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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 23:30

ouvriers.jpgEntre les scandales fiscaux, le mariage pour tous et les attentats à Boston, une nouvelle est passée quasi inaperçue : en Grèce, il y a quelques jours, deux contremaîtres ont tiré à balles réelles sur des ouvriers immigrés du Bangladesh venus tout simplement réclamer leurs salaires dus depuis plusieurs mois.

http://fr.euronews.com/2013/04/18/grece-fusillade-contre-des-travailleurs-agricoles-migrants

En Europe, en 2013, dans un pays qui fut le berceau de la démocratie et de la civilisation, dont la tradition d'hospitalité était millénaire (hospitalité se dit philoxenia, amour de l'étranger...) en Grèce, donc, défaite par la gabegie et la corruption, pourrie par la mafia, on tire sur des hommes pour ne pas payer ce qu'on leur doit.

Et cette nouvelle, qui aurait dû faire la Une des journaux partout en Europe tant elle montre à quel point de barbarie peut conduire l'appât du gain et le mépris des peuples, a été discrètement annoncée dans un patchwork d'infos internationales genre « le monde en 45 secondes ».

Plus encore que l'appât du gain, le mépris glace encore plus car il met l'accent sur une constante : il existe une caste de gens persuadés que le pouvoir et la richesse leur sont dus par droit quasi divin et que tout autre qu'eux détenant une parcelle de ce pouvoir ne peut être qu'un usurpateur. Les aristocrates versus les manants... 1793 en France a coupé la tête d'un roi- qui a servi de bouc émissaire- mais n'a aucunement éradiqué cette conviction ancrée chez ces gens là avec la même force que leur « foi » aussi intégriste que celle des Jihadistes : ils ont la Vérité, ils sont la vérité et le pouvoir leur revient. Une arrogance qui les fait parfois tomber, tant la certitude de leur impunité les rend imprudents autant qu'impudents, voir DSK ou Cahuzac dont on ne sait plus ce que cache le masque lisse lorsqu'il s'essaie à émouvoir le peuple en se « confessant ».

Chez ces gens là, monsieur, on ne vit pas... on triche...


3162236_7_438a_beatrice-bourges-du-collectif-printemps_13cd.jpgCe même mépris, cette certitude absolue de détenir la vérité se retrouve dans le regard de Béatrice Bourges, égérie du « Printemps Français », marque qu'elle a déposée, devenue un fourre-tout réunissant des gens du FN, de Civitas, du GUD, d'Action française, de Renouveau Français, bref de l'extrême droite. 

Qu'elle ne soit pas d'accord avec Caroline Fourest, c'est son droit. Mais sa façon de la traiter de menteuse et de la toiser avec un mépris d'aristocrate devant sa bonniche est insupportable. Béate Bourges l'est ô combien ! Fille d'Yvon Bourges, ancien ministre sous de Gaulle, Pompidou et Giscard d'Estaing, ministre qui a interdit en 1967 l'exploitation et la diffusion du film de Jacques Rivette « la religieuse » sous la pression de parents d'élèves ultras- catholiques. Que ne commet-on pas au nom de la défense de l'innocence des petits nenfants... On aimerait que la blonde Bourges s'émeuve davantage des prêtres pédophiles que des couples homosexuels adultes et consentants.

Chez ces gens là, monsieur, on ne pense pas... on prie...

Même mépris chez demoiselle Parisot dont par bonheur on sera bientôt débarrassé, qui souhaitait que le travail fût aussi précaire que l'amour ou que la vie... mais pas les salaires des hauts dirigeants, ni son poste à la tête du MEDEF qu'elle a (vainement, heureusement) cherché à pérenniser avec cent millions de fois plus d'énergie qu'elle ne cherchera jamais à pérenniser le travail d'un pauvre bougre gagnant en une vie ce que son patron gagne en un mois.

Chez ces gens là, monsieur, on ne cause pas... On compte.

Et ces gens là, monsieur, imposent leur idéologie jusque dans les plus petits détails de la vie quotidienne. Impossible de trouver une rue Robespierre à Paris, toutes les demandes en ce sens ont été refusées, au motif que Robespierre fut un des artisans de la Terreur pendant la Révolution Française. C'est aussi un homme politique qui avait mérité le surnom « d'incorruptible » et avait milité pour la liberté d'opinion, de presse et de réunion, l'égalité politique de tous les citoyens, la suppression de l'esclavage, des indemnités pour les victimes d'erreurs judiciaires, la disparition des titres de noblesse, et même… l'abolition de la peine de mort.

En revanche, on y trouve une rue Thiers et un square Thiers : Adolphe Thiers, le massacreur de la Commune de Paris (20 000 morts) dont il se réjouissait en disant : « Ce spectacle affreux servira de leçon. La répression a été terrible et règle la question sociale pour 30 ans ». Il fut l'adversaire résolu de l’impôt sur le revenu : « Le peuple n'a pas besoin d'appauvrir le riche pour être heureux lui-même ». « Pour moi, l'impôt sur le revenu, c'est le socialisme par l'impôt, c'est le secret des fortunes violé,  cette loi n'est faite que pour flatter les passions populaires. » ( on se croirait en 2013, avec la taxation à 75 % de la tranche de revenus dépassant 1 million d'euros et la transparence des patrimoines...)

L'idée de l'impôt progressif sur le revenu est née en mai 1793 : le revenu nécessaire n'était pas imposable, le revenu abondant subissait une taxe progressive et le revenu superflu était taxé à 100 %. Cet impôt ne survivra pas à la fin de la révolution. Adolphe Thiers le combattra en 1848 puis en 1871. Bref, en 1914, la France n'a pas encore d'impôt progressif sur le revenu alors que la plupart des pays d'Europe l'ont adopté!!!
(on se croirait en 2013 avec le mariage pour tous).

