de 1995 qu’il n’a jamais lu s'en souvient.

Je suis la cerise sur le gâteau, la confidente des jours de peine, la complice des jours heureux. J’ai la peau lisse du fruit d’été que l’on croque sans compter, je suis le noyau que l’on jette et l’arbre qui en pousse, branches refuges vingt ans après, écorce qui jamais ne craquelle. Je suis la cerise sur le gâteau, la femme des jeux et des plaisirs, l’amante folle, l’amie, la mère. Mes mains ont la douceur de ma chair faite pour vos caresses, mes mains ont la douceur des caresses qui apaisent vos chagrins.

Je suis la cerise sur le gâteau, la femme d’une seule saison, la femme de tous les printemps. Le temps des cerises est si court qu’on s’en voudrait qu’il tourne court, qu’on le dévore à toutes dents et qu’on l’oublie au grand beau temps. J’ai la saveur du fruit volé qu’on dissimule sous sa chemise. A la place de votre cœur, je laisse une tache écarlate qu’une autre femme effacera : je n’ai pas l’âme lavandière.

L’homme aux yeux si bleus a souri, a pris mon visage dans ses mains et d’un doigt posé sur mes lèvres, il a fait taire ma chanson : « Ecoute-moi, a-t-il dit. Sais-tu ce qu’est une Forêt Noire ? C’est un gâteau au chocolat sur lequel il y a des cerises. Si tu enlèves les cerises, il n’y a plus de Forêt noire, plus de dessert, plus de fête. Rien qu’un gâteau au chocolat, bien ordinaire. Bien ordinaire. »



[1] A propos de Matteo, j’avais choisi ce prénom après avoir vu le film de Marco Tullio Giordana « Nos meilleures années » (Prix « Un certain regard » au festival de Cannes 2003) dans lequel le personnage de Matteo ( Alessio Boni) a un regard et une intensité bouleversants. Ce film de 6 heures va être diffusé sur FR3 en quatre épisodes d’une heure trente à partir du 20 août 2008. Malheureusement à 23h35, quelle hérésie de reléguer si tardivement ce chef d’œuvre. A regarder- je l’ai vu 4 fois !- et à enregistrer,  c’est beau, c’est poignant, c’est apaisant, c’est TROP !

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7 août 2008 4 07 /08 /août /2008 12:32

« Il y a des faits-divers sanglants en été… Enfants kidnappés, alpinistes emportés par une avalanche, règlements de compte à la sortie des bals du 14 juillet, émeutes dans les prisons… ce lot d’épouvantes passe en été entre deux spots de pub ensoleillés qui vous recommandent de boire modérément l’apéritif anisé dont par ailleurs on vous matraque le nom jusqu’à… plus soif ».

Ces lignes d’un billet de juillet 2007 restent d’actualité. La trêve estivale vaut pour les infos internationales ou politiques,  pour les analyses et les débats, mais pas pour le fait-divers émotionnel et cet été en est fourni. Je n’ai aucune envie de revenir sur l’atrocité des faits ni de m’appesantir sur la souffrance indicible des parents. Perdre un enfant est un drame si  indicible qu’il n’existe aucun mot pour définir ce deuil, alors qu’il existe orphelin ou veuf/ve quand on perd ses parents ou son conjoint.

En revanche, bien que journaliste moi-même, je suis atterrée par l’indécence des caméras qui traquent la famille, les larmes, les obsèques… parce que l’émotionnel, ça vend bien coco, alors qu’au niveau informatif ça n’a aucune valeur.  Je me souviens d’une réalisatrice me racontant qu’après avoir filmé une victime « digne et courageuse », elle avait appelé sa productrice qui avait questionné : « Est-ce qu’elle a pleuré ? – Non. – C’est nul, je veux des larmes, retournes –y, dis lui n’importe quelles horreurs mais arrange toi pour avoir des larmes sinon ton film, tu te le mets où je pense… » La jeune réalisatrice, en service commandé, était retournée harceler la victime… (authentique !)

