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13 avril 2008 7 13 /04 /avril /2008 15:21

La soirée avait mal commencé, périphérique bloqué et au final vingt minutes de retard au théâtre dont nous trouvâmes les portes closes. Repli vers le quatorzième, nous passons à l’Entrepôt, pas emballées par le groupe Funk programmé ce soir là. Cent mètres plus loin, un grisonnant costaud aux cheveux dans le cou s’apprête à enfourcher sa moto. Nous l’abordons. Bonne pioche, il nous indique un bar (l’Utopia) en nous disant « Si ça n’a pas changé, vous ne serez pas déçues. »

 

Ca a changé mais nous ne serons pas déçues. Le bar public s’est mué en club privé. A l’entrée, on s’inscrit (3€ pour un soir, 10 € pour l’année) et on signe une déclaration indiquant en substance qu’on est conscient des dangers du tabac, qu’on n’emmènera pas un mineur dans ce lieu et qu’on s’emploiera à ne pas gêner les autres clients. Charte de savoir –vivre, en somme, et de fait, les gens ici savent vivre. La lumière est tamisée et chaude, la serveuse virevolte d’une table à l’autre avec grâce et sourire, le patron se la joue bourru mais cool.  Il a installé des extracteurs de fumée si puissants que pas une minute nous ne serons incommodées par la moindre volute et d’ailleurs, les gens ne clopent pas comme des malades compulsifs.  Une cigarette ou deux, juste pour le plaisir. Dans un angle qui tient lieu de scène minuscule, un groupe de rockers country (deux guitares électriques, une basse, une batterie) nous transporte dans une atmosphère d’avant. Avant quoi ? Avant la main basse sur notre libre arbitre.

Je pense à ce que m’a dit ma fille : « Tu te rends compte maman, tu as vécu à une époque où vous pouviez rouler sans ceinture (en vérité, je la mettais toujours, pas par obligation mais PAR CHOIX, ça change tout), fumer dans les bars,  vous balader la nuit sans subir de contrôle d’identité,  faire du sport sans certificat médical et malgré cette liberté, vous n’avez pas fait plus de conneries que nous, non ? » Oui, et peut-être même moins. Quand on est responsable de sa vie, on y tient. Au bord du lac d’Auvergne sauvage où je vais en été, un écriteau mentionne simplement « baignade autorisée mais non surveillée ». Ca descend à pic à trois mètres du bord, et il n’y a quasiment jamais d’accident parce que les gens font gaffe, sachant qu’aucun pompier ou CRS n’est là pour les prendre en charge.

Le rocker chantait d’une voix éraillée et puissante des ballades d’aventurier des steppes et des villes, d’amour et de désespoir. Un de ses guitaristes arborait un sourire craquant en regardant courir ses doigts sur les cordes, le plaisir des musicos est contagieux, autour de nous les spectateurs de tous âges semblaient heureux. Instant de grâce…

Quelques jours plus tard, concert des Têtes Raides au Bataclan. Tandis que ses musiciens déversent des frissons sur la foule, Christian Olivier chante d’une voix de cathédrale qui pénètre jusqu’au ventre. Passion, lyrisme cet homme semble habité, son corps et son regard chantent autant que sa bouche. Sincère ou talentueux acteur? Les deux sûrement.

 

Depuis 2002 « Têtes Raides » s’est associé aux mouvements qui se battent pour nos vies, et pour tout ce qui peut les rendre belles et joyeuses : la liberté d'aller et de nous installer où nous voulons ; le droit à un revenu décent, qu'il soit ou non lié à un emploi ; un logement; un système de santé de qualité pour tous et toutes ; l'égalité effective entre les hommes et les femmes ; un usage intelligent de toutes les ressources de notre planète ; la visibilité et les droits de tous ceux et celles que, parmi nous, on appelle « minorités » ; la libre circulation du savoir, des progrès techniques ou scientifiques ; l'art, etc. Le chanteur se lance dans un texte parlé, une interrogation lancinante sur le sens de la vie, écrit par un poète nordique qui s’est suicidé à l’âge de 39 ans. Autant dire que ce n’est pas follement gai, mais les mots, bien écrits, bien scandés, bien dits, transmettent au public une émotion forte. Quinze minutes au moins, il faut tenir la distance. Les spectateurs sont restés debout tout le temps de cette déclamation, muets et attentifs. A la fin, ils applaudissent longuement, réclament un « bis », nous en aurons trois, passionnés et jubilatoires. L’époque manque singulièrement de lyrisme et apparemment les gens en ont soif.  Je me le dis souvent : en rentrant de sa chasse au mammouth, l’homme préhistorique prenait le temps de graver des fresques sur les parois de sa caverne, sans souci de les montrer, sans espoir de les vendre, juste parce que…

Parce que l’art, la poésie, le lyrisme, le rêve, toutes ces choses pas rentables sont vitales, et pourtant si rarement évoquées par ceux qui nous gouvernent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 21:07

Conversation avec O…, ami de longue date, toujours amoureux, puis en désamour, toujours en recherche. Il se demande pourquoi, lorsqu’il s’entend si bien avec une femme qu’il a envie de vivre avec elle « C’est moyen au lit » et pourquoi celles avec qui c’est sexuellement magique ne tiennent pas la distance au quotidien.

