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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 11:31

Lundi 2 décembre, 11h du matin : presque 690 000 signatures contre le chalutage en eaux profondes. Un succès généré par la BD de Pénélope Bagieu qui a alerté les internautes sur ce scandale environnemental contre lequel lutte depuis 10 ans l'association BLOOM.

Les poissons des eaux profondes, la biodiversité marine et les coraux vous disent « merci ».

Lundi, 2 décembre, 11h : 5166 signatures pour demander que les contrats actuellement renégociés entre AREVA et le Niger pour l'exploitation d'uranium soient plus équitables. Parce que le Niger, qui possède dans son sous-sol l'uranium qui alimente en électricité une ampoule sur trois en France reste un des pays les plus pauvres du monde tandis qu'AREVA est une des sociétés les plus riches. Parce qu'il serait plus intelligent d'établir des relations commerciales équitables pour qu'un pays se développe plutôt que de le piller éhontément et de faire ensuite la quête auprès du public pour des actions humanitaires en faveur des petits nenfants malnutris. Parce que se mobiliser pour la libération des otages du Niger (salariés d'AREVA) c'était bien, mais se poser la question de savoir pourquoi ils ont été ciblés serait mieux.

100 fois moins de mobilisation pour les Nigériens que pour les poissons !

niger2.jpgCertains diront « oui, mais de toutes façons ce sont les gouvernants Nigériens qui se gaveraient, pas le peuple qui en profiterait. » A priori, pas faux... Si ce n'est qu'un accord équitable comme celui que réclame OXFAM prendrait en compte le problème de la corruption. Et que par ailleurs, la corruption existe aussi- via les lobbies- dans le problème du chalutage profond, ce qui n'a pas empêché 690 000 personnes de se mobiliser.

 

Il est vrai qu'avant la BD, Bloom n'avait, un plusieurs mois, recueilli que 26 000 signatures sur sa pétition.

Alors quoi ? (j'ai bien dit alors, pas Allô) :

Votre envie d'agir ne serait que médiatique, liée à de beaux petits dessins ?

Non sûrement pas !!!

C'est parce que les Nigériens sont noirs ? Peut-être, mais les poissons sont de toutes les couleurs. Et comme disait Coluche : ne dites plus un homme noir, dites un homme de couleur. Du coup, plus de problème !

A moins que vous pensiez qu'un poisson est plus important qu'un homme ou un enfant d'Afrique.

 

dsc01186_fish__c__aj.jpg






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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 14:12

Dernier épisode de la série de documentaires sur « la grande évasion fiscale », celui diffusé le 12 novembre souligne un point important en période dite de « ras-le-bol » fiscal : l'étonnante connivence entre politiciens de droite comme de gauche pour étouffer les affaires de fraudes fiscales ou d'abus de biens sociaux concernant les « grands de ce monde », qu'il s'agisse de Liliane Bettencourt, Eric Woerth, Jérôme Cahuzac ou... Charles Aznavour qui a déclaré clairement avoir versé des pots-de-vin à des hommes politiques de tous bords, y compris au centre pour « qu'on lui arrange ses affaires ». 

boss.jpgAlors que le moindre retard de paiement vaut au péquin moyen 10 % de majoration, que le moindre contrôle fiscal sur un contribuable sans relations se conclut par un redressement et (souvent) des pénalités, les puissants- riches ou décideurs, ce qui se confond souvent- échappent à la loi commune. Se veulent au dessus des lois.

C'est aussi ce qui a surpris DSK lorsqu'il s'est retrouvé inculpé pour certaines de ses pratiques sexuelles, c'est aussi ce qui surprend quand Roman Polanski a vu nombre d'intellectuels prendre sa défense à propos de ce qui était un viol, même s'il avait eu lieu des années auparavant. C'est aussi ce qui étonne quand on voit Gabriel Matzneff, apologue des pipes pratiquées sur sa verge plus que mâture par des moins de 16 ans, obtenir le prix Renaudot de l'Essai en 2013 avec de vieux articles à la gloire de ses pratiques.

Il ne s'agit pas là de pruderie, d'abord je ne suis pas très prude, ensuite je me souviens parfaitement que dans les années 70, la liberté sexuelle tolérait, même si elle restait illégale, la sexualité de jeunes ados avec des majeurs. J''ai même connu des mères fières que leurs filles de 14 ans aient « une histoire » avec tel personnage célèbre trois fois plus âgé (qui fit d'ailleurs de la prison pour pédophilie...).

Ce qui me gêne, c'est qu'alors que le moindre internaute collectionnant des vidéos pédophiles- sans pour autant « pratiquer »- est poursuivi, alors qu'un moniteur de colonie de vacances peut être inquiété s'il prend une petite fille sur ses genoux pour la consoler d'un chagrin, alors qu'on interdit aux encadrantes des centres de loisirs d'essuyer les fesses des gamins, et aux encadrants garçons d’accompagner les fillettes aux toilettes de peur que ce soit considéré comme de la pédophilie, bref alors que les précautions pour préserver la vertu du peuple virent au ridicule, ceux qui ont le pouvoir financier, politique ou médiatique restent au-dessus des lois et se protègent mutuellement. Jean-Luc Delarue a-t-il été sanctionné comme toxicomane incitant d'autres à la consommation de coke ? Pas par les tribunaux, juste par le cancer. Alors qu'un adolescent surpris à faire goûter un pétard à un pote peut être emprisonné comme dealer.

51B8+DlnHQL. SY445Les riches et les puissants ont l'argent, le pouvoir et les femmes, tant mieux pour eux. Mais il ne leur suffit pas d'être heureux, encore faut-il que les autres soient malheureux comme disait je ne sais plus quel humoriste. Les autres, c'est à dire vous et moi, n'avons que le droit de contempler le spectacle de ces « people » qui peuvent tout se permettre sans crainte d'être poursuivis. Le creusement des inégalités, ferment de violence bien compréhensible, n'est pas que financier, il est dans cette injustice qui réserve l'impunité aux puissants et multiplie les contraintes pour les autres.

La majorité des gens paient leurs impôts même s'ils espèrent toujours pouvoir « gratter » un peu de ci- de là pour en payer moins. Le « ras-le-bol » fiscal qu'agitent les médias en chœur est un argument des riches pour se poser en victimes alors que « Bercy » leur garantit à chaque augmentation d'impôt que celle-ci sera compensée par une réduction ailleurs (réduction évidemment financé par les contribuables lambda).

