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1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 15:04

" Mange quelques zakouskis, je les ai faits moi-même". L'ami russe a des pommettes hautes qui font paraître son visage triangulaire et ses yeux plus enfoncés qu'ils ne le sont. Tout à l'heure, peut-être, tracerai-je avec mes doigts les contours de ce triangle. Pour l'heure, je me souviens d'un crépuscule paisible où J*** s'était allongé sur mon lit pour bavarder. Il faisait très chaud, il était en slip de bain, moi en robe d'été. Il avait le torse étonnamment velu, de véritables bouclettes brunes et denses. Je n'aime pas les poils. C'est donc tout à fait amicalement que mes doigts s'y promenaient. J*** guida ma main. Je la lui abandonnai. Nos deux mains se rencontrèrent sur son sexe, emmêlées, lentes d’abord, puis fébriles. Je les ai regardées faire, jusqu'à la jouissance. Plaisir de voyeuse. Gouttelettes blanches sur les boucles noires, odeur d'amour. J*** m'a souri: "Ils sont bons, tes zakouskis". La phrase, prononcée avec un terrible accent du midi m'est restée. Elle a donné pour toujours à tous les zakouskis du monde, l’exquise saveur du désir en suspens.  Tout à l'heure, je dessinerai du bout des doigts ce visage en triangle...

 

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19 octobre 2007 5 19 /10 /octobre /2007 13:17

Est-ce l'automne? En trois jours, plusieurs ami(e)s m'ont fait part de leurs doutes sur leur vie privée, qu'il s'agisse de s'évader d'un couple classique ou de s'interroger sur les vertus de l'amour libre. Avec généralement l'envie de trouver "le" bon modèle. J'ai fouillé dans mes archives et trouvé ce texte de 2005, écrit après une période d'incertitudes multiples, qui ont mûri mon équilibre d'aujourd'hui.

Mai 2004, j’interviewe une brillante universitaire. Avant la fin du repas, alors que nous parlons d’un tout autre sujet, elle me confie : « J’ai lu « Aimer plusieurs hommes  ». Il y a six mois, je vous aurais dit que c’était exactement moi. Et puis j’ai changé d’avis. Je change de vie. »

Elle avait fait ses études au cours de la décennie 70/80, parenthèse enchantée des libertés en tous genres, avec la pilule et sans le SIDA. Après leurs études, son mari et elle se sont installés et ont opté pour une vie amoureuse très libre « Pour nous, ça allait de soi. Nous nous aimions, nous avons eu deux enfants, et nous menions des relations amoureuses en toute liberté. Sans tout nous dire, mais sans rien nous cacher. Comme vous. Autour de nous les gens restaient incrédules, ils guettaient le moment où ça allait craquer. On a passé vingt ans de bonheur et de liberté, avec des enfants bien dans leur peau… »

J’attends le « Et puis… », le récit de l’instant où tout a basculé. Un déclic étonnant, avec un vieux copain de fac, nommé là où elle travaille. Retrouvailles chaleureuses, puis de plus en plus tendres. M. passe une soirée chez cet ami, comme elle a passé de multiples soirées depuis vingt ans chez des hommes , rentrant au petit matin chez elle. Mais cette fois ci, elle ne rentre pas. Pendant un mois, lorsqu’elle va chez cet homme que nous appellerons H. elle ne retourne chez elle que le soir suivant et perçoit bientôt chez son mari un reproche muet, un silence attristé. Il sent qu’un grain de sable est venu enrayer cette mécanique si bien huilée. H. est de plus en plus amoureux, M. l’est moins que lui et pourtant, au bout d’un mois, elle appelle son mari pour lui dire qu’elle désire une séparation. Le grain de sable est devenu montagne. « Qu’est- ce qui vous a amenée à changer de vie, d’avis ? »

 

 

Ce n’est pas l’amour, elle a connu des passions autrement plus torrides qu’elle a su « gérer » de main de maître, navigant sans faillir entre ses nuits brûlantes, son travail, la tenue de la maison avec deux ados à nourrir, et son mari. Autour d’elle, chacun vantait sa vitalité, les hommes de sa vie l’épiaient avec une admiration non dissimulée, beaucoup avaient essayé de l’entraîner dans une classique liaison s’achevant par un divorce, « comme les copains  ». En vain. Elle tenait boute au vent.