Merci à l'excellente revue FAKIR qui a publié dans son numéro 59 un excellent article sur l'impôt.

manif-CPE-petit-mars-2006.jpgOn croyait l'hophobie quasiment disparue, elle réapparaît vigoureusement, on croyait l'esclavage aboli, il ressurgit en Grèce, en Chine, en Afrique et ailleurs, y compris dans de beaux quartiers parisiens avec des « petites bonnes » esclavagisées par leurs maîtres. Les droits acquis ne le sont jamais, ils ont tous été conquis. Si on ne les défend pas avec vigueur, les saigneurs sont prompts à les reprendre, tant est ancrée en eux la conviction qu'il sont seuls à y avoir droit.

 

Sur ce, ayant comparé ce week-end les geeks des villes aux gars des champs et vérifié que le réel vaut mille fois mieux que le virtuel, j'ai décidé de mettre ce blog en congé pour... un certain temps. Ce qui laissera aux nostalgiques tout loisir de découvrir parmi les 714 billets publiés, ceux qu'ils ou elles n'ont pas lus.

 

auvergne.jpg

 

 




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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 13:37

lars2.jpgPour le magazine AVANTAGES, j'avais fait un jour une enquête sur le thème « Papa, maman, je suis homosexuel(le) », sachant que les parents s'attendent à tout de la part de leur rejeton : qu'il soit cancre, pique une mobylette ou fume de la beu, mais qu'il soit homo, jamais ! D'où l'angoisse des gamins à en parler.

J'avais rencontré quelques parents en colère, persuadés que leur fils était pédé à cause de mauvaises fréquentations, que leur fille n'était pas lesbienne mais avait simplement »peur des garçons », que c'était une lubie d'ado qui leur passerait... Cependant divine surprise : la majorité des parents, passée le choc du début, avaient des réactions positives :

amérique du sud« Quand j'ai surpris mon fils devant un site de rencontres gay, m'avait dit un père, je me suis senti humilié, comme si toute la fierté que j'avais mise dans ce garçon s'écroulait. Il m'a dit qu'il voulait m'en parler depuis longtemps mais ne savait pas comment faire, et j'ai eu le sentiment qu'il s'était arrangé pour que je le surprenne devant son écran ce soir là. Au fur et à mesure qu'il m'expliquait qu'il aimait les garçons tout en ayant d'ailleurs de très bonnes copines filles, je me disais : « Tu es militant chrétien, tu plaides pour la tolérance, contre le racisme, contre le sexisme, contre la misère, et tu ne serais pas capable d'accepter ton fils tel qu'il est, tel que tu l'as fait ? Finalement, j'ai eu honte de ma réaction de rejet initiale et depuis, nous recevons mon fils et son ami à la maison sans problèmes. »

lars5Une mère de 4 enfants avait un fils et une fille hétéros mariés et parents, un fils et une fille homos. En riant, elle me disait : « Je suis la preuve que ça n'a rien à voir avec un gène, l'éducation ou les mauvaises fréquentations. Mon mari et moi, couple hétéro classique, avons engendré l'échantillon complet! Et je dois dire que lorsque je vois combien ma fille est amoureuse de son amie, je la trouve plus épanouie que l'autre, qui n'a pas l'air très heureuse en ménage. »

bolivieA cette époque, je travaillais avec un chargé de com ' homosexuel qui m'avait dit « tu aimes les hommes, moi aussi, au moins on aura un sujet de conversation ». Et comme nous n'aimions pas le même type d'hommes, il n'y avait aucune rivalité entre nous ! Il m'avait raconté ses efforts pour « rentrer dans le rang ». Il était même sorti avec des filles, avait fait l’amour avec elle et m'avait dit : « Je peux baiser avec des filles, mais je ne tombe amoureux que des garçons, c'est là qu'est mon désir. » Il avait attendu le décès de son pềre pour faire son « coming-out » à sa mère qui lui avait dit qu'elle l'avait deviné depuis longtemps. Avec naturel, cette dame présentait à la famille comme aux amis : « Mon fils et mon gendre. » et les adorait tous les deux. C'est cet ami aussi qui m'a appris combien souvent des hommes mariés et pères de famille cherchent l'aventure avec un homme. Avec un autre, écrivain gay, j'ai aussi longuement arpenté le quartier du Marais. Il m'a emmenée au Cox, j'étais la seule fille parmi les garçons qui s'aiment et se désirent tant que je sortais de là électrisée par tant d'énergie circulante. Ils m'accueillaient très simplement et me parlaient de leur vie intime avec un naturel et une gentillesse rares ailleurs.

Ces deux amis et quelques autres m'ont inspiré ce chapitre de « Ce qui trouble Lola » :



lars4.jpgCHEZ LES GARCONS

 

