"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
J’ai passé samedi à poncer un meuble pour le lasurer ensuite, et à trier des vieux papiers histoire d’aérer mon bureau de 7m2, tout en pensant aux lettres reçues de femmes, surtout autour de la trentaine, pour lesquelles l’ Amour est une attente, une angoisse, une déception, un espoir… Je dis bien l’Amour et non pas l’Homme. Elles sont souvent plus amoureuses d’une idée de l’amour que désireuses d’aimer réellement un ou plusieurs hommes. Et voilà qu’en sortant de vieilles chemises cartonnées d’un casier, je tombe sur des textes écrits entre 1995 et 2000, dont cette ode au genre masculin.
« Il y a des collectionneurs de papillons, des fondus d’art Etrusque, des gens capables de se passionner leur vie durant pour la salive d’un moustique tropical ou les moeurs d’un ver plat, des fous d’œnologie et même des supporters de foot, capables du pire comme du meilleur. Moi, c’est l’Homme. Pas l’être humain, mais le mâle, créature étrange qui ne réagit jamais comme l’attendent les femmes. D’où de sérieux malentendus entre elles et eux, misogynie d’une part, ressentiment de l’autre, combats de petites phrases, de défis et de regrets où s’étiolent le plaisir et les sentiments. 
Peut-être parce que je n’attends guère des hommes plus qu’ils ne sont capables de donner, ils me donnent- et je leur prends- beaucoup. Je glane en leur compagnie du plaisir, certes, mais aussi des troubles infinis, des souvenirs capables d’érotiser pour moi la planète entière : un couloir de métro, un balcon banal, un évier de faïence, une voiture garée sous un réverbère nocturne, une tarte aux fraises géante, l’odeur du néoprène, Ostende « ni gris, ni vert », des hôtels impersonnels et d’autres dits « de charme », un vieux gréement légendaire, une odeur de pommes dans un escalier ciré (mais pas un seul raton laveur) éveillent en moi un sourire intérieur.
Ils m’inspirent aussi des élans mystiques, l’émerveillement devant leur corps, l’envie de le célébrer avec une gourmandise joyeuse et une émotion sacrée. Je ne connais pas la tristesse post coïtum, mais la gravité sûrement. L’impression d’atteindre dans le plaisir une vérité inaccessible par d’autres voies, l’essence même de ce que je suis et de ce qu’est l’Autre.
J’aimerais leur écrire un « Cantique des cantiques », un chant lyrique et sensuel pour les remercier des instants qu’ils m’ont offert, et pour les instants d’après, quand les sensations s’estompent sur la peau, prêtes à revenir au galop à la simple évocation d’un timbre de voix, d’une odeur, du cheminement de leur lèvres sur mon corps… J’aimerais inventer des mots d’amour qu’ils n’auraient jamais lus ailleurs, des mots si forts qu’en les prononçant, en les voyant simplement écrits, le cœur de l’Homme redécouvre la nature divine du désir. J’aimerais que chaque Homme puisse croire que ces mots lui sont personnellement destinés et que chaque Femme en les lisant puisse se dire « C’est mon histoire, c’est l’histoire que je veux vivre ». Afin que les mots, ensuite, cèdent la place aux gestes. »
D’autres textes retrouvés suivront...