"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
Je l’avais lu il y a longtemps, jamais oublié. « Climats », d’André Maurois. Une histoire simple, le « pitch », comme on dit aujourd’hui, tient en quelques lignes : la vie amoureuse ratée d’un homme, d’abord marié à une femme si belle qu’il se consume de jalousie à l’idée qu’elle pourrait le tromper, puis remarié à une femme si dévouée qu’il s’ennuie avec elle. Dilemme universel entre la passion et l’amour quotidien, entre le goût du risque et le besoin de sécurité, entre le désir de posséder et celui d’être libre.
J’ai eu du mal à trouver ce livre à la médiathèque, il date de 1932 et dormait dans la réserve, jamais emprunté,
Tout ceci sur fond de France du début du XXè, entreprise héritée du père, emprise de
Qu’est-ce qu’un roman, si ce n’est cette qualité d’écriture qui fait entrer le lecteur dans la tête de personnages imaginaires, certes, mais si universels que 70 ans après on peut y reconnaître le fonds commun de sentiments qui, sous toutes les latitudes et à toutes les époques, créent les mêmes effets. Si ce n’est cette qualité d’écriture qui sait replacer ces sentiments dans une époque, un pays, un milieu social… et relativiser cette universalité, ouvrant ainsi la voie à une réflexion sur les conditionnements qui conduisent les humains à tel ou tel comportement.
Combien de chagrins d’amour évités si tout le monde lisait « Belle du Seigneur » et faisait sienne sa lucidité hilarante devant l’Amour ! Si tout le monde gardait en mémoire la conclusion de Swan sur sa passion pour Odette « Dire que j’ai gâché des années de ma vie pour une femme qui ne me plaisait pas… qui n’était pas mon genre. » Qui n’a pas vécu cette expérience de se dire, trois mois après un chagrin d’amour quasi mortel : « Mais qu’est-ce que j’ai pu trouver à ce type (à cette femme) ? » Qu’est-ce qu’un roman, si ce n’est l’art de transformer un concept- l’amour, la guerre, la liberté, l’angoisse- en histoire, et non l’inverse.
Souvent, je reçois des manuscrits dont les auteurs m’assurent : « Vous verrez, ma vie est un roman », faits de souvenirs rédigés avec application, en changeant les noms et les lieux. Sans prendre la distance nécessaire pour que l’histoire devienne à la fois universelle et relative,
André Maurois ressemble-t-il au héros de « Climats » ? Sans doute, on puise toujours dans son propre vécu pour écrire. Mais le lecteur ne se pose pas la question : Philippe Marcenat, son héros, existe,
