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11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 09:14

Je vous ai déjà parlé ( Folie des hommes, 7 août 2008) du livre « l’affaire Winston » prêté par Jean-Claude, le voileux rencontré en Grèce. Cette histoire m’a tenue tellement en haleine qu’en rentrant j’ai dévoré «Mémoires d’un rouge », biographie de l’auteur.
Ca se passe des années 1930 à 1980 environ. Howard Fast perd sa mère à l’âge de 8 ans. Son père est pauvre, souvent chômeur. Le gamin  affronte la misère pour survivre dans les faubourgs de New York et trouve son seul plaisir dans la lecture, puis l’écriture. Il publie des nouvelles, puis des romans à succès. Devient communiste parce que, dit-il, « quand on est pauvre, on est séduit par un parti qui veut s’occuper des plus défavorisés ». Howard Fast n’est pas militant, juste sympathisant,  mais comme Charlie Chaplin et tant d’autres il subit la chasse aux sorcières, le Maccarthysme. Du jour au lendemain, les portes se ferment devant lui, plus aucun éditeur ne veut le publier, ses voisins ne le saluent plus, il fait de la prison (dans les années 50, l’Amérique a été la seule démocratie où on était emprisonné sur le seul soupçon d’être communiste) tandis qu’il est vénéré en URSS et invité aux grands congrès communistes. Quelques années plus tard, il découvre les crimes de Staline et quitte le Parti. Du jour au lendemain ses livres sont interdits en URSS et le parti communiste américain le voue aux gémonies. 

Howard Fast raconte sa vie de façon factuelle, en hésitant, en osant dire « je ne sais pas », avec une honnêteté rare et un sens des nuances, une conscience de la complexité des choses qui rendent bien caduques nos débats manichéens de bloggers. Lui admet qu’il a rencontré au PC des gens dévoués, généreux, altruistes et cultivés, mais aussi des crétins arrogants, obtus, fermés à toute discussion et incapables d’admettre un autre point de vue que le leur. Invité chez des gens de la droite américaine conservatrice, au début de sa carrière, on lui conseille de ne pas dire qu’il est juif.  Il découvre ainsi que des gens charmants et hospitaliers peuvent être aussi racistes et intolérants. bref, qu'on est toujours le con de quelqu'un... si on ne pense pas comme lui.

Rarement un livre m’a donné autant envie d’en recopier des phrases, d’en lire des citations à mes amis pour leur dire : « Voyez, tout n’est pas si simple », il n’y a pas d’un côté les bons, de l’autre les méchants, mais des logiques inverses et surtout l’immense cupidité des humains dès qu’il s’agit de prendre ou de garder le pouvoir. Avec pour seule conclusion déprimante que si le Pouvoir corrompt irrémédiablement, sans le pouvoir on ne peut guère changer le monde. (sauf son propre monde, évidemment, en souhaitant faire tache d’huile, c’est ce que je tente de réaliser)

Bref, si vous trouvez ce livre, n’hésitez pas.

(la photo d'en haut est de Richard Avedon dans sa série sur les anonymes de l'Ouest américain) 

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5 septembre 2008 5 05 /09 /septembre /2008 08:20

Quelques mots avant de quitter ce blog d’ici quelques heures… pour un certain temps, pour un rêve devenu projet, puis réalité, que certain(e)s d’entre vous connaissent. 

Il y aura donc très peu de billets ce mois-ci, mais vu la vigueur du dernier débat, ça reposera tout le monde J

Avant de partir, je veux surtout remercier les lutins et lutines qui ont répondu à mon appel en m’envoyant questions, témoignages et photos, ou en prenant le temps d’un verre ou d’un repas pour échanger.  Il y a dans tout cela une richesse inouïe, je m’en doutais, mais plus encore, une complexité et une générosité rares. Loin d'imposer un quelconque modèle, ces échanges ne dégagent aucune certitude péremptoire, pas plus qu'une angoisse paralysante, mais une vitalité qui stimule l’intellect et fait jubiler le coeur.


