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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 19:09

baiser1.jpgC'était un soir de septembre, dernier dîner d'un voyage de presse. Après une semaine de congrès et de crapahutages en tous genres, les quatre médecins et six journalistes que nous étions avaient peu à peu troqué leurs masques professionnels pour une joyeuse camaraderie renforcée par un vol en coucou mouvementé et moult anecdotes mémorables. Ce soir là, donc, nous ressentions une sorte de mélancolie à l'idée de reprendre l'avion pour Paris, mélancolie qui poussait à des conversations plus intimes. De nos anecdotes professionnelles, nous passâmes à des souvenirs d'adolescence, les sujets de philo que nous avions eu au bac, nos formations respectives, nos autres vocations... quand soudain une fille lança : lune.jpg« Est-ce que vous vous souvenez de votre premier baiser ? » -Premier baiser... tu veux dire sur la bouche ? -Évidemment, sur la bouche ! - Avec la langue ? - Oui, avec la langue. - Ah bon, rit un des médecins, parce que si c'était juste sur la bouche, moi ça remonte à la maternelle, je devais avoir trois ans et avec mon amoureuse on s'embrassait sur les lèvres en pouffant comme des galopins. »

Le jeu était lancé et nous occupa toute la fin du repas. A la surprise générale, chacun se souvenait avec précision de ce premier baiser amoureux. Avec qui, à quel âge, dans quel lieu, et surtout l'émotion ressentie, plus forte selon certains que la première fois qu'ils avaient fait l'amour. On se souvenait de la façon dont peu à peu s'étaient entrouvertes les lèvres, de la balade du bout de la langue qui dessinait le contour de la bouche et réveillait de subtiles terminaisons nerveuses, des frissons dans le dos, de la fébrilité qui poussait à prolonger et approfondir ce baiser générateur d'une tension de tout le corps que nous n'appelions pas encore désir...

pingouins.jpgOn parla- comme  Pierre Perret dans "Les baisers- des baisers mutins qui picorent et gagnent du terrain sans en avoir l'air, des baisers gloutons qui aspirent et suffoquent parfois, des baisers trop mouillés ou pas assez, des langues exploratrices qui savent instiller l'envie comme un divin venin, et des langues limaces qui donnent envie de s'essuyer au plus vite la bouche, des dents qui se cognent et se mordent avec délices et de celles qui agressent... On se dit pour finir que cette période où l'on échangeait des baisers sans baiser, sans vouloir forcément « conclure » tout de suite, juste parce que c'était délicieux, avait du bon, et même du très bon.

Béni(e)s soient ceux et celles qui, en ces temps de speed-love en tous genres, savent prendre le temps d'un baiser. Juste un baiser, vif comme une surprise, langoureux comme un désir au ralenti, c'est un goût oublié de volupté quand la baise, si prévisible, donne parfois l'impression d'avoir déjà vu le film.

 

 

 

 


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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 23:00

amoureux.jpg« En couple » : certains s'affirment comme tels sur les réseaux sociaux deux jours après la soirée qui les a réunis dans le vertige du désir et du séduire, comme s'il y avait impérieuse nécessité à clamer à la population: « J'ai un mec, j'ai une nana ! » Vous remarquerez qu'on clame plus souvent « j'ai » que « j'aime » et ça devrait interpeller.

mari_s2.jpgDu temps où les gens se mariaient pour la vie, pas toujours avec passion, mais avec l'intention de fonder un foyer et de construire une vie commune pérenne, le couple était clair : une association entre un homme et une femme- à l'époque, pas de mariage entre personnes de même sexe- pour perpétuer le modèle familial de leurs parents. Le régime matrimonial de base était alors la communauté simple, qui versait dans la corbeille non seulement les biens acquis durant le mariage, mais aussi ceux possédés par chacun des époux avant le mariage. 1 + 1 n'égalait même pas deux, mais 1 : le couple effaçait l'homme et le femme (la femme un peu plus...) La communauté est ensuite devenue « réduite aux acquêts », ce qui permet à chacun des conjoints de conserver comme bien propre ce qu'il possédait avant le mariage. Maigre progrès...

Le seul contrat laissant à chaque individu son autonomie financière est « la séparation de biens », qu'adoptent 10 à 12% des couples. C'est peu, et cela témoigne de l'idée fusionnelle attachée au couple. La séparation de biens protège la famille tout en reconnaissant l'indépendance financière de chaque conjoint   mais elle suscite autant de réticences que le fait de faire chambre à part, alors même que tant de gens avouent dans l'intimité que dormir à deux est compliqué si l'un ronfle, l'autre a toujours froid (ou chaud), se lève dans la nuit, allume pour lire en cas d'insomnie, etc. Mais affirmer qu'aimer ne veut pas dire mélanger son argent avec celui de l'autre, ni faire forcément couette commune, dur, dur...

Communauté de vie, pourquoi pas ? Encore que je pense que le seul moyen pour vivre longtemps ensemble est de ne pas vivre en permanence ensemble. Les « couples qui durent » comme on dit, affirment neuf fois sur dix être très indépendants, les fusionnels ont explosé en moyenne au bout de 14 ans, souvent plus tôt. Mais quand s'ajoute à la communauté de vie la communauté d'argent, on a tous les ingrédients d'un cocktail explosif, les questions d'argent étant au top des motifs de dispute, avec l'adultère et l'éducation des enfants, et un des principaux points de conflit lors des séparations.

tax_collector.jpgOr l'administration fiscale contribue à perpétuer l'idée que couple= fusion économique. Vous n'êtes plus deux contribuables, mais un foyer fiscal. Pour avoir la possibilité de déclarer séparément leurs revenus, les époux doivent avoir un contrat de séparation de biens ET justifier de deux adresses différentes. Ce qui les transforme en époux séparés « de fait », même s'ils ne divorcent pas, puisque « les époux s'engagent à une communauté de vie », matérialisée dans l'esprit du législateur par le domicile unique.

L'administration est à ce point imprégnée de l'idée du « couple » qu'une personne qui a divorcé ne redevient pas « célibataire » comme il serait logique, mais reste « divorcé(e). » Un acte ponctuel l'étiquette à vie, tout comme la mort du conjoint fait de vous un veuf ou une veuve, même vingt ans après le décès, alors que le ou la survivant(e) devrait redevenir tout simplement célibataire. Le mariage religieux parle d'un lien qui durera « jusqu'à ce que la mort vous sépare », l'administration, elle, maintient le souvenir du couple, et ne l'oublie que si la personne se remarie... et forme un autre couple, cellule économique de base et foyer fiscal.

