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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 23:34

On le sait, la médecine devient de plus en plus un commerce sous la pression du lobby pharmaceutique. Les laboratoires ont donc à cœur de régulièrement créer de nouvelles maladies et de nouveaux besoins médicamenteux.

Les babyboomeuses, génération pléthorique, sont une cible de choix. On leur proposa des traitements hormonaux substitutifs contre la ménopause. Qui n'est pas une maladie. Pourtant, il y a quelques années, refuser un THS parce qu'on en éprouvait nul besoin- la ménopause n'est pas toujours synonyme de prise de poids, bouffées de chaleur, irritabilité et baisse de libido, loin de là- refuser, donc, consternait les médecins. Jusqu'au jour où furent mis en évidence les risques liés à ces THS. Patatras pour le chiffre d'affaire des labos qui les commercialisaient ! Ils trouvèrent alors un autre filon et firent le siège de l'Assurance-maladie pour la convaincre qu'il fallait à tout prix- et ça coûte très cher- protéger les femmes de l'ostéoporose en agitant le spectre de fractures aux suites mortelles.

couv mythe de l osteoporose HD)Dans un livre intitulé « le mythe de l'ostéoporose » le journaliste Thierry Souccar raconte comment, partant du fait réel que le vieillissement des os les fragilise, les laboratoires créèrent de toutes pièces une maladie qu'ils nommèrent« ostéopénie » qui serait précurseuse de l'ostéoporose et nécessiterait un traitement préventif dès la cinquantaine pour peu qu'une légère déminéralisation des os, constatée par ostéodensitométrie osseuse, permette de conclure à cette fameuse ostéopénie. 

Il y a une quinzaine d'années, lors d'un reportage, j'ai testé un appareil d'ostéodensitométrie. Ce n'était pas dans les mœurs, il fallait que les magazines en parlent. Lors du résultat, le médecin m'annonça que « vu l'état de mes os », si je ne faisais rien, j'étais bonne pour des douleurs atroces dans cinq ans et le fauteuil roulant dans dix. J'aime pas qu'on me parle sur ce ton, surtout les médecins... Tant qu'on est vivant, on est seul propriétaire de son corps et seul habilité à décider ce qu'on souhaite en faire. Je n'ai donc rien fait et il ne s'est strictement rien passé : ni douleurs, ni fracture, ni gêne pour pratiquer vélo, plongée ou escalade.

En 2010, dans le secteur libéral, 420 000 ostéodensitométries ont été réalisées. En 2011, la base de remboursement de la Caisse nationale d’assurance-maladie, comptabilisant le montant des médicaments prescrits dans l’ostéoporose, atteignait 131 millions d’euros. Un gâchis évident car en prévention primaire les médicaments proposés ont été incapables de démontrer leur efficacité pour éviter une fracture. (Le mythe de l'ostéoporose)

En 2009, 79 200 personnes furent hospitalisées en France pour une fracture de l’extrémité supérieure fémur. L’âge moyen des patients était de 79,6 ans chez les hommes et de 83,2 ans chez les femmes, âge supérieur à l'espérance de vie moyenne en France. De plus, 80 % de ces fractures surviennent chez des personnes ne souffrant pas d'ostéoporose. Conclusion : la première cause d'une fracture, c'est la chute de personnes âgées qui n'ont pas toujours un parfait équilibre (et chez elles des meubles et des tapis sur lesquels elles trébuchent), pas l'état de l'os. Quant aux médicaments censés « durcir » l'os, ils ont parfois un effet négatif : en effet, ce qui rend un os résistant est le collagène, qui lui donne une certaine souplesse, donc la capacité d'amortir un choc. Un os avec trop de calcium devient plus dur, donc plus cassant...

Mais alors, si tant de médicaments sont inutiles, comment améliorer la santé?  

La réponse est apportée par le Pr Claude Béraud, professeur honoraire à l’université de Bordeaux, ancien médecin-conseil national de l'Assurance-maladie, qui préface le livre de Thierry Souccar :

La pauvreté est un facteur de risque majeur : elle raccourcit l’espérance de vie et rend compte d’une grande partie des morts prématurées avant 65 ans. La lutte contre la pauvreté est la clé de l’efficacité d’une politique de santé publique car elle est la condition de l’amélioration de la qualité du logement, de l’hygiène, du chauffage, de l’éducation.

Les inégalités de revenus sont un facteur d’inégalités de santé indépendant du facteur pauvreté. Une société où le coefficient de Gini (1) est élevé est une société divisée où la cohésion sociale s’effrite, où les problèmes sociaux, par exemple le chômage et la violence, ont une incidence supérieure et où la mortalité est élevée. Inversement lorsque la cohésion sociale se renforce le niveau de santé global est plus haut.

Creuser les inégalités est donc le meilleur moyen de creuser  par ricochet le « trou » de l'Assurance-maladie, lequel contribue à creuser le trou de la dette publique. Un message évident, simple, mais que les pouvoirs publics semblent moins entendre que les sirènes des industriels et lobbyistes du médicament.


 

 

(1) Le coefficient de Gini est une mesure de l’inégalité des revenus. Il varie de 0 à 1. Zéro c’est l’égalité parfaite : tout le monde a le même revenu et 1 c’est l’inégalité totale : un seul dispose de la totalité des revenus. Les deux pays les plus inégaux sont le Mexique et les États-Unis. Les plus égaux sont la Suède et le Danemark.



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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 14:12

Dernier épisode de la série de documentaires sur « la grande évasion fiscale », celui diffusé le 12 novembre souligne un point important en période dite de « ras-le-bol » fiscal : l'étonnante connivence entre politiciens de droite comme de gauche pour étouffer les affaires de fraudes fiscales ou d'abus de biens sociaux concernant les « grands de ce monde », qu'il s'agisse de Liliane Bettencourt, Eric Woerth, Jérôme Cahuzac ou... Charles Aznavour qui a déclaré clairement avoir versé des pots-de-vin à des hommes politiques de tous bords, y compris au centre pour « qu'on lui arrange ses affaires ». 

boss.jpgAlors que le moindre retard de paiement vaut au péquin moyen 10 % de majoration, que le moindre contrôle fiscal sur un contribuable sans relations se conclut par un redressement et (souvent) des pénalités, les puissants- riches ou décideurs, ce qui se confond souvent- échappent à la loi commune. Se veulent au dessus des lois.