Rien à voir avec le libertinage com
mercial, la dragouille consommatrice ou les ricanements salaces: amoureux et surtout amoureuses plurielles, réinventent non pas une, mais mille façons d’aimer, avec une délicatesse et une attention à l’autre, à tous les autres (enfants, famille, amis, amants, entourage) qu’on rencontre de façon rarissime dans la vie formatée.

En vous lisant et en regardant les photos que quelques-unes m’ont envoyé, je songeais que ces femmes lumineuses, heureuses de vivre, tendres, ardentes et si lucides devraient faire rêver tous les hommes, et que ces hommes qui se posent mille questions et trouvent dix mille réponses sans croire que l’amour « doit » être comme ci ou comme ça, sans se corseter dans des modèles tout en balisant leur route de repères, donnent sens à la vie.

Plus que du sexe, plus que du couple, les lutins et lutines témoignent d'un appétit de vie formidable, avec une capacité d’émerveillement qui fait vraiment du bien dans la morosité ambiante, une façon de reconnaître ses fragilités et sa force sans vanité ni modestie inutiles, et un ressort étonnant face aux difficultés qui ne nous épargnent pas plus que les autres.  Salut à tous et toutes.

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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 00:23

Le pape vient en France en septembre. Ca a l’air de faire plaisir à un tas de gens, je n’ai rien contre… Sauf quand je lis sur la banderole déployée le long de l’église de ma ville qu’il va célébrer une grand messe en plein air sur l’esplanade des Invalides. Déjà, en juin, j’avais été stupéfaite de voir des dizaines de fidèles suivre la messe de Notre Dame dehors, avec une sono d’enfer – si j’ose ainsi m‘exprimer- qui n’épargnait à aucun laïque, mécréant ou simplement promeneur indifférent la totalité de l’office.
Que le pape aille dire la messe à l’intérieur de Notre Dame, qu’il célèbre des offices et fasse des sermons dans tous les lieux chrétiens du pays, pourquoi pas ? C’est fait pour ça et ça ne gêne personne. Mais qu’on impose à tout public, quelle que soit sa religion ou son absence de religion, d’entendre une cérémonie qui ne l’intéresse pas, qu’on mobilise un lieu laïc- l’esplanade des Invalides- pour une messe catholique, cela me choque dans un pays qui a clairement séparé l’Etat et l’Eglise, un pays laïc, un pays qui de surcroît a eu tout un débat ces dernières années sur « les signes ostentatoires ou ostensibles » de religion… pour conclure qu’ils n’étaient pas admissibles dans les lieux publics. Or les Invalides sont un lieu public. Et la France n’est plus la fille aînée de l’Eglise depuis déjà longtemps.



Pour être franche, ce n’est pas Dieu- qu’il existe ou non-  qui me gêne- ni même la religion dans ses croyances, tant qu’on n’essaie pas de les imposer à ceux et celles qui ne croient pas. Le gênant, dans ces cérémonies à grand spectacle, c’est le culte, le besoin d’idolâtrer un autre humain, que ce soit le pape, un ayatollah, un dirigeant politique ou un artiste. Je ressens aussi un malaise quand je vois des gens poireauter des heures devant un palace parisien pour tenter d’apercevoir le bout d’un sourcil d’une actrice célèbre …

 

 


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29 août 2008 5 29 /08 /août /2008 18:50

J’ai visité l’exposition sur l’œuvre du photographe américain Richard Avedon (jusqu’au 28 septembre au Jeu de Paume à Paris, métro Concorde). Avedon est très connu pour ses photos de mode qui ont sorti les top models de leur univers figé en leur donnant du mouvement et de la fantaisie. Mais cet homme  beau et tourmenté a exploré d’autres milieux : celui des artistes, des écrivains, des hommes politiques et, pour une commande, l’Ouest américain où il a photographié des mineurs, des ouvriers, des barmaid, des SDF, bref des anonymes, avec la même méthode que les mannequins : fond blanc, gros plans et mise en condition du sujet.

