Je reçois de mon éditeur un manuscrit intitulé « Aimer plusieurs femmes ou la passion jusqu'au bout. » L'auteur, un homme, a souhaité me le faire parvenir, car ses liaisons amicales/amoureuses, soigneusement dissimulées à son épouse, lui donnent un sentiment de culpabilité que mon livre « Aimer plusieurs hommes », l'a aidé à mieux assumer. Cela étant, il continue à se sentir coupable, puisqu'il demande pardon à l'épouse dont il admire le mode de vie « exemplaire » (ce qui signifie en clair qu'elle n'a pas eu d'amants, ou qu'il ne l'a pas su.), et tient à préciser aux éventuels lecteurs que ses amies/amantes ne sont pas "totalement immorales," suggérant ainsi qu'elles le sont tout de même un peu ! ( J ).
Pourtant, le rêve de cet homme est bien innocent : « Avec ces amies, nous avions juste besoin de passer un moment ensemble, d'un peu de tendresse le temps d'un court séjour sans rien attendre en retour qu'une complicité et une amitié qui peut durer ou pas toute la vie. Après quoi chacun reprend sa vie et ses souvenirs et la douce sensation qu'il y a toujours quelqu'un, à l'autre bout du monde, à qui on peut se confier sans préjugé et qui a de temps en temps une pensée pour l'autre. »
Si je rencontrais cet homme- comme tant d'autres qui me confient leur amour pour leur épouse et leur attirance pour d'autres liens (pas seulement sexuels, les hommes ont besoin de liens intimes avec des femmes, parfois juste pour parler de ce qu'ils ne peuvent confier ni à leur compagne ni à leurs copains ), je lui dirais de cesser de se sentir coupable, mais d'être responsable.
« Responsable mais pas coupable ». On s'est beaucoup gaussé de la formule de Georgina Dufoix, lors de l'affaire du sang contaminé. Pourtant, cette distinction est loin d'être stupide. La culpabilité a un relent judéo-chrétien, un goût de la flagellation qui n'implique d'ailleurs pas forcément la responsabilité. On peut se sentir coupable de frauder le fisc et n'assumer aucune responsabilité à cet égard. A l'inverse, un directeur de centre de vacances peut être jugé responsable d'un accident survenu à un enfant, même s'il n'a commis aucune faute et que l'enfant s'est blessé par imprudence.
Dans un couple, quitter brutalement son partenaire parce qu'on a une liaison dont on se sent coupable montre bien la subtilité de la distinction. Il serait plus responsable d'assumer ce désir, peut-être éphémère, sans briser le foyer. De voir comme il évolue. De vérifier s'il révèle un conflit, comble un manque, ou s'il manifeste simplement une vitalité gourmande.
Mais pour ce faire, il faut assimiler l'idée que le désir n'est pas coupable, qu'il est le sel de la vie, un plus dans sa propre existence et non un moins dans celle de l'autre. Ou alors, si on n'en est pas là, si on continue à penser que ce qu'on fait n'est pas très bien, assumer sa mauvaise conscience. Sans en faire porter le chapeau à l'autre en l'accusant de tous les maux, comme ces hommes qui assurent que leur femme est une mégère, pour absoudre des désirs dont ils se sentent coupables.