C'est aussi ce qui a surpris DSK lorsqu'il s'est retrouvé inculpé pour certaines de ses pratiques sexuelles, c'est aussi ce qui surprend quand Roman Polanski a vu nombre d'intellectuels prendre sa défense à propos de ce qui était un viol, même s'il avait eu lieu des années auparavant. C'est aussi ce qui étonne quand on voit Gabriel Matzneff, apologue des pipes pratiquées sur sa verge plus que mâture par des moins de 16 ans, obtenir le prix Renaudot de l'Essai en 2013 avec de vieux articles à la gloire de ses pratiques.

Il ne s'agit pas là de pruderie, d'abord je ne suis pas très prude, ensuite je me souviens parfaitement que dans les années 70, la liberté sexuelle tolérait, même si elle restait illégale, la sexualité de jeunes ados avec des majeurs. J''ai même connu des mères fières que leurs filles de 14 ans aient « une histoire » avec tel personnage célèbre trois fois plus âgé (qui fit d'ailleurs de la prison pour pédophilie...).

Ce qui me gêne, c'est qu'alors que le moindre internaute collectionnant des vidéos pédophiles- sans pour autant « pratiquer »- est poursuivi, alors qu'un moniteur de colonie de vacances peut être inquiété s'il prend une petite fille sur ses genoux pour la consoler d'un chagrin, alors qu'on interdit aux encadrantes des centres de loisirs d'essuyer les fesses des gamins, et aux encadrants garçons d’accompagner les fillettes aux toilettes de peur que ce soit considéré comme de la pédophilie, bref alors que les précautions pour préserver la vertu du peuple virent au ridicule, ceux qui ont le pouvoir financier, politique ou médiatique restent au-dessus des lois et se protègent mutuellement. Jean-Luc Delarue a-t-il été sanctionné comme toxicomane incitant d'autres à la consommation de coke ? Pas par les tribunaux, juste par le cancer. Alors qu'un adolescent surpris à faire goûter un pétard à un pote peut être emprisonné comme dealer.

51B8+DlnHQL. SY445Les riches et les puissants ont l'argent, le pouvoir et les femmes, tant mieux pour eux. Mais il ne leur suffit pas d'être heureux, encore faut-il que les autres soient malheureux comme disait je ne sais plus quel humoriste. Les autres, c'est à dire vous et moi, n'avons que le droit de contempler le spectacle de ces « people » qui peuvent tout se permettre sans crainte d'être poursuivis. Le creusement des inégalités, ferment de violence bien compréhensible, n'est pas que financier, il est dans cette injustice qui réserve l'impunité aux puissants et multiplie les contraintes pour les autres.

La majorité des gens paient leurs impôts même s'ils espèrent toujours pouvoir « gratter » un peu de ci- de là pour en payer moins. Le « ras-le-bol » fiscal qu'agitent les médias en chœur est un argument des riches pour se poser en victimes alors que « Bercy » leur garantit à chaque augmentation d'impôt que celle-ci sera compensée par une réduction ailleurs (réduction évidemment financé par les contribuables lambda).

Le vrai ras-le-bol, c'est celui des inégalités qui font que la majorité des citoyens paient tandis qu'une petite minorité s'exonère de sa contribution légale aux services publics, et qu'à cause de ce manque à gagner, les services publics se détériorent de jour en jour, pourrissant la vie de c eux qui en ont besoin.

Le vrai ras-le-bol, c'est de savoir que « Bercy » dispose d'un verrou lui permettant d'empêcher que soit poursuivi tel ou tel riche contribuable (voir le documentaire de France 5 sur ce sujet dit "du verrou de Bercy").

Le vrai ras-le-bol, c'est de savoir qu'en France, le clivage ne se fait plus entre gauche et droite, mais entre gens de pouvoir « du même monde » et citoyens. Ce qui enlève à l'acte pourtant essentiel de voter- des gens sont morts pour avoir le droit de vote- une bonne part de sa signification.

 

 

 

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 10:16

 

film_joyeux_noel.jpgCe moniteur de plongée ressemblait à Jean Reno/Enzo dans « le grand bleu ». J'ai passé avec lui mon niveau 3. Lorsqu'il venait à Paris, il aimait toquer à ma porte avec un pack de bières : « Ma petite Françoise, je viens bavarder ». A l'époque il avait des soucis conjugaux et envie de se confier. Il me racontait aussi quelques bribes d'un passé difficile, des années auparavant, lorsqu'il avait travaillé comme infirmier pendant la guerre du Liban. L'un de ses potes, infirmier également, avait été tué par des snipers, lui blessé par balles et laissé pour mort. Il avait survécu sans séquelles physiques mais blessé à jamais dans sa tête par les souvenirs d'atrocités qu'il se refusait à me raconter. Quand je lui disais : « Parles-en, ça te fera du bien », il répondait invariablement : « Non, ma petite Françoise, je ne veux pas t'abîmer le cœur avec ça. » Il avouait juste qu'il faisait des cauchemars où il revivait les souffrances d'alors et ne pouvait se pardonner d'avoir survécu quand tant d'autres étaient morts.

Un soir qu'il dînait chez sa mère tout en regardant le journal télévisé, il fut confronté à un reportage sur la guerre en Irak. Sa mère le vit soudain les yeux écarquillés, figé : « Qu'est-ce que tu as, mon fils ? » Il n'eut pas le temps de répondre et s’affaissa, le nez dans son assiette. Les secours conclurent à une mort subite- évidence!- mais je reste persuadée que celle-ci fut provoquée par les images ravivant celles qui hantaient sa mémoire.