  • Il a dix ans ou un peu plus, des cheveux châtains coupés courts, des yeux immenses, quelques taches de rousseur sur les joues. Il pose un sachet de bonbons et un magazine sur le comptoir, ça fait presque cinq euros, il tend le billet à Cedric qui lui sourit, le gamin a l’air surpris, il se dépêche de ramasser sa monnaie et quitte le bar- tabac, c’est un enfant au regard doux, à l’air sage.
  • Cedric remonte le temps… Il a douze ans, il habite en province, un bled perdu où il sait très vite, dès huit ou neuf ans, qu’il préfère les garçons. Il les regarde avec admiration, il meurt d’envie d’aller vers eux mais les types le rabrouent, très vite on le traite de pédé, puis d’enculé, plusieurs fois ils le coincent à la sortie. Il se réfugie du côté des filles qui l’aiment bien, un garçon doux ça plaît toujours aux filles, il les aime bien aussi, mais il n’éprouve pas en les regardant la même émotion qu’avec les mecs. A douze ans, rien de changé, et toujours personne pour en parler.
  • Tous les pédés savent qu’ils le sont avant la puberté, ça peut venir très jeune, mais à qui le dire ? A l’école, on t’explique comment faire les bébés, on parle des règles des filles et du SIDA, mais la préférence sexuelle, c’est tabou. Côté famille, tes parents s’attendent à tout : que tu te drogues, voles une mob, engrosses une fille, ne fiches rien en classe, mais que tu sois pédé, c’est vraiment pas leur plan. »
  • Cedric raconte à Lola les années difficiles à essayer de changer, de devenir plus mec, plus mâle, plus viril, mais ce sont des conneries, des fantasmes d’hétéros qui s’imaginent qu’un pédé est une folle et une lesbienne un camionneur. Un homo n’a rien d’efféminé, c’est juste un homme qui aime les hommes. Beau gosse comme il est, il n’a eu aucun mal à sortir avec des filles, qui l’ont confirmé dans sa préférence. Lola lui demande comment il est certain d’être pédé s’il a couché avec des filles, Cedric n’hésite pas une seconde :
  • C’est simple, je peux baiser avec des filles, mais je ne tombe amoureux que des mecs, c’est là qu’est mon désir.
  • Il est parti de chez lui juste après le bac, pas question de rester dans une maison où le père, volontairement ou non, traitait d’enculé tous les gens qu’il méprisait. Ici, il s’est trouvé une famille, il bosse avec Nicolas, il connaît tous ses potes, il va peut-être travailler avec Stéphane qui ouvre un restaurant-librairie et cherche un associé. Cedric devance la question de Lola, non, il n’est pas avec Nicolas, ils ont évidemment baisé ensemble pour faire connaissance, mais Nicolas est amateur de plans trash qui ne lui conviennent pas. Nicolas a entendu la dernière phrase, il éclate de rire, vient embrasser Lola et lui dit de ne pas écouter Cedric : « Il y viendra, c’est juste une question d’âge, d’ailleurs il a raison, faut essayer les choses peu à peu, ceux qui commencent trop fort et trop jeunes pètent les plombs. » 
  • Au comptoir, Nicolas prépare des assiettes norvégiennes avec une dextérité incroyable et remplit les demis sans cesser de regarder tout autour, ses yeux font le tour de la salle, il repère les habitués et les nouveaux, souvent des hétéros mariés venus tenter un coup d’un soir. L’ambiance ici les fait rêver, cette liberté de corps, de langage, ça leur fait envie et peur à la fois. C’est le grand jeu de Cedric, les brancher, les séduire et entendre jouir lorsqu’il s’enfonce en eux ces hommes, dont certains peut-être, il y a quinze ans, le traitaient d’enculé.


Pourquoi je raconte tout ça? Parce que l'homophobie actuelle et la violence des anti-mariage pour tous me semblent aussi dangereuses que les violences racistes ou sexistes, avec les mêmes racines : rejet de l'autre parce qu'il est différent, parce qu'il n'obéit pas aux mêmes normes (ce que les « anti » appellent pompeusement leurs « valeurs ») et par peur : les racistes les plus ardents, comme les machos excessifs ou les homophobes acharnés se recrutent souvent chez des personnes mal à l'aise dans leur vie et leur sexualité.

Deux hommes (ou deux femmes) qui s'embrassent dans la rue, cela me trouble et m'émeut, car je sais- dans d'autres domaines- combien il peut être fatigant d'affronter le regard de ceux qui ne vivent pas comme vous.

asieRevenons aux parents d'homosexuels que j'avais interviewés. Ce père qui m'a finalement dit : « Je voudrais pouvoir dire : mon fils est homosexuel, et alors ? Je le pense, mais je suis inquiet non pas de ce qu'il est, mais parce que je sais qu'il va devoir affronter l'intolérance et l'incompréhension, et qu'aucun parent n'a envie que son enfant souffre. » Et la mère des quatre enfants me disant : « Ce qui me désole, c'est que mon fils et ma fille homosexuels n'auront pas d'enfant. C'est égoïste de ma part, mais j'aimerais tellement pouvoir cajoler leurs enfants que j'aimerais comme mes autres petits-enfants. »

Alors les anti, qui hurlez aux vraies valeurs et à la défense de la famille, pensez à ces parents d'homosexuels qui ont envie que leurs enfants soient pleinement heureux dans une société où ils pourront se marier et avoir des enfants, leurs petits-enfants. Comme dans toutes les familles qui s'aiment.

 

lars1.jpg

Toutes les photos illustrant ce billet sont empruntées à Lars Stephan, homosexuel, photographe talentueux, grand voyageur et sans doute bien d'autres choses encore: www.larsstephan.com

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 15:58

nuages.jpgAdossé à son nuage préféré, Dieu jubilait. Enfin, les Terriens découvraient les vertus de la morale. De la Sicile à la France en passant par l'Amérique Latine,l'Islande et même la Suisse, ce n'était qu'indignations vertueuses et opérations« mains propres ». L’Éternel esquissa un pas de salsa, ce qui le fit penser à son ange préféré. Il l'appela :  Allo, Lucifer ? Tu aurais un moment pour boire un petit coup ? C'est agréable.» « Ça va, dit le Diable, j'arrive. » Comme un ouragan de feu, il fut là: « On arrose quoi ? - Ma victoire, Satan, ma victoire. Tu ne peux nier que j'ai pris le dessus. La morale triomphe. » Lucifer sourit et offrit une cigarette à l'Eternel qui déclina. « Non merci, Dieu est un fumeur de havanes. Mais pourquoi ce sourire diabolique ? - Parcdiablee que, dit l'Ange noir, tu triomphes trop vite et je vais te le prouver. - Que veux-tu dire ? - J'ai concocté un programme de franchise absolue pour tes terriens, afin que tu puisses visualiser les dégâts que cela peut provoquer. Avec ce programme, leurs pensées seront entendues par tout le monde, pas moyen de mentir, même par omission. Regarde et écoute...

