"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.

Jeudi dernier, jour de manif, j’étais en province. Soleil radieux, temps doux. Cent mètres avant l’arrivée au point de rendez-vous, des jeunes, des vieux, des avec drapeaux, des avec banderoles, des les mains dans les poches, convergent vers la place où règne cette atmosphère très particulière des jours de manifestation, faite de sourires et de gravité, de regards qui s’éclairent en reconnaissant tel ou tel, du plaisir de voir que nous sommes nombreux, très nombreux (13 000 apprendrons-nous le lendemain), de la sono qui grésille tandis que les couplets entonnés au micro sont repris par la foule.
J’écoute distraitement les slogans qui défendent les retraites, les salaires, les sans-papiers ou réclament plus de justice, moins de précarité, plus d’avenir pour les jeunes. « C’est étrange, me disait avant-hier un ami : plein de gens ont envie de vivre autrement, plein de gens en ont marre de ce monde de folie, mais il manque la petite étincelle pour que ça explose ». Je revois les images d’un documentaire récent sur les paradis fiscaux : rien qu’en France, 50 milliards d’euros placés par des particuliers échappent à l’impôt, plus que la dette du pays. Du côté des banques, entre Crédit Agricole 5,7 milliards, Société Générale 5,4 milliards, BNP/Paribas, 3,7 milliards d’euros… Presque 15 milliards d’euros ont été perdus dans la crise des subprimes tandis que des milliers de gens rament dans des boulots sous-payés. Travailleurs pauvres, la nouveauté de la décennie. Pourquoi supporter un tel gâchis ?
Me revient brusquement à l’esprit cette phrase que m’avait dit en 1977 Michel D’Ornano, Républicain Indépendant (= Giscardien) donc pas précisément dangereux gauchiste :
« Tout système a une capacité limitée à absorber des réformes. Si on veut changer de système, il faut une révolte ou une révolution. »
J’avance vers la blonde militante qui marche derrière le camion sono du syndicat Sud- la gauche de gauche- en scandant ses slogans au micro : «Pourquoi ne dis-tu pas tout simplement : « Une seule solution, la Révolution ? »
Elle me regarde, stupéfaite : « La Révolution ? Je ne sais pas ce que c’est. »
« C’est quand ce que tu demandes ne PEUT PAS être obtenu parce que c’est contraire à la logique du système existant. Quand un système est tellement pourri qu’il vaut mieux en changer,» La fille me regarde, hésite, puis me tend brusquement le micro comme s’il la brûlait : « Tiens, dis-le toi-même. » Ce que je fais une fois, deux fois, dans un curieux silence autour du camion. Mais à la troisième, puis la quatrième fois, des dizaines de personnes reprennent en chœur.
C’est pas que ça enrichisse, mais ça soulage.
Révolution chez les souris.