Il y a quelques mois, j'ai commencé à visionner le film « Fragments d'Antonin » de Gabriel le Bonin (voir vidéo ci-dessous) qui raconte le traumatisme mental d'un survivant de la guerre de 14/18. C'était si insoutenable que je n'ai pas pu aller jusqu'au bout. Impossible de supporter une heure et demie ce qu'eux ont vécu pendant quatre ans...

18440132-r 640 600-b 1 D6D6D6-f jpg-q x-xxyxxLes revenants de guerre ne sont jamais indemnes, même s'ils ne portent sur leurs corps aucune blessure visible. Mon grand-père, optimiste et bon vivant, déclara quelques jours avant sa mort : « J'aurais à refaire ma vie, je referai la même... en enlevant les quatre ans de 14/18 et mes deux ans de tranchées. » Dans les mémoires qu'elle a rédigées pour nous, notre mère raconte qu'à la déclaration de guerre de 1939, son père s'écroula en larmes, lui qui ne pleurait jamais (à l'époque, un homme ne pleurait pas!) en répétant : « Alors, tout ce qu'on a souffert à la dernière Guerre, c'était pour rien ? »

Eh oui, grand-père, c'était pour rien. Depuis la « der des der » d'il y a 100 ans, il y a eu de multiples autres guerres, la 39/45, certes, mais aussi toutes les guerres que les occidentaux- qui s'autocongratulent de vivre « en paix » depuis 1945- sont allés faire ailleurs, soit en participant à des conflits (Algérie, Viet-nam, Corée, Irak, Bosnie, Afghanistan...) soit en vendant des armes partout dans le monde tout en affichant une volonté de désarmement mais quoi : les affaires sont les affaires ! Selon le dernier annuaire sur les dépenses militaires mondiales publié par le SIPRI (Institut international de Stockholm d’études pour la paix) 1740 milliards de dollars ont été consacrés au commerce d’armes dans le monde entier en 2011. Et pour la santé, l'éducation ou l'environnement, on prétend qu'il n'y a pas d'argent !

Selon le journaliste italien Antonio Mazzéo interviewé par Olivier Turquet : "le capital financier international s’est mis en tête que le conflit et la reconstruction des pays bombardés pourrait être le moteur nécessaire pour sortir de l’impasse et pour stimuler la demande, l’économie et le développement."

film_joeyx_noel_2.jpgD'aujourd'hui jusqu'à juin 2019, date du centenaire du Traité de Versailles, ce ne seront que célébration de la guerre de 14/18, hommage aux soldats « morts pour la France » et appel à la cohésion nationale « dont notre pays sait faire preuve dans les moments difficiles. »

Bel argument pour sous-entendre « soyez aussi dociles que les soldats d'alors, acceptez ma politique économique de merde qui fait payer les citoyens lambda et s'empresse de garantir aux entreprises et aux plus riches que telle nouvelle ponction fiscale sera compensée par une réduction ailleurs, réduction évidemment répercutée sur les citoyens lambda...) Comme disait un soldat à un gradé dans le très beau film de Christian Carion : « Joyeux Noël » : « C'est vous qui décidez la guerre, mais c'est nous qui la faisons ».

Le rapport de forces n'a pas changé, même s'il paraît moins meurtrier.

 

 

 

( les trois photos sont de Christian Carion, extraites du film "Joyeux Noël)

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 00:28

archi%206Il se croyait invincible, immortel jusqu'à plus de quarante ans. Puis la mort a frappé autour de lui, pas seulement ses parents, ce qui allait dans la logique des générations, mais des gens aussi jeunes, voire davantage que lui. Il a soudain réalisé qu'il était mortel. Comme beaucoup de baby-boomers dotés d'une insolente santé et d'une existence ô combien privilégiée, qui voient  tomber leurs contemporains comme à Gravelotte.

A 14 ans et demi, un beau soir de printemps, j'ai croisé deux copines en larmes : « Tu connaissais Patrick ? » C'était la première fois qu'on me parlait d'un pote à l'imparfait. (le passé n'est jamais simple et l'imparfait, comme son nom l'indique). Le copain avec qui j'avais dansé deux heures plus tôt s'était noyé. Ainsi, on pouvait mourir à 16 ans ! Je le savais, bien sûr, mais entre savoir et toucher du doigt cette réalité, il y a un monde. Comme avait répondu François Mitterrand à un journaliste pas très diplomate qui lui demandait s'il pensait à la mort alors qu'il était en phase cancéreuse très avancée : « Bien sûr, je sais que je vais mourir... mais je n'y crois pas. Tout comme vous d'ailleurs. » C'était un sujet de philo du bac il y a quelques décennies, cette antinomie entre la certitude que nous avons de mourir un jour et l'impossibilité de l'envisager concrètement. 

Je l'ai de nouveau envisagée très concrètement quand un ami proche s'est suicidé à 19 ans, parce qu'il se désespérait de n'avoir pas encore rencontré le grand Amour. Ça fout les boules ce genre de connerie et depuis, je n'ai de cesse de répéter aux amoureux chagrins qu'aucun homme, aucune femme ne mérite qu'on se prive de la vie pour lui, pour elle. Et a fortiori aucun patron : qu'aujourd'hui la crise économique pousse des gens au suicide mériterait qu'on déclare criminels passibles de la cour d'Assises les financiers, industriels et hommes politiques responsables de cette situation. Décideurs qui mourront comme les autres, et vu l'âge avancé de certains, je ne comprends pas qu'ils ne se disent pas chaque matin : « Ça se tire, ça se tire... Bientôt je ne serai plus là. Si je faisais quelque chose de bien plutôt que d'emmerder les autres pour mourir sur mon tas d'or ? »