Pourquoi mélanger l'amour et l'argent ? Pourquoi cet attachement au « couple » à une époque où il est d'une précarité extrême ? Pourquoi cette conviction que le couple- marié ou non- est plus important que chacun des individus qui le composent? Pourquoi refuser que des célibataires libres et autonomes le restent, sous prétexte qu'ils s'aiment et partagent un bout de vie?

Je discutais il y a quelques jours avec un ami adepte de relations avec les femmes fondées sur l'amitié, sans que soit exclues ou obligatoires les relations sexuelles : « Elles ne prouvent que le désir, pas l'amour ». - C'est quoi, pour toi, l'amour ? En bon philosophe qui répond à une question par une autre, il me demanda : « Et pour toi ? » Je lui parlai de la notion d’intimité que j'affectionne, où on aime l'autre pour ce qu'il est : « Dans la passion, on passe son temps à se demander si l'amour va durer et combien de temps, dans l'intimité on aime quelqu'un, pas un concept, et on lui fait confiance, on se dit qu'il (ou elle) ne nous fera aucun mal (alors que la passion génère du mal, ne serait-ce que la jalousie ou les crimes passionnels). Mon ami alla plus loin : « Pour moi, aimer, ce n'est pas seulement ne pas faire de mal, c'est vouloir le bien de quelqu'un... - … Pas seulement vouloir lui faire du bien, ajoutai-je, mais se réjouir aussi du bien qu'il trouve ailleurs. »

A ceux et celles qui me feront remarquer que je suis "en couple" depuis 40 ans : oui, et j'en suis ravie, mais sous le régime de la séparation de biens, avec des comptes séparés, quinze ans de vie en « communauté » et rarement plus de deux mois consécutifs sans que l'un ou l'autre ne s'offre un ailleurs. Malgré cela, j'ai remarqué une chose curieuse : alors que je n'ai jamais caché à quiconque notre façon de vivre, même des amis proches avaient dû conclure que pour venir si souvent seule à leurs invitations, ou partir seule en vacances, il devait y avoir de l'eau dans le gaz... La preuve : il a suffi de quelques dîners auxquels nous sommes allés ensemble pour que les ami(e)s qui m'invitaient seule se mettent à nous inviter systématiquement tous les deux. Au point que j'ai dû rappeler à des copains intimes que même si nous étions ravis de les recevoir, je ne comptais pas renoncer à mes dîners en tête-à-tête avec eux (la réciproque est vraie du côté de mon cher et tendre, qu'il sorte seul ou accompagné me fait plaisir) et je dois dire que devoir préciser cette évidence m'énerve autant que lorsque, peu de semaines après mon mariage, j'ai reçu une lettre de l'administration adressée à «madame Bernard Simpère ». Autant dire que j'ai exigé qu'on m'écrive à moi, et pas à l'épouse de...

poissons.jpgPour en revenir aux « Pourquoi ? » Si le couple est la seule union reconnue par l'administration, au point que deux personnes habitant sous le même toit sont réputés « en couple », ce qui a des influences sur les aides et allocations auxquelles elles ont droit (à elles de prouver qu'elles vivent en co-loc et en toute amitié), c'est évidemment parce que le couple reste une petite entreprise qui achète, vend, consomme et garantit la stabilité et la pérennité du système existant. On le présente comme un refuge alors qu'il est repli sur soi, on en ferme les frontières sous prétexte de le protéger, tout étranger au couple est observé comme un perturbateur potentiel dont il vaut mieux se méfier... Le couple, pour un État, c'est facilement gouvernable, parce que facilement insécurisé...

 

 

 

 

 

 

 


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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 10:47

fran_oise_22.jpgQuand j'étais ado, ma place de tête de classe systématique rendait les garçons admiratifs de mon "intelligence", mais craintifs aussi, de sorte que j'avais un mal infini à me sentir séduisante, et c'est un euphémisme! Du coup, le premier qui m'a lancé: "Ton côté Version Latine m'horripile, par contre j'adore te regarder quand tu écris en haut du tableau et que ta minijupe remonte, car tu as un beau petit cul", celui-ci donc me fit fondre de plaisir!
fran_oise_45.jpgLes 40 années suivantes, les appréciations masculines achevèrent de me convaincre que, finalement, je n'étais pas un thon. Ça fait du bien...
Mais voici que depuis un an environ, nombre d'hommes pointent à nouveau mon intelligence et mon acuité d'esprit pour dire qu'ils sont charmés. Comme quand j'étais ado. Mais cette fois-ci, cela ne me déçoit pas. Les années passant, je souscris au proverbe chinois qui recommande à l'homme: "Aime une femme pour son intelligence plutôt que pour sa beauté, votre amour sera plus durable."  Et puis "mes" hommes aussi prennent de l'âge, et je leur trouve toujours du charme, par cette magie qui fait que le regard aimant, véritable caméra infra-rouge, traverse les strates du temps et retrouve, fugacement mais toujours, l'émotion des premiers échanges.

 

manif-CPE-petit-mars-2006.jpg

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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 19:33

arbrebio2.jpgBrigitte Lahaie me le fit remarquer lors d'une récente émission. Il y a quelques années, ses auditeurs avaient des fantasmes extrêmement variés (faire l'amour en forêt, déguisé en curé, avec les yeux bandés, au terme d'un strip-poker, en se caressant avec une plume...1). Aujourd'hui, pour 9 auditeurs sur 10, fantasme= libertinage. Aller en couple dans un club pour s'envoyer en l'air avec des inconnus. C'est la mode, les journaux en parlent, donc ils en rêvent.

ecran3.jpgJe n'ai rien contre le libertinage, encore que je récuse l'idée qu'il faille forcément être libertin pour être libéré. En revanche, je suis vénère-vénère à l'idée que l'imagination érotique se réduise comme peau de chagrin et que l'expression des désirs soit colonisée par les idées reçues et le sexuellement correct qui affadit le plaisir aussi intensément que le politiquement correct affadit l'intelligence.