Stupéfiant aussi que les victimes se prêtent au jeu des reporters qui leur disent parfois, c’est certain : « Vous pourriez nous redire, ça, le son était mauvais. Et n’oubliez pas de commencer votre phrase en reformulant la question, sinon, c’est compliqué au montage ». Et les mères en larmes obtempèrent. Le culte de l’émotionnel a aussi créé cette manie qu’un ministre se déplace immédiatement ou va aux obsèques d’une victime, histoire de montrer qu’il occupe le terrain, terrain aussitôt colonisé par des équipes de tournage pour recueillir la déclaration officielle.  Un animateur sur RMC a eu le courage de s’en indigner : « Je perdrais un enfant, j’aurais envie qu’on me foute la paix, qu’on me laisse me recueillir seul avec mes proches ! »

Le fait-divers réveille aussi les « y a qu’à » émotionnels. On découvre brusquement qu’il existe des psychotiques qui peuvent –de façon rarissime heureusement- passer à l’acte.  Or, partout dans le monde, quel que soit le pays, il y a 1% de schizophrènes et 1% de maniaco-dépressifs aussi appelés bipolaires. Ça fait rien qu’en France 1 300 000 malades mentaux contrôlables avec des traitements et un suivi psychiatrique approprié. Mais dans les faits, on manque de structures, on manque de psychiatres et les familles- j’en ai côtoyé lors d’un dossier sur la schizophrénie- sont très souvent démunies, désemparées.  « Y a qu’à les enfermer ! » Comme l’a dit justement un policier : « Si on devait enfermer tous les gens un peu bizarres, il n’y aurait plus grand monde dehors. » En dehors d’un délire, le psychotique semble normal alors que la maladie est toujours là.  Et lors de mon enquête, il m’est arrivé de me demander où était la vraie folie des hommes, tant le délire du malade lui semblait logique alors qu’il voyait notre monde si dangereux et angoissant.

Le fou psychotique, incarne l’irrationalité totale, avec l’impossibilité de prévoir s’il sera un jour ou non dangereux. Il nous met face à cette difficile vérité qu’on ne peut pas tout maîtriser et c’est pourquoi il fait si peur. En revanche, les « drames familiaux » : un père tue sa femme et ses deux enfants avant de mettre le feu à son pavillon, un père pend ses deux fillettes avant de se suicider. Un homme tue son ex et se suicide, une femme jette son bébé par la fenêtre, essaie de tuer son aînée et de se suicider… qui ont causé 15 morts, dont de nombreux enfants, rien qu’au mois de juillet, sont relégués à la page faits-divers.  Depuis toujours, les crimes dits « passionnels » bénéficient d’une relative indulgence, alors qu’on pourrait tout aussi bien penser qu’il est monstrueux de tuer des gens qu’on prétend aimer. J’ai même entendu un auditeur demander « Il va être poursuivi ? (en parlant d’un père meurtrier) mais c’était son enfant. » Entendu il y a deux jours : « Encore un enfant décédé après avoir été oublié dans une voiture ». Le « encore » signe la banalisation du fait.  D’ailleurs, une amie m’a fait frissonner en affirmant tout tranquillement qu’elle comprenait qu’on puisse oublier son enfant dans une voiture quand on est fatigué ou stressé. La folie psychotique effraie, le stress meurtrier est admis… La guerre aux milliers de morts encore plus.

Cela ne date pas d’aujourd’hui. Dans un livre découvert pendant les vacances, « l’Affaire Winston », de Howard Fast, un capitaine de l’armée américaine est chargé d’assurer la défense d’un sergent qui, sous le coup d’une crise de folie reconnue par l’expert psychiatre, a assassiné un gradé britannique. Le jeune capitaine dit à son général : « C’est étrange. Ce type va sans doute être pendu pour avoir tué un homme. Moi, j’en ai tué quinze à la guerre et on m’a décoré. » Le général lui offre aussitôt un verre d’alcool et lui dit que pour raisonner ainsi, il doit avoir petit moral…

Ce livre m’a été donné par le voileux rencontré à Serifos. Je l’avais pris sans enthousiasme- bôf, un livre de guerre- uniquement parce que je n’avais plus rien à lire, et ne l’ai plus lâché jusqu’à la fin, savourant le contraste entre l’intensité de l’écrit et la sérénité de la plage grecque. Je vous le recommande fortement.

