"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
L’autre jour, je vais bosser avec une jupe longue moulante achetée il y a cinq ans. Quand je dis achetée, c’est façon de parler : c’était le cadeau estival offert avec un numéro de BIBA : 2 euros pour une robe + un magazine où j’allais apprendre à attraper les mecs, être la plus belle et obtenir une augmentation, ça le faisait bien. Mais bon, après 5 ans, cette robe est un peu usée.
Bref, entre deux RV, je rentre chez un marchand de fringues, j’avise des jupes informes qui font un cul de camionneur fervent de barres Mars, puis soudain, coincée sur un portant, une jupe droite courte, en velours noir très chic, T38, la mienne. 6,60 €, un amour de solde ! Je l’essaye, elle me va parfaitement. Comme dit mon ancillaire « C’est une jupe pour aller voir madame Chirac ». Je ne sais pas pourquoi, elle fait une fixation sur Bernadette mais je n’ose rien lui dire. Donc élégantissime et sexyssime par la même occasion : elle m’inspire des envies de dessous affriolants, de strip tease langoureux…
Je passe à la caisse : « 99 centimes » Je fais répéter : « 99 centimes»… m’attendant à ce que la fille me dise : « Ma patronne baise mon mec, moi je baisse les prix, on verra bien qui s’arrête la première » (
70cm2 de beau velours, plus une fermeture éclair et un bouton, plus du fil, plus la main d’œuvre pour 0,99€ !!! Sachant qu’un commerçant n’a pas le droit de vendre en dessous du prix coûtant, j’en déduis que le prix coûtant est inférieur à un euro. Donc que la jupe vient de loin, d’où carburant, pollution, risque d’accident, mais tout ceci n’est pas inclus ou très peu dans le prix de revient, juste le carburant, détaxé en l’occurrence et quelques centimes de salaire pour la main d'oeuvre payée au lance pierre et le chauffeur du poids lourd. Le coût humain d’une jupe, aujourd’hui, c’est Peanuts. Par contre, lorsque la jupe est vendue entre 30 et 80 euros en boutique, bonjour la rentabilité financière…
Je suis ressortie de la boutique, il fallait que j’achète des fruits pour le dîner. Juin, saison des cerises, à ne pas louper tant elle est courte. Prix du kilo de cerises : 4,90 €, 32 francs ! Quand un prix me surprend, j’ai le réflexe du franc. 32 balles un kilo de cerises, en pleine saison !
Je suis peut-être bizarre, mais quand une Société vend une jupe 0,99 € et 4,90€ un kilo de cerises, je me dis qu’il y a quelque chose de pourri au royaume de la croissance économique heureuse.