« La vie, c’est comme une barbe à papa. Au début c’est doux, moelleux, joli, on en mangerait ! Puis chaque jour lui arrache des filaments dans lesquels on s’empêtre et qui collent, et qui poissent, et qu’on ne trouve même plus bons. Mais la vraie angoisse, celle qu’on n’avoue jamais, c’est la certitude qu’à la fin ne reste qu’un bâton à jeter. C’est le contraire du vin : la vie ne se bonifie pas avec les années. »( Jouer au Monde, p. 144)

J'ai écrit cette phrase bien avant de la mettre dans un roman. J'avais un peu plus de 30 ans et m'étais réveillée un matin en larmes à l'idée que je vivais alors le meilleur de l'existence avec des parents vivants, un bébé tout neuf, un boulot enthousiasmant, une santé de fer... mais que tout ça allait se gâter, forcément. La vie comme un gâteau d'anniversaire dont les bougies s'éteignent une à une... Il y a aussi ces trucs agaçants, quand le temps qui passe s'imprime sur la peau malgré toutes les crèmes et la meilleure hygiène de vie possible, que les médecins commencent chaque phrase par « A votre âge il faudrait... » que les gens après le classique « tu fais toujours jeune ! » ( comme si être jeune était une qualité en soi) passent au « Il est bien conservé pour son âge » et finissent par « il (elle) est encore bien conservé(e) ». Les jeunes au chômage, les vieux en conserve...

Avec les années pourtant, loin d'être une angoisse, la conscience de la finitude me donne une vraie sérénité et accentue l'acuité de chaque instant. « Tant qu'à être une poussière minuscule dans l'univers et une milliseconde à l'échelle de l'univers, autant vivre aussi intensément que possible ». Elle permet une distance qui n'enlève rien aux indignations, aux révoltes, au plaisir de vivre et aux enthousiasmes mais enlève beaucoup à la croyance dans les idéologies qu'on a vu naître et mourir parfois au prix de milliers de morts, et au désir d'un ou une sauveuse providentielle (le féminin l'emporte sur le masculin puisque les femmes vivent plus longtemps) tout aussi mortelle que vous et moi.

La mort est démocratique, elle n'exclut personne, mais il conviendrait de lui rappeler qu'elle est injuste lorsqu'elle frappe davantage les pauvres (8 ans d’espérance de vie en moins pour un ouvrier français versus un patron, 42 ans d'espérance de vie moyenne en moins pour un habitant du Zimbabwe versus un français.). C'est la plus scandaleuse inégalité, bien plus que le fait de n'avoir pas encore la 4G dans les villes de province!

La mort a aussi une fâcheuse tendance à épargner plus longtemps les méchants que les gentils, la longévité de beaucoup de dictateurs et ex-nazis est stupéfiante, faudrait voir à ce que ça change, vieille camarde!

A part cela, elle fait partie de la vie. Depuis des décennies elle était occultée, on n'en parlait pas, les enterrements étaient quasi furtifs, mais voici que les réseaux sociaux, bizarrement, l'ont remise au goût du jour, avec des annonces de décès balancées au milieu de blagues à deux balles et de vidéos de toutes sortes. A priori c'est choquant, tant on a eu l'habitude de la mettre à l'écart du quotidien, mais finalement cela rappelle qu'elle est là, et pas seulement sous forme de statistiques. Choquant certes le fait que les profils de personnes décédées restent actifs avec des messages "d'amis" involontairement gaffeurs: « Ouh ! Ouh ! Qu'est-ce tu fous ? Tu ne postes plus ? » Choquant de les voir envahis de publicités pour cause d'inactivité prolongée- faut bien récupérer l'espace, n'est-il pas?- et de lire des com' interminables sur tel ou tel décès qui fait polémique. En revanche, que la faucheuse reprenne sa place dans les conversations a quelque chose de salubre, ça lui enlève son côté caché, presque honteux qui pousse certaines personnes à vous dire "Un tel est parti" plutôt que "Untel est mort" au risque de susciter quelques malentendus...

Une espérance de vie grosso modo de 80 ans se divise en un quart de 0 à 20 ans, un autre de 20 à 40, un troisième de 40 à 60. La particularité du 4ème quart est qu'on en ignore la durée : on peut mourir à 61 ans tout comme vivre jusqu'à 122 ans. D'où l'importance d'en savourer chaque bouchée, chaque plaisir avec gourmandise: « Ne prenons pas la vie trop au sérieux, de toutes façons on n'en sort pas vivant. »

 

camarde1


Et puisqu'on dit "casser sa pipe", une petite chanson appropriée:

 


 

Crobards commis par Andiamo




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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 16:00

et tous les autres de la troupe, vous êtes trop nombreux pour tenir dans un seul titre, et de titre vous n'en avez qu'un : « Compagnie El Duende ». J'ai parlé de vous ici 7 fois, par exemple ici, ici, , et encore là. Autant dire que j'ai déjà écrit tout le bien que je pense de vous et de vos spectacles depuis bientôt 10 ans- ce sera en 2014- que nous nous sommes découverts. Aujourd'hui, je veux juste vous remercier de m'avoir invitée à votre soirée de fin de chantier samedi 25 octobre mais je ne la raconterai pas, d'autres l'ont déjà fait.

