"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
Internet regorge de vidéos politiques rigolotes. C’est bien, ça plaît aux jeunes, premiers concernés par l’avenir qui se prépare. Mais au-delà de la rigolade, se souvenir que chaque décision est une pièce d'un puzzle, d’un projet de société précis qui ne date pas d’aujourd’hui, même si l'actualité le contrarie parfois. Que ce soit l’encadrement de plus en plus prégnant des libertés individuelles, le projet de dépénaliser la délinquance financière, la part de plus en plus menue des salaires dans la redistribution des richesses, la lecture considérée comme une punition (sauf depuis Harry Potter, dixit le grand timonier lors de la remise de la Légion d’honneur à J.K. Rowling) et la recherche jugée inutile ou trop coûteuse si elle n’a pas d’application économique immédiate (un député UMP sur Europe 1 ou RMC), tout ceci résulte non pas d’un seul homme mais d’une idéologie obstinée, aussi nocive que le fût en son temps la planification Stalinienne poursuivie malgré ses échecs.
Dès 2004, Renaud Dutreil, alors ministre de la fonction publique, annonçait la couleur des années suivantes :
« Les retraités de la fonction publique ne rendent plus de services à la nation. Ces gens-là sont inutiles, mais continuent de peser très lourdement. La pension d'un retraité, c'est presque 75% du coût d'un fonctionnaire présent. Il faudra résoudre ce problème. (ça veut dire quoi ? Il veut les euthanasier ?)
A l'heure actuelle, nous sommes un peu méchants avec les fonctionnaires. Leur pouvoir d'achat a perdu 4,5% depuis 2000. Comme tous les hommes politiques de droite, j'étais impressionné par l'adversaire. Mais je pense que nous surestimions considérablement cette force de résistance. Ce qui compte en France, c'est la psychologie, débloquer tous ces verrous psychologiques. (En termes moins choisis : dresser les uns contre les autres différentes catégories de français, notamment fonctionnaires contre salariés du privé, culpabiliser les premiers de ne pas risquer d'être jetés comme des kleenex et faire régner la peur du kleenex chez les seconds)
Le problème que nous avons en France, c'est que les gens sont contents des services publics. L'hôpital fonctionne bien, l'école fonctionne bien, la police fonctionne bien. Alors il faut tenir un discours, expliquer que nous sommes à deux doigts d'une crise majeure - c'est ce que fait très bien Michel Camdessus , mais sans paniquer les gens, car à ce moment-là, ils se recroquevillent comme des tortues. »
Privatiser les services publics est donc bien une option idéologique, puisque, comme l’admet lui-même le Ministre de la fonction publique en 2004, ceux-ci marchent bien. Alors, pour convaincre les français que la privatisation est nécessaire, il faut asphyxier ces services publics, les empêcher de bien fonctionner. Par une réduction des crédits, des effectifs, de leurs prérogatives. Quand les gens auront trop poireauté aux urgences faute de personnel, quand les cours de collège seront devenues des jungles faute de personnel de surveillance, quand les policiers seront plus occupés à réprimer les manifestants qu’à traquer les grands criminels, quand les juges ne pourront plus instruire correctement les dossiers complexes faute de moyens et de liberté d’action…. On dira au bon peuple que décidément, la privatisation est la seule voie- comme jusqu’à il y a peu, on prétendait que la régulation de l’économie par les marchés était la seule efficace, hi, hi-… en oubliant que les pays qui ont privatisé leurs services publics (Grande-Bretagne, état de Californie par exemple) s’en mordent les doigts.
Comme dit la sagesse populaire : « Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. »
Dans le même ordre d’idées, si vous vous demandez quelle mouche pique les enseignants chercheurs et pourquoi, comme disent les medias officiels, ils « défendent vigoureusement leur statut », visionnez la vidéo ci-dessous : http://www.youtube.com/watch?v=iyBXfmrVhrk le discours présidentiel sur la recherche, commenté et annoté. Edifiant et instructif. Cela me rappelle une BD de Claire Bretecher d’il y a longtemps, où elle avait dessiné un Valery Giscard d’Estaing faisant un discours émaillé de chiffres, sous les yeux admiratifs d’une téléspectatrice : « lui, au moins, il connaît ses dossiers », tandis que son mari prenait des notes. A la dernière image, le mari refermait son carnet, rigolard : « Il a tout faux ». Le procédé n’a pas changé d’un pouce, d’où l’intérêt d’aller vérifier si ce que la voix de son maître a dit est vrai ou pas, comme l’a fait le Canard Enchaîné après la dernière émission « Je vais tout vous expliquer et je le dis comme je le pense ». Le débat démocratique, ça consiste à entendre des avis différents et en tenir compte, non ?
| DEMAIN 22 FEVRIER, JULIEN COUPAT EN SERA A SON 100è JOUR DE DETENTION TOUJOURS SANS AUCUNE PREUVE QU’IL AIT COMMIS LE MOINDRE FAIT DELICTUEUX. IL DOIT TROUVER LE TEMPS LONG. POUR LUI ECRIRE: Prison de la Santé, Julien Coupat, n° d'écrou 290173, 42 rue de la Santé, 75014 PARIS. |