En comparant ces portraits, je me disais que  les deux plus terribles inégalités qui séparent les riches et les pauvres sont d’une part l’espérance de vie, d’autre part l’expression du regard, tant celle des intellectuels et artistes reflétait de passion ou de malice, alors que celle des pauvres reflétait la tristesse et l’impuissance face à leur destin. Ces photos d’inconnus de l’Ouest américain ont d’ailleurs fait scandale tant elles ont mis l’Amérique face à sa misère sociale.  Certains des sujets photographiés ont réagi violemment, l’un en changeant immédiatement de métier, l’autre, belle et dynamique jeune fille, bien différente de celle qui apparaît sur la photo, en apostrophant Richard Avedon : « Ca ne me ressemble pas, ce n’est pas moi du tout ». Réflexion qu’on se fait souvent en se voyant soi-même en  photo. A laquelle Avedon répond avec superbe : "Un portrait n'est pas une ressemblance. A partir du moment où une émotion ou un fait devient photographie, ce n'est plus un fait mais une opinion. La notion d'inexactitude n'existe pas pour un photographe. Toutes les photographies sont exactes ; aucune n'est vraie."

Ce qui intéresse l’artiste, ce sont les contradictions et les paradoxes que chacun s'acharne à enfouir. Ainsi a-t-il saisi la fêlure de  Marylin Monroe. Il raconte dans le film qui complète l’exposition[1] que l’actrice lui a d’abord fait un « numéro de Marylin », puis, épuisée par sa prestation, a eu soudain cette expression de lassitude qui transparaît dans la photo et laisse entrevoir la fin tragique de la jeune femme.

La photo, en somme, serait la conjugaison de l’émotion du sujet et du pouvoir du photographe. Mais il y a plus. Je suis allée voir cette exposition avec un ami, qui n’a pas perçu la tristesse des anonymes comme je l’ai ressentie. Il les a trouvé plus rustiques et brutaux que malheureux… J’ai une sensibilité politique plus sociale que la sienne.

La photo, que l’on croit objective à travers l’objectif, dépend donc de trois regards subjectifs : ceux du modèle, du photographe et du spectateur. Qui dit subjectif dit émotionnel. C’est peut-être pourquoi notre époque abreuvée d’images beaucoup plus que de mots ou de réflexion sombre dans le culte de l’émotionnel et de la réactivité à court terme.

 



[1] A voir absolument : le narcissisme exacerbé de Avedon dissimule, lui aussi une fêlure, celle des rapports avec son père, juif d’origine russe, dont il ne s’est pas senti aimé.

 

 

 

 

 

 

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27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 10:34

Sur la plage ensoleillée, partie de volley par-dessus un filet de fortune : deux piquets et une ficelle, deux équipes pas forcément égales en nombre, l’essentiel est de rigoler.
Mais se touchant le crâne, en criant " J'ai trouvé "
La bande au professeur Nimbus est arrivée
Qui s'est mise à frapper les cieux d'alignement,
Chasser les Dieux du Firmament.[1]

En l’occurrence, les Nimbusmen  décrètent le beach volley discipline olympique. Avec règles strictes, dimensions officielles et obligatoires du terrain et combat de chefs entre linguistes pour savoir comment appeler le nouveau sport. « Beach Volley » soutiennent les anglophones, « Volley sur sable » recommande la Commission générale de terminologie et de néologie dans le Journal Officiel du 28 mars 2008. Exit le jeu, place à la compétition avec enjeux de médailles et sanglots des perdants.