Alors pourquoi ce billet ? Pour vous dire que je vous aime. Pas seulement à cause de vos spectacles qui me mettent à chaque fois le cœur en joie. Pas seulement parce que vous êtes des gens bien, chaleureux, pleins de talents et d'assurance mais sans vous la péter une seule seconde. Pas seulement parce que vous avez un engagement véritable, politique- ce n'est pas pour rien que les parents de certains d'entre vous ont fui le Chili de Pinochet- à travers le théâtre d'intervention avec des jeunes en difficulté, prouvant qu'à l'instar de Victor Hugo qui écrivait : « Ouvrez une école, vous fermerez une prison », « Ouvrir des jeunes au théâtre, c'est fermer la porte à la violence ». Pas seulement parce qu'en entendant les applaudissements, les cris de joie et les pieds qui martelaient le plancher de votre théâtre tout neuf lorsque la soirée a commencé, je me suis dit que vous n'aviez pas seulement un public fidèle mais surtout plein de gens qui vous considèrent comme des amis, ce qui est rare dans un milieu où le superficiel domine souvent.

chantier2Je vous aime parce que vous êtes des antidotes absolus au défaitisme ambiant. Depuis 25 ans, depuis l'adolescence, vous vivez votre passion comme un rêve. L'un d'entre vous a renoncé au cinéma après avoir fait la FEMIS (l'Ecole des cinéastes s'il en est!) parce qu'il trouvait le théâtre plus vrai. Laurent Terzieff avait fait le même choix, et ce n'était pas n'importe qui! A 15 ans, vous rêviez de jouer un jour dans « votre» théâtre. C'est aujourd'hui chose faite. chantier 1Cela a demandé 19 mois de travaux non pas forcés puisque c'était votre choix, mais de forçats, avec des journées commençant à 7h pour s'achever à 23h, les mains dans le ciment, les bras trimbalant des poutrelles métalliques, le cerveau fonctionnant à 10 000 tours pour savoir comment financer les travaux, comment résoudre un problème malencontreux de comblement de carrières, comment obtenir l'aval de la Commission de Sécurité pour les établissements recevant du public... Bref, malgré la joie pure de cette soirée du 25, j'ai bien compris que vous en avez chié des ronds de chapeau durant cette année et demi, entre angoisses et larmes, entre épuisement et inquiétude. Tout en devant assurer quelques spectacles, vous occuper de vos familles et parfois même dormir un peu.

Ce qui vous a tenu et vous a permis de répondre chacun« On continue », lorsqu'un jour particulièrement néfaste vous avez « voté » pour savoir si vous poursuiviez ou non ce projet fou, c'est l'envie viscérale de réaliser votre rêve, rêve qui voit loin dans l'avenir puisque ce théâtre, vous rêvez qu'il devienne un jour celui de vos enfants.

Ce qui vous a tenu est la devise de mon blog « Jouer au monde » : « Faire d'un rêve une réalité ». En ces temps où lorsqu'on parle de « changer le monde » » les décideurs coupent les ailes du rêve d'un cinglant : « à l'épreuve des faits, nia-nia-nia... » c'est une bouffée d'énergie que vous donnez en prouvant que l'impossible est possible lorsque on est assez fous pour y croire. Je vous aime pour cette folie qui me donne envie de vous écrire publiquement pour vous remercier de savoir mettre lyrisme dans l'existence, c'est-à-dire de l'enthousiasme et des sentiments, plutôt que du cynisme et de la dérision.

 

inauguration( Les 1,2 et 4 à partir de la gauche sont la famille Almeida, des pros de la construction qui ont osé se lancer dans ce chantier improbable et ont fait face à tous les aléas qui allaient avec!)

 

El Duende signifie "l'inspiration qui préside notamment à l'art du flamenco", quelque chose de charnel, quasi érotique. Au pluriel, el duendes désigne des Lutins. Pour moi qui ai inventé le mot Lutinage, c'est-à-dire le fait d'aimer au pluriel sans mettre des étiquettes sur les gens ni les sentiments, juste parce que nombre de personnes sont aimables, la coïncidence est savoureuse ! Et jubilatoire le fait d'entendre Andréa raconter ses discussions avec Louise pour trouver des financements en précisant « Louise, c'est la femme de mon ex-mari », mari qui vous aime à l'évidence toutes deux, pas de la même façon. Cette intelligence du cœur ne peut que me toucher.

J'ai participé comme beaucoup d'autres au financement de ce théâtre et à une journée de travaux. Pas par compassion comme lorsque j'envoie des sous pour une cause urgente. Pas par révolte comme lorsque je signe une pétition et envoie un chèque à une ONG combative. Juste parce que cela me faisait un immense plaisir de le faire.

En arrivant je suis allée saluer « mon » mur. Avec le sentiment qui domine quand je pense à vous que si la jubilation de voir un projet aboutir- quand je publie un roman, par exemple- est immense, cette jubilation est décuplée quand le projet résulte d'une dynamique collective.

Voilà, c'est ça : je vous aime parce que vous osez, vous osez jouer, vous jouez collectif. Et vous savez faire la fête avec talent !

 

theâtre duende

PS. Il n'est pas trop tard pour rejoindre El Duende. Si vous avez envie d'avoir chaud cet hiver pendant les spectacles, participez au financement du chauffage qui reste à installer !

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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 17:55

 

7Janvier 2010/ 31 décembre 2013: Autres Mondes, où vous pouvez découvrir des livres introuvables ailleurs, fermera ses portes- ou plutôt son accès- le 31 décembre 2013. 

 

Pourquoi cette décision? Pour passer à autre chose, d'autres projets (pas que d'écriture et d'édition) et dégager du temps pour cela. Le fait de gérer pendant quatre ans cette pourtant toute petite entreprise a bloqué certains projets et pourri mes vacances lorsque je devais emporter dans mes bagages un stock de livres pour satisfaire les commandes, et interrompre un idyllique bain de mer pour m'occuper des envois et des comptes. Ce n'est pas tant le temps que cela prend qui pourrit l'existence, c'est d'avoir en permanence ce souci en tête.

 

Or je suis dans une période où, comme disent les psys, je retire de mon sac à dos les cailloux superflus. Les dîners où l'on s'ennuie. Les dérisoires compétitions professionnelles. Les angoisses de réussite. Les stress inutiles.... Envie de choses essentielles, concrètes, charnelles, gourmandes, rieuses, désir de sentiment océanique et de silence...

 

Mais je ne vous prends pas en traître. Vous avez encore presque deux mois et demi pour commander à Autres Mondes les quelques livres qui restent, à prix promotionnels.