L’Éternel saisit l'appareil et visa une tour de bureaux. Un cadre chargé d'une mallette d'ordinateur entrait dans l'ascenseur occupé par un homme âgé et buriné et une fort jolie femme. Il les salua d'un discret « Bonjour » tandis que de son cerveau s'échappait des pensées rendues audibles par l'appareil satanique : « Bien roulée, cette meuf, je me la taperais volontiers ». Il reçut aussitôt une gifle de la femme et un rappel outragé du vieil homme : "Vous n'avez pas honte ? - Pas la peine de faire ton prude, répliqua le cerveau à haute voix, je t'ai croisé cent fois au club «Fessées et châtiments ». Ce fut au tour du vieil homme de prendre un air penaud, les yeux baissés tandis que son cerveau proférait : «Quelle buse, ce type, mais il ne perd rien pour attendre ! ll sera dans la prochaine charrette de licenciements, comme cette greluche d'ailleurs. Supprimons les témoins. -Bonne idée clama le cerveau des deux autres ». Avant que l'ascenseur ne s'arrête au 4ème, les trois occupants de la cabine se battait comme chiffonniers. L'homme à la mallette étrangla son supérieur avec sa cravate, la femme poussa un cri d'effroi que son cerveau démentit : « Bravo ! Nous voici débarrassés de ce vieux débris! Reste à éliminer le cadavre. - Je m'en charge, et je te couvre, dit galamment l'homme, tandis que son cerveau précisait : « Si tu me suces dans cette cabine car tout ça m'excite grave... » L'ascenseur remonta illico vers le 30ème étage.

indigest3.jpg« Quelle horreur, s'exclama Dieu, tu m'as aiguillé sur un trio de tarés. -Pas du tout, répliqua le Diable, je te montre les humains tels que tu les as créés. Branche toi sur l'Assemblée Nationale et écoute les élus du peuple. »

Surmontant le brouhaha vocal d'indignations « Incroyable, quel scandale ! «  « Nous appelons à une 6ème République vertueuse » «En ces temps troublés, il est urgent de moraliser la vie publique. » les pensées réelles des élus  s'exprimaient : « Putain de con de s'être fait prendre, quand on est aussi naze, on ne joue pas dans la cour des grands. - On risque tous un contrôle, à présent! - Quelle aubaine ! C'est le moment ou jamais de renverser le gouvernement! - Pas de blague Wauquier, si tu accables la gauche, on en a autant à ton service. Donnant, donnant, comme d'hab' »

pinocchio.jpgDieu s'essuya le front d'un revers de manche : « Alors selon toi, Belzébuth, le mensonge est préférable à la vérité ? - Non, fit le Diable, je pense surtout que le mensonge est une question morale qui masque les vrais problèmes.  - Je ne comprends pas. - C'est pourtant simple : que reproche t-on à Woerth ? D'avoir prétendu qu'il ne connaissait pas Liliane Bettencourt. Que reproche-t-on à Cahuzac ? D'avoir juré qu'il n'avait pas de compte en Suisse alors qu'il en avait un. Et pour balayer devant ta porte, cher Dieu, que reproche-t-on à la Sainte Eglise ? D'avoir caché et couvert les actes pédophiles de dizaines de religieux. Cette unanime indignation devant le mensonge sert, une fois de plus, à dissimuler que la vraie faute réside dans les manigances politico-financières, la fraude fiscale et les abus sexuels sur des enfants. 

Moralité ? soupira l'Eternel. - Il n'y en a pas, conclut Lucifer, et il ne peut pas y en avoir. Tu as fait les hommes mauvais- tu m'as créé en premier lieu ! - mauvais ils resteront. Mais comme ils ont eu malgré tout la sagesse de créer des lois pour sanctionner les dérapages, la seule réponse doit être d'appliquer fermement ces lois, pas de faire la morale.

-Décidément, Lucifer, tu es ma plus somptueuse créature. Quelle intelligence, quelle lucidité, quelle somme de connaissances! Que n'ai-je fait tous les humains à ton image ?

Au moment précis où il accablait le Diable de compliments, Dieu entendit avec effroi ses véritables pensées s'échapper de son divin cerveau : « Je l'ai échappé belle ! Si je n'avais pas empêché le Serpent de donner le fruit de la connaissance à Eve, il y a beau temps que plus personne ne croirait en Moi. Heureux les simples d'esprit, heureux les ignorants reste le B-A BA de tous les monarques sur la terre comme au ciel.

- Amen, lança ironiquement Lucifer avant de retourner en enfer où l'attendait une vidéo bien kitsch comme il les aime.

 

 

 

Six titres de chansons sont dissimulés dans ce billet, à vous de les découvrir...


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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 18:16

clowns5Lors d'un reportage dans l'armée- du temps du célèbre Bigeard, le colonel m'annonça qu'un général avait causé un accident de la route faisant deux morts, en empruntant l'autoroute à l'envers, de nuit. Certains journaux avaient titré : « On se perd en conjectures sur les raisons qui ont poussé le général X... à rouler à contre-sens sur l'autoroute » Mi-sérieux, mi rieur, le colonel se tourna vers moi :

« Il n'y avait aucune raison, excepté peut-être la connerie ». Devant mon air interloqué, il ajouta : « Vous savez, madame, on perdrait moins de temps à s'interroger sur des décisions politiques ou militaires aberrantes en admettant que la connerie existe même à très haut niveau. Mais voilà : c'est impensable pour beaucoup. »

poisson-clown3Ainsi, ils ont dû se perdre en conjectures (pas conjonctures, conjectures, note à l'attention des journaleux qui confondent régulièrement les deux termes) ces ouvriers de PSA Poissy rappelés en urgence pour une fabrication de C3, autrefois produites sur le site d'Aulnay, celui que PSA ferme. Certes PSA souhaite produire plus sur moins de sites, en fermer certains et reporter l'activité sur d'autres. Mais ces ouvriers de Poissy, en chômage technique depuis des mois, à qui on serinait qu'il n'y avait plus de boulot parce qu'il fallait écouler les stocks de voiture avant de songer à en produire d'autres, ces ouvriers ont dû se perdre en conjectures sur les raisons qui poussent une entreprise en pleine préparation de plan social avec des milliers de suppressions de postes à la clé, à décréter soudain l'urgence absolue de produire des C3. Quand ? Le week-end de Pâques, en équipe 3x8, c'est-à-dire de jour comme de nuit du samedi au lundi inclus ! A moins d'admettre que dans la panique et la panade, des décisions stupides peuvent être prises...