Le monde libertaire n° 35[2] fait une analyse réjouissante de cet événement, dont voici un extrait : « Dans l’exemple des jeux de plage, on note tout d’abord qu’en supprimant l’enjeu (vaincre, éliminer, hiérarchiser), on revient à l’organisation d’une activité collective qui n’a d’autre objet que le plaisir du faire ensemble. L’absence d’enjeu est la garantie du jeu. Dès lors que le but est le « faire ensemble » et que les règles choisies en sont le cadre, il n’est plus besoin d’arbitre extérieur qui sanctionnera des « fautes ». Les joueurs eux-mêmes s’auto arbitrent naturellement. On peut même imaginer que face à une situation de jeu inattendue, la règle leur apparaisse frustrante, et qu’elle soit modifiée d’un commun accord en cours de jeu pour garantir encore plus de plaisir. Il y a dans cette construction de la règle pour les besoins du moment et pour soi-même et dans cette autogestion naturelle de la règle, un apprentissage essentiel contre le Tyran… » Et l’article conclut : « Be a son ....          of a beach » J
Remplaçons jeu de plage par amour :
« Dans l’exemple de l’amour, on note tout d’abord qu’en supprimant l’enjeu (vaincre, éliminer le rival), on revient à l’organisation d’une activité qui n’a d’autre objet que le plaisir du faire ensemble. L’absence d’enjeu est la garantie du jeu[3][4]. Dès lors que le but est le « faire ensemble » et que les règles choisies en sont le cadre, il n’est plus besoin de juge ou de religion qui sanctionnera des « fautes ». Les amoureux eux-mêmes s’auto arbitrent naturellement. On peut même imaginer que face à une situation inattendue, la règle leur apparaisse frustrante, et qu’elle soit modifiée d’un commun accord en cours de vie pour garantir encore plus de plaisir. Il y a dans cette construction de la règle pour les besoins du moment et pour soi-même et dans cette autogestion naturelle de la vie amoureuse, un apprentissage essentiel contre le Tyran… »

Et face au monde normé supposé « normal », à ses absurdités cruelles génératrices de fureur, de haine et de guerre, lutins et lutines fredonneront la fin de la chanson :

Un beau jour on va voir le Christ
Descendre du calvaire en disant dans sa lippe
" Merde je ne joue plus pour tous ces pauvres types.
J'ai bien peur que la fin du monde soit bien triste. "


Of a bitch?

               Of a biche?



[1] Le grand Pan, Georges Brassens

[2] hebdomadaire de la Fédération anarchiste

[3]  « Débarrassé de ses enjeux, le plaisir devient ce qu’il ne devrait jamais cesser d’être, un pur diamant que chacun porte en soi, source de liberté, de confiance et d’amour (« Ce qui trouble Lola »)

[4] Ce n’est pas pour rien que ce blog s’appelle « Jouer au monde »…

 

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24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 22:36

En 1979, le président de l’URSS Leonid Brejnev envoie des blindés envahir l’Afghanistan. Officiellement  pour faire de ce pays en proie à des coups d’état répétés une nouvelle république soviétique. L’Afghanistan est aussi- surtout ?- un pays stratégique sur le plan énergétique. Traversé par un énorme gazoduc qui intéresse bigrement les grandes puissances après le choc pétrolier de 1973.

Le président Afghan Karmal, soutenu par les Soviétiques, veut faire des réformes sociales et économiques tout en préservant les traditions locales, avec un Islam modéré. Beau programme… sauf que le peuple Afghan n’apprécie pas que son président soit l’émanation d’une puissance étrangère. « Guerre froide » entre Etats-Unis et URSS oblige, la rébellion des Moudjahiddin contre les soviétiques est soutenue par les Etats-Unis (ainsi que l’Iran, la Chine et l’Arabie Saoudite). Les américains recrutent un certain Oussama Ben Laden, qui formera là-bas des milliers de talibans venus de pays arabes, partisans de la guerre Sainte et de la Charia. Peu importe, l’essentiel est de déstabiliser le bloc soviétique.

En 1985 le président Reagan augmente l’aide militaire à la guérilla.

En 1989, après dix ans de guerre et près de 1 300 000 morts côté Afghan (dont 80% de civils),  le président Gorbatchev ordonne le retrait des troupes soviétiques de l’Afghanistan. Suit une guerre entre les Moudjahiddin (modérés) et les Talibans intégristes. En 1996, les talibans, soutenus par les Etats-Unis et le Pakistan, repoussent les Moudjahiddin du commandant Massoud, qui sera assassiné le 9 septembre 2001.

Les attentats du 11 septembre 2001 changent la donne. Les talibans soutenus par les Etats-Unis deviennent leur pire ennemi et la lutte contre le terrorisme la priorité proclamée. Comment ? En envoyant des troupes en Afghanistan ! Sans tenir aucun compte du fait que pas plus qu’ils n’ont supporté l’ingérence de l’URSS dans leur pays, les Afghans ne sont prêts à supporter l’ingérence des Etats-Unis, de la France ou de tout autre pays.