« Symptôme très fréquent, mon cher, d’où l’intérêt des amours plurielles qui savent faire la différence entre les différentes alchimies  amoureuses et ne les mettent pas en rivalité. » « J’aimerais pourtant tout trouver chez la même femme » insiste-t-il.C’est cela, oui, et que tu lui apportes tout aussi ? Un peu présomptueux, non ? Et à mon sens  presque impossible. » « A cause de la routine conjugale ? « Non, je ne crois pas à la routine. Les habitudes, quand elles sont des rituels, restent délicieuses, on ne les appelle routine que si on s’ennuie. Mais c’est parce qu’on s’ennuie qu’on les appelle « routine », pas parce qu’elles sont de la routine qu’on s’ennuie, tu comprends ? » « Tout à fait, depuis des années, je savoure mon café du matin et ça ne m’ennuie jamais ». « Exactement. Pour ta difficulté à conjuguer conjugo et Dunlopillo torride, j’ai deux théories. La première esquissée dans « Le jeune homme au téléphone », quand David, le jeune homme, confie à la femme du téléphone :

« Je joue avec de belles inconnues, je suis amoureux de Caroline avec qui je n’arrive ni à jouer ni à me livrer vraiment et je me livre à vous dont je ne suis ni amant ni amoureux. Parfois je me trouve un peu bizarre, comme si je cherchais à me protéger en ne m’abandonnant jamais complètement à une seule et même personne. » Ne pas te laisser aller sexuellement quand tu t’abandonnes affectivement et intellectuellement, c’est en quelque sorte te protéger, car l’amour rend vulnérable… A l’inverse, tu t’abandonnes sexuellement avec une femme dont tu ne partages pas la vie, car l’un et l’autre gardez alors suffisamment de mystère pour vous désirer. Le mystère est nécessaire au désir. »

L’autre théorie est que la nature, dans sa grande sagesse, rend le désir moins impérieux dans le couple, qui est projet trop important pour ne dépendre que du sexe, comme l’explique son ami cancérologue à Lola dans « Ce qui trouble Lola » :

 « Il n’y a qu’à toi que je peux raconter cela, murmure Luc à Lola… Tu imagines la tête de mes collègues s’ils apprenaient que l’éminent professeur de biologie moléculaire se fait fesser après avoir rendu visite à une amie qui se meurt, ils me prendraient pour un malade …» Luc touille lentement  le sucre dans son café … tout en tournant la cuillère, il  murmure qu’après une telle séance, il se sent si bien qu’il peut retourner dans la vraie vie, rentrer chez lui et écouter Christine lui raconter une journée difficile, mais il dit « la vraie vie » et se demande parfois pourquoi ces moments intenses avec Victoire ne seraient pas aussi la vraie vie… (et) quelques autres aussi, comme avec Lola, l’été dernier : « Tu sentais le caramel au lait, c’était ton parfum vanille je crois, je sortais de la cuisine avec la cafetière, tu me l’as ôtée des mains, posée  par terre en t’agenouillant … c’était une gâterie délicieuse, inattendue… « Et avec Christine,  tu ne joues pas comme avec Victoire ou avec moi ? »  « Non.  Tu ne peux pas jouer quand il y a un enjeu trop fort, et le couple, c’est cinquante millions d’enjeux trop forts,  un projet de vie, des enfants, de l’argent,  du pouvoir…..  «Et si tu vivais avec Victoire ? » Luc éclate de rire : « Surtout pas !  Ce que je dis n’a rien à voir avec Christine, il a à voir avec les enjeux du couple. Si je formais un couple avec Victoire, mêmes enjeux, mêmes effets, adieu nos délires ! Victoire adore son mari mais ne joue pas non plus avec lui comme avec moi. Si on habitait ensemble comme des colocs, en poursuivant nos délires, ce serait d’abord délicieux puis très vite invivable, je ne ferais plus que ça, je n’irais plus au labo, je ne verrai plus mes amis et un jour je lui en voudrais de m’avoir dévoré comme une mante religieuse. » Luc baisse la voix : « Parfois, quand on se quitte, on est pressé de rentrer chacun chez soi, tellement sidérés de ce qu’on arrive à faire ensemble qu’on a besoin de laisser décanter.  La vie est un subtil équilibre, tu ne peux pas vivre en permanence dans la pulsion, ce serait épuisant, mais je pense que c’est tout aussi destructeur de la réprimer sans cesse.  C’est générateur de violence envers les autres ou contre soi, parfois je me demande si les cancers ne sont pas la maladie des sociétés frustrées, les cellules malignes sont dites « anarchiques »,  ce n’est pas un hasard … » 

« Intéressant, murmure O. Mais va faire comprendre cela à une femme ! »

 

