"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.

Rencontre en Grèce avec Christa, autrichienne, genre 40 ans, qui se définit comme une femme « libre » sans que je lui ai rien demandé. Elle bronze nue sur la plage, je lui offre une carapace d’oursin verte et comme elle parle français nous papotons en séchant au soleil. Notamment des faits-divers autrichiens qui ont défrayé la chronique, Natacha Kampuch, puis le père qui a séquestré sa fille durant des années en lui faisant sept enfants. Curieusement, Christa ne semble pas choquée par ces affaires : « Ca arrive, chez nous les pères violent souvent leur quatrième fille ». Je ne connaissais pas cette coutume, je le lui dis, puis nous parlons d’amour, d’érotisme, de désir et elle me lance, quasi dédaigneuse : « En t’écoutant parler, j’ai l’impression de voir un film français, tu es très française. –Que veux-tu dire ? – Tu es cérébrale, tu parles de désir, tu as besoin de mots pour le sexe. Comme dans les films français. – C'est vrai, sans désir le sexe ne me semble pas très intéressant. Les gestes se ressemblent, quel que soit l’amant. Par contre, si le désir intervient, comme dit un de mes amis, un simple « missionnaire » peut te combler, alors que les 400 pages du kamasoutra dispensées par un homme que tu ne désires pas seront ennuyeuses. S’il s’agit juste d’orgasme, je me fais très bien cela toute seule ! » 
Christa s’enflamme, pour elle l’amour, c’est l’Orgasme, qu’elle veut sans mots, sans préliminaires, sans connaître l’homme qui le lui prodigue, mais total : « Je veux me liquéfier, ne plus penser, ne plus savoir qui je suis, ne pas savoir qui est l’autre, je veux me perdre ! » Je lui dis qu’effectivement, la perception de la sexualité est très culturelle. Elle me trouve typiquement française avec mes désirs cérébraux, je la trouve « tragique germanique » avec son envie de se perdre entre Eros et Thanatos. Moyennant quoi, elle court après ce mythe, croit l’atteindre, est déçue, finit par éructer sur l’incapacité des hommes occidentaux à la faire jouir, et rêve de l’habileté des asiatiques surdoués en sexe tantrique, ce qui là encore me semble un mythe …
Retour en France, je bavarde avec une amie qui me dit plaisamment : « Je ne t’ai pas envoyé de questions sur les amours plurielles, car avant d’en être là, j’aimerais bien réussir un amour singulier ! » Dans sa famille comme chez ses ami(e)s, pas une histoire ne dépasse les 5 à 7 ans. C’est alors qu’elle me parle d’un homme avec qui elle adore faire plein de choses, a des relations amicales, et aime aussi faire l’amour. « Que veux-tu de plus ? Tu l’aimes ! - Tu crois que amitié+ désir= amour ? - Complètement. C’est même celui qui a le plus de chance de durer. » Elle convient avec moi que la passion, trop narcissique, n’est pas de l’amour et consume trop pour durer, mais persiste à chercher ce qu’est l’amour dont elle rêve. »
Je lui raconte l’histoire d’une auditrice qui avait appelé lors d’une émission de Brigitte Lahaie à laquelle je participais. Elle se plaignait de ne pas connaître L’Orgasme, décrivant le plaisir qu’elle ressentait avec son mari en concluant « C’est bien, mais ce n’est pas l’Orgasme ». Je lui avais demandé si elle avait essayé avec un autre homme. Oui, elle avait pris un amant, dans l'unique but de connaître enfin l’Orgasme, mais le malheureux lui avait donné juste du plaisir, qu’elle nous raconta en détail. Brigitte et moi nous écriâmes en chœur : « Vous êtes en train de nous décrire un orgasme ! » -Ah bon, c’est ça ? » fit-elle d’un air déçu. J’ai dû lui expliquer que l’orgasme n’est pas forcément le ciel qui croule sur la tête entraînant une pluie d’étoiles qui vous enflamme du petit orteil à la pointe des cheveux et vous déchire les entrailles.
« Tu es avec l’Amour comme cette femme avec l’Orgasme » dis-je à ma copine. Dans une recherche de mythe, parce que les contes de fées racontent que l’Amour fait exister, comble une femme, est la plus merveilleuse des choses, etc… tout comme les magazines te serinent aujourd’hui qu’hors l’orgasme, point de salut. Résultat : tu as sans doute l’amour tout près de toi et tu ne le reconnais pas. – Et pour toi, qu’est-ce que c’est ? – C’est différent avec chaque homme, mais il y a des points communs : je sais que j’aime un homme si penser à lui quand il est absent me donne envie de sourire au lieu de me mettre en état de manque. Quand je ne sens en confiance avec lui et que j’accepte de n’avoir plus un œil vers la sortie et le doigt sur la gâchette[1]. C’est assez rare, finalement. Enfin, il me faut du temps, et j’adore ce moment où je ne me pose plus la question de l’Amour, tant il devient une évidence. A ce niveau, je n’en aime que cinq ou six. (et c’est là que certains vont se demander s’ils en font partie, niark, niark, niark J)