clown2On se perd aussi en conjectures sur la logique des salariés terrifiés à l'idée que le fameux accord sur « la sécurisation du travail » représente en fait un démantèlement du Code du Travail, légalisant une flexibilité qui les rendra extrêmement vulnérables, comme s'il fallait en rajouter... mais ces salariés ont voté pour la CFDT, signataire de cet accord, qui demeure ainsi le 2ème syndicat représentatif après la CGT, et pas pour Sud qui les défend dans chaque conflit social. Y a pas qu'en haut que ça part en vrille...

clown4On se perd encore en conjectures sur le fonctionnement cérébral de dirigeants qui lisent chaque jour, comme vous et moi, des analyses montrant qu'il existe des solutions viables pour améliorer l'économie et la vie des gens (voir l'Islande, l'Argentine, les 1000 « révolutions tranquilles » dont j'ai déjà parlé ici) et s'obstinent à proposer des politiques sûres d'échouer comme elles ont échoué ailleurs.

A part cela, il fait beau et froid et j'ai appris ce week-end que le terme « tarabiscoté » qui signifie, « orné de façon exagérée, compliquée » vient de « tarabiscot », outil de sculpture permettant de réaliser des moulures. Je me perdais en conjectures sur les raisons qui font passer du concept de moulures- simple et sobre- à l'idée d'ornements tarabiscotés... et de ces pensées Pascales- merci Blaise- surgit la lumière sur les événements cités plus haut : « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? »

Car finalement, tout s'explique, quand on a le talent et le recul d'un François Morel :

 

 

 



 

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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 14:27

Mais qu'est-ce  que ça peut bien leur faire ? » C'est ce que je me demandais dans l'embouteillage créé par la manif des anti-mariage gay. Ils veulent défendre la famille, les enfants, l'amour ? En quoi cette loi va-t-elle porter la moindre atteinte à leur famille, leurs enfants, leur(s) amour(s) ? En rien.

gays.jpg

 

Leur problème n'est pas de craindre pour leurs droits qui ne sont en aucune manière visés par la loi en cours, leur problème, c'est qu'ils ne supportent pas que d'autres aient une conception différente de ce que peuvent être la famille, la parentalité, l'amour.

 

Cela m'a rappelé un lointain souvenir : j'avais un collègue de travail et ami avec qui j'allais parfois déjeuner ou à la piscine. Nous avions été invités chez lui avec un autre couple, avions rencontré sa femme et leurs trois enfants. Famille très catholique, même si je savais, par ses confidences, que le papa- mon collègue- avait eu plusieurs fois des liaisons amoureuses soigneusement cachées à l'épouse...

première couvUn jour, 25 ans après notre rencontre, il m'avoua qu'il ne pourrait plus me voir car sa femme s'opposait désormais à notre amitié. « Vingt-cinq ans après, qu'est-ce qui lui prend ? » Un peu confus, il me dit qu'elle m'avait vue à la télévision présenter mon livre « Aimer plusieurs hommes » et en avait été fort choquée, d'où l'interdiction.

« Mais enfin, de quoi a-t-elle peur ? Je ne vais pas te draguer, si c'est cela qu'elle craint. J'aurais voulu, je l'aurais fait il y a 25 ans, quand tu étais jeune et fringant...

- Ce n'est pas cela, elle est persuadée que je suis fidèle (!!!) et qu'elle n'a rien à craindre de toi. Mais elle refuse que je puisse être ami avec quelqu'un qui a de telles idées. Et comme je veux la paix dans mon ménage, je préfère obéir... »

Quelques mois après, je croisai par hasard une de leurs meilleures amies, la femme du couple avec qui nous avions été reçus, qui ne fut pas étonnée de cette histoire : « Ils ne me voient plus non plus car je viens de divorcer, et A... a dit à son mari qu'il n'étais pas question, compte-tenu de leurs convictions catholiques, de fréquenter une femme divorcée. » C'était peu avant l'an 2000, pas au moyen-âge...

C'est le problème des cathos et de toutes les religions : il ne suffit pas à leurs adeptes de croire et pratiquer comme ils l'entendent, encore faut-il que les autres croient et pratiquent comme eux, sous peine d'être voués aux gémonies. Les interdits qu'ils s'imposent- pas de préservatif, chasteté, exclusivité- les regardent, mais en quoi cela les regarde-t-il que des non-croyants vivent différemment? Bref, il ne leur suffit pas d'avoir des droits, ils ne supportent pas que ceux qui sont différents d'eux jouissent des mêmes droits. Ça s'appelle la tolérance et la charité chrétienne, et ça se résume dans une chanson.