Erreur, mon cher !  Au festival Sciences Frontières, tandis que mon voisin dédicaçait son traité d’économie positive, je signais à tour de bras « Aimer plusieurs hommes » en justifiant la présence de ce livre sur le stand : « La monogamie est le reflet d’une société capitaliste basée sur la possession, le pouvoir et les solutions « mono » : tout-nucléaire, tout génétique, monogamie. Dès lors qu’on prône la biodiversité et la non appropriation du vivant (refus de breveter les gènes) la diversité amoureuse qui refuse de s’approprier un être, est curieuse des autres et ne jette pas un amour existant sous prétexte qu’un nouveau apparaît  est une solution écologique. Ajoutons que si la monogamie vous oblige à n’avoir qu’un seul amour, la biodiversité amoureuse ne vous oblige pas à en avoir plusieurs mais vous laisse le choix. Elle respecte donc les variations du désir comme l’écologiste respecte le cycle des saisons. »

A ce discours un tantinet provocateur, j’avoue, j’ai eu le plaisir de voir nombre de femmes chuchoter « 100% d’accord avec vous » et un certain nombre  me confier qu’elles vivent déjà cette diversité amoureuse tout en aimant leur compagnon, et s’en trouvent très bien, beaucoup plus épanouies. Une jeune fille de 21 ans m’a avoué : « En vous écoutant, ça me donne envie d’aimer, alors que jusqu’ici, l’amour me faisait peur, m’apparaissait comme une prison. »

Là encore, c’est une question de changement de mental. Ce qui semble iconoclaste aujourd’hui – et je ne vous dis pas il y a 30 ans !- semblera tout à fait naturel dans quelques années sans doute, et j’espère que les heureux pluriamoureux, se souvenant de moi, m’allumeront un cierge bio parfumé aux huiles essentielles d’Ylang-Ylang J

 

 

 

 

 

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7 avril 2008 1 07 /04 /avril /2008 23:12

Trois jours de tables rondes avec d’éminents scientifiques et d’éminents journalistes tout contents que « la prise de conscience progresse ». Trois jours de festival à arpenter les allées du Palais du Pharo, regarder les stands qui exposent des technologies de toutes sortes pour économiser l’eau, utiliser les énergies renouvelables, manger plus sain, plus bio, plus beau…

 

Quelle tête feraient un aborigène, un pêcheur africain ou un instituteur malgache devant cette débauche de moyens pour persuader l’occidental de prendre des douches plutôt que des bains et fermer la lumière avant de quitter son bureau ? Sans doute un immense éclat de rire !  D’ailleurs ces « gestes pour la planète » dont on nous rebat les oreilles ne concernent qu’une minorité de gens et une seule génération, récente. Les plus de 50 ans les font naturellement, pas par souci écologique, mais parce qu’ils appartiennent à une génération où on ne gaspillait pas. On faisait des économies, pas de l’économie.

Samedi, je cherchais Jean-Marie Pelt. Dans le bureau où je croyais le trouver, une petite fille mignonne comme une fée bleue attendait depuis deux heures son papa, chercheur conférencier, dans ce local sans fenêtres.

J’ai emmené la petite fille se promener au soleil en compagnie de Madeleine, ange tutélaire du festival.  Madeleine est accueillante, souriante, pas stressée, une énergie chaleureuse et renouvelable.  Je tenais les doigts de la petite fille blottis en confiance dans ma main et j’étais bien. Le bonheur est souvent immatériel.
Je repensais à cette nouvelle de la semaine dernière : Raul Castro autorise les Cubains à acheter des téléphones mobiles. Waouh ! La liberté, aujourd’hui, ce n’est pas la liberté d’expression, d’aller et venir ou d’inviter qui on veut chez soi, c’est acheter un téléphone mobile (qui existait déjà à Cuba pour les usages professionnels) objet dont on s’est passé jusqu’en 1992 à peu près.  Rien que cette nouvelle renseigne sur les vraies priorités du monde moderne…
C’est d’ailleurs ce qui m’a gênée dans ce Festival. Il s’est contenté d’ajouter de gentils qualificatifs aux mots : « Développement…. durable. Energies… renouvelables. Technologies… douces.  Economie et croissance… positives. » De jolis adjectifs qui fondamentalement ne changent pas la logique de la société, toujours basée sur le développement, l’économie, la croissance, les énergies, les technologies, le matérialisme, et très peu sur les rapports humains et le bien-être intérieur.
Lorsque Maximilien Rouer a présenté les « innovations écologiques pour une croissance positive », les images projetées montraient des femmes en Inde récolter pieds nus dans l’eau, pour un salaire sûrement modeste,  les feuilles qui nous permettront de rouler toujours autant, avec des biocarburants. Bref, il y aura toujours ceux qui ont les moyens de s’offrir une vie confortable (plus durable, certes) et ceux qui n’ont rien ou pas grand-chose, ceux qui possèdent la technologie et ceux qui ont juste leur humanité pour survivre. Ceux qui ont le pouvoir et ceux qu’on soumet.
La société occidentale invente des technologies pour amortir le choc environnemental, avec la certitude que la science peut tout résoudre. Elle met de l’huile (bio de préférence) pour que ça glisse mieux,  mais préserve ses mécanismes prédateurs et sa bonne conscience. Or une société vraiment écologique repose sur un changement de logique, une rupture- une vraie, pas un mot de campagne électorale- dans la façon de penser et d’appréhender le monde. Il y faudrait aussi un peu de lyrisme et de passion pour qu’elle devienne désir... 
Personne n’a parlé du rapport au travail, excepté Anémone qui a franchement avoué : « J’ai été actrice parce qu’on me payait pour jouer. » Elle vit aujourd’hui dans une simplicité drastique et rigole devant le ramdam vert : « Suffit d’arrêter d’acheter n’importe quelle connerie pour s’offrir le luxe de produits sains et bons. » A l’inverse des businessmen et women de l’écologie qui sacrifient leur vie personnelle à leur entreprise verte, elle vit ses idées avec gaieté et naturel.
Dimanche, journée à la campagne dans la famille Saoul-Fifre (voir blogborygmes, lien à gauche). Plus besoin de tables rondes ni de théorie : on a comparé différents vins en parlant de chansons et de poésie, dégusté ou plutôt dévoré les lasagnes au cabri grillé et poivrons fondants inventées par le maître des lieux, puis on s’est baladé deux heures dans la colline sous un soleil printanier, au milieu des ronces et des buissons de romarin. Ensuite, les chiens ont fait des siennes (ou des leurs ?), le mâle quelque peu obsédé sexuel s’obstinant à vouloir sauter des chiennes d’une toute autre race que lui.  A 19h, j’étais en tee-shirt au soleil. A 23h, j’arrivais à Paris par un froid glacial. Chez moi j’ai lu le courrier, travaillé jusqu’à 2h du matin, et en fermant mes volets dans la nuit noire… vu mon jardin tout blanc : 20 cm de neige, y a plus de saison. Heureusement qu’il y a l’amour J