 

fondeur-176.jpg

 

 

 

stele.jpgegée

 

 

 

 

 

 

 

 

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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 12:34

nic_riche.jpgLa trilogie « 50 nuances » c'était la grosse opération commerciale, battage médiatique sans précédent comme s'il s'agissait du premier livre érotique écrit par une femme, buzz sur Internet, inspiration puisée du côté de « Twilight », ça aurait pu s'appeler : « Sex and the Twilight ».... le succès était quasiment garanti. Des milliers de femmes - et quelques hommes- l'ont donc acheté, lu et apprécié ou non. Lorsqu'elles sont négatives, les critiques pointent le côté « cliché » de l'histoire : Christian Grey le milliardaire hyper-séduisant qui cache de « sombres secrets », Anastasia la jeune étudiante subjuguée, ce n'est jamais que la version moderne du Prince charmant et de Cendrillon. Avec en prime du sexe relevé d'une pointe de SM très mode ces dernières années. Et une écriture souvent décevante...  Joli coup d'édition, se dit-on, mais ça ne marchera pas deux fois. »

Eh bien si. Les meilleures ventes du moment dans le genre érotique pour ménagères ou littérature sentimentale épicée (le classement diffère suivant les sites) reprennent exactement la même recette:

france.jpgLa trilogie « Crossfire » de Sylvia Day : Gidéon Cross est un businessman riche et sexy qui dissimule de lourds secrets, Eva est jeune et belle avec un lourd passé. Liaison tumultueuse et sensuelle entre les deux.

La série de Julie Kenner : Damien Stark est un riche homme d'affaires meurtri, il désire, veut avoir et aura la jeune et belle Nikki. Liaison torride entre les deux.

Et enfin en ebooks « 100 facettes de Mrs Diamonds » par Emma Green. Chaque ebook fait environ 70 pages, on en est au volume 12 pour raconter « la passion entre Gabriel Diamonds, multimillionnaire déchiré par des blessures secrètes et la jeune et belle Amandine. » Ça fait tout de même plus de 800 pages !

Des milliers de pages lues par des millions de femmes où l'on associe systématiquement la séduction masculine à l'argent et au pouvoir et la féminine à la jeunesse et à la beauté. Ce n'est pas nouveau, direz-vous, les romans « Harlequin » mettent aussi en scène sinon des milliardaires, des chefs de clinique séduisant une infirmière, chanteur à succès et jeune fan, politicien puissant et groupie lambda. Mais c'est cela qui est navrant : la pérennité de ce schéma.

Quarante ans de luttes féministes, de prétendue égalité homme/femme et de « libération sexuelle » pour que l'amour et la sexualité, qui pourraient/devraient être les territoires les plus libres et gratuits du monde restent inféodés à l'idée que les femmes attendent des hommes puissants et riches qui, seuls, sauront les révéler. Les sous-titres de ces séries sont éloquents: « Dévoile-moi » « Apprends-moi », « Regarde moi » « Tout ce qu'il voudra » « Aime moi » « Délivre moi »... Et je m'étonne ensuite que des filles m'écrivent « Comment fais-tu pour rencontrer des hommes ? » vu qu'il y en a environ 3 milliards sur terre. Mais elles ne veulent pas rencontrer des hommes, elles veulent être regardées, séduites, choisies par un homme, riche beau et puissant de préférence. Un rêve, comme elles en conviennent d'ailleurs dans certains commentaires de lecture où elles opposent le héros qui les fait rêver à « leurs hommes »  bedonnants, avachis devant la télé, qui rotent et ne leur offrent pas de fleurs. » Bien sûr qu'il est bon de rêver, mais tant que ça n'amène pas à ne plus voir la réalité.

belles-rencontres.jpgEh oui, les filles, en ouvrant les yeux on peut rencontrer dans la vraie vie, non pas le Prince charmant, mais de multiples hommes pleins de charme qu'on peut aborder, à qui on peut dire qu'ils nous plaisent. Avec qui le désir ne se résume pas à un portefeuille bien garni. Avec qui le désir ne se résume pas, d'ailleurs, tant il est mystérieux, surprenant, changeant, pour peu qu'on prenne la peine de regarder les hommes au lieu d'attendre qu'ils nous regardent. De leur parler et de les séduire au lieu d'attendre qu'ils agissent... « Et si tu prends un râteau ? » me demandent des copines. Pas grave. Depuis des siècles les hommes prennent des râteaux, ça ne les a aucunement empêchés de dominer la planète, preuve que le râteau n'est pas mortel. De plus, prendre l'initiative dans sa vie amoureuse permet d'en assumer la responsabilité au lieu de développer de la rancoeur envers les hommes, c'est reposant pour soi et pur eux.

sociosexe.jpgJe déplore cette littérature érotico-sentimentale qui tend à perpétrer des relations hommes/femmes où l'homme domine et la femme est vénale, où l'homme décide et la femme reste en attente. Où le désir demeure un privilège de nantis alors que- comme je l'ai écrit dans « Autres désirs, autres hommes »- l'érotisme est au coin de la rue et doit appartenir à tous, riches ou pauvres. Ces romans reprennent sur des centaines de pages le slogan publicitaire de je ne sais plus quelle voiture « il a l'argent, il a la voiture, il aura la femme ». Les féministes avaient attaqué cette publicité pour sexisme, et on oserait prétendre que ces romans sont inoffensifs ?

 


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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 11:20

«Je n'avais jamais entendu parler de vous », commente sur FB une internaute après mon interview à France-Inter où, partie de l'importance d'avoir un espace à soi, Laurence Garcia a évidemment bifurqué sur les amours plurielles. Il y a douze ans que les journalistes ne m'identifient qu'à cela, y compris si nous parlons d'écologie ou d'aquaphobie!