 

 

 

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1 août 2008 5 01 /08 /août /2008 13:09


Torpeur estivale, bonheur de journées à plus de 30°, qui donne aux soirées une douceur rare et le plaisir de se promener à minuit bras et jambes nus
sans avoir froid. En profiter, cela dure à peine, c’est déjà fini à l’heure où j’écris, l’orage de la nuit a rafraîchi l’air. J’espère que le mois d’août n’a pas dit son dernier mot, surtout en cette exquise décade du 2 au 12 août, la plus calme de l’année : téléphone presque muet, rues tranquilles, pas alanguis des touristes, rythme nonchalant des travailleurs d’août qui prennent le temps de vivre. A la pause déjeuner, ils se pressent nombreux à la piscine et au solarium,  vite déshabillés, vite rhabillés, un pur bonheur !  (quiconque a essayé de renfiler des collants sur des jambes humides en allant à la piscine l’hiver sait de quoi je parle)

Après le bureau, le pique-nique devient un art de vivre à Paris ou ailleurs : on déplie sa nappe, on trinque, on bavarde à mi-voix, c’est enfin possible quand les automobiles se font plus rares et que le vacarme urbain cède la place au cliquetis des roues de vélos. Vie simple, peu chère, délicieuse. Inutile de se ruiner en douches cascadeuses: un gant humide passé sur le corps à intervalles réguliers procure une exquise sensation de fraîcheur. Ca peut se faire partout : au bureau, chez soi, presque dans la rue. Rue où par ces temps torrides tout est permis : on n'a jamais vu autant de robes séduisantes, de nombrils en goguette, de jambes fines et dorées. La chaleur a décidément du bon. Somnolence, mais aussi alanguissement, assouplissement de muscles d'ordinaire raidis par l'humidité, odeurs corporelles dont on s'aperçoit qu'elles peuvent être- si on garde une hygiène normale- délicieusement stimulantes. Sensation de la sueur glissant le long du dos. Animale ? Oui, mais tellement sensuelle. Siestes crapuleuses d’après-midi, « café du pauvre » d’autant plus généreusement offert qu’on a enfin le temps.

L’été, tout se goûte au ralenti. Le silence d'un quartier piéton, ponctué de voix tranquilles venant d'une fenêtre ouverte, l'odeur du foin coupé, la quiétude d'un retour nocturne à bicyclette sur les quais déserts, l’impression d’être constamment dedans-dehors et dehors-dedans. On sort en s’habillant à peine, l’extérieur devient une prolongation naturelle du chez soi. Jusqu’au surréel parfois. Lors d’une précédente canicule, j’ai vu un soir un homme sortir d’une maison torse nu et pieds nus, une serviette nouée autour des reins, comme s’il s’apprêtait à entrer dans sa salle de bain et s’était trompé de direction. Je l’ai suivi des yeux, puis il a tourné à gauche en bas de ma rue. Je me suis précipitée pour voir où il allait, mais il avait disparu, happé dans une faille du continuum spatio-temporel. Je suis retournée sur mes pas et ai entendu, venant de nulle part, une voix de basse en sol majeur murmurer : « Bonsoir ».