 

 

« C’est de cela que j’ai eu assez, de cette image d’extra-terrestre de l’amour, capable de garder le beurre et l’argent du beurre, de mener mille vies quand d’autres peinent avec une seule. J’ai été parfaite, et c’est épuisant d’être parfaite. J’ai mené une vie extraordinaire mais avec le sentiment qu’on m’attendait sans cesse au tournant, qu’on guettait la faiblesse… J’ai lutté, mais je suis fatiguée »

 

 

M. se tait, dessine des ronds sur la nappe, hésite : « Je ne sais pas si j’ai raison, si cet amour va durer. Je fais de la peine à mon mari qui ne comprend pas ma volte-face, à mes enfants si fiers de leurs parents, à bien des amants vexés qu’un autre ait réussi ce qu’ils avaient tenté en vain. Ma seule motivation, c’est de m’inscrire dans un schéma tout simple de couple fidèle, où on ne se pose pas de questions et surtout les autres cessent de vous en poser. »

 

 

Les autres, dont beaucoup doivent se réjouir de l’échec de ce couple libre qui a tenu vingt ans, plus que bien des couples classiques, car ils vont pouvoir décréter que « cela ne marche pas », tout comme une étude négative sur l’homéopathie est généralement annoncée sous le titre « l’homéopathie, ça ne marche pas », tandis qu’un échec d’un médicament quelconque ne fera jamais titrer : « la médecine ne marche pas. » Le modèle dominant bénéficie toujours de plus d’indulgence que le modèle marginal, qui n’a pas droit à l’erreur. L’erreur est sans doute de passer d’un modèle à un autre, de s’imposer une théorie du comportement si rigide qu’elle enferme autant que les petites cases d’antan.

Longtemps, j’ai tenté de modéliser ma façon de vivre, sans y arriver, car elle est par essence fluide. A l’inverse de la monogamie, qui interdit les escapades hors du couple, la notion de fidélités plurielles, si elle laisse la porte ouverte aux désirs, n’impose pas d’être en permanence « plurielle ». La vie n’y est pas construction sur plans, mais mouvance perpétuelle.

 

 

Lors de la parution de « Aimer plusieurs hommes  », je me référais encore à la notion de couple, comme le centre d’une galaxie autour de laquelle tournaient d’autres amours. Aujourd’hui, je placerais plutôt la personne seule au centre de la galaxie, comme un électron libre auxquels s’accrochent d’autres électrons qui génèrent des relations plus ou moins intimes et non codifiées selon le degré de projet et de complicité communs. Lorsque la sexualité n’est plus « le point où tout bascule » mais devient un langage, elle cesse de dominer la relation et  c’est pourquoi les soirées du type « on dîne, on baise » ne m’intéressent plus guère. Peut-être aurais-je un jour envie de renouer avec ces séductions légères, ou au contraire un accès de monogamie ou de chaste solitude. Quoi qu’il en soit, je ne me dirais pas que je change d’avis ou de modèle. Je respecte les mouvements de la vie, qui sait souvent mieux que nous. Mais tout ceci demande d’avoir confiance en Elle, confiance en soi. Apprendre à s’aimer, soi, pour ne plus dépendre du regard des autres, et pour que l’autre ne soit plus un besoin mais un désir, cela exige de cultiver à la fois le détachement et l’amour. L’intimité et la juste distance. En ne craignant ni les incertitudes ni, parfois, un peu de solitude.

 

 

 

 

 

 

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17 octobre 2007 3 17 /10 /octobre /2007 13:02

« Lola a besoin de toucher les hommes pour qu’ils la touchent »  En écrivant cette phrase, je m’étais dit qu’on pouvait l’interpréter de quatre façons différentes selon la signification du verbe toucher. 

Lola a besoin de caresser les hommes pour qu’ils l’émeuvent 

Lola a besoin d’émouvoir les hommes pour qu’ils la caressent 

Lola a besoin de caresser les hommes pour qu’ils la caressent 

Lola a besoin d’émouvoir les hommes pour qu’ils l’émeuvent.  

Ca ne veut pas dire la même chose, mais ça met en valeur le lien étroit entre le tactile et l’affectif, entre la caresse futile, furtive et celle qui crée l’intimité. Cela rappelle que l’intimité peut rendre émouvante une caresse qui serait banale, voire grotesque ou désagréable sans elle. 