L’expérience montre aussi, après 5 ans de guerre en Irak, qu’envahir un pays n’est pas la façon la plus efficace de réduire le terrorisme… Et qu’il est étonnant d’envoyer sans état d’âme des troupes en Afghanistan tout en reprochant aux Russes d’en envoyer en Georgie. J’oubliais : le gazoduc Afghan intéresse toujours autant, sinon davantage les pays développés. Et, comme c’est étrange, un gazoduc traverse aussi la Georgie.

L’histoire se mord-elle la queue ? Oui, sauf sur un point : en 1979, indignés par l’invasion de l’Afghanistan, de nombreux pays avaient boycotté les Jeux Olympiques de 1980 qui se déroulaient à Moscou. La France avait laissé le choix à ses athlètes d’y aller ou pas, et plusieurs Fédérations s’étaient abstenues. Quant à la délégation officielle, elle avait boycotté la cérémonie d’ouverture.

La politique se mord donc la queue, mais avec moins de couilles.

 

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22 août 2008 5 22 /08 /août /2008 12:52

Dans l’émission de Brigitte Lahaie (Lahaie, l’amour et vous, RMC de 14h à 16h, redif. à 23h) il y a ce qu’elle appelle la « question croisée » : l’animatrice et l’invité se posent mutuellement une question très personnelle. La dernière fois, j’ai demandé à Brigitte, magnifique quinquagénaire, comment elle envisageait la vieillesse.

« C’est étrange que vous me posiez cette question, a-t-elle répondu, car j’y ai justement pensé ce week-end en rendant visite à une proche âgée. Ce qui m’a frappée, c’est son manque de contact physique. Personne ne touche les vieux pour leur faire plaisir : on les masse, on leur donne des soins, on fait leur toilette, mais ce ne sont que des contacts fonctionnels, et quand leur famille les embrasse, c’est souvent très vite, « dans le vide », sans les toucher vraiment.  Mon passé d’actrice du X et ma vie amoureuse comblée font que  je n’angoisse pas du tout à l’idée de ne plus faire l’amour un jour. J’ai eu ce qu’il faut en matière de sexualité. Par contre, je pense que je serai malheureuse si je n’ai plus de caresses, de baisers, de gestes tendres. Oui, ça me manquera terriblement, et je pense que beaucoup de personnes âgées perdent le contact avec la réalité parce qu’on ne les touche pas assez. »

Benoîte Groult, alerte femme de 87 ans qui fait du vélo à Paris et de la pêche à pied sur les rivages d’Irlande tout en écrivant des livres pleins d’humour et de culture m’a dit la même chose : « A 40 ans, quand je prenais le train, dix mains masculines se levaient pour m’aider à hisser ma valise dans le filet à bagages, alors que je n’en avais nul besoin. Aujourd’hui où ça m’aiderait bien, aucune main ne se lève. Vieillir, pour une femme, c’est devenir transparente, et aux yeux des hommes on est transparente parce qu’on n’est plus baisable. »

Baisable ! Une femme n’existe-t-elle pour un homme que par sa capacité à être désirée et baisée ? Le commentaire anonyme d’un bloggueur sur le billet,PUIS-JE VOUS OFFRIR UN CAFE?  me traitant en substance de « vieille peau dragueuse », semble le confirmer. Il ne lui est pas venu à l’idée qu’entre la transparence et le sexuel existe mille façons de se connaître, de toucher et d’être touché à tous les sens du terme et que c’est essentiel pour être heureux.

S’il y a parmi les internautes des « vieux » de 60 ans et plus,  qu’ils nous disent si eux aussi se sentent devenir transparents et en souffrent. Même si la légende prétend qu’un homme vieillit mieux qu’une femme- ce que la réalité dans la rue ne confirme pas- on sait que derrière les couples de vieux et de jeunettes, bien souvent c’est l’odeur du compte en banque qui atténue celle de la peau parcheminée et des tissus relâchés… Mais les autres ? Rêvent-il aussi de caresses et de tendresse?