Ça ne date pas d'aujourd'hui, certes. Il y a quelques décennies, les manuels de sexologie séparaient les femmes en vaginales : femmes épanouies et sexuellement mûres qui trouvent leur jouissance avec le sacro saint Phallus, et les clitoridiennes : femmes infantiles dont le plaisir forcément superficiel traduisait une peur de l'homme, voire une tendance lesbienne...

auberginebio2.jpgQue des hommes sentencieux viennent expliquer aux femmes ce qu'est l'Orgasme et comment elles doivent jouir, comme s'il existait UN orgasme type et comme si jouir était le seul objectif de la rencontre entre les corps, c'est déjà agaçant. Mais lorsque les manuels de sexologie qualifient de « préliminaires » des caresses et dégustations délicieuses, sous-entendant qu'il s'agit d'une corvée imposée aux mâles pour préparer la femelle à la divine pénétration, non ! Cette idée de « préliminaires » a complexé bien des femmes, confuses à l'idée que leur partenaire leur faisait des gâteries sans y prendre plaisir, juste parce qu'elles étaient lentes à la détente. Ce qui n'allait pas dans le sens d'une réelle estime de leur corps et de leur sexe.

eros.jpgAujourd’hui tendance inverse : il faut tout faire, qu'on aime ou pas. Je me souviens d'une jeune fille de 19 ans venue m'aborder : « Vous qui connaissez les hommes... Mon copain veut me sodomiser, est-ce que je dois le faire ? » Je lui répondit qu'il n'y avait aucune obligation de faire quoi que ce soit en amour, excepté celle de ne faire que ce qu'on désire vraiment. Elle n'avait aucune envie de sodomie, craignant que cela fasse mal ou soit sale, mais hésitait à l'avouer car son copain lui avait affirmé 1) que si elle l'aimait, elle devait le faire 2) que toutes les filles le faisaient. Une enquête ayant conclu à l'époque que si la fellation était entrée dans les habitudes, la sodomie n'était encore pratiquée que par 17 % des femmes, je pus rassurer la jeune fille en lui affirmant que tout le monde ne le faisait pas, que des milliers de personnes vivaient heureux sans sodomie, et que même si tout le monde le faisait, elle n'aurait aucune obligation de faire comme tout le monde.

Faire comme tout le monde, dans un monde où chacun rêve d'originalité et clame son individualisme, n'est-ce pas paradoxal ?

vib canard noirvib torduQue les medias, en appelant les godes et vibros « sex-toys » (ça fait plus chic, sans doute) les aient transformés en objets quasi indispensables au plaisir, tout en conseillant des formes anodines, genre marguerite avec cœur vibrant ou petit canard de Sex and the city plutôt que de solides bites en silicone avec les veines apparentes, ce n'est pas libérateur, c'est moutonnier. Les filles qui achètent aujourd'hui ces « jouets intimes »dans des « espaces coquins » sont les mêmes qui, avant l'invasion des articles sur les sex-toys dans leurs magazines, refusaient d'un ton outré l'idée d'en posséder un : « je n'ai pas besoin de « ça », j'ai un copain ». Drôle de réponse, ce n'est pas du tout le même usage, aucun amant en action ne fait vrrrvrrrvrrr, c'est même pour ça que je les aime. Entre autres...

douche.jpgLorsque les magazines recommandent d'acheter un sex-toy étanche pour pouvoir l'utiliser dans la baignoire « en toute intimité », je me marre, car il existe déjà dans la salle de bains : la douchette avec flexible- encore plus voluptueuse si elle possède plusieurs forces de jets- qui permet d'expérimenter les effets successifs de l'eau tiède, chaude ou froide sur le clitoris. Le meilleur accessoire sexuel, c'est l'imagination, qui transforme les objets de la vie quotidienne en alliés du plaisir et hop ! Plus besoin de boutiques spécialisées, il suffit d'avoir l'humeur joueuse. Un ami tarlouze ( il détestait le terme gay, lui préférant pédé, tarlouze ou inverti) s'approvisionnait d'ailleurs au rayon bricolage du BHV, l'antre de tous les plaisirs. Nos conversations m'ont inspiré la nouvelle « Boîte à outils » où une jeune quincaillière découvre le potentiel érotique de sa boutique.

Pire que le sexuellement correct des magazines féminins, le pornographiquement correct donne aux hommes des idées fausses et des gestes inadaptés. Non, les garçons, les femmes ne rêvent pas toutes d'être grandes ouvertes, élargies... le vagin est élastique mais ce n'est pas un tunnel à quatre voies, et même si, comme justifient certains adeptes de pratiques extrêmes : « une tête d'enfant peut y passer », qu'ils sachent que très peu de femmes trouvent qu'accoucher est une partie de plaisir et que s'ils poursuivent dans l'erreur, elles exigeront une péridurale avant de coucher avec eux. Quoi qu'en montrent les films, les coïts interminables ne sont pas non plus indispensables, on finit au mieux par s'ennuyer, au pire par s'irriter, aux deux sens du terme. Les acteurs X ne sont pas des champions d'endurance, ils bénéficient juste du talent du monteur qui copie/colle des séquences et met le « raccord éjac » là où il faut, tandis que le comédien est depuis longtemps reparti dîner chez lui.

o igorToutes les femmes ne sont pas non plus des soumises, n'en déplaise aux « 50 nuances de gris » et autres romances pimentées à succès. Elles peuvent aimer dominer, ou même- eh oui- passer d'un rôle à l'autre, ou même- eh oui- préférer l'amour paisible mais voluptueux tant la peau, l'odeur ou la voix de leur partenaire les excite, sans qu'il soit obligé pour les combler de sortir des sentiers battus, encore qu'un sentier battu vaille mieux qu'une femme battue. Toutes les femmes ne les désirent pas dès le premier regard, comme dans ces films où l'héroïne sonne à la porte du château et, dès le plan suivant, pratique une fellation au maître de maison avec une application de fermière trayant son troupeau et guère plus de plaisir dans les yeux. ( le regard des actrices de films porno est une énigme : à quoi pensent-elles ? )

Voyez-vous, amis garçons, il est des femmes- j'en suis- qui s'intéressent d'abord à l'homme, ensuite à son sexe, et c'est pourquoi « on baise ? » est une salutation grossière. « Bonjour, on baise ? » un valeureux effort de courtoisie, mais « Qu'est-ce qui te ferait plaisir ? » ma phrase préférée venant d'un maître d'hôtel proposant la carte des desserts ou d'un homme avec lequel le désir apparaît comme une délicieuse évidence.

 

Architeture eros II


1Exemples personnels, mais les auditeurs exprimaient ce genre de désirs

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 14:30

mari_s4.jpgDans les dîners de quadra/quinqua, on croise souvent plus de divorcés ou de couples seconde main que de couple première main, de célibataires ou de pluriamoureux. Point positif : on ne stigmatise plus les divorcés ni leurs enfants. Point négatif : La séparation intervient parfois très tôt, comme un remède de première intention et non un recours ultime. Liberté recouvrée, seconde vie en vue, yeah !!! Pourtant, est-ce si banal? La loi a simplifié le divorce dans les textes, pas forcément dans les têtes. Car il y a...