 

 

 

 

 

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 14:27

lemans25-vSur les ondes une dame en pleine promo d'un livre sur le sujet, vient nous asséner que l'alcool tue- que voilà un scoop ! - et que le danger commence au delà d'un demi-verre d'alcool par jour, c'est à dire 5cl de vin à 12°, une quasi abstinence. Il y a quelques années, le slogan disait « un verre, ça va, trois verres... bonjour les dégâts ! » Ce qui laissait le loisir de boire deux verres sans arrière-pensée et sans risque de faire exploser l'alcootest. Avec pour bénéfice une indéniable détente conviviale... qui nuit à une économie basée sur le stress et la frustration.

paris83-vIl fallait donc serrer davantage la vis. Après deux verres et 0,8g, on est passé aux 0,5g et nous voici carrément à la « tolérance zéro », terme absolument effrayant puisqu'il signifie : « si tu sors un orteil des clous, tu deviens délinquant, et c'est moi qui sème les clous sur la route de ta vie, c'est moi qui oriente ta destinée. » Or les clous sont de plus en plus nombreux, petit homme. Tu ne t'en rends pas compte car on te serre la vis progressivement, on t'annonce des lois restrictives, puis la loi votée l'est un peu moins et tu respires, soulagé... sans te rendre compte que tu es pareil à la grenouille jetée dans une casserole d'eau froide sous laquelle on allume le feu. L'eau devient peu à peu tiède, puis chaude, puis brûlante, et tu te laisses cuire sans réagir.

mayenne5-vsaintpierresurorthe7-vA ce stade, tu as compris que l'allégorie du verre de vin concerne toutes tes libertés, tous tes droits, peu à peu grignotés, réduits à peau de chagrin, toujours au nom de ta sécurité, de ta santé, de ta longévité, de la réalité... et que si tu ne veux pas ces ajustements nécessaires, tu es un mauvais citoyen, un irresponsable ou pire : un utopiste. Tu deviens seul coupable des dérèglements de cette société. Assisté si tu bénéficies de la solidarité collective, paresseux si tu es au chômage, cancéreux si tu n'obéis pas aux injonctions sanitaires. Par le petit bout de la lorgnette on te fait miroiter mille maux et mille morts si tu ne manges pas 5 fruits et légumes par jour si tu fumes, si tu ne prends pas les médicaments qu'on te propose contre l’hypertension, le cholestérol, le diabète... Mais on ne légifère guère contre les pesticides, les cigarettiers ont tout loisir de te vendre de plus en plus cher leur poison qui rapporte tant de taxes à l'Etat, on constate la baisse générale de l'immunité dans les populations modernes, mais on se refuse à faire le lien avec la société stressante et anxiogène qu'on te sert en boucle sur Internet ou ailleurs, alors que de multiples études ont prouvé ce lien entre stress et immunité.

paris102-vOn s'inquiète avec fracas des traces de caca dans une tarte au chocolat mais on se fout éperdument des mécanismes de la mondialisation qui conduisent à ce genre d'épiphénomène alors que depuis des lustres, comme me l'avait dit un médecin hygiéniste « la fraise du Burkina-Faso est le vecteur idéal du typhus entre l'anus du paysan Burkinabé et la bouche de l'occidental.

Explication : le Burkina-Faso cultive et exporte des fraises que pas un local ne mange, pas plus que les haricots verts qu'il produit en abondance. Tout pour l'export, tant pis si la nourriture manque aux populations locales. Le paysan Burkinabé, donc, récolte les fraises à la main. Pris d'un besoin pressant, il va se soulager, mais ne bénéficiant ni d'installation d'assainissement, ni d'eau potable, il se nettoie du bout des doigts, d'un chiffon ou d'un maigre filet d'eau croupie et revient récolter, avec sur ses doigts des traces de matières fécales ou urinaires que le consommateur occidental avalera d'autant mieux qu'on lui recommande de ne pas laver les fraises : « Passez les rapidement sous un filet d'eau, sinon elles perdent leur saveur ».

bars1.jpgMoralité : le droit pour tous à l'eau potable et à l'assainissement n'est pas une simple revendication de tiers-mondistes idéalistes, mais un moyen simple et efficace d'éviter des problèmes sanitaires. Pas seulement le typhus de l'occidental fraisivore, mais surtout les 5000 enfants africains qui chaque jour meurent d’infections liées au manque d'eau potable. Je vous ai parlé de l'occidental parce que son sort émeut à l'évidence davantage que celui de milliers d'enfants noirs. Si ce n'était pas le cas, les infos consacreraient 30 secondes à la tarte au caca IKEA et vingt minutes aux milliers d'enfants africains morts avant l'âge de 5 ans.

La mondialisation, qui externalise partout où ça coûte peu ou rien, ne tient aucun compte du coût du transport puisque le carburant est détaxé (sans parler du coût en termes de pollution et d'effet de serre), du chômage pour les producteurs de fraises occidentaux, de la confiscation effective de terres aux populations locales et des conditions de travail indécentes des ouvriers d'ailleurs, conditions que les pro-mondialisation rêveraient d'ailleurs d'adopter dans ces pays trop nantis qui osent encore penser que le progrès consiste en une amélioration du bien-être et du bonheur de tous.

C'est tellement absurde que cela te rend nerveux, dépressif, voire fou. Les urgences psychiatriques sont devenues la première cause des appels au SAMU de Paris, les suicides augmentent, les cas de schizophrénie aussi. On t'assure que c'est lié à la consommation croissante de substances addictives, ce qui est sans doute vrai, mais tant qu'à remonter l'arbre des causes, ne pourrait-on pas se demander pourquoi tant de mal-être dans cette société, mal-être qui pousse à la consommation de tranquillisants, excitants et drogues médicamenteuses ou illégales ? Parce que c'est un marché, pardi ! La drogue, ( sans même parler des médicaments psychotropes), est le secteur économique le plus florissant avec celui des armes, du pétrole et de la prostitution.

Moralité : il n'y en a pas. Une société où le malheur et la guerre rapportent infiniment plus que le bonheur n'est pas morale. Alors le partage d'oasis de bonheurs gratuits ( ou presque) devient le seul geste à la fois moral et révolutionnaire.


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Toutes les photos, sauf la dernière, sont empruntés à Pierrick Bourgault (www.monbar.net). Depuis des années, Pierrick parcourt inlassablement le monde à la recherche des bars, bistrots, troquets, qui témoignent d'un art de vivre et d'une sociabilité en voie de disparition. Si un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui disparaît, un bistrot qui ferme, c'est la vie qui perd son lieu de rencontre, notamment dans les villages où le bistrot fait aussi épicerie, marchand de journaux, boulangerie...Les cafés sont aussi des lieux où s'expriment toutes sortes de paroles et d'art: musique, philo, sciences, littérature...