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18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 10:05

C’est encore un peu l’été et ça donne l’impression que tout va bien, que tout est calme. On respire mieux quand les politiciens sont en vacances et calment leur furie « réformatrice » : 63 lois votées à la dernière session, inefficaces tant qu’elles n’ont pas leurs décrets d’application, inutiles quand elles font double emploi avec ce qui existait déjà, parfois incohérentes si on les met les unes à côté des autres : l’hyperactivité ne permet pas le recul nécessaire à la sérénité que devrait avoir tout responsable politique. Avant la rentrée qui nous remettra face aux dures réalités, quelques paradoxes glanés de ci de là.

Paradoxe de voir des parents demander une webcam dans la crèche municipale afin qu’ils puissent vérifier ce qu’y fait leur enfant (confié à du personnel compétent), et dans le même temps d’autres laisser leur enfant seul dans un jardin public, ou seuls dans une voiture en plein soleil.
Paradoxe de réclamer la revalorisation du métier d’enseignant et le respect par les élèves de leur professeur, et de condamner à 500 € d’amende le prof qui a giflé l’élève l’ayant traité de « connard ». Paradoxe de n’avoir pas estimé que le père dudit enfant, en mettant son uniforme de gendarme pour aller se plaindre au proviseur, n’a pas commis d’usage abusif d’autorité et de « port illégal d’uniforme en dehors de l’exercice de sa profession. »
Paradoxe de multiplier les dossiers judiciaires, ce qui coûte très cher (enquête ouverte pour la mort naturelle d’une femme de 98 ans racontée dans le Canard Enchaîné, enquête sur la mort d’un cochon d’Inde (la bête aurait-elle été maltraitée ???) racontée par une amie juge) et dans le même temps de supprimer des tribunaux pour réduire le budget de la Justice.

Paradoxe d’obliger les conducteurs à s’équiper d’un gilet jaune et d’un triangle de signalisation sans vérifier que ledit triangle ne s’envole pas au premier coup de vent. Paradoxe de limiter la vitesse maximale à 130km/h et de continuer à construire des voitures qui vont à plus de 200.
Paradoxe d’exiger des voitures toujours plus sûres et de tolérer la commercialisation ( 4x4, et d’autres) de véhicules impossibles à ouvrir de l’intérieur si le contact n’est pas mis ou est endommagé, transformant ces bagnoles en cercueil pour les passagers en cas d’immersion, d’incendie, de froid polaire ou de chaleur torride si le conducteur est parti avec la clé de contact.

Paradoxe de commencer une guerre en plein Jeux Olympiques, manifestation planétaire destinée, souhaitait Pierre de Coubertin, à favoriser la fraternité entre les humains. Paradoxe de transformer chaque médaille obtenue en symbole de la puissance du pays, loin de toute idée de fraternité. Paradoxe d'entendre des occidentaux prendre fait et cause pour, ou contre, l'Ossetie du sud dont ils se fichaient royalement il y a huit jours, et en ignoraient souvent l'existence.

Paradoxe d’augmenter le prix de la baguette il y a quelques semaines en raison de la hausse du prix des céréales, et d’annoncer aujourd’hui qu’il n’est pas question d’en baisser le prix alors que le blé se fait abondant et moins cher, au motif que le prix de la baguette, c’est plus du carburant que de la farine.

Paradoxe d’obliger les chômeurs à accepter un travail jusqu’à une heure de transport de chez eux alors que l’économie comme l’écologie exigent qu’on économise le carburant et qu’on réduise les distances travail/emploi.


Paradoxe de vouloir se libérer du stress du téléphone en vacances, et de paniquer parce qu’il n’y a aucun cybercafé dans le bled où on séjourne. « J’vais voir Mémelle » dit avec une mine réjouie n’annonce pas une aventure coquine avec la tenancière du bistro, mais la découverte d’un relais Internet soulageante comme celle d’une pissotière publique en cas d’urgence.

