"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
J’ai changé le nom de mon blog, qui s’appelle désormais « Jouer au monde ». C’est le titre d’un de mes manuscrits, écrit en 1992 et jamais publié, hélas, mais je n’ai pas dit mon dernier mot. Les deux personnages, Antoine et Marine, « jouent au monde », mais pas pour les mêmes raisons. Jouer au monde, c’est ça :
« On commence la journée en décidant que telle ou telle chose va se passer et on s’arrange pour qu’elle arrive. Ce peut être n’importe quoi : offrir des fleurs au président de la République, embrasser un CRS, déjeuner avec un clochard, collectionner un noir, un chinois et un arabe dans la même journée et arriver à boire un verre avec chacun d’eux ou mieux, avec les trois ensemble. Ce peut être plus simple : se rouler nu dans les feuilles mortes au parc Montsouris ou décider que la journée sera bleue. S’habiller en bleu, manger des plats bleus- pas facile, les plats bleus !- s’asperger d’Heure Bleue et déguster le soir un Blue-Gin ananas dans un bar où bien sûr n’officient que des chanteurs de blues. Jouer au Monde, petite Marine, c’est peut-être fuir la réalité comme on me l’a si souvent répété, mais c’est surtout embellir cette réalité pour mieux la supporter. Décider que le monde sera à son image ou ne sera pas, et refuser celles qui ne vous ressemblent pas… Toi, tu refuserais les signes extérieurs de richesse et t’attacherais aux signes intérieurs de détresse… »
J’ai toujours été intéressée par les possibilités de fuir ou transformer ce qui ne vous convient pas. Dans « Eloge de la fuite », Henri Laborit parle des fuites destructrices : maladies mentales ou physiques, drogues, suicides, violence. J’y ai repensé en lisant les articles sur le risque de schizophrénie chez les gros fumeurs de cannabis ayant commencé vers 14/15 ans. Le problème ne se posait pas quand n’existaient que des fumeurs festifs de plus de 18 ans. En effet, l’âge précoce favorise l’addiction, car les synapses qui contrôlent la dépendance aux substances psychostimulantes ne sont matures qu’après 18/20 ans, et l’addiction, surtout avec le cannabis surdosé d’aujourd’hui, augmente le risque de schizophrénie.
La question, peu posée dans les articles n‘est donc pas tant le risque intrinsèque du cannabis, mais celle de savoir pourquoi les fumeurs de joints commencent de plus en plus jeunes et souvent sur le mode de la « défonce », comme avec l’alcool d’ailleurs. Et pourquoi les addictions sont un phénomène croissant, que ce soit à la drogue, au jeu, au sexe ou à l’argent.
Partout dans le monde, il y a environ 1% de schizophrènes, et toutes les civilisations consomment des drogues depuis des siècles. Tant qu’il existe des modes d’expression constructifs pour fuir le sentiment d’impuissance face à un monde qui génère du mal-être, il n’y a aucune raison pour que cela augmente. « Jouer au monde » peut passer par l’art, la culture, la philosophie, le « travail sur soi » au niveau individuel. Le militantisme et l’engagement au niveau collectif. Le pragmatisme actuel, qui nie toute possibilité de rêver un monde différent et marginalise les utopistes et les rêveurs porte en germe le développement des fuites destructrices dont parlait Laborit, et le refuge dans la religiosité intégriste ou la recherche d’un leader tout-puissant.