Le vrai ras-le-bol, c'est celui des inégalités qui font que la majorité des citoyens paient tandis qu'une petite minorité s'exonère de sa contribution légale aux services publics, et qu'à cause de ce manque à gagner, les services publics se détériorent de jour en jour, pourrissant la vie de c eux qui en ont besoin.

Le vrai ras-le-bol, c'est de savoir que « Bercy » dispose d'un verrou lui permettant d'empêcher que soit poursuivi tel ou tel riche contribuable (voir le documentaire de France 5 sur ce sujet dit "du verrou de Bercy").

Le vrai ras-le-bol, c'est de savoir qu'en France, le clivage ne se fait plus entre gauche et droite, mais entre gens de pouvoir « du même monde » et citoyens. Ce qui enlève à l'acte pourtant essentiel de voter- des gens sont morts pour avoir le droit de vote- une bonne part de sa signification.

 

 

 

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 10:16

 

film_joyeux_noel.jpgCe moniteur de plongée ressemblait à Jean Reno/Enzo dans « le grand bleu ». J'ai passé avec lui mon niveau 3. Lorsqu'il venait à Paris, il aimait toquer à ma porte avec un pack de bières : « Ma petite Françoise, je viens bavarder ». A l'époque il avait des soucis conjugaux et envie de se confier. Il me racontait aussi quelques bribes d'un passé difficile, des années auparavant, lorsqu'il avait travaillé comme infirmier pendant la guerre du Liban. L'un de ses potes, infirmier également, avait été tué par des snipers, lui blessé par balles et laissé pour mort. Il avait survécu sans séquelles physiques mais blessé à jamais dans sa tête par les souvenirs d'atrocités qu'il se refusait à me raconter. Quand je lui disais : « Parles-en, ça te fera du bien », il répondait invariablement : « Non, ma petite Françoise, je ne veux pas t'abîmer le cœur avec ça. » Il avouait juste qu'il faisait des cauchemars où il revivait les souffrances d'alors et ne pouvait se pardonner d'avoir survécu quand tant d'autres étaient morts.

Un soir qu'il dînait chez sa mère tout en regardant le journal télévisé, il fut confronté à un reportage sur la guerre en Irak. Sa mère le vit soudain les yeux écarquillés, figé : « Qu'est-ce que tu as, mon fils ? » Il n'eut pas le temps de répondre et s’affaissa, le nez dans son assiette. Les secours conclurent à une mort subite- évidence!- mais je reste persuadée que celle-ci fut provoquée par les images ravivant celles qui hantaient sa mémoire.

Il y a quelques mois, j'ai commencé à visionner le film « Fragments d'Antonin » de Gabriel le Bonin (voir vidéo ci-dessous) qui raconte le traumatisme mental d'un survivant de la guerre de 14/18. C'était si insoutenable que je n'ai pas pu aller jusqu'au bout. Impossible de supporter une heure et demie ce qu'eux ont vécu pendant quatre ans...

18440132-r 640 600-b 1 D6D6D6-f jpg-q x-xxyxxLes revenants de guerre ne sont jamais indemnes, même s'ils ne portent sur leurs corps aucune blessure visible. Mon grand-père, optimiste et bon vivant, déclara quelques jours avant sa mort : « J'aurais à refaire ma vie, je referai la même... en enlevant les quatre ans de 14/18 et mes deux ans de tranchées. » Dans les mémoires qu'elle a rédigées pour nous, notre mère raconte qu'à la déclaration de guerre de 1939, son père s'écroula en larmes, lui qui ne pleurait jamais (à l'époque, un homme ne pleurait pas!) en répétant : « Alors, tout ce qu'on a souffert à la dernière Guerre, c'était pour rien ? »

Eh oui, grand-père, c'était pour rien. Depuis la « der des der » d'il y a 100 ans, il y a eu de multiples autres guerres, la 39/45, certes, mais aussi toutes les guerres que les occidentaux- qui s'autocongratulent de vivre « en paix » depuis 1945- sont allés faire ailleurs, soit en participant à des conflits (Algérie, Viet-nam, Corée, Irak, Bosnie, Afghanistan...) soit en vendant des armes partout dans le monde tout en affichant une volonté de désarmement mais quoi : les affaires sont les affaires ! Selon le dernier annuaire sur les dépenses militaires mondiales publié par le SIPRI (Institut international de Stockholm d’études pour la paix) 1740 milliards de dollars ont été consacrés au commerce d’armes dans le monde entier en 2011. Et pour la santé, l'éducation ou l'environnement, on prétend qu'il n'y a pas d'argent !

Selon le journaliste italien Antonio Mazzéo interviewé par Olivier Turquet : "le capital financier international s’est mis en tête que le conflit et la reconstruction des pays bombardés pourrait être le moteur nécessaire pour sortir de l’impasse et pour stimuler la demande, l’économie et le développement."

film_joeyx_noel_2.jpgD'aujourd'hui jusqu'à juin 2019, date du centenaire du Traité de Versailles, ce ne seront que célébration de la guerre de 14/18, hommage aux soldats « morts pour la France » et appel à la cohésion nationale « dont notre pays sait faire preuve dans les moments difficiles. »

Bel argument pour sous-entendre « soyez aussi dociles que les soldats d'alors, acceptez ma politique économique de merde qui fait payer les citoyens lambda et s'empresse de garantir aux entreprises et aux plus riches que telle nouvelle ponction fiscale sera compensée par une réduction ailleurs, réduction évidemment répercutée sur les citoyens lambda...) Comme disait un soldat à un gradé dans le très beau film de Christian Carion : « Joyeux Noël » : « C'est vous qui décidez la guerre, mais c'est nous qui la faisons ».

Le rapport de forces n'a pas changé, même s'il paraît moins meurtrier.