Le toucher, sens primordial : la peau est le plus grand organe sensitif, plusieurs mètres carrés de cellules, et parmi ces cellules, des quasi-neurones sécrètent des neuromédiateurs vers le cerveau. (il y a aussi des quasi neurones dans l’intestin, fidèle récepteur de nos humeurs) Les immunobiologistes étudient cela pour comprendre le bien-être éprouvé lors des massages- pas seulement psychologique, mais aussi biologique- et pour essayer de trouver une lecture scientifique de l’acupuncture. 

Donc la peau, primordiale dans le lien vers l’autre. Des nourrissons parfaitement nourris, changés, lavés mais pas câlinés peuvent dépérir alors qu’à l’inverse des orphelins de Roumanie au bord de la mort ont été récupérés beaucoup plus vite avec des soins ET des câlins. On utilise également des poches kangourous pour mettre les prématurés au contact de la peau de leur mère, ce qui les aide à mieux grossir. 

Or le toucher, est aujourd’hui négligé. On se laisse toucher par le corps médical et paramédical ou son (ses) partenaires sexuels. On touche ses enfants. Juste les siens, parce que les autres, c’est tout de suite la parano de la pédophilie. Ses amis  ? Hormis dans les pays du sud où l’accolade entre hommes est courante, celle-ci vous fait vite passer pour un pédé. Oublions les bises entre collègues de bureau, simple habitude ou rituel social ( en Bretagne, c’est trois, à Paris, c’est quatre). 

Aujourd’hui,  Journée de la lutte contre la misère : on parle des pauvres en termes uniquement économiques. Moins de 817 euros par mois, c’est la pauvreté. Négligées, la solitude et la misère affective, qui doivent être si dures pourtant : « Aucune femme ne lui propose de l’emmener chez elle, d’ailleurs aucune femme ne l’aborde comme Lola l’a fait, les gens ont peur des pauvres, ils doivent croire que c’est contagieux, alors ils préfèrent les éviter, changer de trottoir, penser que ces gens là sont forcément dangereux ou violents, c’est pire que le manque d’argent, se dire qu’à présent on se méfie de vous… » [1]  Donnez une pièce, bien sûr, mais échangez quelques mots, serrez la main de la personne, vous ne pouvez pas imaginer combien cela leur fait plaisir. La fraternité de la rue n’existe guère par les temps qui courent. 

Hier, lancement de Baby first, TV conçue pour les bébés de 6 mois à 3 ans.  Mieux que de les laisser toute la journée devant TF1, clament ses parti sans , qui estiment que la TV est moderne, incontournable et ses adversaires des passéistes. Abrutissante et significatif de la démission des parents disent les autres.  Il y a du vrai dans les deux, mais j’ai surtout aimé l’intervention d’un psy qui a rappelé que l’ouverture au monde doit se faire avec les cinq sens pour être complète, et qu’en l’occurrence, la TV ne stimule que le regard et l’ouïe.  Cliquer sur une souris qui met de la couleur sur l’image ou regarder une fleur sur l’écran n’a pas la même signification que le contact charnel avec la peinture et la pâte à modeler ou l’odeur de la fleur qu’on respire, le goût du fruit qu’on croque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] « Ce qui trouble Lola », évidemment, je vous ai dit qu’on y trouve Tout J

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9 octobre 2007 2 09 /10 /octobre /2007 00:58

Jeux de conquêtes : « L’extrême plaisir de séduire quand on est jeune et qu'on découvre le pouvoir infini que donne sur un homme socialement arrivé une jambe désirable, un sein à peine voilé ou un regard appuyé. Observer les visages tendus des autres joueurs et se sentir soi-même parfaitement calme… (« Le jeune homme au téléphone ») 

Jeux de rôles: « Lia voulait savoir comment baise un sexologue… Ce serait comme un jeu où on a le droit de faire tout ce qu’on veut pendant un quart d’heure. Notamment baiser dans un cabinet médical avec un professionnel du sexe » (Des désirs et des hommes

Mystère du désir : « Elle ne le trouvait pas vraiment beau : dans une foule elle ne l’aurait pas remarqué. Il ne ressemblait à aucun des hommes qui l’avaient troublé dans le passé. Mais en se penchant sur lui, en respirant sa peau, elle sentit le désir la submerger. Son cœur s’accéléra lorsqu’elle commença à parcourir son ventre et ses cuisses de baisers tout légers, jusqu’aux jambes, jusqu’au bout des pieds. » (L’algue fatale) 

