"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
Prenons un yaourt nature, basique. C’est fait avec du lait entier ou demi écrémé et des ferments lactiques précis qui donnent à la chose son statut de yaourt. Si on met de l’acidophilus ou du bifidophilus, ça n’a plus le droit de s’appeler yaourt, ça s’appelle lait fermenté. Le yaourt est bon pour la flore intestinale- les médecins en prescrivaient autrefois systématiquement en même temps que les antibiotiques, pour reconstituer la flore mise à mal par les antibios. C’est bon au goût, plein de calcium et généralement toléré par les gens qui ne supportent pas le lait.
Ce qui précède était une réclame pour le yaourt : ça informe sur la qualité du produit. Point barre.
Posons à présent le yaourt nature, basique, dans la main d’une fille sublime, à hauteur des seins, là où s’attarde normalement l’œil de l’homme.
Ou alors dégusté à la cuillère par une fille au regard … prometteur et au sourire extatique, qui se suce ensuite l’index avec volupté, ça vous rappelle quelque chose petits coquins… Dans l’inconscient de l’homme se met en marche un cinéma sexuel du genre « il a le yaourt, il aura la femme » tandis que dans l’inconscient de la femme le yaourt s’associe avec l‘image de la femme sublime, sensuelle, canon. Musique langoureuse, slogan en incruste « Yaourt Goudorgasme, le plaisir à l’état pur. »

Ceci est une pub : ça n’apprend rien sur le produit, ça joue uniquement sur le registre émotionnel, souvent sexuel- femme en bas résille sur un capot de voiture, café nommé Désir, etc- ça pousse à l’achat pulsionnel de n’importe quel produit. Sans la pub transformant le fumeur en cow-boy, qui aurait eu seulement l’idée d’aspirer l’âcre fumée sortie d’un cylindre de papier bourré de tabac et enflammé à une extrémité? Qui songerait à ruminer toute la journée un bout de pâte à mâcher ?
Ecoutons maintenant une musique, lisons une page d’un livre… On est séduit, ou pas.
La différence entre un yaourt et un livre ou une musique, c’est que le premier a besoin d’une mise en scène pour séduire, sans aucun rapport avec ses qualités propres, tandis que les seconds se suffisent à eux-mêmes : on achète un livre après en avoir lu un extrait ou la 4è de couverture, ou parce qu’on apprécie l’auteur, on achète une musique parce qu’on l’a entendue et qu’elle nous plaît, ou qu’on apprécie l’artiste. L’émotion d’un texte ou d’une musique sont intrinsèques au texte ou à la musique, l’émotion du yaourt est nulle si on ne flatte la libido. On pourrait dire qu’elle est intrinsexe.
D’où une suggestion :
Réservons la pub produits aux chaînes de TV privées qui considèrent leurs programmes comme des intermèdes permettant de vendre du temps de cerveau disponible (le pauvre Le Lay, cette phrase va le poursuivre jusqu’à la tombe !)
Autorisons les chaînes publiques à proposer à un tarif accessible des espaces payés par les éditeurs, maisons de disques, maisons de production, musées, galeries, théâtre, festivals… destinés à faire connaître- et peut-être vendre- la production culturelle à un large public. Cela permettrait de faire connaître des auteurs ou artistes nouveaux, sans contredire la vocation culturelle du service public, tout en lui apportant une source de financement non négligeable.
Si quelqu’un lit ce blog et connaît Christine Albanel, qu’il n’hésite pas à lui en donner l’adresse.