"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.


J’ai relu les pages des « Latitudes amoureuses » qui se passent en Australie. Il y a dix ans, déjà, les aborigènes associés à l’exploitation touristique des lieux sacrés avaient demandé instamment aux gens de ne pas grimper sur Uluru (Ayers Rock). Aujourd’hui, un panneau en quatre langues rappelle aux touristes cette demande… qu’ils ne respectent guère. On m’a demandé à mon retour : « T’as escaladé Ayers Rock ? ». Non, je ne l’ai pas fait. Pour les raisons déjà écrites dans le roman.
« Nous avons atterri tout près du centre culturel aborigène. Le soleil commençait à descendre, il ne restait plus grand monde. Neil a sorti un sac à dos de la soute et m’a fait signe de le suivre. Nous avons commencé à marcher vers l’immense monolithe qui me paraissait tout proche et semblait paradoxalement s’éloigner au fur et à mesure que nous avancions. Nous n’y sommes arrivés qu’au crépuscule. Neil a levé les yeux vers le sommet :

« 328 mètres de haut, presque autant que ta tour Eiffel. C’est le plus gros caillou isolé du monde. Les aborigènes l’appellent Uluru, pour eux c’est un lieu sacré. –Et pour toi ? –Pour moi, non, mais je respecte ce qu’ils croient. Tu vois cette chaîne le long de la roche ? Elle a été installée pour que les gens qui escaladent Uluru risquent moins de tomber. Moi, je suis contre. Il aurait mieux valu que ça reste dangereux et que moins de gens tentent d’y grimper. Tu imagines, si on mettait des crampons d’escalade le long de la cathédrale Notre-Dame, pour amuser les touristes ?

En quelques minutes, Ayers Rock s’est illuminé d’un rouge flamme éblouissant, puis le soleil est descendu peu à peu, le rouge s’est mué en carmin, puis en bordeaux et en violet, avant que le rocher ne devienne une énorme masse sombre, encore plus impressionnante dans l’obscurité et le silence. Le ciel toujours clair restait le seul élément de douceur dans le paysage. Le reste inspirait une émotion presque sacrée.

J’ai demandé au guide pourquoi on laissait cette chaîne, qui incitait les gens à grimper, alors que sans elle, seuls quelques téméraires imbéciles s’y risqueraient. Il a répondu, embarrassé : « Les touristes veulent grimper. Pour certains, venir en Australie signifie escalader Uluru, se faire photographier avec un koala dans les bras et plonger sur la barrière de corail. Ces trois activités sont écologiquement nuisibles. » - Alors pourquoi développer ce tourisme là ? – Il rapporte beaucoup d’argent, a-t-il soupiré, tout comme, lorsque je me suis indignée (OK, je sais, je suis un peu chiante sur ce plan là) qu’à Alice Springs, en plein désert d’un continent parmi les plus arides du monde on construise des resorts avec piscine, il m’a répondu : « Vous avez raison, on ne devrait pas. Mais pour les touristes riches, un hôtel sans piscine, c’est inconcevable. » J’allais m’écrier : « Mais qu’ils aillent se faire foutre ! » et me suis retenue. Ils le font déjà, et là aussi ils payent.