Evidence du désir : « Il a baissé la lumière, s’est assis en tailleur sur le matelas et m’a fait signe de m’asseoir face à lui dans la même position. Puis il a pris ma main, l’a posée sur son sexe qui était mince et dur. J’ai souri : « Je croyais que tu n’avais plus envie… - Je sais, mais tu émets des vibrations particulières. Il y a longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Caresse-moi, fais-moi du bien. » Il avait un pantalon de toile fluide, un peu comme un saroual, fermé par un lacet que je n’ai eu aucun  mal à desserrer. En dessous, il ne portait rien et ma main a senti tout de suite sa peau, la chaleur de sa bite légèrement humide à l’extrémité. Nous ne disions pas un mot. Je caressais sa verge, je caressais ses couilles qui roulaient et gonflaient entre mes doigts, si absorbée par le trouble qui me gagnait que j’ai à peine réalisé que ses doigts à son tour me fouillaient. (Les latitudes amoureuses) 

Intimité: Elle s’assoit sur la chaise de la cuisine tandis que Matteo prépare le café. Il est nu, il a des fesses superbes, elle le  lui dit. Il rit, tourne la tête et lui jette un regard affolant de fille, le même regard qu’Adrien, qui la trouble à nouveau.  Il s’en rend compte, recule vers elle, lui met le cul à hauteur du visage, ondule à deux centimètres de ses lèvres. Lola veut l’esquiver, lui ordonne d’arrêter, mais il se frotte à elle, lascif, voire lascive. Elle éclate de rire : « Matteo, tu es une allumeuse, une petite salope d’allumeuse, arrête tout de suite » […] Il la regarde dans les yeux, joueur : « N’est-ce pas que je te plais ? »  Sa bouche est mutine, son sourire provocant. En riant,  Lola le prend à la taille, le force à se lever et lui claque les fesses avec un plaisir extrême, puis elle les lui écarte et y entre la langue. A cet instant, elle aime tout de lui. (Ce qui trouble Lola) 

Imaginaire sans tabous: Elle-même découvrit qu’une clé à pipe porte bien mal son nom mais peut servir à d’autres usages pénétrants, que le silicone liquide destiné à lubrifier les dérailleurs de vélo ouvre à des sports de glisse autrement plus profonds… Bref, du gant de bricolage en fin latex jusqu’aux serre-joints, en passant par les pinces crocodile capables de mordre voluptueusement ses seins, ou le film plastique- d’ordinaire vendu aux pressings pour emballer le linge propre- dont elle emprisonna bien serré Damien, ne laissant à nu que sa verge devant laquelle elle s’agenouilla, la quincaillerie paternelle s’était transformée en antre du plaisir où l’imagination remplaçait avantageusement le côté « hyper realistic » des godes de sex-shop. (Autres désirs, autres hommes ) 

Suppression des « petites cases » : « Tu ne m’as pas enculé… » […]  « Et alors ? Tu n’as pas joui ? -Oh si ! C’était géant…  

-J’avais envie de ça, te montrer qu’un pédé n’est pas qu’un enculé, te sortir de la tête ces préjugés de sexualité primaire dont les hétéros nous affublent et que tu as forcément puisque tu viens, par définition, d’une famille hétéro : tout homosexuel est né d’un couple hétéro, preuve que ce n’est pas héréditaire ! Jouir entre hommes , Stéphane, c’est pouvoir tout faire : se caresser, se pénétrer, chacun son tour prendre ou être pris, se faire mal pour se faire du bien, être tendre ou brutal. C’est goûter nos odeurs et nos jus dont on n’a pas peur parce qu’on a les mêmes. On est semblables, donc on n’a peur de rien. »  (Autres désirs, autres hommes

Découverte de soi : Je n’avais pas peur de grand-chose, excepté de moi, et tu m’as délivrée de cette peur de moi, rendu mes excès adorables. Pourquoi toi ? Parce que. Moment propice, j’y étais prête, mes pérégrinations sur la planète des hommes m’ont autant appris sur moi que sur eux, la vie est une savante alchimie d’instants vécus qui complètent peu à peu le puzzle.  J’ignore ce que sera l’image achevée,  tant mieux. Si je la connaissais, si je la programmais, je crois que je n’aurais plus envie de vivre, les certitudes m’angoissent … (Ce qui trouble Lola) 

Pourquoi tous ces bouts de texte ? Pour répondre à l’étrange question d’un  ami : « Finalement Françoise, ce que tu aimes, c’est baiser ou rencontrer des gens ». ?  Si le sexe n’était que baiser ou jouir, on s’en lasserait vite. Certains s’en lassent vite à cause de cela.  Mais lorsqu’il permet d’affronter les mystères de l’autre et ses propres mystères, ombre et lumière, désirs et répulsions, tendresse et agressivité… quand il ouvre le mental autant que le physique, comment penser « en faire le tour » en une vie ?