 

 

Celle qui n'a plus de vie privée : son ex habite loin et ne garde les enfants qu'un week-end sur deux. Entre le travail la semaine et les enfants le week-end, elle n'a plus un instant pour elle et n'ose pas sortir ne serait-ce qu'un soir par semaine parce qu'elle culpabilise déjà du peu de temps qu'elle consacre à ses enfants.

dos_a_dos.jpgCelle qui commence toutes ses phrases par « A cause de mon connard d'ex... »

Celui/ Celle qui a choisi la garde alternée et s'aperçoit qu'il/elle devient schizophrène entre sa semaine de parent attentif et sa semaine de fêtard(e) qui rattrape le temps perdu.

Celui/ celle qui raconte à tout le monde que l'ex est hystérique, paranoïaque, égoïste, pervers narcissique, obsédé sexuel ou frigide, bref totalement givré(e) et se demande comment il/elle a pu la/le supporter.

Celui/celle qui prétend qu'il/elle n'a jamais aimé l'ex et que son mariage a été une erreur de vingt ans.

Celui/ celle qui a choisi de divorcer mais ne supporte pas l'annonce par les enfants que l'ex a un nouvel amour.

Celui/celle qui n'admet pas que les enfants disent que la nouvelle copine (le nouveau copain) de papa/maman est trop cool.

Celle qui annonce les yeux brillants « j'ai rencontré l'homme de ma vie » après trois séparations et se désespère trois mois plus tard de constater que pas un homme ne lui offre tout ce qu'elle attend, bref qu'ils sont tous nuls.

Celui qui surfe sur les sites de rencontre, chope une nouvelle copine par semaine et s'étonne avec quelque mépris que les femmes baisent aussi facilement...

mais aussi le nouveau copain/la nouvelle copine qui s'incrustent dès la première nuit, ne supportent pas les ex et voudraient gommer le passé de leur nouvel amour.

Celui/ celle qui ne parle plus à ses ami(e)s que des enfants, des problèmes de pension alimentaire ou des derniers coups que lui a fait l'ex.

Celle/celui qui ne veut plus parler à l'ex et fait passer les messages par les enfants...

miroir1.jpgEt puis il y a l'enfant qui ronchonne parce qu'habiter entre deux maisons, c'est pas si facile, le cahier, pull, stylo... dont il a besoin se trouve toujours dans l'autre maison.

L'ado à qui on demande s'il veut vivre chez sa mère ou son père et qui murmure « Je ne veux pas choisir entre mes parents, que le juge décide ».

L'enfant qui se demande pendant des années si c'est à cause de lui que ses parents ne s'aiment plus.

Celui qui s'aperçoit qu'il est monnaie d'échange : « si tu continues à être si con (si conne), tu ne verras plus ton fils. »

Celui qui découvre, au décès de ses parents, que ce qu'on lui avait raconté sur le divorce était totalement faux.

Celui qui a compris le parti à tirer de la situation et devient un tyran domestique

L'enfant à qui sa mère dit du mal du père, à qui le père dit du mal de la mère.

Le jeune adulte qui évoque avec nostalgie sa courte incarcération, parce que ses deux parents venaient alors le voir au parloir. Ensemble pour la première fois depuis quinze ans.

(exemples tous réels)

Et puis il y a le regard heureux du jeune homme à qui une amie de jeunesse de ses parents lui assure que ceux-ci se sont aimés, ont été amoureux, et tellement amoureux d'ailleurs qu'ils l'ont fait, lui, avec désir et plaisir.

Heureusement pour les enfants qui ont tant besoin de savoir qu'ils ne sont pas sur terre par hasard ni le fruit d'une erreur de jeunesse, il existe des couples qui se séparent parce qu'ils ne veulent plus vivre ensemble mais ne renient pas leur amour passé et deviennent les meilleurs amis du monde. J'en connais, ils se reconnaîtront et je les remercie de pouvoir les rencontrer ensemble, ou séparément, sans avoir besoin de choisir ni de prendre parti.

 

 

 






 





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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 18:36

En l'an 2000, Maryse Vaillant, psychologue et directrice de collection aux Editions la Martinière me demanda d'écrire un petit opus sur le thème: « Petits arrangements... avec la fidélité ». Devant le plan que je lui adressai quelques jours plus tard, elle s'écria que ce que je proposais et vivais ne relevait nullement de « petits arrangements », mais d'une conception tout à fait nouvelle de l'amour et du couple.

 

amoureux trioEn 27 ans d'expérimentation- nous avions sérieusement commencé en 1973- de tâtonnements, de réflexions, de doutes et de purs moments de bonheur, j'avais eu le temps, c'est vrai, de constater qu'il ne s'agit ni d'adultère autorisé, ni de compromis(sions), ni d'une mode qui serait, sur un si long temps tout sauf passagère, ni de libertinage, ni d'un relent de mai 68, vue l'eau coulée sous les ponts depuis. Bac + 27, c'est au-delà du Master 3 de pluriamour ! Aujourd'hui Bac + 40, on me dira que je suis longue à la détente, ce qui est vrai. Pour tout apprentissage il faut du temps, puis on peaufine et il faut une vie...

 

Vaillante, Maryse me lança : « Ecrivez ce livre comme vous le sentez, on va simplement le changer de collection. » Lorsqu'en 2002, dans la collection « Il n'est jamais trop tard... » parut « Il n'est jamais trop tard... pour Aimer plusieurs hommes » plusieurs fois réédité tant chez La Martinière qu'en collection de poche (Pocket), j'étais loin de me douter que ce livre m'identifierait pour des années durant comme « papesse du polyamour », ce qui devient aussi agaçant que pour Bertrand Delanoë quand on ne le définit que par son homosexualité.

 

chmplain1J'étais loin de me douter à quel point ce livre toucherait ceux et celles qui le liraient, que je recevrais des centaines de lettres d'hommes et de femmes heureux de voir écrit ce qu'ils et elles pensaient sans oser le dire, même s'ils le vivaient parfois. Ni qu'en 2004 Martine Asselin, réalisatrice québécoise, me contacterait et que de nos dialogues successifs naîtrait en 2007 le documentaire « La grande amoureuse » (Vidéo Femmes)

http://www.youtube.com/watch?v=tjJkHgNBipw

 

 

J'étais loin surtout de me douter à quel point ce choix de vie m'aiderait à contruire des rapports harmonieux avec les autres, et pas seulement les amoureux, parce qu'il est basé sur l'amour, le respect et le désir de bonheur mutuel. Dans les dîners entre "polys", je suis toujours frappée par la chaleur humaine et la gaieté qui se dégagent des conversations, qui ne tournent heureusement pas que sur ce sujet. Les polyamoureux sont avant tout des amateurs de vie conviviale,  

Ca ne se fait pas en un jour, comme tout changement de logique de pensée, ni sans douleur ou du moins sans effort, mais l'effort et l'énergie déployés font partie de la dynamique de ces relations. Les phases de "rafting conjugal" où nous n'avons pas coulé même par gros temps m'ont énormément appris sur la façon de vivre un conflit sans qu'il vous démolisse, et  cela sert aussi bien dans la vie professionnelle que politique ou sociale! En gros, j'en suis sortie plus forte et confiante. Plus aimante aussi... Les moments de pur bonheur avec l'un ou l'autre de mes amours m'ont énormément appris sur moi... et sur eux. 