Je précise que ni Pierrick ni moi ne sommes alcooliques :) mais que tous deux apprécions les bons vins.

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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 11:23

A l'occasion de la Saint Valentin fête DES amoureux, vous avez pu découvrir sur le site www.autresmondesdiffusion.fr la vidéo originale réalisée par « Douze Films Productions » pour illustrer la découverte des amours plurielles par un couple. C'était un hommage à la tendresse et à la tolérance avec un clin d’œil aux cinéphiles, que nous vous demandions de découvrir pour avoir une chance de recevoir en cadeau une lecture amoureuse.

Ce concours est à présent terminé et AUCUN internaute n'a trouvé le film, et encore moins la séquence à laquelle nous avons voulu rendre hommage. On nous a surtout cité « Jules et Jim » et « Sérénade à trois», plus quelques autres.

Pour connaître la réponse, allez sur le site, vous y verrez la séquence dont s'est inspirée la réalisatrice.

En prime, une photo du film original.

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 12:21

Elle avait demandé pour Noël un costume de cosmonaute, sa grand-mère lui dit : « Ce n'est pas un jouet de fille. A partir de cette année, on t'offrira un couvert en argent à chaque Noël et quand tu seras une dame, tu auras une jolie ménagère pour recevoir. » Elle se demanda pourquoi les couverts furent offerts à sa sœur et elle et pas à son frère.

Elle demanda à sa grand-mère de lui apprendre à faire du crochet et la grand-mère se réjouit d'avoir une si gentille petite-fille.

A l'école, quand elle traversait la cour en hurlant : « Je suis Buck John le terrible cow-boy » ou jouait à Ravaillac qui trucide Henri IV, la maîtresse l'arrêtait dans son élan en la traitant de « garçon manqué ». Elle osa rétorquer: « Non, je suis une fille réussie » et se fit taxer d'insolence. Mais comme elle réussissait bien le gâteau au yaourt, fleuron des ateliers de cuisine scolaire, on lui disait qu'elle serait plus tard une vraie « fée du logis ». Elle, elle aimait faire la cuisine, par gourmandise, pour le plaisir de patouiller des substances pâteuses ou liquides et de sentir l'odeur caramélisée des cuissons au four.

Adolescente, elle compara les mérites respectifs de Salvatore Adamo et Jacques Dutronc : « Adamo, ce serait plutôt le genre mari alors que Dutronc serait un amant. » Ses copines la contemplèrent d'un air dégoûté, et l'une d'elles lui dit : « Quand je serai grande, j'aurai un mari, trois enfants, une maison et un chien mais je t'inviterai pas chez moi parce que tu es trop bizarre. » Elle s'en moquait, la vie entre mari, enfants, Médor et pavillon ne la tentait aucunement.

Elle eut d'énormes chagrins d'amour, comme toute ado, et se rendit compte qu'elle s'en remettait de plus en plus vite, ce qui la réjouit : on pouvait aimer sans mourir d'amour ni en être malade, quoi qu'en disent les romans et les chansons.

Lors d'une boum, elle montra ouvertement à un garçon qu'il lui plaisait. Ses copines l''accusèrent de se conduire mal, alors qu'elles n'eurent aucun mot désobligeant pour les garçons qui draguaient. Celui qu'elle aimait ne répondit pas à ses avances, il voulait conquérir, pas être dragué. Bref, total râteau ! Elle constata qu'on n'en mourait pas ce qui ne l'étonna guère puisque les hommes, qui draguent depuis l'éternité et ont pris moult râteaux dominent encore la planète.

Elle trouvait injuste que sa mère dise à son frère de la surveiller lorsque tous deux sortaient le soir, et qu'elle-même ne fût pas invitée à surveiller le frère. Qui eut le bon goût d'instaurer un rituel où chacun rejoignait sa bande, avec RV à une heure précise pour rentrer ensemble, ni vu, ni connu.

Elle aimait se maquiller, acheter des crèmes et des parfums, on la jugeait féminine. Elle préférait le jean-baskets aux jupes, elle devenait « garçon manqué. »

Elle enquêta dans des groupes féministes radicaux mais n'arrivait pas à les suivre dans leur désir de construire un monde exclusivement féminin/féministe en se passant des hommes. Elle cessa d'aller aux réunions lorsque l'une d'elles répondit avec superbe à une fille amoureuse : « Ma chérie, tu n'es pas suffisamment conscientisée, tu restes une asservie du phallus. » Elle même trouvait que le phallus peut être très plaisant, si l'homme ne s'en sert pas aux dépends du cerveau. Elle évita ceux qui fonctionnaient en mode « ou » « ou », cerveau ou phallus.

A celles et ceux qui prétendaient que les femmes avaient le vrai pouvoir car les hommes à la maison leur étaient soumis et qu'on pouvait aisément « les faire marcher », elle répondit que si c'était vrai, les hommes en masse souhaiteraient être hommes au foyer.

Elle décida d'aller explorer leur territoire. Il était immense et varié, avec plein de métiers qu'on ne proposait guère aux filles, du plus modeste au mieux payé, et qu'ils étaient de toutes façons toujours mieux payés qu'elles. Mais plus encore que les revenus et le statut social, elle voulait leur liberté : liberté de sortir sans risques à toute heure, de s'habiller à sa guise, de picoler, de dire des conneries ou des choses intelligentes, de faire des sports de malades, de partir en voyage sans remplir le frigo pour ceux qui restent, de se mettre en colère sans être traité d'hystérique, bref liberté de vivre sans que quiconque leur dicte ce qu'il convenait de faire lorsqu'on était un homme. Sauf pleurer et montrer des émotions vives, c'est vrai... En les explorant elle découvrit les faiblesses et la fragilité masculines, et les hommes lui en devinrent infiniment plus intéressants.

