"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
Le
« Temps délicieux où la mère change les couches et s’extasie devant les selles dont elle décrit la couleur jaune d’or pour l’enfant élevé au sein, et moins ragoûtante il faut l’avouer pour l’enfant nourri au biberon Mais ragoûtante ou non, la mère les accepte, les regarde, tout de l’enfant est merveille, son pipi, son caca, il a des humeurs glaireuses, il bave, sent le lait aigre, mais ce qui vient de lui est forcément bel et beau, il est le centre du monde. Amour inconditionnel, le premier, le dernier… » (« Ce qui trouble Lola, chapitre « les jeux d’eau de Lola ». C’est dingue, il y a tout dans ce livre. Tu te poses une question sur la vie, tu ouvres Lola et tu as la réponse, c’est le livre du grand Tout, ouais!!! Je l’adore autant que j’ai eu du mal à l’écrire.)
Certains sont attendris, paraît-il, par la faiblesse et la fragilité des nourrissons. Faiblesse, fragilité, mon œil. Il n’y a pas un âge aussi souverain, aussi dédié au plaisir pur que les premières semaines, avec une exigence absolue de satisfaction immédiate, et des hurlements en cas de retard à ladite satisfaction. Il n’est pas d’âge où l’on est à ce point le centre du monde. D’ailleurs le nouveau-né n’est pas le centre du monde, il EST le monde. Il n’a pas encore intégré que ce sein qui s’approche de sa bouche et qu’il suce voluptueusement ne fait pas partie de son corps, que cette main qui lui palpe avec amour ses minuscules valseuses en les enduisant, ainsi que son cul, de crème adoucissante, n’est pas à lui. Tout est à lui, tout est lui.
Il n’est pas un âge où l’acuité sensorielle est supérieure : alors que je tenais Lou Anh endormie dans mes bras, j’ai dit quelques mots. Ses yeux se sont ouverts instantanément, comme s’éveille un chat au moindre frisson d’air. Quelques neurones ont enregistré cette voix inconnue, l’ont classée dans leurs fichiers, apparemment dans une bonne case : les yeux se sont paisiblement refermés et j’ai poussé un « ouf » intérieur de soulagement …

Quelques semaines plus tard, le voile entre le soi et le monde extérieur s’ouvre, l’enfant découvre que les choses étranges autour de lui ne sont pas lui, mais qu’il peut les attirer avec sa voix et les retenir avec un sourire non plus réflexe mais intentionnel. C’en est fini du pouvoir absolu, vient celui de l’attente, du désir, de la séduction, des négociations affectives… Une autre histoire commence, pour quelques décennies.
Allez les boubous, profitez-en encore un peu !
PS qui n'a rien à voir: je serai sur RMC avec Brigitte Lahaie lundi 6 août de 14h15 à 16h (rediffusion le soir pour les noctambules)