"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
A la radio, il a dit « plénitude », et j’ai dressé l’oreille, car c’est le mot que je préfère dans la langue française. Hadrien, 18 ans, a passé quatre mois à marcher seul sur les chemins de France, accompagné de sa vache « bio » Camomille. Il a parcouru 1300km, s’est nourri de plantes sauvages ou de l’hospitalité de quelques villageois, dormi à la belle étoile ou dans des granges et dit « On a besoin de peu de choses pour être heureux. Jamais de ma vie je n’ai ressenti une telle plénitude ». Laurent Ruquier s’étonne : « MSN, le portable, les copines, ça ne t’a pas manqué ? » Non. Le jeune homme n’a pas de mobile- sa mère lui en prête un en cas de besoin- et aime la solitude, même s’il a des copains et des copines. Il a aussi un bac S avec mention, condition mise par ses parents pour le laisser partir, alors qu’il pensait à ce voyage depuis l’âge de 15 ans et a étudié pendant deux ans les plantes sauvages pour pouvoir se nourrir de façon autonome et sans s’empoisonner.
Les chats ne font pas des chiens : ses parents sont agriculteurs « bio », mais ce n’est pas cette option qui a guidé son choix : « J’ai grandi en ville mes huit premières années. Ma mère a été formatée par ses études scientifiques pour bosser sur les OGM. Très vite elle s’est posée des questions sur l’innocuité et surtout l’intérêt de ces manipulations. Vous voyez les vaches du Salon de l’Agriculture ? Les gens s’extasient, les voient manger du fourrage et ça les fait rêver d’une France rurale qui n’existe plus. En réalité elles sont nourries avec des céréales à 90% OGM. A part Camomille, bien sûr ! Ma mère a donc quitté l’agronomie pur devenir enseignante universitaire, mon père travaillait en entreprise. Il y a dix ans, ils ont tout quitté pour devenir agriculteurs « bio ». Ils ne m’ont pas donné le goût de la nature, je l’ai toujours eu, ils m’ont surtout montré qu’on peut sortir du formatage, faire ses propres choix et vivre libre. » - Vous avez parlé de plénitude. C’était quoi pour vous ? – C’était le sentiment de toucher au plus près la liberté, n’avoir plus aucun problème pour me nourrir, boire, dormir… Aucune dépendance. Même quand j’ai dormi dehors sous la pluie, j’étais heureux. Il ne m’est rien arrivé de fâcheux alors que plein de gens me disaient que c’était dangereux de partir seul sans un sou. Certains voulaient me donner de l’argent, j’ai refusé, je n’acceptais que l’hospitalité si je pouvais en plus apprendre quelque chose. J’ai appris la survie en milieu naturel, la solitude où on ne se sent pas seul, la capacité d’adaptation aux imprévus et aux intempéries- dans le massif central, il gèle la nuit dès octobre !- et des techniques d’artisanat… Je n’ai qu’un regret : j’avais emporté ma guitare pour apprendre à jouer avec des gitans et je n’ai pas eu le temps. J’ai surtout joué de l’harmonica… »
Il y a eu aussi la découverte de l’intimité avec Camomille qui s’est adaptée à marcher, à porter des charges et à ruminer à des heures inhabituelles. La génisse, une jolie charolaise avec sa frange de poils sur le front façon « Beatles », entretient avec son ami Hadrien une complicité indéniable… Je revois en un éclair les images du docu « We feed the world, avec ses animaux comprimés dans des boxes minuscules, les poussins mâles broyés vivants et cherchant à fuir la main qui les attrape comme des objets inanimés… Deux mondes opposés ! Depuis son retour, Hadrien a écrit un livre sur son voyage, réalisé un herbier des plantes vernaculaires qu’il a étudiées, et rédigé un rapport pour Zellidja, l’association qui lui a octroyé une bourse de voyage de 900 €. Budget de l’épopée pour 4 mois : 945 €, tente, matériel de cuisine et vêtements compris.
Pourquoi es-tu allé voir un philosophe ? –C’était un des buts de mon voyage. Je voulais l’écouter. Il m’a livré ses interrogations sur le monde, un regard plus global… - Et alors ? –Je trouve qu’on vit dans un monde rongé par la peur, alors qu’il y a tant de choses merveilleuses à découvrir. Mon moteur, c’est la curiosité. En avril, je vais partir en Italie chez un fauconnier pour apprendre son art, j’ai postulé pour une autre bourse Zellidja ( www.zellidja.com ) afin de partir en Amazonie dans une tribu amérindienne. »
Hadrien, Camomille et leur livre sont jusqu’au 1er mars au Salon de l’Agriculture, hall 1, allée N, Stand 8. Quand je vous disais que les choses frémissent...

| Le temps d’écrire cet article, j’ai fait cuire mon repas de midi : 500 grammes de panais bio, épluchés et coupés en tronçons ou grosses rondelles. Saupoudrés d’un demi sachet de sucre vanillé, largement poivrés, puis recouverts d’eau froide dans laquelle j’ai jeté des copeaux de beurre salé. Cuisson à feu moyen et à découvert jusqu’à évaporation totale de l’eau et légère caramélisation des légumes. Parsemer de persil hâché. C’est tout. Avec un bout de fromage pour les protéines, voilà un délicieux repas, équilibré. |
| AUJOURD’HUI 26 FEVRIER, JULIEN COUPAT, n° d’écrou 290173 EN EST A SON 104 è JOUR DE DETENTION A LA PRISON DE LA SANTE TOUJOURS SANS AUCUNE PREUVE QU’IL AIT COMMIS LE MOINDRE FAIT DELICTUEUX. PENSEZ A LUI ECRIRE, MERCI. |