 

première couvEn 2010 nous avons réédité « Aimer plusieurs hommes» dans une version revue et augmentée. (Autres Mondes)

Plus de dix ans après la première édition, j'imaginais que cette idée toute simple : un seul Amour pour toute la vie est une conception respectable mais elle ne convient pas à tout le monde et ne correspond guère à la réalité. En conséquence, « ouvrir les possibles » en acceptant que des personnes choisissent d'aimer au pluriel serait à la fois juste et logique.

J'imaginais que cette idée serait devenue aussi banale que les familles « recomposées » après divorce  et que le droit aurait suivi cette évolution avec des textes permettant de préserver l'avenir et les intérêts des partenaires et enfants engagés dans cette nouvelle constellation familiale. Je l'imaginais d'autant plus que nul, depuis 10 ans, n'avait été capable de donner une réponse satisfaisante à ma question : « Pourquoi serait-il mieux d'aimer une seule personne que plusieurs ? »

 

Que nenni, demoiselles et damoiseaux ! « Polyamoureux », lutins, pluriamoureux, amoureux pluriels... appelez les comme vous voulez, suscitent les mêmes questions qu'il y a dix ans et les couples qui souhaitent vivre ainsi commencent quasiment toujours par traverser une période de doutes et de culpabilité.

Pour célébrer à ma façon la Saint Valentin, fête DES amoureux, j'ai donc sollicité Douze films Productions pour réaliser une vidéo illustrant les affres de la découverte du polyamour. A ma demande, cette vidéo rend hommage à un film que j'adore. La séquence dont elle s'inspire est sur Internet. Si vous l'identifiez, inscrivez la réponse sur votre bon de commande dans la partie « message » , les 7 premières bonnes réponses recevront en cadeau une lecture amoureuse.


cerise_sensuelle.jpgGriotte sur le clafoutis, un bonheur n'arrivant jamais seul, je suis l'invitée d'Alex Taylor dimanche 17 février à 22h sur France-Musique dans l'émission « Voyage en moi majeur » pour parler de voyages, de pays et de villes emplis d'émotions, de l'enfance, du goût de la solitude, de la plénitude face à la mer, du monde avec ses injustices accablantes et ses beautés infinies... et pour une fois pas d'amours plurielles ! Merci Alex!

 

 

 

 

 




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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 16:55

 

joueraumonde COUV4bisPour les lectrices désolées que la fin de « Jouer au monde » semble l'épilogue d'une histoire d'amour achevée pile au moment où elle semble enfin commencer, pour les lecteurs surpris que Marine, amoureuse d'Antoine, aime aussi Grigoritos (qui aime lui aussi Antoine) j'ai imaginé une petite suite, fortement inspirée par le cadeau d'anniversaire d'un ami.

« Le petit paquet était adossé à la paroi de la boîte à lettres, mince parallélépipède que Marine saisit entre ses doigts pour essayer d'en deviner le contenu. Elle remonta dans son studio et se précipita vers la fenêtre pour y voir plus clair. En ce début mars, la lumière commençait à se faire printanière mais elle avait encore du mal à percer la grisaille.

o-igor.jpgC'était un paquet de format livre de poche, ou DVD peut-être. Plusieurs fois enveloppé dans un papier décoré et plié juste comme il le fallait pour qu'apparaisse sur le dessus le dessin d'un couple sensuellement enlacé. L'adresse de Marine calligraphiée à l'encre verte- de la vraie encre de stylo à plume- semblait faire partie de l'illustration. Le tout était scotché sur le dessus, sur les côtés et dans les angles avec le soin maniaque de qui veut que son présent ne se dévoile pas d'emblée, fasse attendre le destinataire, titille son désir.

Marine tira sur le scotch, qui résista. Elle faillit prendre une paire de ciseaux puis se ravisa, de peur de couper les pages du livre- oui, ce devait être un livre- et abîmer l'image de l'homme et de la femme. Elle y arriverait avec ses mains, ses ongles. Voyant ses doigts fébriles s'escrimer sur le ruban adhésif, elle ne put s'empêcher de penser à des doigts fébriles essayant de déboucler la ceinture d'un homme et d'ouvrir son pantalon... Lorsqu'elle y mit les dents, déchirant d'une incisive aiguë un fragment de cellophane qu'elle tira tout du long, elle eut l'impression de tirer sur une fermeture éclair, comme il lui était arrivé d'ouvrir une ceinture récalcitrante avec la bouche.

Le paquet céda d'un seul coup : ce n'était ni un livre ni un DVD érotique, juste une tablette de chocolat noir au parfum fauve dans laquelle elle mordit sans hésiter, la bouche humide d'excitation avec le plaisir orgasmique de sentir couler le chocolat mêlé de salive au fond de sa gorge.

Grigoritos, allongé nu sur le lit, sourit en l'observant :

« C'est Antoine ?

-Oui, c'est lui. »

Le gréco-romain se leva et vint se poser tout contre Marine. Il saisit l'emballage du paquet, le retourna. Nulle adresse d'expéditeur n'y figurait. Il sourit :

-Il a l'air en pleine forme.

Il enlaça Marine, lui souffla à l'oreille :

- Ça te dit qu'on invente un « jouer au monde ? » Pour nous trois ?


Architeture eros II

 


 








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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 18:37

Comme tant d'autres, ce trentenaire m'avoue son angoisse à l'idée que l'amour est destiné à sombrer soit dans la routine soit dans la rupture, bref que c'est une denrée éminemment périssable et douloureuse.

amoureux.jpgCe n'est pas faux, jeune Padawan si tu confonds amour et passion, persuadé que tu n'aimes plus si tu n'as pas le ventre qui se tord quand l'aimé(e) s'absente, si tu ne passes plus tes journées à lui envoyer des textos torrides, si tu ne souffres plus. Ephémère aussi, l'amour, si tu t'imagines qu'il faut rompre ou renoncer dès qu'un être nouveau t'attire, alors que tu aimerais au fond garder les deux- voire les trois ou plus, la vie est longue et les rencontres multiples- mais bon, cela ne se fait pas et tes amis te répéteront que si tu as envie d'aller "voir ailleurs" c'est que tu n'aimes plus. Alors tu romps, tu quittes la mort dans l'âme, en sachant que tu renouvelleras ce scénario tôt ou tard en parfait sérial monolover, et te diras que l'amour, décidément, est une belle saloperie qui fait souffrir bien du monde. Ou alors si tu tiens bon et renonces à aller voir ailleurs, il y a quelque chance qu'après plusieurs renoncements, effectivement, tu n'aimes plus parce que la frustration sera trop grande...

