"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
Le professeur grimpe quatre à quatre les étages, essoufflé. Le métro a eu du retard : « Accident de personne, la RATP vous re
« Ma petite maman chérie, mon tout petit frère adoré, mon petit papa aimé, je vais mourir… » La phrase si souvent serinée depuis quelques mois en a perdu sa signification, les lettres deviennent d’absurdes idéogrammes qui dansent devant les yeux du professeur fatigué. Il se racle la gorge, les élèves toussotent, début d’automne, pollution.
Un gamin lève le doigt, il veut savoir pourquoi Guy Moquet va mourir. « Parce qu’il va être fusillé » « C’est dégueulasse, qu’est-ce qu’il avait fait ? » On aurait dû commencer par là, expliquer le père Prosper Moquet, cheminot et député communiste, sa sœur Rosalie, également militante et l’engagement à 15 ans du jeune Guy dans les Jeunesses communistes. Le professeur résume en quelques mots, les élèves s’indignent : « Elle est triste, cette lettre, on sent bien qu’il a pas du tout envie de mourir. C’est pas normal de tuer les gens à cause de ce qu’ils pensent. »
Le professeur fouille son cartable : « Puisque cette lettre de Guy Moquet vous attriste, je vais vous lire un extrait des tracts qu’il distribuait. Dans ces tracts, plus question de français ou d’allemands, c’est la misère qui est épinglée : « Des magnats d'industrie (Schneider, De Wendel, Michelin, Mercier), tous, qu'ils soient juifs, catholiques, protestants ou francs-maçons, par esprit de lucre, par haine de la classe ouvrière, ont trahi notre pays… De l'ouvrier de la zone, avenue de Saint-Ouen, à l'employé du quartier de l'Étoile, en passant par le fonctionnaire des Batignolles, les jeunes, les vieux, les veuves sont tous d'accord pour lutter contre la misère… » Une voix ricane au fond de la classe : « Y se sont plantés, la misère, elle est toujours là. »
Un garçon lève le doigt : « Z’auraient mieux fait de nous lire les lettres de ceux qu’ont refusé de faire la guerre en 1914. Vous avez vu le film « Joyeux Noël », M’sieur, où les allemands, les écossais et les français ont réveillonné ensemble ? C’est eux qu’avaient raison puisque aujourd’hui on est tous européens et que Sarkozy fait la bise à …. – Angela Merkel complète le professeur. » Une fille hausse les épaules : « De toutes façons, ça vaut pas le coup de mourir à la guerre, les guerres finissent toujours et ceux qui sont morts sont morts pour rien ».
« Quelle connerie, la guerre ! » s’exclame un élève qui n’a pas lu Prévert.