 

 

 

( les trois photos sont de Christian Carion, extraites du film "Joyeux Noël)

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 20:09

rebelle_fran_oise_1973.jpgOn les appelait babas, rêveurs, utopistes, ou gauchistes, ceux qui voulaient le Flower Power, « Make love, not war », qui se parlaient et souriaient, vivaient en communautés en ville ou à la campagne, se passionnaient pour les luttes féministes, une sexualité libre et épanouie, les combats et les journaux écologistes : « la Gueule Ouverte », le « Sauvage », « la Hulotte »... Ils remettaient en cause le choix du nucléaire, s'inquiétaient du bouleversement climatique, voulaient des aliments bios, du travail à partager, réduire la consommation ou « sommation d'être cons » et tourner le dos à la publicité. Ils savaient l'importance de l'art, de l'expression des sentiments, du temps de vivre, d'être libre, mon amour....


nic_riche.jpgpicsou.gifEt puis... plus rien. Avec la décennie 80, glaciation des cœurs, argent froid, déshumanisation du monde. Ça a débuté aux alentours de 1983, ce qu'on a politiquement appelé : « le tournant de la rigueur ». En plein gouvernement de gauche, fallait le faire ! Ils l'ont fait. Le monde entier l'a fait. Le modèle néo-libéral expérimenté notamment au Chili par Pinochet (la dictature, ce n'était pas seulement les tortures et les exécutions, c'était aussi brader le pays à des sociétés multinationales qui ont pillé le cuivre, détruit forêts et villages et laissé un désert) ce modèle là, donc, a relevé la tête et triomphé en 1989 en voyant s'écrouler le mur de Berlin, entraînant dans sa chute tout le « bloc communiste ». Quel paradoxe que le vent de liberté qui a soufflé alors ait consolidé le système le plus prédateur qui soit, pour la planète et pour les humains...

gays.jpghomme_tricot.jpg20 ans, 30 ans ont passé... Voici que les enfants, voire les petits-enfants des babas vivent ensemble en coloc' et se débrouillent pour partager : co-voiturage, couch surfing, échanges de services (SEL), monnaies solidaires... Garçons et filles amorcent des réflexions sur le couple, les relations plurielles, une autre façon d'aimer. Pas seulement entre garçon et fille, l'été 2013 a vu se marier nombre de couples homosexuels, et les interrogations sur le genre, montrent qu'il n'y a pas de frontière si tranchée qu'on le croyait entre masculin et féminin. A la campagne comme en ville, des jardins collectifs fleurissent, légumissent et fruitissent. L'agriculture bio, qui semblait une utopie pour babas bo-bos, devient une nécessité et une exigence devant la montée des cancers et autres maladies liées aux pesticides. Un peu partout, des jeunes manifestent contre l'argent-roi devenu l'argent fou. amis.jpg

Des bars et restos solidaires ouvrent avec succès, on finance des projets culturels par souscription sur Internet... et ça marche ! Les petites annonces de ventes d'occasion suscitent un engouement incroyable, preuve que l'ère du tout-jetable tire à sa fin, et s'il reste quelques fêlés pour faire la queue des heures devant une boutique Apple, ils sont de plus en plus nombreux les adeptes de Linux, des logiciels libres et du partage culturel, de plus en plus nombreux ceux qui décident de garder longtemps leur vieux téléphone mobile, font de la récup' et recustomisent de vieilles fringues plutôt que d'acheter des marques en neuf.

 

Des grincheux objecteront que ces changements sont liés à la crise- nécessité de moins dépenser parce que manque de sous- et non à une prise de conscience écologicopolitique. Peu importe : l'essentiel est que de plus en plus de monde s'essaie à « vivre autrement » et s'aperçoive que cela rend plus heureux que la poursuite d'une consommation effrénée et d'un taux de croissance qui rend l'économie pas du tout économe et encore moins durable.

 

 

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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 15:43

amoureux.jpgLe pic annuel des naissances ne se situe plus en mai (enfants conçus pendant les congés d'août) mais en septembre (enfants conçus après les réveillons, c'est-à-dire dans un état rarement à jeun). Bonne occasion pour vérifier à grande échelle si l'alcool fait immanquablement engendrer des mioches dégénérés...  

Toujours à propos des choses pas bonnes que le gouvernement veut contrôler à la place de nous autres, pauvres créatures incapables de se discipliner: puisque les récentes études montrent que la cigarette électronique est plus efficace pour réduire ou arrêter sa consommation de tabac que les patchs à la nicotine (ces derniers infusant de surcroît de la nicotine dans le sang 24h sur 24...) pourquoi la ministre Marisol Touraine envisage-t-elle d'interdire les e-cig en public et aux mineurs et va au contraire prendre en charge les patchs pour les jeunes jusqu'à 150 euros par an?

P1000954.jpgPourquoi un tel émoi devant le projet de vendre les médicaments à l'unité, juste ce qu'il faut pour un traitement, ce qui éviterait de gaspiller et de pousser les gens à s'automédiquer avec ce qui traîne dans leur armoire à pharmacie: "C'est compliqué, ça ne va pas permettre la traçabilité, les gens vont mélanger leurs gélules, c'est un bouleversement des habitudes..." . Cela existe dans bien d'autres pays, notamment en Inde, depuis des décennies. Serions-nous plus incapables de changer nos habitudes que les habitants d'un pays longtemps appelé « émergent » (et même sous-développé autrefois... ) ou est-ce dû au lobbying pharmaceutique ? (combien de fois, pour 3 comprimés par jour pendant une semaine, soit 21 comprimés, on a essayé de me refiler deux boîtes de 20, que j'ai refusées, au motif qu'il faut suivre le traitement jusqu'au bout.)

Pourquoi, après une réussite en matière de sécurité routière dont je me réjouis- passer de 17 000 morts par an dans les années 70 à à peine plus de 3000 aujourd'hui- le gouvernement ne s'attaque-t-il pas à une cause de mortalité bien qui provoque chaque année entre 10 et 11 000 décès : le suicide? 1ère cause de mortalité chez les 25/34 ans, et en nombre les personnes de plus de 65 ans représentent 28% des morts par suicide.

koala_dort.jpgSi on ajoute à ces 10500 décès les 220 000 tentatives, remplacer l'objectif Produit Intérieur Brut par Bonheur Intérieur Doux (pas brute) serait un réel bouleversement politique. Mais ne ferait pas l’affaire des marchands de psychotropes dont les français sont les premiers clients en Europe. La prise en charge des suicides et tentatives de suicide coûte 5 milliards d'euros par an en France. C'est une dépense énorme pour l'Assurance-maladie, mais comme toute dépense, elle stimule l'activité économique : ventes de psychotropes, prise en charge hospitalière, maisons de convalescence, suivi psy, etc. A l'inverse, la réduction des morts sur la route a contribué à la baisse de la croissance : moins de voitures à remplacer, de soins médicaux, d'appareillage pour handicapés, d'honoraires d'avocats, de garagistes... c'est du PIB en moins.