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 23:01
Je vais être là pendant trois jours, à Marseille (Palais du Pharo) avec de sympathiques gens qui veulent préserver la planète. Echanges intéressants, chaleureux, plaisir de retrouver les vieux potes... sans trop d'illusions quand même. Le festival existe depuis plus de vingt ans, avec les mêmes constats, les mêmes propositions, les mêmes bonnes volontés... Mais dehors, peu de choses changent au-delà des mots et des intentions, je suis d'accord avec la Poule (voir son com sur le billet précédent)
Jean-Marie Pelt a sans doute raison, qui me disait que l'humain n'agit que dans l'urgence et préfère avant l'urgence préserver ses habitudes. A quoi je répondrai par le proverbe: " Se mettre la tête dans le sable n'a jamais empêché l'autruche de se faire botter le cul".
Enfin, l'avantage c'est que pendant le festival, je ne touche pas un ordinateur: cahier, stylo, paroles, ça consomme moins d'électricité et ça repose les yeux! Je regarderai la Méditerranée, les calanques de Marseille, merveille du monde.
Je signerai aussi des livres, histoire de mêler érotisme et l'écologie, comme d'hab'
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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 11:22

 

Selon le rapport biannuel présenté à Beijing par l’organisation WWF (World wide Fund for Nature) en octobre 2006, Cuba est le seul pays au monde avec les conditions minimales pour un développement durable.
WWF a élaboré un graphique avec deux variables : l’indice de développement humain (établi par l’ONU) et « l’empreinte écologique », indiquant l’énergie et les ressources per capita consommées dans chaque pays. Cuba est la seule nation avec des indices permettant de dire que le pays « possède les critères minimum de durabilité ». « Cela ne veut pas dire que Cuba soit un pays parfait, mais c’est le seul à remplir les conditions », a répondu à l’agence EFE Jonathan Loh, l’un des auteurs de la recherche.  

« Cuba possède un bon niveau de développement humain selon les critères de l’ONU grâce à son niveau d’alphabétisation et à son espérance de vie assez élevée, et son « empreinte écologique » n’est pas très profonde du fait de son bas niveau de consommation énergétique », a dit Loh.

  La recherche met sur la liste noire les Émirats Arabes Unis, les États-Unis, la Finlande, le Canada, le Kuwait, l’Australie, l’Estonie, la Suède, la Nouvelle Zélande et la Norvège, des pays à forte consommation d’énergie. Les pays pauvres ont beaucoup moins d’impact sur la nature que les pays industrialisés, mais au fur et à mesure qu’ils se développent celui-ci augmente à des niveaux insoutenables. C’est le cas de l’Inde et de la Chine.

 

J’entends déjà des hurlements à l’idée que Cuba puisse donner le bon exemple en quelque domaine que ce soit. Une dictature, communiste de surcroît, beurk.  Sauf que le régime politique, excepté dans le fait d’avoir formé des citoyens habitués à la jouer « collectif » (auto-stop solidaire, covoiturage obligatoire, etc) ne joue pas grand rôle en l’espèce. L’idéologie communiste est plutôt productiviste et peu porté sur l’écologie. Ce qui a obligé les Cubains à réduire d’environ 75% leur consommation d’énergie, c’est la chute de l’URSS, qui a fait s’écrouler les approvisionnements en pétrole et gaz.  

