Y a des fois, y a souvent, je fais conseillère conjugale pour des flippés de l’amour, conseillère littéraire pour des aspirants romanciers qui bloquent ma messagerie avec leurs fichiers de XXL megaoctets, conseillère santé pour des malades, + copine de jeux, plus ANPE d’intermittents sans spectacles ou de journalistes sans piges, plus, plus plus… Entre les amis de longue date, les connaissances Webiennes et les lecteurs/trices, ça en fait du monde !
Je ne m’en plains pas, j’aime créer du lien, c’est la seule chose intéressante de la vie: créer du lien, é changer , apprendre au contact d’autres cerveaux, d’autres affects, d’autres peaux, découvrir les trésors que certains cachent derrière la façade sociale. ( y en a pas toujours, mais qui ne cherche rien ne trouve rien, j’ai une mentalité d’orpailleuse à l’affût des pépites qui brillent au fond des yeux de sable).
Cela prend du temps. Pas du temps immédiat, du temps dans la durée. C’est-à-dire être capable de ne pas se perdre de vue même si on se voit rarement. De temps à autre, prendre et donner des nouvelles. Je tiens cette fidélité de ma mère qui le faisait au moins une fois l’an, pour les vœux, et c’est ainsi qu’elle a gardé sa vie durant des amis dont elle suivait l’évolution, les mariages, divorces, enfants, deuils, métiers…. L’amitié se nourrit notamment de l’intérêt porté aux parcours de ceux qu’on aime.
Cet état d'esprit disparaît peu à peu, au profit d’une mentalité de consommateur de services : « merci » (quand il y a un merci ) puis pfuittt !... silence radio. Avatar décevant d’une société de consommation éphémère. Longtemps, j’en ai été attristée. Et puis l’été dernier, un ami à qui je faisais remarquer sa mine resplendissante- il approche 60 ans- m’a dit avec son accent banlieusard : « Te leurre pas, Françoise, passé 50 ans, on entame la dernière ligne droite ». Eh oui, contrairement au vin, la vie ne se bonifie pas avec les années. Ca aurait pu me déprimer, ça m’a dopée, donné l’envie de peaufiner ces années là comme une épure.
Ce matin, j’ai donc fait un tri que je qualifierais d’écologique puisqu’il va m’économiser beaucoup d’énergie et de stress: j’ai effacé les coordonnées de plein de solliciteurs, de gens qui n’appellent jamais, de faux amis . Ca fait de la place pour de futurs vrais. Ceux dont on sait qu’ils vous aiment, comme une évidence . Qui ne vous jalousent pas dans vos hauts et ne vous abandonnent pas dans vos bas. Qui vous veulent du bien et ne vous feront jamais de mal. Qui partagent des souvenirs et des fous-rires comme autant de « private joke ». Et tout ceci réciproquement, bien sûr. Et au fur et à mesure que j’effaçais des noms, je me sentais plus légère…
Le téléphone a sonné : un ami de longue date, que je vois peu car il bosse comme un fou. On s’aime, on se comprend au premier mot. Je lui ai parlé de mon tri : « Toi aussi ? s’est-il exclamé. C’est drôle, je suis moi-même dans une phase où j’ai décidé d’aller à l’essentiel. » L’essentiel ? Refuser les situations et les gens toxiques, ne pas se disperser et utiliser le temps ainsi récupéré pour des activités créatives et pour les vrais amis . Coïncidence ou synchronicité ?
Aujourd’hui, plusieurs d’entre eux m’ont laissé des messages.