Tant que le malheur fait grimper la croissance, pourquoi voudrait-on notre bonheur ?

 

 


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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 13:09

Il fait un temps superbe à la Fête de L'Humanité, ce dimanche 10 septembre 1973. Lors du discours de Georges Marchais, quelqu'un pose une question sur les risques de coup d’État au Chili. Marchais se veut rassurant : « Il y a des troubles, des rumeurs persistantes de coup d’État, mais le président Allende tient solidement les rênes ».

chars.jpegLe 11 septembre, les chars entrent dans Santiago, après la prise de Valparaiso au petit matin par la Marine, avec la complicité sinon l'aide de la Marine américaine. Je me souviens des cris des habitants qui couraient en tous sens pour échapper à la traque des militaires, je me souviens de la stupeur qui nous envahit à la vue du Palais de la Moneda en flammes- imaginez l'Elysée bombardé et en flammes- et du désespoir qui nous étreignit lorsqu'on annonça la mort du Président Allende. Criblé de balles, disaient les uns, suicidé disaient les autres. 518NcVqcPOL. BO2,204,203,200 PIsitb-sticker-arrow-click,TopCela n'a aucune importance, ils ne lui auraient de toutes façons pas laissé la vie sauve. Capté par un radio amateur, un dialogue entre le général Pinochet et Patricio Carjaval, chargé de l'attaque de la Moneda prouve que la proposition qui lui avait été faite de quitter le pays en avion était un piège : ,

-On lui offre la vie sauve, si tu veux ?

-La vie sauve et on l'expédie ailleurs....

-... Oui on le sort du pays... et l'avion s'écrase en cours de vol.

-D'accord. »

(in « Allende, c'est une idée qu'on assassine » de Thomas Huchon)

On regardait le coup d’État en temps réel avec le sentiment d'assister à un mauvais film où l'on voit gagner les traîtres (Le général Pinochet avait été nommé chef des armées par Salvador Allende qui lui faisait toute confiance) et mourir un président élu démocratiquement qui avait en trois ans donné l'espoir qu'il pouvait exister une troisième voie entre le capitalisme prédateur et inégalitaire qui prône la dictature du profit, et le communisme centralisateur et dogmatique qui prône la dictature du prolétariat. Comment choisir entre deux dictatures ? Moi, je n'y arrive pas.

allende-en-public.jpegEn France, en 1973, l'Union de la gauche balbutiante se cherche des références pour prouver qu'on peut « changer le monde » et réduire les inégalités tout en respectant les libertés. Voir Allende rester rigoureusement légaliste tout en décidant la nationalisation des mines de cuivre, la distribution de terres aux paysans sans terre, l'accès à l’éducation et à la santé pour les plus démunis... tout en respectant la liberté de la presse (trop, d'ailleurs : 75 % des médias étaient aux mains des plus réactionnaires) sans guérilla, sans armes, sans violence, c'était fort, très fort. Trop fort pour ses opposants, États-Unis et CIA en tête- qui ne voulaient en aucun cas un tel exemple qui eût risqué de faire tache d'huile. La hantise obsessionnelle du communisme a tenu lieu de politique étrangère aux USA durant des années, avec pour point culminant la « chasse aux sorcières » sous Mac Carthy qui virait à la paranoïa, pour échec sanglant la guerre au Vietnam et pour échec énervant le défi permanent lancé par Cuba aux Etats-Unis depuis 54 ans, à quelques kilomètres de ses côtes. David contre Goliath.

allende en familleEn lisant le livre intimiste consacré à Salvador Allende par Thomas Huchon, je me suis écrié plus d'une fois : « Quel con ! Il avait été averti de la trahison, son ami le journaliste Olivares lui avait conseillé de se méfier de Pinochet, et il n'a pas réagi, il n'a jamais pris de décisions contre ses ennemis, persuadé que s'il respectait la loi, les autres la respecteraient aussi. » Cet angélisme moralement admirable a coûté plus de 3000 morts et 30 000 « disparitions », c'est cher payé une attitude éthique... Cependant, ayant vu dès 1976 le documentaire « la Spirale » de Armand Mattelart, qui décortique minutieusement comment la droite Chilienne, appuyée par la CIA, a organisé la déstabilisation du Chili pendant les trois années de l'Union Populaire, de telle sorte que le coup d’État ne pouvait être évité que par une réaction forte du gouvernement Allende, que l'opinion mondiale aurait immédiatement qualifié de « dictature » (comme à Cuba), je me dis que le piège était quasi inéluctable. Henry Kissinger, alors conseiller à la Sécurité Nationale du président Richard Nixon, déclara pendant une réunion du Conseil national de sécurité sur le Chili, le 27 juin 1970 : « Je ne vois pas pourquoi nous devrions rester sans rien faire pendant qu’un pays sombre dans le communisme à cause de l’irresponsabilité de son peuple. » En 1973, Kissinger se vit attribuer le Prix Nobel de la Paix...

jara.jpegAprès le 11 septembre, on a vu les stades emplis de chiliens emprisonnés, torturés, exécutés. Le chanteur Victor Jara assassiné après que les militaires lui eussent brisé puis tranché les doigts. Cruauté symbolique pour un guitariste, les tortionnaires ont l'humour morbide. En France affluaient des réfugiés Chiliens qui tous avaient perdu des proches, exécutés ou « disparus ». En 1973 et 1974, au théâtre Renaud-Barrault installé dans l'ex-gare d'Orsay, les Chiliens trouvaient l’hospitalité et l'écoute, nous en avons accueilli qui ne savaient où dormir, dans notre communauté de l'époque. Par esprit de solidarité mais aussi et surtout pour essayer de comprendre où ça avait péché, et pourquoi ce régime de gauche démocratique n'avait tenu que trois ans. Pour que la rage et le désespoir se transforment en leçon pour l'avenir. Plus jamais ça, plus jamais une telle horreur !

