"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
Chouette, un coup de soleil, ça faisait longtemps que je l’attendais. Attrapé en Auvergne (en Bourbonnais pour être précise), devant moult bouteilles et nourritures terrestres. La vie peut être simple comme un repas estival dans un jardin.
Comme l’était la vie des enfants qui ont aujourd’hui 40, 50 ans et plus…
Je me souviens, nous étions une bande de gosses de 6 ans (moi) à 14 ans. Le jeudi, on partait jouer dehors sitôt le petit déj’ avalé. A nous la liberté ! Un jour où on jouait à Tarzan, Jane a voulu sauter sur les épaules de Tarzan. Tous deux sont tombés de l’arbre où ils avaient grimpé. Fracture du bras pour Tarzan. Notre bande de gosses a emmené le blessé au dispensaire, d’où il est ressorti le bras plâtré. On a joué ensuite plus calmement et le soir, on l’a ramené chez lui pour expliquer la chose à sa mère : « Très bien, a dit celle-ci, vous avez bien fait de l’emmener tout de suite au dispensaire. » Quand je raconte ça à mes filles, elles hallucinent : « Aujourd’hui, disent-elles, on appellerait les pompiers et le SAMU, les parents du blessé porterait plainte et les enfants seraient interrogés par la police pour établir les responsabilités. Puis on ferait une loi interdisant aux enfants de jouer à Tarzan ou de grimper aux arbres. »
Rentrée en France, je me souviens que le curé qui s’occupait de notre groupe de Guides de 12 à 15 ans avait une forte tendance à venir inspecter notre camp d’été à l’heure où nous faisions notre toilette dehors, en slip et poitrine à l’air. Ca nous faisait rire : « Le pauvre, comme il a pas le droit de se marier, il veut voir comment sont faites les femmes ! » Je ne me souviens pas que ça nous ait perturbées plus que ça.
Un soir, rentrant de randonnée, nous avions trouvé le camp désert et un mot : « Nous avons enlevé vos cheftaines, voici les consignes si vous voulez les revoir vivantes. » Il fallait suivre un jeu de piste et arriver en un lieu mystérieux en pleine nuit, en pleine forêt, le tout avec une boussole, une carte et une lampe de poche.
A l’arrivée au rendez-vous, des silhouettes masquées nous imposaient des épreuves – comme avaler, les yeux bandés, des grains de raisin épluchés, épépinés et salés, dont la maîtresse de cérémonie nous assurait qu’il s’agissait d’yeux de biche, on y croyait presque. En fin de jeu, victoire, nos tortionnaires enlevaient les masques : c’était les cheftaines, évidemment, et la soirée s’achevait autour d’un feu de camp. Nous avions appris à faire du feu en forêt en prenant toutes les précautions pour qu’aucune brindille enflammée, aucune braise ne s’envole. Nous avions- et respections- la consigne d’éteindre tout parfaitement, de recouvrir les cendres de terre et d’effacer toute trace de notre passage. Moyennant quoi, après trois semaines de camp, le champ du paysan ne se souvenait même plus qu’il nous avait accueillies.
Je me souviens de jeux idiots, en primaire. J’étais Buck John le cow-boy, ma meilleure copine Cassidy, et nous pourchassions les indiens. Oui, je sais, nous étions imprégnées des comics de l’époque où l’ennemi était forcément l’indien. Un jour, nous en avons attrapé un, l’avons ligoté et jeté derrière un buisson du Parc Lardy, près de chez moi. Nous sommes ensuite allées goûter… et l’avons oublié. Le malheureux a été délivré par un passant et ne nous a pas dénoncées. Le passant ne lui a d’ailleurs sans doute pas demandé « qui t’a fait ça ? Où est le coupable ? » Pour lui, c’était un jeu de gamins, rien de très grave.
L’enfance devrait être, le moment de l’insouciance, un moment de liberté où sauf réel danger, les parents laissent leurs rejetons expérimenter le monde, découvrir des sensations, explorer leur territoire, assumer les conflits et les bonheurs qui forgent les meilleurs souvenirs d’amitié et rendent capables, plus tard, de supporter un échec et de se débrouiller en cas de difficulté. D’avoir confiance en soi, en somme.
Ce qui m’épate, c’est que les gamins dont je viens de raconter l’enfance- et il y en eut de plus aventureuses, j’étais relativement timorée- puissent devenir des parents qui portent plainte quand leurs gosses se bagarrent, font des lois pour les protéger de tout- manèges, chiens, bonbons, leur téléphonent dix fois par jour, bref ne leur lâchent pas les baskets et confisquent l’enfance de leurs rejetons comme s’ils ne voulaient pas que ceux-ci deviennent adultes :« L’idéologie sécuritaire génère des inhibitions au lieu de rassurer. L’enfant ne joue plus dans la rue, ne sort plus tout seul, est surveillé en permanence par les parents via le téléphone mobile ou même une caméra dans certaines crèches. Tout est réglementé, encadré. Cette recherche de sécurité absolue empêche la prise de risque et l’innovation, et elle freine l’évolution. Les gens obsédés par l’idéologie sécuritaire votent pour un sauveur qui les prendra en charge, ils perdent confiance en leurs capacités à évoluer. ( Boris Cyrulnik, in le nouveau consommateur n° 27)

Ma photo de CE2: Où suis-je?