Entre cette pénurie d’énergie et le blocus économique imposé par les USA depuis des décennies, ils ont dû faire fonctionner le système D pour survivre,  sans renoncer pour autant aux fleurons du régime : système éducatif, santé, culture, domaines que la mondialisation libérale a plutôt tendance à négliger.  Plus goût de la fête, du sexe et du rhum plutôt Caraïbéen que communiste[1], qui explique pourquoi les officiers soviétiques adoraient venir en stage dans l’île alors que l’inverse-  stage en Sibérie- ne tentait pas grand monde …  L’intéressant est de constater que malgré ce tsunami pétrolier, les Cubains, selon l’ONU, ont des conditions matérielles et intellectuelles supérieures à celles de beaucoup de pays en développement.

Alors, tout en préservant notre démocratie, nos vins de terroir et notre culture, pourquoi ne pas s’inspirer de ceux qui consomment moins, repérer les économies d’énergie immédiatement possibles et les gaspillages évitables avant d’être contraints à le faire. Pas à cause du prix du baril, à cause du manque de barils.

 Références réconfortantes : Alexandre le Grand, Cléopâtre, Léonard de Vinci, Christophe Colomb, Louis XIV, Blaise Pascal, Victor Hugo,  Mozart, Baudelaire, Rimbaud Pasteur, George Sand et bien d’autres ont vécu, créé, progressé, sans la domination du pétrole.  Les civilisations grecques, romaines, chinoise, inca dont les vestiges font rêver des millions de gens aussi.  Nos grands-parents également. La  dépendance au pétrole à peine plus de 100 ans.

Si tout le monde avant nous et tout le monde après nous,  pourquoi pas nous ?

 

 

Né en 1950 à Cuba, Pedro Juan Gutiérrez a exercé différents métiers - marchand de glaces, coupeur de canne à sucre, dessinateur industriel -, tout en faisant parallèlement des études de journaliste à l'université de La Havane. Egalement sculpteur et poète, il collabore aujourd'hui à plusieurs revues en Amérique latine et aux Etats-Unis, et vit toujours à La Havane. Son œuvre sensuelle, âpre et crue a été primée et internationalement reconnue. Elle reflète l’extraordinaire vitalité et diversité des cubains confrontés à de multiples difficultés..

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Lire « Trilogie sale à la Havane »,  rude mais salubre pour comprendre la vitalité de ce peuple.

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30 mars 2008 7 30 /03 /mars /2008 19:44

 

Lumière ambrée, bar tranquille à l’heure du crépuscule. Elle lève son verre, sourit à l’homme de profil.  Il sourit aussi, creusant les petites rides de chaque côté de ses lèvres, plissant soleil ses yeux… Tous deux sont juchés sur de hauts tabourets. Ils bavardent sans hâte, se racontent après des mois d’absence. Les mois ne sont rien au regard de tant d’années. Elle parle avec les mains, envol de doigts en ombres chinoises, qui se posent sur la cuisse de l’homme, reconnaissent sa chair à travers l’étoffe du pantalon.
Et lui, soudain bouche contre la sienne, morsure, puis calme. Elle adore la brusquerie de ses baisers, ses impulsions gourmandes. Il se concentre sur la caresse qui se promène dans son dos et glisse sous la chemise. Le barman spontanément leur ressert un verre. Il l’avale d’un trait, jette un billet sur le marbre. « Viens, on s’en va ». Elle le suit comme une évidence, sans demander où. Il grimpera quatre à quatre les étages, ouvrira la porte comme on fracture un coffre fort. D’un geste large il fermera les rideaux de la chambre, ouvrira le lit,  puis sa robe. Ils se retrouveront.

Autre lieu, autre amant contre lequel se blottir, reconnaître son odeur et la veine qui palpite à la base du cou, ses mots doux qui la rendent belle. Son désir contre lequel elle se heurte et se frotte, heureuse de l’épanouir encore. Il sourit mi-fier, mi-gêné en dévoilant l’animal à tête casquée qu’elle recouvre de sa paume et presse doucement… Elle se souvient de ce qu’il lui a déjà fait,  l’eau lui en vient à la bouche et ailleurs. Elle marche vers l’homme, le force à reculer, l’abat sur son lit où il s’abandonne bras en croix et yeux clos. Minutieusement, elle redessine le paysage de son corps,  familier et différent. Il comporte de nouvelles pistes, d’infimes fissures à explorer, un tremblé nouveau sur une courbe. Avec la précision d’une lecture en braille, la pulpe de ses doigts déchiffre ce que la peau a vécu et lui raconte. Elle reprend ses marques sur ce territoire comme on parcourt un chemin connu, en s’étonnant d’y trouver des herbes nouvelles, des sillons creusés par la pluie comme sur les visages les sillons des larmes. Elle embrasse son cou, son torse, son ventre. Elle le goûte, il se laisse dévorer.

Au milieu des nuages, un éclair dans la rue,  regard émaillé, familiarité d’une silhouette qui s’avance vers elle au milieu de la foule.

Avant qu’elle ne l’ait reconnu son cœur l’avait vu, s’était mis à battre plus fort. Dix mètres à parcourir avant qu’il ne la prenne dans ses bras. Suffisant pour qu’elle se concentre sur le plaisir de se dire qu’il lui plaît, qu’il est beau, encore, toujours… Beau des années passées, des confidences échangées, du désir et des secrets partagés de leurs deux plaisirs. De leur capacité à jouer ensemble.