L'horreur en fait perdura sur tout le continent sud américain durant des années. L'opération « Condor » organisée par les dictateurs du Chili, Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay, etc... s'est traduite jusqu'au milieu des années 80 par des milliers d'assassinats, de disparitions et de tortures, dans une violence qui n'a pas fait beaucoup réagir les Etats-Unis ni les pays d'Europe à l'époque (certains documents donnent même à penser que la France et les Etats-Unis ont donné aux tortionnaires quelques leçons de choses...)

On rétorquera que la torture n'a été interdite par une résolution de l'ONU qu'en 1984, entrée en vigueur en 1987, soit après l'opération Condor, mais est-il besoin du droit international pour rester simplement humain ? Question d'une brûlante actualité...

Le « droit dans la guerre » à ne pas confondre avec le droit contre la guerre (qui cherche une solution politique et diplomatique aux conflits) et le droit à la guerre (qui justifie le recours aux armes dans des circonstances exceptionnelles, c'est la base même des interrogations actuelles sur la Syrie), le droit dans la guerre, donc, admet le recours aux armes mais veut le canaliser : tuer, oui, mais avec des règles et proprement. Dans ce contexte, les armes chimiques, qui tuent inexorablement, sans distinction entre civils et militaires, et avec des suites prolongées (dégâts sur l'environnement, cancers...) sont des armes de destruction massive- tout comme les armes nucléaires dont pourtant certains Etats s’enorgueillissent- interdites par une convention de 1994 applicable depuis 1997. Avant, elles furent utilisées larga manu sans que cela émeuve grand monde : le gaz orange déversé massivement au Vietnam par les américains continue ses dégâts plus de 35 ans après.

Michel, mon ami et conseiller en Droit dans la guerre, tu me corriges si j'ai faux !

Cependant, à trop s'appuyer sur le droit, ne peut-on pas justifier tout et son contraire ? La Syrie pourrait objecter qu'elle n'a pas ratifié la convention de 1994 et n'est donc pas concernée par l'interdiction des armes chimiques. Ou faire remarquer que les États-Unis et la Russie, qui détiennent à eux seuls 98 % des armes chimiques et s'étaient engagés à détruire leurs stocks en possèdent encore près de 40 %, au mépris de leurs engagements dans le traité qu'ils ont ratifié. Ou faire remarquer que le commerce des armes est autorisé d’État à État, mais que fournir des armes aux « rebelles » comme le font certains pays est illégal. Bref, on peut faire dire à la loi bien des choses...

chat.jpg

Avec son choix légaliste, Allende n'a pu empêcher le coup d’État au Chili, qui visait un président démocratiquement élu et conforté dans sa légitimité par son succès aux législatives de 1973. Pinochet a perpétré des horreurs sans aucun souci de la loi et s'est maintenu 17 ans au pouvoir sans qu'aucun pays ne conteste publiquement sa légitimité. Face à des gens qui n'ont aucun état d'âme autre que défendre leurs propres intérêts, le droit ne pèse donc pas bien lourd.

 

Ce qui amène à se demander s'il existe encore une voie pacifique pour améliorer le monde, ou si cela passe nécessairement par la violence. L'homme est le seul animal qui détruit ses semblables, le chat de Geluck a tout compris.

 

 


PS. A voir ce soir à 22h30 sur Public Sénat le documentaire de Thomas Huchon « Allende, c'est une idée qu'on assassine »

Du 11 au 18 septembre, une semaine d'hommage à Salvador Allende au Théâtre Aleph créé par Oscar Castro, réfugié en France en 1973.









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11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 12:37

mediter.jpgC'est peut-être à cause de l'été, mais l'idée d'écrire un billetblog me fatigue, d'autant que je me demande si ça a une réelle utilité, hormis celle de soulager des lecteurs/trices qui trouvent dans ce que j'écris un écho à leur propre ressenti, ce qui est agréable, mais quid de l'après ? Quid de l'utilité réelle des mots pour changer le monde ? J'en publie depuis 1974 et force m'est de reconnaître qu'ils ont eu une efficacité plus que limitée.

« La vie au vertical modifie le comportement des gens. L'être humain, naturellement, se déplace horizontalement. Pour se déplacer verticalement, il doit avoir recours à des moyens mécaniques comme les ascenseurs. Sa relation avec les autres devient artificielle, il n'y a pas de rencontre... Les gens qui ont conçu les tours y ont tout placé : logements, parkings, centre de loisirs, commerces... Cet excès de possibilités apparaît à première vue comme un avantage, mais en réalité il est vécu comme une cessation des rapports humains. » (Dr Bensoussan, ITV réalisée par moi en 1977 pour ELLE)

Frapper les cieux d'alignement

 

A l'homme des villes nouvelles on crie « attention à la rue, attention aux voisins, attention aux excès, insécurité, insécurité » pour transformer ses souvenirs en pièges redoutables, arracher ses nostalgies à la racine et l'inciter à se réfugier dans un décor rassurant où des fontaines artificielles éclairées au néon projettent des gouttes de polystirène multicolores.

« A la Défense, aucun élève de maternelle ou de primaire n'aura à traverser de voie automobile » (Bulletin d'information EPAD n° 12). Apprenons leur aussi à nager sur un pliant, devant une photo de la mer, de peur des embruns, et reléguons l'aventure au rang des accessoires pour fanas de western. Vive l'air conditionné, les ascenseurs ultra-rapides, la sécurité sociale, les assurances tous risques, le changement dans la continuité, et pour finir madame, mademoiselle, monsieur, comme le prévoyait le génial Boris Vian, voici la cage tout confort pour élever les enfants sans danger.

