"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
"La politique de l’oxymore » (éd. La Découverte) c'est le titre ô combien littéraire- "cette obscure clarté qui tombe des étoiles", mon oxymore préféré- le titre donc d’un petit bouquin dont je vous recommande la lecture, écrit par un philosophe. Ce n’est pas la joie, puisque, en gros, il affirme que nous sommes foutus si nous ne nous décidons pas à changer de logiciel de pensée- ce que je répète ici sans me lasser- mais rappelle que l’être humain a le plus grand mal à le faire pour moult raisons.
Première raison, résumée brillamment par mon directeur d’agence bancaire : « Les décisions prises contre la crise émanent des décideurs à l’origine de cette crise, qu’ils soient politiques ou financiers. Il ne faut pas oublier que celle-ci, avant de leur faire perdre de l’argent, leur en a fait gagner tellement que même avec les pertes actuelles, ils restent gagnants. Pourquoi voudriez-vous qu’ils changent un logiciel qui leur est bénéfique ? Ils vont calmer les esprits avec un peu d’argent et repartir dans la même direction.» Absence de changement par intérêt personnel, pas moral mais logique.
Deuxième raison, fréquente : l’absence de changement par peur de la nouveauté et/ou du risque. C’est le cas de ceux qui restent dans un couple ou un boulot qui ne leur conviennent plus, au motif qu’on sait ce qu’on perd, mais qu’on ne sait pas si on va gagner. La merde dont le goût est familier, on finit par s’y habituer... jusqu'au jour où elle rend malade.
Troisième raison, irrationnelle : le refus de la réalité, de la nécessité absolue de changer de logiciel, parce qu’on ne VEUT pas y croire. Exemple : tout le monde se SAIT mortel, personne n’arrive à s’imaginer mort. Tout le monde SAIT que la planète ne PEUT pas supporter qu'on continue à l’exploiter sans mesure, mais personne ne veut vraiment y croire, car imaginer la fin du monde et de l’humanité est insoutenable.
Alors, les cyniques qui ont intérêt à ce que ça continue pour les deux ou trois décennies qui leur restent à vivre (les puissants sont rarement très juvéniles) ont inventé la politique de l’oxymore : ils associent des concepts incompatibles qui donnent l’illusion qu’ils agissent, et font croire à ceux qui ont peur de changer ou qui ne veulent pas admettre la nécessité de changer qu’on va pouvoir, au bord du gouffre, faire un grand pas en avant sans tomber, comme dans les dessins animés où Donald pédale dans le vide …
MORALISER LE CAPITALISME: impossible puisque ce système, basé sur l’appropriation par quelques-uns de toutes les richesses du monde au détriment de la majorité des gens, basé donc sur l'injustice et l'exploitation est, par essence, immoral.
DEVELOPPEMENT DURABLE : une croissance continue sur une planète limitée aux ressources épuisables est évidemment impossible. Pour que tous les terriens puissent accéder à un confort convenable, il faut que les plus favorisés modifient leur mode de vie en consommant et polluant moins. Y a de la marge, vu les gaspillages!
NUCLEAIRE ECOLOGIQUE : une énergie qui produit des déchets toxiques indestructibles qu’on ne sait pas où mettre excepté sous le bitume des cours d’école et des routes (excellent documentaire récent sur le sujet à FR3) n’est pas écologique puisqu’elle oblitère le destin des générations futures. Le fait qu’elle ne produise pas de CO2 ne suffit pas à la rendre inoffensive, sans même parler de son éventuelle utilisation militaire.
GUERRE PROPRE : sans commentaire.
FLEXIBILITE PROFESSIONNELLE SECURISEE : l’emploi est stable et sûr, ou flexible et précaire, ceci sans jugement de valeur sur ce qui est souhaitable pour mieux vivre. Mais en aucun cas il ne peut être flexible et sûr ! Perso, je pense que la sécurité est mieux assurée avec plusieurs employeurs qu'un seul, toujours le principe écologique de la diversité, qui évite la dépendance.
La politique de l’oxymore se nourrit de contradictions : prétendre revaloriser le travail mais refuser la moindre augmentation des salaires. Prôner l’effort et le mérite mais favoriser fiscalement les revenus des capitaux et l’héritage qui n’exigent pas d’efforts démesurés pour les gagner. Limiter la vitesse pour les conducteurs, mais ne pas brider les moteurs des automobiles. Faire de la publicité pour une barre riche en sucres et en graisses et écrire en dessous « pour votre santé, manger moins gras et moins sucré ». Multiplier les informations alarmistes et les faits-divers en boucle puis exhorter les gens à «mieux gérer leur stress ». Prôner le goût du risque mais mener une politique obsessionnellement sécuritaire. Parler de simplification administrative et pondre une nouvelle loi et dix décrets par jour. Considérer que les services publics ne servent pas à grand-chose et déplorer que leurs grèves bloquent le pays. Vouloir la libre circulation des marchandises et des capitaux mais fermer les frontières à la libre circulation des humains.
Ca rend fou, non ? Effectivement, oxymore signifie étymologiquement « folie aigue », dit l’auteur du livre. Une folie qui préfère s’enivrer de contradictions plutôt qu’accepter que son logiciel de pensée soit périmé. Pourtant, comme dit le proverbe, « se cacher la tête dans le sable n’a jamais empêché l’autruche de se faire botter le cul. »
Je sais, c'est un émeu, pas une autruche. Et alors?
| AUJOURD’HUI 3 MARS, 109è JOUR DE DETENTION POUR JULIEN COUPAT, n°d’écrou 290173, A LA PRISON DE LA SANTE, TOUJOURS SANS AUCUNE PREUVE QU’IL AIT COMMIS LE MOINDRE FAIT DELICTUEUX. SI ON DEMANDAIT A AMNESTY INTERNATIONAL DE L’ADOPTER COMME PRISONNIER D’OPINION ? LA HONTE POUR LA PATRIE DES DROITS DE L’HOMME! J |