Il y a des faits divers sanglants en été. Je me souviens d’une année où la « tuerie d’Auriol »- une famille mystérieusement massacrée, le père avait semble-t-il de louches amitiés politiques- a tenu en haleine la France entière. J’étais enceinte de huit mois, nous avions décidé de repeindre les volets d’une maison en Bourgogne, et tandis que je passais minutieusement trois couches de bleu roi, j’écoutais les péripéties de l’enquête et les détails sordides. A-t-on retrouvé les meurtriers ? Je l’ignore. C’était comme un feuilleton dont on néglige la conclusion. Enfants kidnappés, alpinistes emportés par une avalanche, règlements de compte à la sortie des bals du 14 juillet, émeutes dans les prisons… ce lot d’épouvantes passe en été entre deux spots de pub ensoleillés qui vous recommandent de boire modérément l’apéritif anisé dont par ailleurs on vous matraque le nom jusqu’à… plus soif.
Les infos d’été rétrécissent le monde. On interroge gravement des automobilistes coincés au péage qui répondent invariablement « Y a du monde, mais bon… c’est les vacances. » et en profitent pour saucissonner au bord de l’autoroute sous l’œil des caméras. Le reporter filme des mères de famille qui confirment qu’il fait chaud en donnant à boire à leurs bébés sur le conseil de CRS promus nourrices en chef du pays, un reportage raconte les derniers arti sans promoteurs de fromage de chèvre bio roulés sous les aisselles (référence pour fans du Splendid)… le monde extérieur est estompé par une brume de chaleur, il ne faut pas troubler le vacancier durant « la trêve estivale » même si les sous-titres en bas de l’écran, qui résument les événements internationaux donnent des apparentements terribles du style « 120 tués par une voiture piégée en Irak » sous des images de plages et de marchands de glace.
Les vraies vacances commencent à l’ombre des tamaris, quand l’info nous lâche les oreilles et qu’on se plonge enfin dans un bon livre réservé à cet usage depuis des mois avant de plonger dans les vagues… ou à l’étranger, quand on ne parle pas un mot de la langue locale, excepté l’indispensable kit de survie pour commander dans les tavernes et trattoria et que les titres des journaux deviennent incompréhensibles.
Vous l’avez compris : je pars quelques jours, pas longtemps. Bonnes vacances !