 

 

Extrait de « Frapper les cieux d'alignement », écrit en 1978, il y a 35 ans. Je n'étais pas la seule à dénoncer les risques d'une urbanisation inhumaine et la dérive qui transforme le légitime besoin de sécurité en terrorisme sécuritaire, où chaque geste de la vie quotidienne est réglementé avec sanctions à l'appui, moyen le plus sûr d'infantiliser les personnes au lieu de les habituer à prévenir et assumer elles-mêmes les risques de la vie.

fou3.jpgt-shirt_2_petit.jpgA quoi a servi ce livre, que j'avais envoyé à François Mitterrand lorsqu'il s'était ému de la violence dans les banlieues (déjà!) ? Il m'avait répondu en me proposant une entrevue que j'attends encore, et comment ont évolué les banlieues, désormais appelées « cités » ou « quartiers » ? Comme c'était prévu dans mon livre: vers la violence, attisée par la crise économique, dont on parlait déjà depuis 1973 (premier choc pétrolier)

Alors écrire pour dénoncer, informer... Parfois je me dis qu'Internet, et notamment Facebook, sont un gigantesque défouloir pour permettre aux gens de se dire qu'ils agissent en publiant une info ou en signant une pétition, alors que les responsables réels des dégâts ne sont en aucune façon inquiétés, un succédané affectif pour trouver du réconfort ou de l'admiration en collectionnant les "like".

Même questionnement pour les associations, dont j'admire le dévouement et l'action, évidemment... Mais je ne peux m'empêcher de me souvenir que Coluche avait créé les « Restos du cœur » en précisant qu'il s'agissait d'une action d'urgence qui devait disparaître dans les 5 ans à venir faute de quoi ce serait un échec, et ils sont toujours là, plus de 25 ans après, avec encore plus de pauvres qu'à leur création. Le WWF me demande des sous pour lutter contre le massacre des grands singes d'Afrique, mais qui massacrera les massacreurs ? Qui mettra en taule les exploiteurs et esclavagistes du monde moderne au lieu de quêter pour les défavorisés, comme on dit aujourd'hui ? Les actions humanitaires qui viennent en aide aux victimes d'exactions sont nécessaires à court terme, mais ne sont-elles pas aussi briseuses de la saine révolte qui nous permettrait d'aller casser la gueule (ou plus si nécessaire) aux responsables de ces exactions? Comme dirait Blutch avec sa sagesse suisse : « Franchement au lieu de se suicider à cause du chômage, il vaudrait mieux aller tuer le patron qui vous a licencié, ce serait plus efficace. »

Bref, la possibilité de s'indigner en chœur n'est-elle pas juste un tranquillisant, une manipulation, un agir-like gentiment concocté par les décideurs de ce monde pour canaliser nos révoltes et éviter toute action qui les mettrait vraiment en danger?

 

 

 

 

 

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 13:53

 

En voilà un beau lièvre soulevé par l'ONG Bankwatch Network et repris par « le Canard enchaîné » de cette semaine :

affaires-gens-manger-argent-_-tjo0021.jpgLes banques européennes BERD ( Banque européenne pour la Reconstruction et le Développement, on dirait un organisme créé après guerre pour revitaliser les pays exsangues, mais non : il a été créé pour permettre aux pays de l'Est de s'adapter au mieux à l'économie de marché, déjà ça sent fort l'idéologie libérale), et la BEI (Banque européenne d'Investissement) consentent des prêts aux entreprises françaises pour leur permettre de construire des usines à l'étranger, et donc financent les délocalisations !!!

L'an dernier, la BERD a consenti un prêt de 110 millions d'euros à PSA- qui ferme son site d'Aulnay et prévoit environ 8000 suppressions d’emplois- pour l'aider à construire une usine en Russie. Ce mois-ci, c'est l'équipementier automobile Faurecia, filiale à 57,4 % de PSA, qui va bénéficier d'un prêt de 100 millions d'euros pour s'établir au Maroc, en Russie, en Roumanie, etc... et licencier 3000 salariés français.

Ben quoi ! diront certains, les banques ont le droit de prêter à qui elles veulent. Sauf que ces banques européennes alimentées par de l'argent public sont des banques normalement non commerciales, censées aider les pays d'Europe et non les couler. Leurs statuts prévoient même que leurs interventions ne doivent se faire que dans des pays démocratiques respectant de stricts critères environnementaux, ce qui n'est guère le cas des pays précités.

euros.jpgLa BEI, dont le rôle officiel est d'aider à mettre en œuvre la politique européenne- qu'on espérerait a minima favorable aux pays européens- a financé l'an dernier à hauteur de 200 millions des investissements en Turquie du constructeur américain Ford Europe, qui en a profité pour supprimer 4500 emplois en Belgique et en Angleterre.

Comme le souligne l'article du Canard, la France est un des plus importants contributeurs des deux banques. Et pourrait s'opposer au financement des délocalisations puisque nombre des décisions de la BEI, notamment, doivent être prises à l'unanimité. Mais elle ne le fait pas. Ce qui doit chagriner Arnaud Montebourg, adversaire déclaré des délocalisations créatrices de chômage, mais réjouir d'autres décideurs de Bercy, des gens discrets qui ont refusé de répondre aux questions du Canard, faut pas avoir l'air de se justifier, d'ailleurs ils n'en éprouvent nul besoin, ces gens là n'éprouvent plus rien d'humain, ils ont une calculette à la place du cerveau et du cœur.

stress.jpgEt c'est ainsi que « la terrible crise de l'emploi contre laquelle le gouvernement tout entier est mobilisé »résulte en partie de ce circuit pervers : les contribuables paient des impôts, qui alimentent les caisses de l'Etat. Caisses supposées « vides » quand il s'agit d'augmenter le SMIC, mais qui se révèlent fort joufflues et généreuses s'il s'agit d'alimenter les Banques européennes qui prêtent aux entreprises pour qu'elles délocalisent ! Ces délocalisations entraînant forcément une augmentation du nombre de chômeurs, l'Etat les prendra en charge... grâce à nos cotisations sociales. En gros, le couillon de contribuable est appelé à financer ceux qui l’exploitent ET la prise en charge des exploités laissés sur le carreau.

Apprendre cela en pleine période de déclaration de revenus, ça énerve grave !

Et les entreprises qui ont délocalisé ? Elles vont bien merci, les actionnaires sont contents de leurs dividendes.

