"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
La semaine dernière, à la boulangerie « l’Etoile du Berger », je vois le livre que j’ai écrit sur et avec Daniel Jouvance : « Le bonheur est un art subtil ». « Oui, m’explique le vendeur, notre patron a décidé de l’offrir comme gros lot de la galette des Rois et nous a dit à tous de le lire. » Ledit patron, Franck Debieu, non content d’être à la tête de trois boulangeries dans le 92, forme des jeunes au métier, les envoie à l’étranger parfaire leurs savoirs et anime lui-même des colloques sur l’avenir du pain et de la boulangerie.
« J’ai offert 22 exemplaires de votre livre à mes étudiants, dit-il, et décidé de le faire circuler auprès des futurs chefs d’entreprise que je forme. » -Pourquoi ? –Parce qu’il défend des valeurs auxquelles je crois : l’art, la culture et la morale dans les affaires. Or ces valeurs, il faut les donner lors de la formation des dirigeants, ensuite c’est trop tard, ils sont dans le moule. –C’est vrai que la morale est peu enseignée dans les grandes Ecoles. –Et pourtant, conclut cet étonnant boulanger, l’entreprise a besoin de morale pour survivre. D’ailleurs, si les financiers et les politiciens en avaient eu un peu plus … il n’y aurait pas la crise qu’on connaît. » Mais comment diable ce livre avait-il pu attirer l’attention de Franck Debieu parmi les milliers de titres disponibles ? « Facile, dit-il. Ma femme est passionnée de médecines douces et de soins naturels. Elle est allée sur le site Daniel Jouvance parce qu’il fait des produits marins et respecte la nature, et a découvert son livre. »
Bon pain, soins naturels, écologie, bien-être : logique. Ceux qui désirent un monde où il fasse meilleur vivre, ceux qu’on appelle les « Créatifs culturels », (évalués à 17% de la population française selon une enquête publiée en 2007) partagent des valeurs communes :
1. l’écologie et le développement durable 2 - la reconnaissance des valeurs féminines : l’empathie, l’attention à la violence, une autre idée de la réussite. 3. Le souci des autres, de l’être plus que de l’avoir, avec un autre rapport à l’argent. 4 – Un intérêt pour la connaissance de soi et la dimension spirituelle de la vie. 5 La recherche du lien social, de la solidarité, de l’action locale dans une implication globale. 6 - L’ouverture culturelle : le respect des différences, le multiculturel.
Tout ceci dessine un ensemble cohérent, qui explique sans doute que sur ce blog viennent des écologistes, des féministes, des bouddhistes, des amoureux pluriels, des gourmands, des opposants aux OGM, des artistes, des jeunes, des vieux… qui se découvrent à travers un centre d’intérêt et qui, en discutant, constatent qu’ils ont la même vision globale : j’ai rencontré Patrick Viveret, conseiller à la Cour des comptes et philosophe, pour une interview sur son rapport « Reconsidérer la richesse ». A la fin de l’entrevue, j’ai su qu’il lisait mes romans. Pour l’érotisme sans doute, mais aussi pour leur dimension politique à travers l’analyse des enjeux réels de la sexualité. Patrick Viveret travaille depuis des années sur des projets d’économie solidaire qui considèrent l’argent comme un moyen et non comme une fin, avec une idée toute simple : une monnaie qui perd de sa valeur si elle n’est pas investie dans des activités utiles, à la place de l’argent fou qui gonfle à ne rien faire dans des paradis fiscaux. Utopique ? Oui, mais ça marche : plusieurs régions pilotes expérimentent cette façon de repenser l’économie. http://www.dsi-experts.fr/sol
Ce n’est pas un hasard si Daniel Jouvance soutient des projets d’entreprises écologiques à Madagascar, et aide des artistes à se faire connaître. L’art, dit-il, est la mémoire des peuples. Que saurions-nous du passé sans les œuvres d’art et les écrits ? Or sans mémoire du passé, comment tirer des leçons pour l’avenir ? (Déjà que l’humain a une fâcheuse tendance à oublier ses erreurs et à les renouveler…)
Dîner de d’jeunz samedi : « Dix ans que je n’ai plus de TV », lance l’un. Cinq au moins y ont renoncé. Plusieurs n’ont pas de voiture, une fille prépare un boulgour avec légumes bio et huile d’olive, un garçon a apporté une quiche et un gâteau confectionnés de ses blanches mains. Il refuse tout placement non éthique, on a signé les mêmes pétitions, on parle de culture, de politique et de la nécessité de consommer différemment, on s’inquiète du devenir de la démocratie, des test ADN systématiques sur les manifestants arrêtés…. Dîner d’anars-écolos ? Point du tout ! Dîner de « polyamoureux ». ( www.polyamour.info ) Cohérence encore : quand on combat l’appropriation des ressources de la planète par quelques-uns, qu’on veut l’égalité hommes/femmes, qu’on aime la douceur plutôt que la violence, qu’on refuse le brevetage des gènes, comment envisager de s’approprier les milliers de gènes d’une personne - et son esprit itou- sous prétexte qu’on l’aime ?
Aujourd’hui, la culture et l’agriculture, les nourritures terrestres et intellectuelles font co-pain/ co-pain. C’est dans des restos et des cafés qu’on peut organiser des projections de films, des expos ou des conférences quand on manque de moyens pour louer une salle. A Clermont-Ferrand- oui, j’aime l’Auvergne, et alors ?- l’ARTERROIR ( 30 rue de Chateaudun, près de la gare SNCF, 04 73 90 23 51) accueille ces jours ci les œuvres d’un peintre Burkinabé. Les associations d’agriculteurs bio viennent volontiers y déjeuner, vu qu’on y mange ( et y boit) bien, bio chaque fois que c’est possible et pas cher : 9 à 15 euros pour un déjeuner entrée/plat/dessert. Les vidéastes de VOLKINO
(http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&friendid=415026396 ) sont venus y tourner, le patron est un passionné d’audiovisuel. Et cet homme gourmand de vie s’appelle, ça ne s’invente pas : Roger CHAPON !
On finira par un lieu forcément créatif et forcément culturel : « Les Augustes » (5 rue Sous les Augustins 63000 Clermont-Ferrand Tel : 04.73.37.07.94) premier café-lecture de France, créé en 1999. S’y rencontrent des lecteurs de livres et de presse, des joueurs de Go et d’échecs, des amicales de gays et lesbiennes, des militants libertaires, des philosophes, des groupes de musiques variées, et Volkino pour ses projections. C’est un lieu calme et foisonnant, multiple et tolérant. Comme doit l’être la vie.
Les « créatifs culturels » identifiés par une étude américaine qui a duré 15 ans, ont été médiatisés pour la première fois en 2001, à un moment où l’on pensait les Etats-Unis bushistes, bouchés, et bouleversifiants de médiocrité. 25% des citoyens US se reconnaissaient dans cette mouvance, mais se croyaient bien seuls dans une Amérique médiatique qui les désespérait. Sept ans après, ils ont élu Barak Obama.