Paradoxe d’entendre tant de gens autour de soi analyser avec justesse les paradoxes de cette drôle de société en affirmant « qu’on va dans le mur », et de voir qu’on continue à y aller. Comme disait je ne sais plus quel président africain : « Nous étions au bord du gouffre et nous avons fait un grand pas en avant. »

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15 août 2008 5 15 /08 /août /2008 00:16

Je délaisse ce blog pour apprivoiser mon premier appareil photo numérique. Pas par envie, à vrai dire, j’adore mon argentique que je maîtrise bien, mais vu la difficulté à trouver de bons labos pour développer les pellicules, vu quelques projets où j’aurais besoin de mitrailler, le numérique s’est imposé. Cependant je conserve l’argentique, l’un et l’autre ne font pas plus double emploi que les 33T vinyl et les CD. ( Concerto n°1 de Tchaïkovski dirigé par Karajan  sur vinyl et sur CD :  l’un a plus de rondeur, l’autre plus de claquant). Apprivoiser la bête nécessite de lire le mode d’emploi. 118 pages détaillent des perfectionnements dont l’utilité m’échappe parfois, comme les menus différents selon qu’on photographie- je cite- un bébé, un grain de peau, un paysage de jour, de nuit, au crépuscule, un animal domestique (et pour les animaux sauvages, on fait quoi ?) de la nourriture, du sable, de la neige, une fête, et j’en passe. Génial, mais le temps de tourner la molette adéquate, le sujet a disparu. J’en sais quelque chose, j’ai pris hier trois photos de queue de chat ! Le temps de régler le programme, la bête avait fui.
En plus de ces multiples réglages, moult avertissements « Warning ! » rappellent qu’il ne faut en aucun cas verser de l’insecticide sur l’appareil, le plonger dans une baignoire pleine ou poser dessus des bougies allumées ! Une notice moderne est un texte quasi surréaliste et une bonne évaluation de la connerie humaine, puisque chaque conseil « Warning » suppose un risque contre lequel la firme veut se prémunir pour ne pas risquer de procès.

Mon tout premier appareil photo, milieu des années soixante

Reste heureusement la photo. Magique. Je m’esbaudis de recevoir en quelques secondes sur Skype des photos venues du bout du monde, mais c’était également magique, quand je développais des pellicules noir et blanc dans l’obscurité d’un placard que nous avions transformé en labo, de voir apparaître l’image dans le bain de révélateur. Avec parfois des détails inattendus, comme dans le film « Blow up ». Magique de retrouver, coincée au fond d’un tiroir, un cliché dont on se demande qui est cette belle femme dansant le tango, qui sont ces gens qui lèvent leur verre et sourient ? Comment ont-ils laissé une trace chez nous ? Sont-ils vivants ou morts ? 


1965: ma petite soeur sur les épaules de ma grande soeur, mon grand frère, et moi à gauche. Les parents en avaient fait une carte de voeux. Z'étaient modernes!




Les trois mêmes soeurs en 2008, et leur nièce





Les romans de Patrick Modiano débutent souvent par une photo sur laquelle le héros se penche en se demandant qui est la belle jeune fille qui… ou en se remémorant cette ancienne, si ancienne histoire d’amour que l’héroïne doit être à présent bien chenue. Est-ce plausible avec des photos sur écran ou CD ? Pas sûr.  Le contact charnel, tactile avec les photos sur papier les rend différentes des photos virtuelles. Exactement comme on a un rapport de lecture différent avec un texte sur écran ou un texte imprimé. C’est pourquoi je continue à  écrire sur des carnets et à faire des albums de photos sur papier… Feuilleter ces albums, c’est prendre le temps de réaliser ce qu’on a vécu, les gens que l’on a croisés, avec qui on a vécu, aimé, travaillé, voyagé… dont la seule photo fait ressurgir des tranches de vie datées d’après le format des clichés, la qualité des couleurs, la marge blanche ou crantée autour, le sépia ou le noir et blanc.  C’est renouer avec le fil du temps, avec la conscience de l’éphémère comme de la durée.
Hier, je parlais avec un homme des choses que l’on ose ou non faire. Chaque rêve réalisé, me dit-il, devient un fragment de notre patrimoine de vie. Patrimoine immatériel, certes,  mais léguable à travers des photos ou des écrits.  On photographie les bébés et on a raison, car ils n’auront nul souvenir conscient de leurs deux ou trois premières années alors qu’elles sont essentielles pour leur futur affectif.  J’ai écrit pour chacune de mes filles le journal de leurs trois premières années, au jour le jour, à la première personne comme si c’était elles qui parlaient. Histoire de leur léguer la mémoire de leurs débuts, que nul autre que nous ne pouvait leur offrir.  