Elle s'affirma féministe, mais refusait l'idée d'une « parole de femme » portée aux nues ou rejetée non par son contenu intrinsèque mais en tant que parole de femme. Ou de manifestation réservées aux femmes « pour les femmes, par les femmes, avec les femmes » qui lui semblaient aussi efficaces pour prendre confiance en soi que d'apprendre à nager sur un pliant au lieu d'affronter l'eau.

L'important n'était pas d'être femme ou homme, finalement, mais d'écouter ses vrais désirs et de ne laisser personne vous dicter ce que vous devez ou ne devez pas faire en fonction de votre sexe. Elle décida de ne jamais se positionner comme femme, mais en temps qu'être humain.

C'est pourquoi elle supportait mal le 8 mars, Journée de la femme comme disent les machos, Journée internationale des droits des femmes, comme disent les autres, mais le résultat est le même : un acte de compassion , comme toutes les journées internationales de quelque chose, qui focalisent un jour sur un sujet négligé les 364 jours suivants. La moitié de l'humanité mérite mieux que ce confinement dans un rôle de victime.

C'est pourquoi elle préférait le 9 mars...

Bonne fête à toutes les Françoise ou Framboise !


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Published by - dans Humeur
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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 14:59

5 mars 2013

 

troïka

Châtelet/ Assemblée nationale, joli parcours peu courant. Beau temps, beaucoup de monde, de la musique. Des slogans classiques:

 

smicchairà patrons

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

parfois mis en scène avec humour.

 

attac

 

Aux kiosques à journaux, les affiches de la presse parlent des vrais problèmes:

 

richessexe

bébé cadeau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec parfois des accents déchirants:

 

rien à se mettre

 

 

 

Heureusement, voilà l'excellent FAKIR, toujours présent dans la rue et si difficile à dénicher en kiosque sous les montagnes de magazines qui titrent sur les marronniers du moment.

fakir

 

 

Et puis des panneaux poétiques autant que politiques, comme quoi les deux sont loin d'être incompatibles:étrangers

liberté

 

utopie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 
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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 16:08

islandeQuatre ans après l’explosion des banques islandaises, l'Islande redémarre et vient de gagner une bataille devant la justice européenne. L’État islandais, a jugé la cour de l’Association européenne de libre-échange (AELE) fin janvier, était dans son droit quand il a refusé de rembourser les épargnants étrangers qui avaient placé leur argent dans ses banques privées. Comme quoi il peut être légitime de refuser de payer...

Raisons de ce succès, selon Olafur Ragnar Grimsson élu cinq fois à la tête du « laboratoire » islandais: «  Nous avons laissé les banques faire faillite, nous ne les avons pas renflouées, nous les avons traitées comme d’autres entreprises. Nous avons instauré des contrôles des changes. Nous avons essayé de protéger l’Etat providence, refusant d’appliquer l’austérité de façon brutale.

Nous avons très vite pris conscience que cette crise n’était pas seulement économique et financière. C’était aussi une profonde crise politique, démocratique et même judiciaire. Nous avons donc engagé des réformes politiques, des réformes démocratiques, et même des réformes judiciaires [un procureur spécial, doté d’une équipe, a été chargé d’enquêter sur les responsabilités de la crise, ndlr].

Suite de l'entretien sur Rue 89 

Pendant ce temps, en France, des députés qu'on appelle socialistes proposent une augmentation de la TVA qui passerait de 19,6 à 20 % pour le taux principal et de 7 à 9 % pour le taux intermédiaire. Ce sont eux qui s'étaient vigoureusement élevés contre le projet de TVA sociale de Nicolas Sarkozy, arguant- avec raison- que la TVA frappait plus durement les pauvres, puisqu'ils la paient au même taux que les riches.

Cette hausse de TVA, pourquoi ? Pour financer le « pacte de compétitivité » accordé aux entreprises : crédit d'impôt, avantages divers.

Il en a de la chance, le contribuable, c'est déjà lui qui a sauvé les banques en étant ponctionné pour cela, le voilà qui va renflouer les entreprises ! N'est-ce pas la preuve qu'il a de l'argent ? Comme disait je ne sais plus qui, « Mieux vaut faire payer des impôts aux pauvres ( et aux classes moyennes, ndlr) qu'aux riches, parce qu'ils sont plus nombreux. »

lafur Ragnar upr-68481Le président Islandais a expliqué sa politique à François Hollande pendant 35 minutes en lui disant ce qui pourrait être adopté en France dans le même esprit. Sera-t-il compris ? Evidemment, François Hollande n'est pas idiot. Sera-t-il suivi ? Évidemment pas ! Il faut du courage et de l'intégrité pour oser une politique qui va à l'encontre des intérêts de ceux qui ont le pouvoir économique et financent les campagnes électorales. 

D'éminents experts viendront alors expliquer sur les ondes comment une politique concernant un petit pays comme l'Islande ne peut en aucun cas s'adapter aux spécificités des habitants de l'hexagone compte tenu des impératifs économiques qui nous obligent à oeuvrer pour une croissanc e qui ne peut venir que de la confiance retrouvée des entreprises, et gnagnagna... Mais rien ne nous oblige à les croire ni à leur obéir.

Allez, un petit coup de Franck Lepage, ça désintoxique. Et puis comme le printemps va finir par arriver, allons cultiver notre jardin...


 

 


 


 






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et la non moins superbe vidéo sur "Aimer plusieurs hommes",  toutes deux réalisées par Douze Films Prod (www.douzefilms.fr) 

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  "Autres désirs, autres hommes" étant épuisé en version papier, il a été réédité en ebooks regroupant les nouvelles par thèmes: Que vous aimiez le sexe entre amis (sex-potes), les aventures insolites (Belles rencontres) la transgression (Jeux et fantasmes) vous y trouverez votre compte.  En vente chez IS éditions   et sur la plupart des plate-formes de livres numériques, plus FNAC, Amazon, etc. Sexe-potes.jpg

 
 

 

 


 

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