A 30 ans, j'appréhendais pareillement la routine amoureuse, fille de la durée et du quotidien, pensais-je, et faisais mienne la chanson de Leny Escudéro (tiens, je viens de découvrir que Leny vit toujours et chante parfois, ça m'a fait rudement plaisir, ce type est un mec bien)

"Mais notre amour sera-t-il vrai lorsque 20 ans auront passé?"

 

Vingt ans, c'est parfois un peu court si cela ne mène qu'à 40 ou 45 ans, âge où bien des hommes n'ont pas fini leur crise d'adolescence. Quelques femmes non plus. Comptons assez d'années pour atteindre l'âge suffisant où l'on découvre que l'amour- les amours en ce qui me concerne- peuvent durer bien longtemps et gagner en profondeur ce qu'elles perdent en nouveauté. Encore que... la nouveauté est toujours là. Derrière les visages d'hommes rencontrés il y a 30, 35 ou 40 ans, mon regard infra-rouge décèle toujours l'étincelle qui m'a enflammée, jeune femme. Puis mon regard actuel décèle des détails nouveaux qui ravivent le désir et le plaisir de côtoyer des hommes que je connais depuis ma jeunesse.

La nature est bien faite. A 30 ans, même celui qui proclame que "la vraie beauté est intérieure", reste sacrément obsédé par le contenant et le souhaite parfait. Comme Ariane, dans "Belle du Seigneur", on ne veut voir et offrir qu'une esthétique sans défaut, en gommant l'idée même qu'un être aimé puisse se moucher, avoir la fièvre ou déféquer. Je suis sûre, jeune Padawan, que tu traques sur toi le moindre poil de trop, (léger) bourrelet à la taille ou cicatrice. Que ta copine s'applique à elle-même une égale sévérité, trouve toujours ses seins trop menus ou trop lourds, ses kilos excédentaires et son teint à chier, tous complexes savamment entretenus par la presse féminine qui font la fortune des marchands de cosmétiques.

vieux2.jpgA 50 ans ou au-delà, lorsqu'on se connaît depuis des décennies, on garde certes quelques rejets rédhibitoires- dents pourries, ventre depardiesque, fortes odeurs corporelles- mais on se surprend, parce que l'intimité avec les années est devenu intérieure, tout comme la beauté, à se troubler de détails qu'on aurait autrefois considérés comme éliminatoires.

" Passé quarante ans, le corps des hommes raconte leur histoire, leurs bonheurs et leurs blessures. Je passerai sdes heures à le décoder, le séquencer, Champollion du désir face à d'intimes hiéroglyphes... " (Des désirs et des hommes)

Les amoureux au long cours peuvent tout se permettre, même l'humour, trop souvent absent du sexe, hélas.

"Arrête, c'est trop bon!

-Je reconnais bien là ta rigueur judéo chrétienne: quand c'est bon, on doit s'arrêter... J'en ai connu qui criaient: "Oui, oui, continues...

Des salopes, d'infâmes séductrices! J'espère que tu ne les as pas crues?

-Pas du tout, je baise comme un pied.

-Montre moi, mon amour."

(Autres désirs, autres hommes)

La main sur le corps d'un homme plus tout jeune se heurte à des aspérités, des irrégularités, de la mollesse ou de l'osseux, c'est un paysage plus tout à fait lisse et ça tombe bien: on a perdu le goût du lisse, on a traversé ensemble des précipices, des chagrins, des combats et on aime ce qui est vivant. On s'est quitté parfois, puis retrouvé avec la pleine conscience de ce qui rapproche plutôt que le grief de ce qui éloigne. Si l'on continue à se voir, s'aimer, se désirer après tant de péripéties, parfois après de longues absences, c'est que le sexe n'était pas le seul ferment de l'amour et c'est bigrement agréable de se dire qu'on aime tout simplement partager des morceaux de vie avec un- ou plusieurs- êtres qu'on aime pour ce qu'ils sont. Avec la capacité que donne la maturité de savoir aussi vivre loin d'eux sans se sentir aussitôt amputé d'une part de soi.

On se surprend à être troublé(e) par un geste qu'on n'aurait même pas remarqué à 30 ans, à contempler le contenant plus tout neuf avec une gourmandise attisée par le fait qu'on connaît le contenu, ce mélange de connivence, d'échanges, d'humour, d'opinions convergentes ou divergentes et même de paillardise qui crée l'intimité.

On n'a plus rien à prouver ni à se prouver, on l'a vécu. Il reste à savourer l'amour juste pour le plaisir, avec ses jeux et sans enjeux. On se prend alors à plaindre la routine des amants "on dîne, on baise" bi-hebdomadaires, l'ennui des fêtes où l'on drague sans l'assurance de conclure mais avec la certitude de prendre la gueule de bois, la répétitivité de soirées libertines où les participants ne savent plus quelle géométrie érotique inventer pour pimenter les ébats, la monotonie des rencontres par sites spécialisés où durant l'entretien "en vrai" on a l'impression de passer un entretien d'embauche et d'en faire passer un (ses qualités correspondent-elles au profil affiché? La photo sur le Net ne date-t-elle pas de dix ans? Pourquoi affiche-t-il ses revenus, me prend-t-il pour une femme vénale?) avec une forte envie de crier "Au suivant", comme Brel.

78607-jacques-brel.jpg         Brel, qui, au final, chante si bien les amours durables.