 

 

 

 

 

 

 

 

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17 septembre 2007 1 17 /09 /septembre /2007 10:25

Extrait d’un roman  commencé, jamais achevé. Du désir sans prononcer le mot, ni dire sexe, mouiller ou bander. Ce pourrait être un jeu : écris un texte érotique sans utiliser tel ou tel mot.  Histoire de titiller son imaginaire et de sortir des bites triomphantes, chattes humides, fentes voraces et autres queues longues et  dures. J 

 

« En ce temps là, l'été avait de luxuriantes libéralités. Je veux dire par là qu'il ne livrait pas chichement quelques rayons de soleil, sitôt payés d'un orage ou d'un incendie de forêt. Il savait s'épanouir dans des chaleurs lourdes qui nous baignaient de torpeur la journée durant. Mais à la nuit montante,  à l'heure où les cigales se font moins lancinantes  et la lumière plus douce, la chaleur emmagasinée sur la peau nous rendait sensuelles. C'était l'heure où, jeunes filles, nous étions prêtes à tous les abandons. Blottie à l'avant de la voiture, entre Jean et Benoît, je sentais leurs corps se crisper à l'entrée des virages et j'aimais le mouvement de leurs muscles à travers le fin coton des chemisettes. Les crissements des pneus, qui me faisaient à chaque fois redouter un dérapage fatal dans le ravin, m'incitaient à serrer mes cuisses très fort l'une contre l'autre. Je me sentais partagée entre l'appréhension de l'accident et l'excitation de mon corps, sans arriver à bien démêler les deux sensations

Je fus cependant soulagée lorsque Jean ralentit et emprunta un chemin en pente qui descendait sur la plage. La nuit était claire et douce, la lune aux deux tiers. Je regrettai un peu qu'elle ne fût pas pleine, pour la perfection de l'image.  Nous fîmes quelques pas. Nos pieds s'enfonçaient dans la fraîcheur du sable. La mer était très calme, à peine frangée d'une écume silencieuse. Les deux garçons m'avaient gardée entre eux deux et nous marchions, bras dessus, bras dessous, sans un mot. Tous deux se regardèrent, et je compris. »  

 

A lire aussi, « Les Vaisseaux du cœur » de Benoîte Groult, un des romans les plus vrais et les plus libres sur le désir féminin, désir joyeux, impérieux et subtil. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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8 septembre 2007 6 08 /09 /septembre /2007 03:35

Picorant sur les sites des commentateurs de ce blog, qui me mènent à d’autres textes, puis d’autres encore, souvent libertins, je suis frappée de constater combien  ces bloggers dévoués au plaisir libre jettent l’opprobre sur « les hommes seuls ». Les publicités des clubs et saunas privés également, dont le principal argument de qualité, hormis fort heureusement l’hygiène et la propreté, est généralement de souligner que les hommes seuls y sont peu nombreux, ou canalisés. 

Bref, tout se passe comme si au pays du libertinage seuls avaient droit de cité les couples et un échange donnant-donnant :  tu zyeutes ou tu prends mon (ma) partenaire, je zyeute ou prends le tien (la tienne). Echangisme ou sens propre du terme, avec le couple pour seule unité de valeur reconnue. 

Pas tout à fait cependant : les « femmes seules », elles, bénéficient d’une TVA « Totale Valeur Ajoutée » qui leur permet d’entrer gratuitement dans les lieux de plaisir.  Elles paieront en nature. 

En toute logique et égalité des sexes, si les femmes seules sont bienvenues, pourquoi les hommes seuls ne le sont-ils pas, qui pourraient eux aussi payer en nature en comblant de plaisir les femmes seules en recherche de partenaire ? 

Puisqu’ils ne sont pas bienvenus, quid des femmes seules ? Doivent-elles ne participer qu’à des jeux avec un ou plusieurs couples, c’est-à-dire devenir le faire-valoir du plaisir du couple, ou satisfaire le voyeurisme de l’époux heureux d’observer les ébats amoureux de sa compagne avec une autre femme ? 