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30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 23:07

Invitation à l’Ambassade de Cuba en France pour fêter l’anniversaire de l’attaque de la caserne de la Moncada à Santiago de Cuba, premier acte de la révolution cubaine initié par un jeune avocat nommé Fidel Castro le 22 juillet, date devenue Fête Nationale de l’ïle, comme la prise de la Bastille le 14 juillet, acte de la révolution française, est la Fête Nationale célébrée en France.  Comme quoi, les révolutions se fêtent sous toutes les latitudes J

Surprise : pas un contrôle d’identité, pas une fouille de sacs à l’entrée de l’Ambassade, on y entre plus facilement qu’à France-Télévisions ou au Louvre. C’était pareil à l’Ambassade du Burkina-Faso peu après le 11 septembre 2001. L’ambassadeur m’avait répondu avec un bon sourire : « Qui voudrait nous attaquer ? Nous sommes si pauvres que nous n’intéressons personne ». Effectivement, les grillages électrifiés clôturent plus souvent de belles villas que des favelas… Mais là, c’est Cuba, décrite en permanence comme une dictature policière où même les feuilles des cocotiers ont des oreilles. En fait d’oreilles, c’est plutôt de la voix. Dans le hall où sont exposées des œuvres d’artistes cubains, les invités s’embrassent, s’exclament et rigolent dans un joyeux charivari hispanique.

Au moment du cocktail, je vais me présenter à l’attaché d’ambassade. Il s’exclame : « Françoise ! C’est vous qui avez eu un accident à Cuba avec votre famille ! » Je n’en reviens pas : sept mois après, il se souvient parfaitement du dossier, me présente les excuses de Cuba et du peuple cubain pour la mauvaise image qu’a pu nous donner le conducteur qui a frappé mon mari, nous parle des fax et messages qu’il a envoyés pour résoudre l’affaire … Je le rassure : nous avons apprécié la courtoisie de la police locale et la compétence des médecins cubains et n’allons pas juger un peuple à l’aune d’un habitant indélicat…  Pour finir, il se penche vers moi : « Je vais de temps à autre sur votre blog. C’est très intéressant… »  Je me demande ce qu’il apprécie le plus…

Avant le cocktail, un sociologue historien avait rappelé les grandes dates de l’histoire de l’Amérique Latine. Dernier événement historique : la création en janvier dernier de l’ALBA, banque de l’alternative bolivarienne pour les Amériques, à l’initiative de Hugo Chavez, président du Venezuela, qui réunit le Venezuela, Cuba, la Bolivie et le Nicaragua. Cette banque, dotée d’un milliard de dollars grâce au pétrole Vénézuélien, est destinée à « favoriser le développement économique, social, scientifique et culturel en faveur des populations et à devenir un instrument de lutte contre le capitalisme » a dit Chavez.

Je n’ai pas souvenir, excepté sans doute dans le Monde Diplomatique et peut-être Courrier International, que la presse de chez nous ait donné un grand écho à cette nouvelle, qui montre cependant que certains pays cherchent d’autres voies que l’économie ultralibérale, et que l’argent du pétrole peut être investi pour les populations.

L’un de mes « amis de trente ans » a épousé une Venezuelienne. Il m’a plusieurs fois parlé de cette alternative Bolivarienne qu’il étudie avec curiosité, sans a priori ni parti pris. Je n’ai pas eu le temps de m’y plonger, mais j’ai envie de le faire. Toujours intéressant de comparer les modes de pensée, de diversifier les logiques politiques et économiques, de réaliser qu’il n’y a pas qu’une seule approche possible.

Conclusion de l’attaché d’Ambassade dans son discours de bienvenue : « On me demande souvent quelles seront les luttes du futur. Cela dépend des pays et des contextes, mais dans certains pays,  il faudra reconquérir les droits sociaux que les générations passées avaient obtenu au prix de beaucoup d’énergie et même de leur vie, et qui ont été démantelés parfois en quelques mois. »

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27 juillet 2008 7 27 /07 /juillet /2008 10:52

J’ai passé samedi à poncer un meuble pour le lasurer ensuite, et à trier des vieux papiers histoire d’aérer mon bureau de 7m2, tout en pensant aux lettres reçues de femmes, surtout autour de la trentaine, pour lesquelles l’ Amour est une attente, une angoisse, une déception, un espoir… Je dis bien l’Amour et non pas l’Homme. Elles sont souvent plus amoureuses d’une idée de l’amour que désireuses d’aimer réellement un ou plusieurs hommes. Et voilà qu’en sortant de vieilles chemises cartonnées d’un casier, je tombe sur des textes écrits entre 1995 et 2000, dont cette ode au genre masculin.