 

 

 

 


 

 

 

 

 

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 13:05

18365063-r 640 600-b 1 D6D6D6-f jpg-q x-20031024 023207Deux couples, Jacques et Carole, d'âge mûr, Edith et François, juste mariés. Ils sont voisins, deviennent amis : François, médecin, est le successeur de Jacques, Edith trouve auprès de Carole une amie joyeuse et maternelle. Tous les quatre s'entendent à merveille : dîners champêtres, promenades, rires... Le bonheur. Au cours d'une partie de pêche, Jacques et Edith se trouvent en tête-à-tête et échangent un regard émerveillé. Ce regard qui s'appelle Désir. Pas seulement le désir de l'un pour l'autre et de l'une pour l'autre, non : le désir comme énergie de Vie quand tout-à-coup, sans qu'on puisse l'expliquer, une personne nouvelle entre dans votre univers et lui donne un éclat supplémentaire. C'est un bonheur indicible que cette sensation de plus de vie, plus d'envie, plus de force que donne ce désir, qui dépasse largement le cadre sexuel. Murmure d'un spectateur : « Ca  sent le dérapage... »

 


baiser1.jpgEdith et Jacques s'aiment, sans pour autant cesser d'aimer leurs conjoints respectifs, et on voit sur les deux personnages (J.Pierre Bacri et Isabelle Carré, excellents) la lumière s'épanouir et les rendre plus beaux. L'amitié entre les deux couples reste intacte, Carole adore Edith, qui le lui rend bien. Jusqu'au jour où, allant chercher une bouteille à la cave, Carole voit Jacques et Edith s'embrasser. Patatras et vaudeville... François, le jeune médecin, quitte la maison en trombe, poursuivi par une épouse en pleurs qui lui demande pardon. Le lendemain, dispute violente entre Jacques et Carole qui tourne au drame lorsque Carole se blesse grièvement contre une baie vitrée. Elle s'en tire, retrouve Jacques et sa vie d'avant, tandis que le jeune couple déménage et qu'on aperçoit Jacques, nez contre la vitre, s'assombrir doucement en voyant partir la jeune femme. Perte de lumière.

Commentaires sur le film, entre amis. Certains com', plutôt masculins, y voient la preuve que « l'amitié entre homme et femme est vouée à déraper » ou regrettent que les deux amants n'aient pas eu l'intelligence de mieux se cacher. D'autres, plutôt féminins, constatent que, comme d'hab, « la laissée pour compte est la femme plus âgée et le séducteur l'homme mûr », ou regrettent elles aussi que pour « une passade, ces deux là aient détruit la belle harmonie entre les deux couples. »

entrepot2.jpgJe remarque que ce n'est pas une passade, mais de l'amour, qui n'aurait jamais dû mettre en danger l'harmonie entre les deux couples qui continuaient à exister et à s'aimer. « Mais quand même, Carole surprend son mec en train d'embrasser la voisine... - Ben oui et alors ? Qu'elle ait un moment de surprise, voire de colère en s'apercevant qu'on lui a caché quelque chose, c'est logique, mais pourquoi en rester à cette réaction viscérale et brusquement ne plus pouvoir aimer Edith ? La jeune femme n'est pas devenue sans intérêt juste parce qu'elle aime Jacques ! Au contraire, ca ajoute même un point commun entre les deux femmes:) Ca me fait penser aux personnes qui lorsqu'elles cessent d'aimer traitent leur ex de tas de noms d'oiseaux ! Ca arrive qu'on n'aime plus ou qu'on ne soit plus aimé, c'est évidemment douloureux, mais ça ne devrait vous rendre ni odieux ni idiot. »

Blanc dans la discussion, comme si j'étais une martienne parlant une langue inintelligible, que j'ai interrompu en concluant: « C'est un film grand public, il répond à ce qu'attend le public : un coup de cœur, un coup de désir, ça doit forcément se payer et au final l'ordre est sauf puisque les deux couples se referment sur eux-mêmes.

cerise05.jpgDeuxième anecdote : sur le site polyamour.info, je poste la question que m'a posé un ami de 65 ans : « Comment fait-on pour satisfaire plusieurs amoureuses quand on vieillit et qu'on a des problèmes de santé et particulièrement d'érection ? » Sous-entendu : votre truc, c'est pour les jeunes qui ont les moyens et l'énergie d'assurer. La réponse de Tentacara ne tarde pas: «Que ton ami se rassure, la satisfaction de son (ses) amoureuse(s) ne reposant plus sur ses seules épaules, il peut profiter de ce que son âge peut offrir de plus précieux : DU TEMPS! ! Puis celle d'un pluriamoureux plein d'humour : « J'ai 65 ans, et parfois mes érections tardent à se manifester, mais je ne suis ni manchot ni sans langue. Aucune ne trouve à redire. »

 gary.jpgBref, les amours plurielles, en permettant à chacun d'offrir ce qu'il peut offrir au lieu de se lamenter de ce qu'il ne peut plus offrir, et en ne s'offusquant pas de ce que d'autres participent au bonheur des aimé(e)s prolongent la vie amoureuse au delà de la limite qui faisait si peur à Romain Gary.

De ces deux anecdotes récentes, je me dis que bien au-delà de « l'adultère dédramatisé » comme le présentent trop souvent les medias, les pluriamoureux apportent un regard autre, fondé non sur la possession ou sur la performance, mais sur le désir et le bonheur de découvrir d'autres personnes et d'autres façons d'aimer, qui n'entrent pas en rivalité mais en résonance, en complémentarité.

C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup. A savoir que ce changement radical de logique amoureuse permet d'imaginer des désirs stimulants et des amours joyeuses au lieu des drames de la jalousie, drames de l'ennui et autres conflits qui empoisonnent et tuent tant de relations. Cet abandon d'une logique de possession et de compétition dans la vie privée pourrait s'étendre à des sphères de la vie publique, ce qui fera l'objet de prochains billets.


 

 

Une des chansons les plus cruelles et les plus belles que je connaisse sur l'âge...

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 20:18

 joueraumonde COUV4bis« Deux ou trois fois par an, Marine venait la voir pour de courts séjours illuminés de confidences et de fous-rires. Madeleine regardait sa fille et s’émerveillait à chaque fois que cette jeune femme indépendante et belle assise en face d’elle vînt de son ventre. Qu’on puisse fabriquer des êtres humains continuait à l’étonner, et plus encore l’idée que cette création soit à la portée du premier imbécile venu. Si Dieu existait, elle le trouvait bien inconséquent d’avoir permis cela.  « Tu as raison, riait Marine, naître, procréer et mourir sont les actes les plus importants de la vie et les seuls que tout le monde a le droit de faire sans contrôle, même un crétin abyssal, alors que dans n’importe quel autre domaine on te demande de prouver tes compétences. » (JOUER AU MONDE)