« Finalement, finalement, il leur fallut bien du talent pour être vieux sans être adultes »

 

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27 mars 2008 4 27 /03 /mars /2008 21:08


Y a du pathos dans l’air. Les émissions de confessions intimes sont peuplés d’
hommes gémissant « mais qu’est-ce qu’elles veulent ? » et de femmes malheureuses de ne pas pouvoir programmer leur amour comme elles programment une carrière. En balisant tous les risques.  Tout comme les débats sur l’emploi ne présentent que des angoissés du lendemain qui cherchent « la sécurité de l’emploi » avant l’intérêt de l’emploi, avant même « le salaire de l’emploi ». Pourtant, au train où on débauche actuellement, rien n’est moins sûr que de dépendre d’un seul employeur qui sait qu’il vous tient dans le creux de sa main, d’autant plus qu’il vous a consenti un prêt 1% pour la maison qui va ligoter votre vie pendant 30 ans. Mieux vaut avoir des contrats de travail multiples et plusieurs employeurs. Questions de mots : être précaire ou pigiste, ça angoisse, s’affirmer free-lance, ça a un goût de liberté. La diversité professionnelle, comme la diversité amoureuse ou la diversité des énergies sont infiniment plus sûres, au final, parce qu’elles donnent de l’indépendance et de l’autonomie.

Plus sûre, mais pas sécurisante, parce que ça rassure rudement de se dire qu’on a un amour rien qu’à soi, une place bien à soi, un toit à soi et du pétrole pour longtemps. Sauf que ce n’est pas vrai.  Rien n’est jamais acquis. La plus grande sécurité, peut-être la seule, ne s’acquiert qu’en diversifiant ses ressources dans tous les domaines.

Mais l’indépendance et l’autonomie vous rendent ingouvernables… Quel pataquès pour le pouvoir, quel qu’il soit. Des citoyens apeurés sont bien plus malléables...  Ils acceptent qu'on les surveille et qu'on les piste, acceptent d'être à tout instant joignables et ne supportent plus de couper le fil ombilical: "T'es où mon chéri?" 

Or l’idéologie sécuritaire ne donne aucune sécurité, elle se contente de présenter la vie comme un risque permanent. OK, on n’en sort pas vivant. Est-ce une raison pour ne plus  oser, manger ou faire l’amour la peur au ventre et ne se déplacer qu’armé de méfiance en regardant partout si un étranger,  un chien méchant ou un avion fou ne vont pas vous agresser ? L’actualité, hélas, ne vend que du drame. Les gens heureux n’ont pas d’histoires, les autres viennent témoigner.

Etre victime devient une identité : madame Untel, agressée, ou inondée, monsieur Untel victime de steack avarié, contaminé, sinistré. C’est sinistre.  Un homme raconte l’agression dont a été victime son frère. Pour lui et sa famille, c’est 100% terrible : un mort proche pèse davantage que les dizaines de tués chaque jour en Irak ou ailleurs. L’homme insiste : « On ne le dit pas, on vous le cache, mais chaque jour il y a des agressions comme cela. »  Ben, oui, parce que chaque jour en France- et je ne vous parle pas du reste du monde où on vit souvent moins bien que chez nous- il se passe plein de choses. Toutes les heures une personne se tue sur son lieu de travail et 7 personnes meurent des suites de l’alcool, une personne se suicide toutes les 50 minutes et toutes les cinq minutes une autre meurt en France d’un infarctus.  Présenté comme ça, on n’a qu’une envie : se blottir sous la couette et ne plus bouger… sauf que la majorité des décès ont lieu dans un lit, qui se révèle un endroit des plus insécures.

On peut aussi lire différemment : 1 femme sur 8 a un cancer du sein, ça veut dire que 7 sur 8 n’en ont pas, 60 000 personnes par an meurent à cause de l’alcool, mais 64 millions et des plumes n’en meurent pas et parmi celles-ci un certain nombre picolent un peu, juste pour le plaisir.  10% de petits français obèses, ça signifie que 90% ont un poids acceptable.  8,8% de chômeurs, ça fait 91,2% qui ont trouvé un emploi.

La situation est la même, ce n’est qu’une question de regard qu’on porte sur la Vie, regard pas du tout anodin : les gens optimistes vivent mieux et plus longtemps que les pessimistes. Une enquête sur les centenaires ne leur a trouvé que deux points communs : la consommation quotidienne d’un peu de porto et la capacité à garder un certain recul face aux événements, un détachement salubre qui leur avait permis de bien réagir aux aléas de la vie.

 

 

 

 

 

 

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24 mars 2008 1 24 /03 /mars /2008 14:23

Samedi, je me disais : « faudrait que tu écrives un billet sur ton blog, le dernier date de mercredi ». Pas envie, et gênée par la formulation : « Faudrait que… » Pourquoi faudrait-il ? Faut-il se forcer à écrire juste parce qu’on a pris l’habitude d’offrir un billet deux fois par semaine aux internautes de passage ? Des gens que pour la plupart je ne connais pas, ne connaîtrai jamais.[1]  Faut-il obéir aux injonctions du masterblog qui calcule votre popularité, donne des conseils pour augmenter votre audience, vous avertit si moins de visiteurs passent ? C’est quoi, cette obligation d’Audimat ? C’est quoi ce piège qui peu à peu bouffe votre temps et vous rend dépendant de l’attention des autres ?

