"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
Lors de mon premier entretien d’embauche, je passai un test en 300 questions au terme duquel le DRH me dit « Vous auriez fait un excellent capitaine de GI au Vietnam. » Parce que j’avais, paraît-il, des qualités de leader et 40% de tendances masculines. Je me dis que ce test était sans aucun doute culturel : en répondant que petite, je jouais plutôt aux cow-boys et aux indiens qu’à la poupée et rêvais d’être explorateur ou cosmonaute, j’avais fait la preuve que j’étais un « garçon manqué » comme on disait à l’époque aux petites filles assez réussies pour ne pas se sentir inférieures aux garçons J
Quelques années plus tard, pour ELLE, j’ai fait une enquête sur les transsexuels, notamment sur un couple de médecins dont le mari, après plusieurs années de mariage non consommé, avait expliqué à son épouse que s’il était biologiquement homme, il était une femme dans sa tête et voulait changer de sexe. En interviewant la superbe femme blonde qu’il était devenu(e), j’essayais de l’imaginer en homme. En vain. Pas à cause de son physique, mais de sa gestuelle. Cette femme n’était pas efféminée ou exagérément maniérée, comme le sont parfois les travestis. Elle était femme, tout simplement, sans rien de caricatural mais avec une façon de s’exprimer et des gestes éminemment féminins. Pour la petite histoire, le couple avait continué à exercer dans le même village, et les patients admirent sans émotion excessive que monsieur et madame étaient devenus madame et madame.
Pour compléter l’enquête, je rencontrai un psychiatre qui participait à l’examen des dossiers de demande de changement de sexe. « Savez-vous, me demanda-t-il, quelle est la particularité des transsexuels ? –Non. – Chaque individu a une part féminine et une part masculine en proportions variables, qu’on détermine par des tests incluant des dizaines de paramètres ( Diable, me dis-je in petto, c’est donc plus sérieux que je ne le pensais). Eh bien, poursuivit le psychiatre, les transsexuels n’ont pas cette dualité. Leur corps est dans un genre, et leur psychisme à 100% dans l’autre, d’où leur souffrance extrême, car il leur semble habiter un corps qui leur est complètement étranger.». Le sentiment d’appartenir à un « genre » serait donc une question de psychisme.
Mais voici dans PREF l’interview d’un garçon dont le corps fût celui d’une femme pendant plus de 30 ans, alors que dès l’enfance il se sentait psychologiquement 100% garçon. Il a donc subi les opérations permettant de mettre en harmonie son apparence et son psychisme, mais sa conclusion est troublante : il dit avoir changé lorsqu’on lui a fait les injections de testostérone. Sous l’effet de l’hormone mâle, il a senti que sa façon de bouger, de se conduire et même de penser se modifiait. Qu’en somme, la testostérone le rendait définitivement homme, lui qui pensait l’être déjà. L’hormone influait non seulement sur sa pilosité ou sa masse musculaire mais aussi sur sa façon dêtre. Et il ajoute en substance : « Moi qui n’y croyais pas, je suis sûr à présent qu’il y a biologiquement un genre masculin et un genre féminin, et en constatant, une fois homme, à quel point la planète est pensée d’abord pour les hommes, je suis devenu profondément féministe. »
La chimie infinitésimale- hormones et neurotransmetteurs notamment- est fascinante, à tel point que je me demande pourquoi depuis quelques décennies on a centré la recherche sur la génétique, ô combien coûteuse et avec peu de résultats, alors que l’endocrinologie gouverne notre santé, nos émotions et notre culture. Songez que quelques microgrammes d’oestroprogestatifs (la pilule) suffisent à bloquer une fonction aussi puissante que l’ovulation. Cette découverte a profondément changé les rapports hommes/femmes et, en libérant celles-ci des grossesses à répétition, fait plus pour leur avenir professionnel et leur aptitude au plaisir que toutes les lois ou les gadgets imaginables.
Pensez que les oestrogènes-like (des molécules chimiques, contenues notamment dans les pesticides) peuvent se fixer sur les récepteurs aux hormones des cellules et leur donner un signal de prolifération qui mènent aux cancers hormonodépendants (sein, prostate) par imprégnation oestrogénique excessive. Pensez, comme le dit très bien Lucy Vincent dans son livre
« Comment devient-on amoureux ? » que la passion disparaît après un certain temps non pas parce les partenaires s’aiment moins, ni pour raison de tromperie, mais parce que le pic de testostérone qui produit la passion baisse. Ce qui me conforte dans mon habitude de répondre à un homme qui se déclare « fou de moi » et prêt à toutes les bêtises : « Je suis très touchée, mais on en reparle dans deux ans et tu ne décides rien avant, OK ? » Pensez que les hormones « du stress » (cortisol, adrénaline) peuvent, sécrétées en excès, faire le lit des maladies cardiaques, et que les dépressions se manifestent par un déséquilibre sérotonine/dopamine (cause ou conséquence de la dépression ?), etc…
Alors on ne serait que de la chimie ? Oui… et non. Car si les médicaments antidépresseurs agissent en normalisant les taux de dopamine et sérotonine, une étude il y a quelques années, avait mesuré ces données biologiques avant et après une psychothérapie suivie par les malades dépressifs. Et les taux s’étaient là aussi bien améliorés. Ce qui veut dire que la parole agit sur la chimie de l’organisme ! Quand on vous engueule sans raison, vous sécrétez de l’adrénaline et du cortisol… Comme m’a dit un jour un médecin : « Posez un cerveau humain sur une table de dissection, c’est un morceau de viande. Et pourtant, c’est de là que sort le génie humain. »
Conclusion : inné, acquis, biologique, culturel, environnemental… Nous sommes le produit de toutes ces influences, et cette complexité aussi effrayante que merveilleuse devrait nous inciter à respecter la machine humaine, à savoir qu’un mot mal placé, un pesticide mal utilisé, une radioactivité mal contrôlée, une souffrance mal traitée peuvent avoir des conséquences aussi énormes à long terme que le fameux effet papillon.