« Il y a des collectionneurs de papillons, des fondus d’art Etrusque, des gens capables de se passionner leur vie durant pour la salive d’un moustique tropical ou les moeurs d’un ver plat, des fous d’œnologie et même des supporters de foot, capables du pire comme du meilleur. Moi, c’est l’Homme. Pas l’être humain, mais le mâle, créature étrange qui ne réagit jamais comme l’attendent les femmes. D’où de sérieux malentendus entre elles et eux, misogynie d’une part, ressentiment de l’autre, combats de petites phrases, de défis et de regrets où s’étiolent le plaisir et les sentiments.
Peut-être parce que je n’attends guère des hommes plus qu’ils ne sont capables de donner, ils me donnent- et je leur prends- beaucoup. Je glane en leur compagnie du plaisir, certes, mais aussi des troubles infinis, des souvenirs capables d’érotiser pour moi la planète entière : un couloir de métro, un balcon banal, un évier de faïence, une voiture garée sous un réverbère nocturne, une tarte aux fraises géante, l’odeur du néoprène, Ostende « ni gris, ni vert », des hôtels impersonnels et d’autres dits « de charme », un vieux gréement légendaire, une odeur de pommes dans un escalier ciré (mais pas un seul raton laveur) éveillent en moi un sourire intérieur.

Ils m’inspirent aussi des élans mystiques, l’émerveillement devant leur corps, l’envie de le célébrer avec une gourmandise joyeuse et une émotion sacrée. Je ne connais pas la tristesse post coïtum, mais la gravité sûrement. L’impression d’atteindre dans le plaisir une vérité inaccessible par d’autres voies, l’essence même de ce que je suis et de ce qu’est l’Autre.

J’aimerais leur écrire un « Cantique des cantiques », un chant lyrique et sensuel pour les remercier des instants qu’ils m’ont offert, et pour les instants d’après, quand les sensations s’estompent sur la peau, prêtes à revenir au galop à la simple évocation d’un timbre de voix, d’une odeur, du cheminement de leur lèvres sur mon corps… J’aimerais inventer des mots d’amour qu’ils n’auraient jamais lus ailleurs, des mots si forts qu’en les prononçant, en les voyant simplement écrits, le cœur de l’Homme redécouvre la nature divine du désir. J’aimerais que chaque Homme puisse croire que ces mots lui sont personnellement destinés et que chaque Femme en les lisant puisse se dire « C’est mon histoire, c’est l’histoire que je veux vivre ». Afin que les mots, ensuite, cèdent la place aux gestes. »

D’autres textes retrouvés suivront...

 

 

 

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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 10:03


Depuis quelques mois, je reçois des sollicitations pour mettre de la pub sur ce blog. J’ai jusqu’ici refusé, tout en me disant que si le mécène tarde à se manifester, il faudra bien que je trouve une solution pour gagner plus de sous qu’avec mes petits travaux alimentaires si je veux poursuivre une carrière littéraire. Ouh ouh, mécène, quand vas-tu te décider à m’ouvrir ton cœur et ton compte en banque, car un riche qui devient mécène a forcément un cœur à la place du porte-monnaie, c’est pas l’argent qui est nocif, c’est le fait de le garder rien que pour soi…

Mais voilà-t-il pas qu’on m’a proposé des publi-reportages. J’en ai écrit pour les magazines dans lesquels je travaillais, en choisissant les annonceurs.  Ainsi, mon assistante et moi avions refusé  de faire un publi sur des lingettes pour bébés, car les lingettes, sauf en voyage où c’est parfois pratique, sont anti-écologiques et la lotion mise dessus peut provoquer des réactions allergiques. On avait dit à l’annonceur : « Ce n‘est pas un produit éthique, on ne prend pas. » Vu ses yeux ébahis, il doit être encore à interroger Littré, Larousse, Robert et Wikipédia pour savoir ce que veut dire « éthique ».