Alors j’ai écrit le billet sur les gourous, sans réaliser pourquoi me venait cette idée. Je venais d’en subir un, il est vrai, et surtout ses adeptes : le nombre d’allumé(e)s qu’on rencontre dans les stages de « développement personnel » est faramineux. Dommage, ça gâte l’intérêt souvent réel des techniques enseignées. Je veux bien apprendre les massages, m’entraîner à me recentrer sur les énergies cosmiques ou découvrir des techniques anti-douleurs, mais pourquoi ce besoin irrépressible de l’enseignant d’annoncer que sa méthode soigne les cors aux pieds ou la dépression en trois séances, pourquoi ce besoin des élèves d’admirer le Maître, de lui demander l’autorisation de respirer ou de capter son énergie, d’acheter les gadgets qu’il propose, de le vénérer ?

L’idée qu’on me vénère me rend… vénère. J’ai eu du mal avec les quelques amoureux fous qui ont jalonné ma carrière. A la passion je préfère, et de loin, l’amitié amoureuse : désir+ amitié, quelle plus belle définition de l’amour ? Les fous d’amour, comme les fous de Dieu ou les fous du Fric m’inquiètent.

Chaque nuit ou presque, entre minuit et trois heures du matin, mon téléphone sonne. Au bout, quelqu’un respire… puis raccroche. Ca fait trois ans que ça dure. Depuis un passage dans une émission TV. Je crois savoir de qui il s’agit. Je mets le répondeur quand je me couche, et basta. Mais quelque part, ça me gêne de penser que ce type, chaque soir, forme mon numéro avec une obstination maladive. Tout comme me gênent certaines lettres ou messages délirants.

Ca me donne envie de retourner à mes carnets à spirale et mes livres en papier. Loin des écrans qui vous font rentrer chez les gens et leur donnent l’impression que vous leur appartenez. Aucune envie d’être possédée. Aucune envie d’être un gourou…

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[1] J’excepte quelques belles rencontres « en vrai » qui font chaud au coeur

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22 mars 2008 6 22 /03 /mars /2008 19:47

Pour les besoins de mon beau métier, je vais parfois incognito tester des gourous habillés en thérapeutes, ou des thérapeutes déguisés en gourous, promettant contre une poignée de billets monts et merveilles à des malheureux avides de miracles. C’est ainsi que je fus désenvoûtée par un mage sévissant en compagnie de deux perroquets gris du Gabon, dans une officine près de la gare St Lazare, tapissée d’images pieuses et de relevés fiscaux certifiant que le guérisseur acquittait bien la TVA. Tandis que ses perroquets disaient du mal de moi, je supportais stoïquement que le grand prêtre qui se faisait appeler Monseigneur me casse des œufs sur le crâne, m’arrose de graines, de lotions et d’herbes diverses puis jette le tout dans le feu- sauf moi- pour que la couleur de la flamme lui révèle le maléfice dont j’étais victime. La salle d’attente était bondée de clients, dont un homme d’affaires belge qui venait faire désenvoûter… son fils de neuf ans qu’il trouvait trop agité. Il y a des fessées qui se perdent…

Un autre guérisseur, près de la place de l’Etoile, me fit déshabiller et, après m’avoir attachée sur une sorte de fauteuil de dentiste, me saisit à la gorge en hurlant « Ste Vierge, sainte Vierge, si tu es dans cette gorge, sors-en ». Le fou rire contenu m’ayant forcée à déglutir, l’aimable foldingue soupira : « ça y est, elle sort, je la sens qui bouge dans votre cou ». Son cabinet luxueux attirait une clientèle bourgeoise de languissantes dames en tailleur.

Voulant savoir où se situait la magie, j’avais glissé dans mon « Guide des guérisseurs » (2ème édition) le nom d’un ami qui accepta de jouer ce rôle « uniquement par téléphone et pour des affections sans gravité » car il tenait à sa tranquillité et avait de la morale. Il reçut moult coups de fil de gens pas seulement migraineux ou insomniaques, mais également atteints de cancers et autres maladies graves. Il leur parlait, les écoutait, et répondait à la question « Combien vous dois-je ? » « Vous envoyez ce que vous voulez, uniquement si vous avez des résultats ». Il reçut plusieurs chèques, dont l’un d’une cancéreuse à qui il le renvoya. Elle le lui réexpédia. Deux fois. Il finit par le garder sans l’encaisser, puis changea de numéro pour ne plus être joint. « Tu as tort, lui dis-je, une belle carrière s’offrait à toi. » Quelques jours plus tard, racontant l’aventure à une amie architecte, celle-ci lui rétorqua alors qu’il s’étonnait de la crédulité des gens : « Tu n’en sais rien, tu as peut-être un don. » Silence. Elle releva sa manche : « Regarde, j’ai une verrue qui résiste à tous les traitements. Tu crois que tu pourrais faire quelque chose ? »

Comme aurait dit Pierre Desproges dont on célèbre ses jours ci le vingtantenaire de la disparition avec moins de faste que le trentenaire de celle de Clo-Clo (qu’en sera-t-il du trentenaire de Brel en octobre prochain ?)

