"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
Entre ceux qui sont partis et ceux qui vont partir, l’été alanguit le monde du travail. Moment idéal pour trier les classeurs de courrier. Primo, mettre à part les correspondances psychopathes- deux lecteurs, quarante lettres !- dont j’ai gardé les missives au cas où (conseil d’un avocat) mais que je n’ai pas envie que d’autres lisent, leurs fantasmes étant perturbants… Plus agréable, relire les premières lettres d’hommes et de femmes dont certain(e)s sont devenus des amis, surprise de voir surgir sur quelques mots des souvenirs vivaces. Il suffit parfois d’une phrase pour retrouver les détails d’une histoire et l’émotion ressentie.
Et puis, saisies au vol, quelques phrases familiales. L’humour de ma mère concluant une carte d’anniversaire par « je me félicite de t’avoir faite ! » et ajoutant « le chèque d’anniversaire a été spécialement édité à ton intention, c’est du moins ce que je veux croire. Il est bon de croire aux choses gentilles. » Les conseils de mon père, inquiet et heureux de mes engagements politiques qui le ramenaient à sa jeunesse. Il me citait ses références : Che Guevara, Gandhi, Kennedy, Luther King, et, plus proches de nous Rocard, Krivine, Mitterrand, Marchais… Les chats ne font pas des chiens… Sauf que mon père concluait : « à ton âge j’étais comme toi et cela a duré cinq ans, de 22 à 26 ans ! Puis tout passe, tout lasse… » Que dirait-il s’il savait que ça me dure depuis plus de 30 ans ?
C’était le sujet d’un échange de mails hilarants avec mon jeune frère, il y a quelques années, au sujet de notre obstination commune à défendre une cause, qu’il s’agisse de préserver l’environnement ou obtenir un remboursement d’impôt ! Sa femme nous avait traités de « patelle », et j’avais répondu :
La patelle est un excellent coquillage, dit aussi « arapède », le bonheur des petits n’enfants qui arrivent à les décoller et à les manger sur la plage, le cul râpant la rugosité du granit, les épaules brûlées par le soleil qu’on ne sent pas quand on mange ladite patelle…C’est aussi un coquillage d’une rare résistance, capable de passer des heures sans eau et de ne pas mourir, puis d’être submergé par une vague et de ne pas se noyer. Ton épouse, sous des dehors caustiques, nous fait donc un Hénaurme compliment, surtout en ces périodes de passivité, manque de rigueur et désengagement total de nos contemporains… Ce talent : évaluer, se placer, épouser la vague et se laisser porter par elle juste à l’endroit où l’on souhaitait aller (s’cuse les métaphores marines abondantes, mais pour une ex-aquaphobe c’est hyperimportant ) vient, pour ma part du moins- j’y réfléchissais à l’aube dans mon lit où le sommeil m’avait quittée - vient donc, disais-je, d’une certaine indifférence à ce qui peut m’arriver. Il y a dix ans, je me disais encore, pour évaluer un risque : est ce que je risque d’en mourir ou pas ? ce qui me laissait une large part de manœuvre pour bien des décisions. Aujourd’hui, je me dis carrément : « même si j’en meurs, m’en fous, j’ai eu une part de vie qui vaut largement la peine ». Moyennant quoi, faute d’enjeu majeur pour me faire renoncer, j’ose. C’est beau, hein ce que je te dis !!! Un optimisme forcené et un désespoir total cohabitent en moi, j’ai toujours été un peu schizophrène- dixit mon psy- mais je ne me soigne pas. »
Pour finir je tombe sur un texte écrit à 16 ans, bien avant les amours plurielles, alors que j’étais une oie blanche plus vierge que Verseau : «Est-ce pureté d’être pudique ou pureté de satisfaire ses instincts comme à l’aube des temps ? Qu’est-ce que la perversité ? La pudibonderie aux rêves si souvent troubles, ou l’explosion de tous les désirs ? »
Conclusion de ce tri : on ne se refait pas, on se continue…