 

attac

 


 


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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 08:00

moustakiBien sûr, comme le chantait Brassens, son maître, à qui il a emprunté son prénom, « les morts sont tous de braves types ». Pourtant, en lisant les hommages à Georges Moustaki, très souvent accompagnés d'un ou deux fragments de ses chansons, j'ai senti un chagrin, qui allait au-delà de la disparition d'un homme bien, d'un artiste, d'un poète. Ses chansons ont tellement accompagné nos vies, tellement collé à nos rêves, qu'en nous quittant, c'est une part de notre vie et de nos rêves qu'il emporte, surtout en cette saison où le « réalisme » ambiant donne froid dans le dos.

folegandrosAvec elles, j'ai appris la liberté, apprivoisé la solitude, courtisé la méditerranée et mon île grecque, découvert que la sensualité n'est ni un péché ni une marchandise, que l'amour peut être joyeux et complice plus que ravageur. Moustaki est un des rares poètes à avoir plus souvent chanté le bonheur amoureux, la tendresse et le plaisir que les douleurs de la rupture et de l'abandon.Il savait être aussi amical et accueillant, tout en préservant son indépendance et ses envies d'horizons lointains.

Ses chansons engagées prenaient fait et cause pour la  Révolution des oeillets, prônaient la solidarité même au fond d'une geôle (Imaste dio, devenue  "nous sommes 2") d'autres dessinaient le monde dont nous rêvions, pour certains depuis les seventies, pour d'autres avant ou après. Nous voulions des lendemains qui chantent sous le soleil, nous voulions la liberté, nous avions la nostalgie d'un jardin qui s'appelait la Terre et nous aurait permis d'accéder au droit à la paresse, de prendre le temps de vivre, d'être libre, d'avoir toute la vie pour nous amuser... Nous voulions tout simplement  être en état de bonheur permanent : aimer, et partager des moments doux ou forts, jamais brutaux.

Mais au fait, je n'ai même pas besoin d'écrire cela, il l'a fait, et combien mieux :

 

NOUS VOULIONS

 

Nous voulions changer le cours de l'histoire
Nous voulions toute la mer à boire
Nous voulions des châteaux en Espagne
Nous voulions rapprocher les montagnes
Nous voulions que nos femmes enfantent
Une humanité différente
Nous voulions des aurores nouvelles
Nous voulions renaître avec elles

L'imagination était au pouvoir
Circulez il n'y a plus rien à voir

Nous voulions tout et tout de suite
Nous voulions vivre sans limites
Et nous promener sur la terre
Sans nous cogner à des frontières
Nous voulions demander l'impossible
Nous voulions des orages paisibles
Nous voulions de l'amour avant toute chose
Et du bonheur en overdose

L'imagination était au pouvoir
Circulez il n'y a plus rien à. voir

Sans regret et sans mélancolie
Je te chante la chanson que voici
Elle était rangée au fond de ma guitare
Elle m'est revenue en mémoire

L'imagination était au pouvoir
Circulez il n'y a plus rien à voir

 

Moustaki nous donnait l'espoir, puisque lui-même arrivait à le faire, que la vie pourrait être aussi douce que sa voix, aussi amoureuse que ses mots tendres, aussi rebelle que certaines de ses chansons, aussi poétique que ses textes. Il alimentait sans en avoir l'air, sans cris, sans fureur, simplement avec une guitare et des mots placés juste où il faut, notre furieuse envie de révolution permanente qu'il nous donnait envie de vivre, et de suivre, jusqu'au bout, jusqu'au bout.

 

 

 

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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 13:37

lars2.jpgPour le magazine AVANTAGES, j'avais fait un jour une enquête sur le thème « Papa, maman, je suis homosexuel(le) », sachant que les parents s'attendent à tout de la part de leur rejeton : qu'il soit cancre, pique une mobylette ou fume de la beu, mais qu'il soit homo, jamais ! D'où l'angoisse des gamins à en parler.

J'avais rencontré quelques parents en colère, persuadés que leur fils était pédé à cause de mauvaises fréquentations, que leur fille n'était pas lesbienne mais avait simplement »peur des garçons », que c'était une lubie d'ado qui leur passerait... Cependant divine surprise : la majorité des parents, passée le choc du début, avaient des réactions positives :

amérique du sud« Quand j'ai surpris mon fils devant un site de rencontres gay, m'avait dit un père, je me suis senti humilié, comme si toute la fierté que j'avais mise dans ce garçon s'écroulait. Il m'a dit qu'il voulait m'en parler depuis longtemps mais ne savait pas comment faire, et j'ai eu le sentiment qu'il s'était arrangé pour que je le surprenne devant son écran ce soir là. Au fur et à mesure qu'il m'expliquait qu'il aimait les garçons tout en ayant d'ailleurs de très bonnes copines filles, je me disais : « Tu es militant chrétien, tu plaides pour la tolérance, contre le racisme, contre le sexisme, contre la misère, et tu ne serais pas capable d'accepter ton fils tel qu'il est, tel que tu l'as fait ? Finalement, j'ai eu honte de ma réaction de rejet initiale et depuis, nous recevons mon fils et son ami à la maison sans problèmes. »

lars5Une mère de 4 enfants avait un fils et une fille hétéros mariés et parents, un fils et une fille homos. En riant, elle me disait : « Je suis la preuve que ça n'a rien à voir avec un gène, l'éducation ou les mauvaises fréquentations. Mon mari et moi, couple hétéro classique, avons engendré l'échantillon complet! Et je dois dire que lorsque je vois combien ma fille est amoureuse de son amie, je la trouve plus épanouie que l'autre, qui n'a pas l'air très heureuse en ménage. »

bolivieA cette époque, je travaillais avec un chargé de com ' homosexuel qui m'avait dit « tu aimes les hommes, moi aussi, au moins on aura un sujet de conversation ». Et comme nous n'aimions pas le même type d'hommes, il n'y avait aucune rivalité entre nous ! Il m'avait raconté ses efforts pour « rentrer dans le rang ». Il était même sorti avec des filles, avait fait l’amour avec elle et m'avait dit : « Je peux baiser avec des filles, mais je ne tombe amoureux que des garçons, c'est là qu'est mon désir. » Il avait attendu le décès de son pềre pour faire son « coming-out » à sa mère qui lui avait dit qu'elle l'avait deviné depuis longtemps. Avec naturel, cette dame présentait à la famille comme aux amis : « Mon fils et mon gendre. » et les adorait tous les deux. C'est cet ami aussi qui m'a appris combien souvent des hommes mariés et pères de famille cherchent l'aventure avec un homme. Avec un autre, écrivain gay, j'ai aussi longuement arpenté le quartier du Marais. Il m'a emmenée au Cox, j'étais la seule fille parmi les garçons qui s'aiment et se désirent tant que je sortais de là électrisée par tant d'énergie circulante. Ils m'accueillaient très simplement et me parlaient de leur vie intime avec un naturel et une gentillesse rares ailleurs.