Quid également de la femme en couple qui souhaite plusieurs partenaires masculins, simultanés, puisque après tout une soirée en club coquin est le lieu où satisfaire ce genre de fantasme ? Quid de l’épouse qui fantasme à l’idée de voir son compagnon enlacé, embrassé, ou plus si affinités par un autre homme ?  Pour combler ce genre d’envies, des hommes seuls devraient être bienvenus. 

Pourquoi s’acharner à ce point contre eux ? La solitude est-elle, dans l’esprit des couples, systématiquement synonyme de perversion, de frustration ou de tristesse sexuelle ? Refusent-ils d’accueillir les désirs d’un célibataire, veuf ou divorcé pour mieux faire ressortir leur privilège, voire leur supériorité de couple, heureux, aimant et jouisseur ? 

Qu’on refuse d’être importuné par des… importuns, mal élevés, collants, vulgaires, je le comprends totalement. Mais dans ce cas, parlons de canaliser les importuns, collants et vulgaires, qui peuvent d’ailleurs se recruter aussi bien  dans l’élément mâle de couples légitimes (j’en ai vu parfois, c’était à pleurer). On croise aussi parmi les femmes seules des importunes, collantes et vulgaires mais je n’ai jamais lu une ligne là-dessus. 

Je n‘ai pas de réponse à ces questions, je les pose aux couples libertins et aux promoteurs de clubs.  Ce rejet de l’homme seul relève-t-il d’une conception machiste du genre « un coq et dix poules, mais pas l’inverse ? »  D'une jalousie inconsciente de l'époux à l'idée que sa partenaire puisse s'éprendre d'un homme "libre", donc potentiellement dangereux? Bref, pourquoi l’homme seul est-il ainsi rejeté, alors qu’il pourrait apporter un élément un peu subversif, une note impaire et surnuméraire au plaisir féminin, et des sensations nouvelles à certains hommes sans qu’il soit pour autant besoin de les ranger dans des cases : hétéro, homo, bi, trans…. Curieux, tout simplement.

image extraite du film "Shortbus"

 

 

 

 

 

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17 août 2007 5 17 /08 /août /2007 18:02

Occupée à écrire une nouvelle érotique commandée par un magazine féminin, j’ai mis spontanément en scène un prof de philo plein de charme. C’est du vécu. Pas forcément le prof de philo, mais le fonctionnaire. Défense et illustration sociologique des fonctionnaires et assimilés, genre agents d’EDF au sex-appeal survolté ou amis d’Air France aimant s’envoyer en l’air. 

Au cours de mes pérégrinations personnelles ou professionnelles au royaume de l’érotisme, j’ai plusieurs fois constaté que les plus joyeux, les plus déjantés, les plus libérés de tabous obsolètes,  en deux mots les meilleurs amants appartenaient à cette confraternité que j’appellerai la Fonction Publique (et assimilés). Je me souviens notamment d’un dîner/interview en compagnie d’un adepte des pratiques les plus extrêmes qu’il mimait au cours du repas sans le moindre souci du regard effaré que lui portaient les serveurs en gilet- car le monsieur m’avait conviée dans une célèbre brasserie- et de mon amusement lorsque ce monsieur, professeur d’université de très haut niveau, m’avait détaillé les fantaisies tout aussi surprenantes d’un de ses collègues. 

« L’enseignement supérieur prédispose-t-il aux libidos marginales autant qu’excitantes » ? A cette question ô combien professionnelle, mon interlocuteur répondit en m’expliquant qu’on n’est pas érotomane parce que professeur d’université, mais que la fonction publique permet d’assumer conjointement un métier des plus sérieux et des fantaisies débridées : « Vous comprenez, dit-il, nous sommes recrutés par concours anonyme, sur notre seule valeur intellectuelle. Pas d’enquête de vie privée, pas d’entretien d’embauche inquisiteur. La Fonction Publique, madame, respecte la liberté individuelle autant qu’elle a le souci du service public . » 

Mon cœur d’ex-percepteur bondit à cette fière affirmation, d’autant que, je le confesse, le ministère des finances regorge de fonctionnaires aussi dévoués à la cause amoureuse que pointilleux sur la réglementation, c’est dire… et bien réjouissant. A quoi cela tient-il ? La réponse m’a été donnée par l’un d’eux : « Les salariés du privé investissent leur énergie, donc leur libido, dans la compétition professionnelle. Celle-ci existe peu dans la fonction publique, vu le système de notation et le niveau modéré des salaires. Nous gardons donc notre libido pour notre vie personnelle, qu’influence le souci du «  service public  » : «  Traiter chaque cas avec conscience et minutie, sans contrainte de rentabilité, en prenant tout le temps qu’il faut. »  

Que voilà un beau programme lorsqu’il s’applique à l'érotisme! Et voici pourquoi nombre de fonctionnaires sont d’excellents amants. 