 b_b_.jpg« Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille applaudit à grands cris » écrivait Victor Hugo, dans un élan poétique où il décrit le nouveau-né comme un « corps où rien n’est immonde, âme où rien n’est impur » ce qui prouve d’une part sa méconnaissance totale de l’odeur des bébés (lait caillé + transpiration+ pipi/caca) d’autre part une pudibonderie funeste à penser qu’une fois adulte, le corps a quelque chose d’immonde… alors qu’il reste une machinerie absolument magique dont les réactions sont un mystère ravissant des milliers de chercheurs. Allez, Victor, mettons ton enthousiasme au compte de la poésie. Plus réaliste, mon père, avec humour et flegme- il a quand même élevé cinq enfants- complétait : « Le cercle de famille applaudit à grands cris… et les emmerdements commencent ». Encore eut-il de la chance, nous fûmes de braves petits, bons élèves et respectueux de nos parents, même quand ils nous semblaient, comme à tout ado, ringards ou « boloss faisant crari » (à l’époque on disait « croulants » ou « out »)

miroir.jpgVers la trentaine, à toute copine bêlant « je voudrais un bébé ! » je rappelais qu’un bébé, OK, c’est mignon- quoique l’odeur de lait caillé, parfois…- mais qu’elle devait avoir conscience que le bébé devient un enfant sujet aux maladies infantiles, aux chutes, aux doigts dans la prise électrique, aux questions incessantes, aux pleurs angoissants parce qu’inexplicables, aux résultats scolaires déprimants, aux goûters d’anniversaire qui laissent sur le flanc lorsqu’on a géré 15 gamins vociférant, aux réunions de parents d’élèves interminables et au festival de fin d’année du cours de danse (musique, théâtre…) où pour apercevoir son rejeton quatre minutes on doit se fader un spectacle de quatre heures !

punkette.jpgEnfin pubère, l’enfant devient ado et le parent exécrable, c’est la loi des hormones : si tu veux devenir adulte, mon fils- ma fille- tu dois te détacher de tes parents, ce qui implique, tant la perspective est dure, de les rejeter violemment en trouvant « nul » tout ce qu’ils font ou disent. Qu’ils soient parents classiques, baba-cools, hors normes, sévères ou indulgents, tu les provoqueras en étant insolent, boudeur ou marginal, en demandant qu’ils te conduisent au collège en voiture mais « gare-toi loin, maman, parce que si mes copains te voient … la honte ! », honte présente que la mère soit moche ou canon selon lesdits copains.

rockerTu adopteras des conduites à risques ou au contraire te retrancheras dans ta chambre non sans avoir levé les yeux au ciel pour signifier ton mépris du monde adulte et mis la musique à fond la caisse, ce qui ne t’empêche pas d’exploser ton forfait téléphonique en racontant à tes copines comment ton nouveau mec est « trop » !!! Bénis soient les forfaits illimités qui n’existaient pas à l’adolescence de mes filles, nos comptes bancaires s’en souviennent… Parent, on ne survit à l’adolescence de ses rejetons qu’en sachant que c’est hormonal et que ça dure en moyenne 6 ans. 13/19, les chiffres en « teen », d’où « teen-agers ».

Alors, copine, si tu veux un bébé, sache que tu en prends non pas pour 20 ans mais pour la vie, avec des moments de pur bonheur et fierté quand tu regarderas les adultes qu’ils (elles) seront devenu(e)s, mais aussi du souci, même si tout va bien pour eux, et pire encore lorsqu’ils n’iront pas bien, ce qui arrivera forcément car la vie ne peut faire abstraction de certains malheurs, qui font d’ailleurs mieux cerner la fragilité du bonheur et le devoir absolu de goûter, savourer, rechercher tous les instants de bonheur, quels qu’ils soient, sans jamais culpabiliser. Même si tu es championne du monde dans l’art de t’assumer et de ne jamais culpabiliser, tu te demanderas toujours, devant ce rejeton mal dans sa peau : « Aurais-je merdé quelque part ? » tout en te disant que zut, l’environnement d’un gamin n’est pas fait que de ses parents mais aussi des potes, des profs, de la TV, d’Internet, des voyages et surtout de son propre regard sur la vie. Une copine qui en voulait à son père de ne pas l’avoir aimée assez (illusion ou réalité, je ne sais pas, je n’ai jamais connu son père) s’est fâchée avec moi lorsque j’ai osé lui dire : « Ton père a sans doute fait des erreurs ou en tout cas tu l’as ressenti ainsi, mais devenir adulte c’est aussi faire la paix avec ton passé, même si tu ne l’oublies pas. La rancune éternelle te rend malheureuse et de plus, ton père étant mort, tu ne peux même pas lui casser la gueule ! » Elle avait pourri sa vie, celle des hommes qu’elle rencontrait et identifiait au père et celle de son frère qu’elle jalousait, persuadée qu’il avait été préféré parce que garçon. Comme quoi, certains enfants ne grandissent jamais…

P1020899« Tu fais tout pour en dégoûter les autres, mais tu en as eu quand même », répond la copine.

- Ai-je dit qu’il ne fallait pas en avoir ? Non. C’est un choix, tout comme celui de ne pas en avoir, mais qu’au moins il soit lucide, faute de quoi tu seras forcément déçue par le décalage entre le délicieux bébé décrit par Victor Hugo et la réalité d’accompagner un enfant jusqu’à la fin de ta vie avec de merveilleux moments, mais aussi de vraies difficultés. »

Heureusement, la majorité des parents acceptent l’enfant et le lot d’emmerdements qui va avec, et continuent de parler de chaque naissance comme d’un heureux événement et de leur progéniture avec amour et fierté, malgré les tempêtes traversées.

QUESTION: pourquoi la sagesse que ces personnes possèdent en tant que parents leur fait-elle  si souvent défaut dès qu’il s’agit d’amour au sens couple et sexuel du terme ?

Pourquoi exigent-ils des contes de fées et de l’amour fou ? A cause de son idéalisation (« Aimer, à perdre la raison ») par les poètes, qui les incite à vouloir que le leur soit tout aussi beau, tout aussi fort, tout aussi pur, pour les siècles des siècles, Amen… et les fait rompre à la moindre anicroche ? Ne seraient-ils pas plus heureux en étant conscients, dès le début d’une relation, qu’ils s’embarquent pour un rafting sur torrent agité mais justement passionnant à cause de cela, de ces moments où on se demande « qu’est-ce que je fous avec cet abruti(e) ? » alternant avec des instants magiques où, comme disait une amie après 35 ans de vie commune : « Parfois, Jean-Claude fait un geste qui me charme et à ce moment là je sais exactement pourquoi je l’aime depuis mes 16 ans. »Ce qui n’empêche pas qu’ils se soient, j’en suis sûre, disputés autant de fois qu’il le fallait… L’amour relève décidément davantage du goût pour la réalité des êtres que de leur idéalisation.

julien 94rogné

Tableau Julien Meunié.

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