Cette auditrice n'habite pas un igloo au fin fond des steppes sibériennes ni un coin perdu du bush australien. Elle vit dans une grande ville de l'Est de la France et, nonobstant, (bonheur de placer nonobstant, les occasions se font rares...) n'a jamais entendu parler de la « papesse du polyamour » comme l'écrivent certains médias. Il est vrai que mon patronyme ne me sert pas. Papesse évoque Saint-Père: un copain de longue date a mis des mois à me retrouver sur internet parce qu'il orthographiait mal mon nom.

kangourou-copie-1.jpgDe fait, même si, comme on le sait « on trouve tout, et même de tout, sur le Web », on ne trouve que ce que l'on cherche. Les mots-clés qui mènent à  mon blog sont Simpère, Jouer au monde et Aimer plusieurs hommes, aucune chance d'être dénichée par hasard ! Loin derrière viennent des occurrences plus insolites comme «c'est quoi un phallophile ? », « les gens autonomes sont ingouvernables » ou « croquis rigolo de kangourou »... 

De ce quart d'heure de non-célébrité, retenons que si, après douze ans d'articles, émissions radio et TV, documentaires, livres... on reste inconnu, cela devrait rendre infiniment modestes les médias sur leur influence et calmer les frétillements fébriles de ceux qui rêvent de « passer à la télé ». Cela donne aussi à penser que la probabilité pour qu'une vidéo mise en ligne par un obscur Coréen ou Moldovalaque soit visionnée 400 000 fois trois jours plus tard est infime. La chose doit se passer dans l'autre sens : l'auteur de la vidéo ou son agent lance la rumeur selon laquelle la vidéo remporte un grand succès et matraque cette « info » partout où il le peut. Du coup, les gens se précipitent pour voir à quoi ressemble ladite vidéo, et les 400 000 visionnages sont atteints après que leur annonce ait été faite. Ce procédé était utilisé autrefois par les majors qui annonçaient la rupture de stock d'un disque... avant même qu'il soient dans les bacs, ce qui incitait les fans à l'acheter dès qu'ils l'apercevaient, c'est-à-dire lors de sa réelle mise en vente.

Restent les amis, de la vraie vie et des réseaux sociaux, les followers, les relais de médiatisation sur lesquels comptent aujourd'hui les marchands : « Vous avez 5000 « amis », disent-ils à l'auteur/musicien/artiste-peintre qu'ils cornaquent, de quoi booster vos ventes, non ? » Peut-être. Je ne sais pas, j'en ai à peine plus de 200, ayant choisi de n'accepter que les personnes que j'ai réellement rencontrées ou celles qui ont au moins 3 amis communs avec moi, donc a priori des personnes plutôt proches.

COUV Franoise SimpreEh bien faisons un test : deux de mes livres me sont particulièrement chers. « Ce qui trouble Lola », parce qu'il parle du désir, des relations amoureuses de toute nature, des androgynes, du genre, de la sexualité des pauvres, des geeks, des libertins et des médecins, du poids du pénis dans l'inconscient masculin, etc. Bref, le livre du grand tout côté érotique:)

joueraumonde COUV4bisL'autre, c'est « Jouer au monde », qui s'adresse à ceux et celles qui, au moins une fois dans leur vie ont rêvé de « changer le monde » et se désolent de ne pas y être arrivés, qui rêvent d'ailleurs, aiment les voyages réels et imaginés, l'amour fou mais pas le mariage. Il s'adresse aux vieilles dames indignes, aux immigrés rêvant de rentrer au pays tout en sachant que ce n'est qu'un rêve, aux joueurs au monde qui ont envie de faire de leur existence une œuvre personnelle... Bref, c'est un roman sur les questions que je me posais vers la trentaine et que ceux et celles qui ont une sensibilité proche de la mienne ont dû également se poser, je n'ai rien d'original...

Je vous propose un test qui ne prend que quelques secondes. Si vous avez lu ces 2 livres, tapez 2, si vous en avez lu 1, tapez 1 (en précisant éventuellement lequel des deux), si vous n'en avez lu aucun, tapez 0. C'est un test sans connotation positive ou négative, juste pour voir et rendre un peu de lucidité aux fous des « réseaux » et du carnet d'adresses et aux narcissiques addicts aux "like" et aux "poke" (au fait, c'est quoi le poke?)

Hier, sur l'île grecque d'où j'écris, je suis allée dîner dans une taverne près du marché aux poissons, où je vais parce que c'est bon et qu'on y croise de vraies gueules, genre mineurs de fond, pêcheurs burinés, délinquants en cavale... Quel bonheur d'entendre ces gueules discuter en anglais avec un couple de touristes à propos de Delos et Delphes, de la spiritualité, de l'énergie qui circule dans ces lieux antiques et de la gentillesse d'ici qui était "plus présente avant la crise". La discussion s'est poursuivie en italien quand ils se sont aperçus que le couple de touristes était italoche, et c'était un bonheur pour les yeux et les oreilles, cette conversation au milieu des chats et des poissonniers qui remballaient leur marchandise. C'est pour cela que quoi qu'on puisse dire sur les Grecs- et il y a à dire- j'aime ce pays où les relations humaines restent un art de vivre, même quand les temps sont durs.

 

Pêche locale poulpes

 

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 20:09

rebelle_fran_oise_1973.jpgOn les appelait babas, rêveurs, utopistes, ou gauchistes, ceux qui voulaient le Flower Power, « Make love, not war », qui se parlaient et souriaient, vivaient en communautés en ville ou à la campagne, se passionnaient pour les luttes féministes, une sexualité libre et épanouie, les combats et les journaux écologistes : « la Gueule Ouverte », le « Sauvage », « la Hulotte »... Ils remettaient en cause le choix du nucléaire, s'inquiétaient du bouleversement climatique, voulaient des aliments bios, du travail à partager, réduire la consommation ou « sommation d'être cons » et tourner le dos à la publicité. Ils savaient l'importance de l'art, de l'expression des sentiments, du temps de vivre, d'être libre, mon amour....