« Public chéri, bonjour et toi mon Gourou, coucou ! »

                                         

 

 

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19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 13:18

undefinedSoirée d’été dans le Vercors. J’ai 15 ans et demi, la famille qui me reçoit en vacances en a invité une autre dont le fils est réputé pour son succès auprès des filles. « C’est un salaud » résume rapidement ma copine E.  A l’époque, pour les filles, était salaud tout garçon qui flirtait sans être amoureux. J’étais fleur bleue mais les salauds m’intéressaient, je pressentais qu’ils apportaient d’autres émotions que l’amour dont je rêvais néanmoins. J’avais expliqué la différence à ma copine avec une référence « people » comme on ne disait pas encore : « Tu vois, Adamo, on l’épouserait volontiers, tandis que Dutronc, ce serait plutôt un amant. » La malheureuse avait été horrifiée qu’on pût envisager d’avoir un mari ET un amant.

Après le dîner dans le jardin, guirlandes d’ampoules accrochées aux arbres, odeur de forêt, exquis frisson sur la peau de la fraîcheur du soir, on avait dansé. Le garçon, un grand brun au sourire ravageur- j’ai encore une photo de lui, effectivement craquant- m’avait invitée pour un slow : « Un monde fait pour nous », Hervé Vilard, des paroles à faire fondre toute midinette « un monde à la mesure de notre chance, à la mesure de notre amour, un monde fait pour nous ».  « J’adore cette chanson » avais-je murmuré, blottie contre le torse du jeune homme. J’ai encore dans l’oreille le son de sa voix répondant « Elle est terrible, mais je préfère Capri ». Il préférait la chanson de la rupture, moi celle de l’amour fou, mais peu importait, j’étais bien dans ses bras et sa voix grave, profonde,  émettait les bonnes vibrations.

Deux heures plus tard, après le coucher des parents, après une balade dans la forêt obscure qui m’avait donné une excuse pour m’agripper à sa main, après ses ongles sur ma nuque, griffure légère et trouble intense, ce garçon fût mon premier baiser. undefined
Je me souviens de ses lèvres qui semblaient argentées sous la lune, de mon cœur prêt à tomber amoureux mais rapidement parasité par les mains masculines cherchant à s’introduire sous mon pull, à saisir mes seins, à remonter sous la jupe… tant et si bien qu’au lieu de fondre, je ne cessais de me répéter « Mais quels excités, ces garçons, quels excités »  phrase qui peu à peu prenait le pas sur mes émois et m’éloignait du jeune homme qui ne se doutait de rien.

Deux ans plus tard, sous ma fenêtre, trois garçons discutaient en riant.  Un brun, un châtain, un blond. Premier flirt, premier désir, premier amant. J'en ai parlé dans "Des désirs et des hommes". Je les regardais et me sentais immensément riche des sensations différentes éprouvées avec chacun d’eux, immensément riche de connaître leurs trois peaux, immensément riche de les regarder tous trois, copains et pas rivaux- savaient-ils seulement que j’étais leur point commun ?- et de me dire que je recommencerais volontiers avec chacun l’itinéraire enrichi de quelques étapes nouvelles. J’avais mis deux ans à parcourir la carte du Tendre et me sentais à présent l’âme baroudeuse.

undefinedTout ceci m’est revenu en écoutant un CD : « Cri du cœur » d’Hervé Vilard.( 2004) Depuis « Capri », je n’avais retenu du chanteur que cette redondance réjouissante dans sa chanson « Mourir ou vivre »: « De nouveau, on me quitte encore » à rapprocher du fameux « C’est à l’amour auquel je pense » de Françoise Hardy. Pléonasme sortez des rangs…

« Cri du cœur » ce sont des chansons/poèmes  de Marguerite Duras (India Song) Maurice Fanon (l’écharpe), Jean Genêt (le condamné à mort), Bertold Brecht (Alabama Song), Aragon (les mains d’Elsa) Pablo Neruda (Cuerpo de Mujer) et j’en passe, superbement interprétés par Hervé Vilard, dont la photo d’homme mûr, à l’intérieur du livret est un baume au temps qui passe tant cet homme, avec l’âge, a gagné en séduction et pétillante intelligence.

Et puisqu’on en est aux chansons rares, je cherche désespérément, même Internet ne donne rien, un titre de Serge Lama dont les premiers couplets disent :

« Tu enlèves ton jupon noir, comme un masque enlève son loup, ton mari au fond du couloir, S’il savait en serait jaloux. Des étincelles de printemps, me montent des reins jusqu’au cœur, y a que les femmes de 30 ans, pour vous donner tant de bonheur. »  Si quelqu’un a une piste, je suis preneuse.


 

 



[1]Cf  « Premiers émois » dans « Des désirs et des hommes »

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