Amoureux du plaisir et du temps de vivre, insurgez-vous contre les projets gouvernementaux de réduire le nombre de fonctionnaires. Non seulement on a besoin d’enseignants, de chercheurs, de médecins, de personnel soignant, d’éducateurs, de postiers… pour garder à la société une organisation humaine, mais en privatisant les entreprises et les services publics, c’est à la libido de la nation qu’on s’en prend. Déjà que les pesticides altèrent les spermatozoïdes!

  

 

 

 

 

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9 août 2007 4 09 /08 /août /2007 10:00

Entre deux averses orageuses et quelques heures à écrire sur les cancers, le commerce équitable ou la norme environnementale ISO 14001 (quand je pense que certains aficionados s’imaginent que je baigne en permanence dans l’érotisme…), je me détends en surfant de blog en blog. Coquins de préférence, le naturel revient vite au galop…

Je dois dire que je suis scotchée par la fatuité de nombreux textes écrits  par des hommes , persuadés que la seule vue de leur queue « longue, épaisse, raide, dure, dressée » et j’en passe… incite aussitôt la belle inconnue rencontrée cinq minutes plus tôt à la saisir comme un cierge avec l’enthousiasme d’une communiante, puis à la chevaucher d’emblée. Je comprends la hâte d’une coquine quand la curiosité l’habite J mais je me marre devant les descriptions de ladite cavalière submergée par l’orgasme, voire par les orgasmes successifs  après quelques va-et-vient, énergiques certes, mais quelque peu standardisés. La coquine en a vu d’autres, et quand on en a vu un certain nombre, ce n’est pas ce sommaire scénario qui peut mener au nirvana et faire d’un homme, même pas mal de sa personne, un Byzance du Dunlopillo. 

Scotchée aussi par la dévotion que portent ces hommes à leur sperme, leur divine semence, aussi épaisse, aussi divine que la queue qui la produit,  semence dont ils ne doutent pas une seconde qu’elle va déclencher de nouveaux râles de plaisir chez leur partenaire et la rendre amoureuse. 

Je ne sais pas ce qu’en diront les joyeuses luronnes qui viennent parfois ici, mais pour ma part ces pénétrations hussardes pas désagréables, mais sans surprises ne me bouleverseront guère. Ce n’est pas une question de temps ou de technique, l’administration consciencieuse des chapitres 1 à 400 du Kama-Sutra authentique peut être aussi désastreuse. A l’inverse, il suffit parfois de quelques secondes, d’un seul regard, pour créer une alchimie particulière, un climat, un désir… sans lesquels les gestes restent extérieurs à soi et gesticulation grotesque. 

Ce sont sans doute ces quelques secondes magiques qui manquent à vos textes, messieurs. A moins que vous ne vous fantasmiez réellement comme des bûcherons ahanant leurs coups de boutoir au fond de femmes instantanément satisfaites.  

 

Conclusion culturelle : contrairement au Castor, l’homme ne construit pas sa maison (ni sa raison d’ailleurs) avec sa queue. Savez-vous d'ailleurs que La queue de castor est une pâtisserie que l'on trouve au Québec, en particulier durant les festivals hivernals, ce qui nous ramène à la gourmandise, ouf !

 

 

 

 

 

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6 août 2007 1 06 /08 /août /2007 10:08

Dans le film de Patrice Chéreau « Intimité » un homme et une femme se retrouvent chaque semaine pour faire l’amour sans dire un mot.  Le désir s’exprime dans de superbes images- urgence du déshabillage, étreintes et enchevêtrement des corps- infiniment plus troublantes que de gros plans génitaux. Mais après quelques rendez-vous, l’homme se demande qui est cette femme. Il la suit, l’épie, découvre qu’elle est mariée, mère d'un petit garçon, et il arrive même à prendre incognito un verre dans un bar avec le mari. 

La question posée par le film est celle-ci : « si le sexe est un moyen de rencontrer et de connaître les gens, que sait-il d’elle ? » Au-delà des premiers rendez-vous, est-il possible de faire l’amour uniquement sur la peau, ou, selon l’expression de Benoîte Groult (« Les vaisseaux du cœur ») une histoire commencée sur la peau pousse-t-elle « ses racines jusqu’au cœur » ?  La  question posée est celle de l’intimité. 