J'ai trente ans aujourd'hui 8 décembre 1998 mardi
J'ai trente ans et je n'ai jamais eu d'accident de voiture
Je n'ai jamais suivi une vraie prostituée dans une chambre d'hôtel
Je ne me suis jamais laissé pousser la barbe ni déguisé en femme
Aucun de mes parents n'est mort
Je n'ai jamais volé d'article dans les magasins
Je ne suis jamais allé en Afrique
Personne ne m'a agressé physiquement dans la rue
Je n'ai jamais tué un animal pour le manger
Je n'ai jamais fait l'amour avec deux femmes à la fois
Je n'ai jamais tué personne même si j'en ai eu envie souvent
Je n'ai pas construit de maison
Je n'ai participé à aucune guerre
D'ailleurs, j'ai même pas fait l'armée
J'ai trente ans et je suis un enfant
(chanson de Philippe Katerine) 

Amusant de voir ce qu’on a fait dans cette liste… et d’y ajouter la sienne.

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10 août 2008 7 10 /08 /août /2008 12:57

Une amie- mais en était-ce vraiment une ?- m’ayant asséné un jour : « Les hommes profitent de toi, tu es une bonne poire », je me demandais si j’étais bonne poire, pauvre pomme ou, plus vraisemblablement « cerise sur le gâteau » de leur existence. Je m’en ouvris à un homme : pas n’importe lequel, puisqu’il m’a inspiré le personnage de Matteo[1] dans « Ce qui trouble Lola ». Et cet homme, d’une phrase tendre et simple, m’a pour l’éternité rassurée. Ce texte de 1995 qu’il n’a jamais lu s'en souvient.

Je suis la cerise sur le gâteau, la confidente des jours de peine, la complice des jours heureux. J’ai la peau lisse du fruit d’été que l’on croque sans compter, je suis le noyau que l’on jette et l’arbre qui en pousse, branches refuges vingt ans après, écorce qui jamais ne craquelle. Je suis la cerise sur le gâteau, la femme des jeux et des plaisirs, l’amante folle, l’amie, la mère. Mes mains ont la douceur de ma chair faite pour vos caresses, mes mains ont la douceur des caresses qui apaisent vos chagrins.

Je suis la cerise sur le gâteau, la femme d’une seule saison, la femme de tous les printemps. Le temps des cerises est si court qu’on s’en voudrait qu’il tourne court, qu’on le dévore à toutes dents et qu’on l’oublie au grand beau temps. J’ai la saveur du fruit volé qu’on dissimule sous sa chemise. A la place de votre cœur, je laisse une tache écarlate qu’une autre femme effacera : je n’ai pas l’âme lavandière.

L’homme aux yeux si bleus a souri, a pris mon visage dans ses mains et d’un doigt posé sur mes lèvres, il a fait taire ma chanson : « Ecoute-moi, a-t-il dit. Sais-tu ce qu’est une Forêt Noire ? C’est un gâteau au chocolat sur lequel il y a des cerises. Si tu enlèves les cerises, il n’y a plus de Forêt noire, plus de dessert, plus de fête. Rien qu’un gâteau au chocolat, bien ordinaire. Bien ordinaire. »



[1] A propos de Matteo, j’avais choisi ce prénom après avoir vu le film de Marco Tullio Giordana « Nos meilleures années » (Prix « Un certain regard » au festival de Cannes 2003) dans lequel le personnage de Matteo ( Alessio Boni) a un regard et une intensité bouleversants. Ce film de 6 heures va être diffusé sur FR3 en quatre épisodes d’une heure trente à partir du 20 août 2008. Malheureusement à 23h35, quelle hérésie de reléguer si tardivement ce chef d’œuvre. A regarder- je l’ai vu 4 fois !- et à enregistrer,  c’est beau, c’est poignant, c’est apaisant, c’est TROP !

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