Ces deux amis et quelques autres m'ont inspiré ce chapitre de « Ce qui trouble Lola » :



lars4.jpgCHEZ LES GARCONS

 

  • Il a dix ans ou un peu plus, des cheveux châtains coupés courts, des yeux immenses, quelques taches de rousseur sur les joues. Il pose un sachet de bonbons et un magazine sur le comptoir, ça fait presque cinq euros, il tend le billet à Cedric qui lui sourit, le gamin a l’air surpris, il se dépêche de ramasser sa monnaie et quitte le bar- tabac, c’est un enfant au regard doux, à l’air sage.
  • Cedric remonte le temps… Il a douze ans, il habite en province, un bled perdu où il sait très vite, dès huit ou neuf ans, qu’il préfère les garçons. Il les regarde avec admiration, il meurt d’envie d’aller vers eux mais les types le rabrouent, très vite on le traite de pédé, puis d’enculé, plusieurs fois ils le coincent à la sortie. Il se réfugie du côté des filles qui l’aiment bien, un garçon doux ça plaît toujours aux filles, il les aime bien aussi, mais il n’éprouve pas en les regardant la même émotion qu’avec les mecs. A douze ans, rien de changé, et toujours personne pour en parler.
  • Tous les pédés savent qu’ils le sont avant la puberté, ça peut venir très jeune, mais à qui le dire ? A l’école, on t’explique comment faire les bébés, on parle des règles des filles et du SIDA, mais la préférence sexuelle, c’est tabou. Côté famille, tes parents s’attendent à tout : que tu te drogues, voles une mob, engrosses une fille, ne fiches rien en classe, mais que tu sois pédé, c’est vraiment pas leur plan. »
  • Cedric raconte à Lola les années difficiles à essayer de changer, de devenir plus mec, plus mâle, plus viril, mais ce sont des conneries, des fantasmes d’hétéros qui s’imaginent qu’un pédé est une folle et une lesbienne un camionneur. Un homo n’a rien d’efféminé, c’est juste un homme qui aime les hommes. Beau gosse comme il est, il n’a eu aucun mal à sortir avec des filles, qui l’ont confirmé dans sa préférence. Lola lui demande comment il est certain d’être pédé s’il a couché avec des filles, Cedric n’hésite pas une seconde :
  • C’est simple, je peux baiser avec des filles, mais je ne tombe amoureux que des mecs, c’est là qu’est mon désir.
  • Il est parti de chez lui juste après le bac, pas question de rester dans une maison où le père, volontairement ou non, traitait d’enculé tous les gens qu’il méprisait. Ici, il s’est trouvé une famille, il bosse avec Nicolas, il connaît tous ses potes, il va peut-être travailler avec Stéphane qui ouvre un restaurant-librairie et cherche un associé. Cedric devance la question de Lola, non, il n’est pas avec Nicolas, ils ont évidemment baisé ensemble pour faire connaissance, mais Nicolas est amateur de plans trash qui ne lui conviennent pas. Nicolas a entendu la dernière phrase, il éclate de rire, vient embrasser Lola et lui dit de ne pas écouter Cedric : « Il y viendra, c’est juste une question d’âge, d’ailleurs il a raison, faut essayer les choses peu à peu, ceux qui commencent trop fort et trop jeunes pètent les plombs. » 
  • Au comptoir, Nicolas prépare des assiettes norvégiennes avec une dextérité incroyable et remplit les demis sans cesser de regarder tout autour, ses yeux font le tour de la salle, il repère les habitués et les nouveaux, souvent des hétéros mariés venus tenter un coup d’un soir. L’ambiance ici les fait rêver, cette liberté de corps, de langage, ça leur fait envie et peur à la fois. C’est le grand jeu de Cedric, les brancher, les séduire et entendre jouir lorsqu’il s’enfonce en eux ces hommes, dont certains peut-être, il y a quinze ans, le traitaient d’enculé.


Pourquoi je raconte tout ça? Parce que l'homophobie actuelle et la violence des anti-mariage pour tous me semblent aussi dangereuses que les violences racistes ou sexistes, avec les mêmes racines : rejet de l'autre parce qu'il est différent, parce qu'il n'obéit pas aux mêmes normes (ce que les « anti » appellent pompeusement leurs « valeurs ») et par peur : les racistes les plus ardents, comme les machos excessifs ou les homophobes acharnés se recrutent souvent chez des personnes mal à l'aise dans leur vie et leur sexualité.

Deux hommes (ou deux femmes) qui s'embrassent dans la rue, cela me trouble et m'émeut, car je sais- dans d'autres domaines- combien il peut être fatigant d'affronter le regard de ceux qui ne vivent pas comme vous.

asieRevenons aux parents d'homosexuels que j'avais interviewés. Ce père qui m'a finalement dit : « Je voudrais pouvoir dire : mon fils est homosexuel, et alors ? Je le pense, mais je suis inquiet non pas de ce qu'il est, mais parce que je sais qu'il va devoir affronter l'intolérance et l'incompréhension, et qu'aucun parent n'a envie que son enfant souffre. » Et la mère des quatre enfants me disant : « Ce qui me désole, c'est que mon fils et ma fille homosexuels n'auront pas d'enfant. C'est égoïste de ma part, mais j'aimerais tellement pouvoir cajoler leurs enfants que j'aimerais comme mes autres petits-enfants. »

Alors les anti, qui hurlez aux vraies valeurs et à la défense de la famille, pensez à ces parents d'homosexuels qui ont envie que leurs enfants soient pleinement heureux dans une société où ils pourront se marier et avoir des enfants, leurs petits-enfants. Comme dans toutes les familles qui s'aiment.

 

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Toutes les photos illustrant ce billet sont empruntées à Lars Stephan, homosexuel, photographe talentueux, grand voyageur et sans doute bien d'autres choses encore: www.larsstephan.com

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