J’ai donc opté pour le principe des publis sous réserve de pouvoir accepter seulement les propositions que je trouverais utiles, culturelles, rigolotes ou d’un érotisme flamboyant 
J.  Depuis, j’en ai refusé une dizaine. Mon cher et tendre se fout de mes scrupules en me parlant des volte-face des hommes politiques, des magouilles des financiers, des fraudeurs fiscaux et des écolos qui roulent en 4x4 et ont des piscines privées.  Il a raison. Moi aussi.  On verra bien la suite, peut-être que ce billet va décider des mécènes émus…

Post-scriptum qui n’a rien à voir.  Rien que la semaine dernière, en lisant « la Montagne », quotidien régional d’Auvergne, la dernière page consacrée aux faits-divers recélait : un père qui a pendu ses deux filles avant de se suicider, un autre qui a tué toute sa famille parce que sa femme le quittait,  un garçon de dix ans qui a poignardé son père alcoolique menaçant sa maman enceinte et un écolier japonais qui a pris en otage sous la menace d’un couteau les passagers d’un bus sous prétexte que ses parents l’avaient grondé.
Ca fait beaucoup de pétages de plombs, non ? S’y ajoutent les deux pères qui ont oublié leur enfant dans leur voiture au soleil, causant la mort des deux.  L’un est pharmacien, l’autre cadre chez AREVA.  Un tel oubli, qui nous semble inconcevable, révèle la fragilité du cerveau humain, même chez des gens instruits.

Alors quand AREVA, justement, prétend que la sécurité dans les centrales nucléaires fait l’objet de toutes les précautions- ce que les dizaines d’incidents par an, dont quatre tout récemment infirment- on ne peut pas y croire. Parce que ce sont des hommes, justement, qui en tiennent les commandes.  Dont le cerveau peut brutalement déconnecter, surtout si on diminue les effectifs par mesure d’économie et qu’on met sous pression ceux qui restent. Surtout si on fait appel à des sous-traitants moins bien formés que les agents EDF, en sélectionnant non pas le plus compétent, mais le moins disant, le moins cher.

Journaliste à ELLE lors du démarrage de la centrale nucléaire de Fessenheim (quand ils ont fait diverger le réacteur, comme on dit), j’avais fait un reportage avec les écolos qui campaient sur les pylônes, puis, objectivité oblige, une visite de la centrale. On m’y avait offert le grand jeu : gants, combinaison, protocole de précautions pour mettre la tenue, puis l’enlever sans toucher le moindre centimètre carré de tissu contaminé, etc.

« Etes-vous pleinement rassurée sur l’excellence de la sécurité, madame ?

-         Presque, monsieur, si ce n’est que vous avez oublié une chose… »

Silence angoissé des ingénieurs. « Vous avez juste oublié de me demander si je n’étais pas enceinte ».  (Une femme enceinte ne doit pas risquer la moindre contamination radioactive, dangereuse pour le fœtus).  Je les ai rassurés, je n’étais pas enceinte, mais ce tout petit oubli montrait simplement qu’ils ne pensaient pas à tout, contrairement à ce que la propagande pro nucléaire de l’époque prétendait.

Aujourd’hui où on veut faire passer l’énergie nucléaire pour une solution écologique sous prétexte qu’elle ne produit pas de CO2 (mais elle participe au réchauffement climatique via les vapeurs et les eaux de rejet) il n’est pas inutile de rappeler que l’humain n’est pas infaillible, surtout à une époque où les troubles psychiatriques sont devenus la première cause d’appel aux urgences et qu'un accident comme Tchernobyl, résultat d'une accumulation d'erreurs humaines, pèse encore sur la santé de milliers de personnes.

 

Les images, sans rapport avec le texte, sont juste destinées à faire joli dans ce billet un peu rude pour l'été :) 

 

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