Autrefois, l’homme faisait sa cour pour que la femme cède, pour arriver à ses fins et conclure, toutes expressions montrant que l’objectif, la citadelle à conquérir était le sexe, l’approche préalable, verbale,  balisant la conquête. 

Aujourd’hui, on commence souvent par le sexe, avec deux voies possibles : 

Commencer par le sexe en conservant la structure mentale de la conquête, auquel cas l’histoire s’achève en commençant. Don Juan, et de plus en plus souvent Don Juanne repartent en chasse. 

Considérer le sexe non plus comme une citadelle à conquérir mais comme un mode de communication privilégié, une introduction (oui, j’ose…) à l’intimité de l’autre, auquel cas l’objectif devient non plus le sexe mais la personne qu’il y a autour.  Avec ses mystères, ses non-dits, ses surprises…  infiniment plus difficiles à conquérir.

 

 

 

 

C’est de cela, du rapport entre sexe, érotisme, tendresse, intimité que nous parlerons tout à l’heure avec Brigitte Lahaie (RMC/ 14h15/ 16h) et avec qui voudra participer.

 

 

 

 

 

 

 

 

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31 juillet 2007 2 31 /07 /juillet /2007 18:49

Je suis frappée de constater que chaque fois qu’on parle de couples « libres », ce sont des couples échangistes. Aujourd’hui, ils préfèrent dire « libertins », mais leur pratique est essentiellement échangiste ou mélangiste, c’est-à-dire activité sexuelle dans des lieux faits pour ou des soirées spécialement organisées pour, où on se rend en couple et on repart en couple… le même de préférence J 

Dans les émissions comme sur les sites de récits érotiques amateurs, ce fantasme du sexe de groupe mais toujours conjugal est aussi extrêmement présent. Enfin, surtout au début de ce blog, c’est fou le nombre de correspondants attirés par ma réputation… érotique, dont le site était un site libertin, essentiellement axé sur la pratique de soirées échangistes. 

Je n’ai rien contre… ni pour.  Mes seules réserves sont le côté commercial de la chose- les clubs sont chers et réservés à des gens qui en ont les moyens- ainsi que le côté « mode », « phénomène de société » qui fait qu’aujourd’hui des tas de gens rêvent d’échangisme, certains passent à l’action, sans être sûrs d’en avoir vraiment le désir, juste parce qu’on en parle beaucoup, que c’est branchouille et que tout le monde semble le faire… sauf eux. Qu’ils se rassurent : le phénomène reste en fait minoritaire dans les pratiques sexuelles nationales ! 

Par contre, je ne trouve pas que le libertinage ait quoi que ce soit à voir avec la liberté sexuelle, notamment parce qu’il est extrêmement normatif.  Que la majorité des libertin(e)s ne supporteraient pas de voir leur compagne (ou compagnon) repartir librement avec un(e) des partenaires de la soirée.  Que les femmes entre elles sont une figure classique et bien acceptée d’une soirée libertine, tandis que les contacts entre hommes non homosexuels, juste par curiosité, restent rares.  Qu’enfin la règle veut que les relations se limitent à la soirée ou au club et ne continuent pas au dehors, et qu’on réduise le plus possible toute affectivité dans les relations qui se nouent. 

L’idée sous-jacente est bien sûr de protéger le couple. Donc sous-entend que le couple est et doit rester la norme.  Que l’échangisme est juste une soupape de sécurité, ou un « piment » dans la vie conjugale, donc un moyen de préserver l’existant. En somme, il n’y aurait aucun inconvénient à jouir avec d’autres devant son conjoint (ce qui n’est pas prouvé) mais il serait tout à fait inconvenant de jouir avec d’autres rien que pour soi. 

Est-ce cela, la liberté ? Ou la liberté serait-elle d’admettre que chaque sexualité est individuelle, a différentes façons de s’exprimer et a droit à des jardins secrets où nul ne devrait entrer s’il n’y a été autorisé, y compris le conjoint ; que la sexualité ne regarde que l’individu, pas le couple et encore moins la société tant que les agissements ne comportent ni violence ni contrainte.  

 

Mais que fais-tu de l’Amour, me dira-t-on ? Ah, l’Amour… c’est bien autre chose, et c’est justement parce que c’est tout à fait autre chose qu’il faudrait arrêter de confondre sexualité et désir, et désir avec Amour.

 

 

 

 

 

 

 

 

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