"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
Ce type, par ailleurs sympathique, a travaillé plus pour gagner plus et voté NS pour ses idées, celles qu’il fallait « moderniser la France » et en finir avec l’assistanat. Sauf que dans sa boîte, aujourd’hui, on licencie plus facilement qu’on ne fait d’heures sup’. Il s'est d’abord vu imposer des vacances non souhaitées « à prendre sur ses RTT », pour passer une période de baisse d'activité de l'entreprise, puis on lui a imposé l’an dernier du chômage partiel entre Noël et Jour de l’an. Ensuite, il a perdu deux collaborateurs, licenciés, dont il a récupéré la charge de travail… mais pas le salaire, of course. Résultat : en période de surchauffe, il bosse deux fois plus qu’avant, voire trois, sans un centime de plus. Et en cas de chômage partiel, il gagne moins.
Un autre applaudissait des deux mains à l’idée de travailler jusqu’à 65 ans et plus, vu que « c’est normal parce qu’on vit plus longtemps qu’avant. » Lui aussi trouvait les « réformes » logiques et sensées, et les réticences des travailleurs « une manifestation de la propension maladive des français à refuser le progrès ». Comme il a commencé à bosser à 27 ans, après de longues études et deux ans aux USA en stage payé sur place mais non comptabilisé pour sa retraite, travailler jusqu’à 67 ans lui permettra d’avoir 40 annuités pour sa retraite. Sauf qu’il aura 67 ans seulement en 2017, à un moment où il faudra totaliser au moins 43 annuités pour bénéficier d’une retraite à taux plein. Cette réforme, a priori justifiée par l’évolution démographique, va donc permettre de diminuer les retraites sans le dire, juste parce que les gens auront du mal à totaliser le nombre d’annuités exigées, surtout à une époque où les carrières ne sont plus linéaires.
Quant à l’augmentation de l’espérance de vie, sera-t-elle durable ? Les centenaires d’aujourd’hui sont les survivants de deux guerres et d’épidémies de maladies infectieuses sans antibiotiques, autant dire des costauds. Aujourd’hui ce sont surtout les maladies de civilisation liées au mode de vie qui tuent: diabète, cancers, maladies cardiovasculaires, stress. Entre 65 et 74 ans, 45,6 % des décès sont dus à des tumeurs, contre 29,9 % entre 75 et 84 ans (Insee, janvier 2009). En outre, l’espérance de vie à la naissance est de 77,5 ans pour les hommes et 84,3 ans pour les femmes, mais l’espérance de vie en bonne santé n’est respectivement que de 62 ans et 64,5 ans.
Tiens, justement : le cadre au long cours qui aurait dû travailler jusqu’à 2017 pour avoir une retraite même pas complète a de gros problèmes de santé ( arythmie cardiaque et maladie oculaire) et va devoir s’arrêter. Il a 59 ans, il va essayer de tenir jusqu’à 60 ans en arrêt maladie, puis prendra sa retraite avec 33 annuités validées seulement… Ca ne fera pas lourd.
Ce qu’on appelle aujourd’hui « réforme » au nom du « progrès » et du « monde qui change » peut sembler logique sur le papier, voire réaliste. Mais face à la vie qui n’est ni logique ni tranquille, ça équivaut à éliminer les plus faibles au mépris de la solidarité. C’est un choix. Politique. Il faut le dire clairement. Pour que chacun sache où cela mène avant d’y être personnellement confronté, comme les deux ci-dessus qui se croyaient à l’abri. Ca n’arrive pas qu’aux autres.
(Bonnes vacances quand même, hein !)