nic_riche.jpgpicsou.gifEt puis... plus rien. Avec la décennie 80, glaciation des cœurs, argent froid, déshumanisation du monde. Ça a débuté aux alentours de 1983, ce qu'on a politiquement appelé : « le tournant de la rigueur ». En plein gouvernement de gauche, fallait le faire ! Ils l'ont fait. Le monde entier l'a fait. Le modèle néo-libéral expérimenté notamment au Chili par Pinochet (la dictature, ce n'était pas seulement les tortures et les exécutions, c'était aussi brader le pays à des sociétés multinationales qui ont pillé le cuivre, détruit forêts et villages et laissé un désert) ce modèle là, donc, a relevé la tête et triomphé en 1989 en voyant s'écrouler le mur de Berlin, entraînant dans sa chute tout le « bloc communiste ». Quel paradoxe que le vent de liberté qui a soufflé alors ait consolidé le système le plus prédateur qui soit, pour la planète et pour les humains...

gays.jpghomme_tricot.jpg20 ans, 30 ans ont passé... Voici que les enfants, voire les petits-enfants des babas vivent ensemble en coloc' et se débrouillent pour partager : co-voiturage, couch surfing, échanges de services (SEL), monnaies solidaires... Garçons et filles amorcent des réflexions sur le couple, les relations plurielles, une autre façon d'aimer. Pas seulement entre garçon et fille, l'été 2013 a vu se marier nombre de couples homosexuels, et les interrogations sur le genre, montrent qu'il n'y a pas de frontière si tranchée qu'on le croyait entre masculin et féminin. A la campagne comme en ville, des jardins collectifs fleurissent, légumissent et fruitissent. L'agriculture bio, qui semblait une utopie pour babas bo-bos, devient une nécessité et une exigence devant la montée des cancers et autres maladies liées aux pesticides. Un peu partout, des jeunes manifestent contre l'argent-roi devenu l'argent fou. amis.jpg

Des bars et restos solidaires ouvrent avec succès, on finance des projets culturels par souscription sur Internet... et ça marche ! Les petites annonces de ventes d'occasion suscitent un engouement incroyable, preuve que l'ère du tout-jetable tire à sa fin, et s'il reste quelques fêlés pour faire la queue des heures devant une boutique Apple, ils sont de plus en plus nombreux les adeptes de Linux, des logiciels libres et du partage culturel, de plus en plus nombreux ceux qui décident de garder longtemps leur vieux téléphone mobile, font de la récup' et recustomisent de vieilles fringues plutôt que d'acheter des marques en neuf.

 

Des grincheux objecteront que ces changements sont liés à la crise- nécessité de moins dépenser parce que manque de sous- et non à une prise de conscience écologicopolitique. Peu importe : l'essentiel est que de plus en plus de monde s'essaie à « vivre autrement » et s'aperçoive que cela rend plus heureux que la poursuite d'une consommation effrénée et d'un taux de croissance qui rend l'économie pas du tout économe et encore moins durable.

 

 

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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 15:43

amoureux.jpgLe pic annuel des naissances ne se situe plus en mai (enfants conçus pendant les congés d'août) mais en septembre (enfants conçus après les réveillons, c'est-à-dire dans un état rarement à jeun). Bonne occasion pour vérifier à grande échelle si l'alcool fait immanquablement engendrer des mioches dégénérés...  

Toujours à propos des choses pas bonnes que le gouvernement veut contrôler à la place de nous autres, pauvres créatures incapables de se discipliner: puisque les récentes études montrent que la cigarette électronique est plus efficace pour réduire ou arrêter sa consommation de tabac que les patchs à la nicotine (ces derniers infusant de surcroît de la nicotine dans le sang 24h sur 24...) pourquoi la ministre Marisol Touraine envisage-t-elle d'interdire les e-cig en public et aux mineurs et va au contraire prendre en charge les patchs pour les jeunes jusqu'à 150 euros par an?

P1000954.jpgPourquoi un tel émoi devant le projet de vendre les médicaments à l'unité, juste ce qu'il faut pour un traitement, ce qui éviterait de gaspiller et de pousser les gens à s'automédiquer avec ce qui traîne dans leur armoire à pharmacie: "C'est compliqué, ça ne va pas permettre la traçabilité, les gens vont mélanger leurs gélules, c'est un bouleversement des habitudes..." . Cela existe dans bien d'autres pays, notamment en Inde, depuis des décennies. Serions-nous plus incapables de changer nos habitudes que les habitants d'un pays longtemps appelé « émergent » (et même sous-développé autrefois... ) ou est-ce dû au lobbying pharmaceutique ? (combien de fois, pour 3 comprimés par jour pendant une semaine, soit 21 comprimés, on a essayé de me refiler deux boîtes de 20, que j'ai refusées, au motif qu'il faut suivre le traitement jusqu'au bout.)

Pourquoi, après une réussite en matière de sécurité routière dont je me réjouis- passer de 17 000 morts par an dans les années 70 à à peine plus de 3000 aujourd'hui- le gouvernement ne s'attaque-t-il pas à une cause de mortalité bien qui provoque chaque année entre 10 et 11 000 décès : le suicide? 1ère cause de mortalité chez les 25/34 ans, et en nombre les personnes de plus de 65 ans représentent 28% des morts par suicide.

koala_dort.jpgSi on ajoute à ces 10500 décès les 220 000 tentatives, remplacer l'objectif Produit Intérieur Brut par Bonheur Intérieur Doux (pas brute) serait un réel bouleversement politique. Mais ne ferait pas l’affaire des marchands de psychotropes dont les français sont les premiers clients en Europe. La prise en charge des suicides et tentatives de suicide coûte 5 milliards d'euros par an en France. C'est une dépense énorme pour l'Assurance-maladie, mais comme toute dépense, elle stimule l'activité économique : ventes de psychotropes, prise en charge hospitalière, maisons de convalescence, suivi psy, etc. A l'inverse, la réduction des morts sur la route a contribué à la baisse de la croissance : moins de voitures à remplacer, de soins médicaux, d'appareillage pour handicapés, d'honoraires d'avocats, de garagistes... c'est du PIB en moins.

Tant que le malheur fait grimper la croissance, pourquoi voudrait-on notre bonheur ?

 

 


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