"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
Diner délicieux avec un lecteur qui a découvert "Le Jeune homme au téléphone", mon premier livre érotique, à l'âge de 20 ans, et a poursuivi son itinéraire sexuel avec les suivants.
Nous avons parlé toute la soirée de sexualité, non pas des gestes ni de ce qui est "bien" ou "mal", normal ou anormal. Non: de ce qu'engage la sexualité dans les corps et les esprits, de ce que trahissent nos réticences ou nos désirs, des envies vécues ou fantasmées. En fin de repas, il m'a remerciée de ce moment où il avait pu se confier librement, "sans doute pour la première fois". "Entre eux, les hommes ne parlent de sexe qu'en termes paillards ou en termes de conquête. Comment se fait-il qu'on ne discute jamais de sexualité et d'intimité entre amis alors que ce sujet nous concerne tous?" m'a demandé ce lecteur en me quittant.
Il m'est plusieurs fois arrivé que des hommes- quelques femmes aussi-veuillent me rencontrer uniquement pour cela: me parler de leur sexualité intime, sans quémander de recettes, juste pour que nous cherchions ensemble ce que signifiaient leurs ressentis et leurs désirs, en sachant qu'ils (elles) ne seraient pas jugés ni évalués au nom d'une quelconque normalité. Etonnant, n'est-ce pas? A une époque où articles, livres et émissions sexologiques sont florissantes, ils et elles n'y trouvent apparemment pas leur compte.
Il est vrai que lorsqu'on voit le magazine ELLE traiter du sexe sur 38 pages dans un style faussement décontracté, avec la sodomie en vedette (très mode, la sodomie...) et expliquer que les sex-toys ou la masturbation sont "tendances", on hallucine; Le sexe comme phénomène de mode, avec ses tendances, ses positions in ou out, ses boutiques de gadgets.... Ne savent-elles pas, les journalistes de ELLE, que depuis plus de quinze ans, le catalogue la Redoute vend non pas des sex-toys mais de bons et braves vibromasseurs qui remportent un franc succès commercial, prouvant que ce plaisir là n'est pas tendance, mais éternel et connu depuis longtemps dans les régions de France, sans qu'il soit besoin de créer de show-rooms parisiens pour sex-toys de luxe? Quant à la masturbation, elle commence dès le plus jeune âge, même si la petite fille qui caresse son sexe ne connaît pas le mot, et que le petit garçon dont on change la couche se touche le pénis sans avoir lu Freud ni ELLE.
Ces dossiers "sexe", et beaucoup de livres, en érigeant de nouvelles normes permissives et apparemment épanouies, mais contraignantes dès lors qu'elles deviennent des normes, ont créé bien des inquiétudes chez ceux que ces pratiques ne tentent pas. Une jeune fille de 19 ans m'a un jour écrit: "Mon copain veut me sodomiser, je n'ai pas envie, mais il me dit que tout le monde le fait." Ce fameux "tout le monde" cette fameuse normalisation est à l'opposé de la liberté qui voudrait qu'on ne fasse que ce dont on a envie, et tout ce dont on a envie avec les partenaires qui partagent les mêmes envies. Sans se demander si c'est in ou out.