"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.

Y a du pathos dans l’air. Les émissions de confessions intimes sont peuplés d’hommes gémissant « mais qu’est-ce qu’elles veulent ? » et de femmes malheureuses de ne pas pouvoir programmer leur amour comme elles programment une carrière. En balisant tous les risques. Tout comme les débats sur l’emploi ne présentent que des angoissés du lendemain qui cherchent « la sécurité de l’emploi » avant l’intérêt de l’emploi, avant même « le salaire de l’emploi ». Pourtant, au train où on débauche actuellement, rien n’est moins sûr que de dépendre d’un seul employeur qui sait qu’il vous tient dans le creux de sa main, d’autant plus qu’il vous a consenti un prêt 1% pour la maison qui va ligoter votre vie pendant 30 ans. Mieux vaut avoir des contrats de travail multiples et plusieurs employeurs. Questions de mots : être précaire ou pigiste, ça angoisse, s’affirmer free-lance, ça a un goût de liberté. La diversité professionnelle, comme la diversité amoureuse ou la diversité des énergies sont infiniment plus sûres, au final, parce qu’elles donnent de l’indépendance et de l’autonomie.
Plus sûre, mais pas sécurisante, parce que ça rassure rudement de se dire qu’on a un amour rien qu’à soi, une place bien à soi, un toit à soi et du pétrole pour longtemps. Sauf que ce n’est pas vrai. Rien n’est jamais acquis. La plus grande sécurité, peut-être la seule, ne s’acquiert qu’en diversifiant ses ressources dans tous les domaines.
Mais l’indépendance et l’autonomie vous rendent ingouvernables… Quel pataquès pour le pouvoir, quel qu’il soit. Des citoyens apeurés sont bien plus malléables... Ils acceptent qu'on les surveille et qu'on les piste, acceptent d'être à tout instant joignables et ne supportent plus de couper le fil ombilical: "T'es où mon chéri?"
Or l’idéologie sécuritaire ne donne aucune sécurité, elle se contente de présenter la vie comme un risque permanent. OK, on n’en sort pas vivant. Est-ce une raison pour ne plus oser, manger ou faire l’amour la peur au ventre et ne se déplacer qu’armé de méfiance en regardant partout si un étranger, un chien méchant ou un avion fou ne vont pas vous agresser ? L’actualité, hélas, ne vend que du drame. Les gens heureux n’ont pas d’histoires, les autres viennent témoigner.
Etre victime devient une identité : madame Untel, agressée, ou inondée, monsieur Untel victime de steack avarié, contaminé, sinistré. C’est sinistre. Un homme raconte l’agression dont a été victime son frère. Pour lui et sa famille, c’est 100% terrible : un mort proche pèse davantage que les dizaines de tués chaque jour en Irak ou ailleurs. L’homme insiste : « On ne le dit pas, on vous le cache, mais chaque jour il y a des agressions comme cela. » Ben, oui, parce que chaque jour en France- et je ne vous parle pas du reste du monde où on vit souvent moins bien que chez nous- il se passe plein de choses. Toutes les heures une personne se tue sur son lieu de travail et 7 personnes meurent des suites de l’alcool, une personne se suicide toutes les 50 minutes et toutes les cinq minutes une autre meurt en France d’un infarctus. Présenté comme ça, on n’a qu’une envie : se blottir sous la couette et ne plus bouger… sauf que la majorité des décès ont lieu dans un lit, qui se révèle un endroit des plus insécures.
On peut aussi lire différemment : 1 femme sur 8 a un cancer du sein, ça veut dire que 7 sur 8 n’en ont pas, 60 000 personnes par an meurent à cause de l’alcool, mais 64 millions et des plumes n’en meurent pas et parmi celles-ci un certain nombre picolent un peu, juste pour le plaisir. 10% de petits français obèses, ça signifie que 90% ont un poids acceptable. 8,8% de chômeurs, ça fait 91,2% qui ont trouvé un emploi.
La situation est la même, ce n’est qu’une question de regard qu’on porte sur la Vie, regard pas du tout anodin : les gens optimistes vivent mieux et plus longtemps que les pessimistes. Une enquête sur les centenaires ne leur a trouvé que deux points communs : la consommation quotidienne d’un peu de porto et la capacité à garder un certain recul face aux événements, un détachement salubre qui leur avait permis de bien réagir aux aléas de la vie.