"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.

Un gus ayant élevé seul ses enfants, demande à bénéficier de trimestres validés supplémentaires pour sa retraite, comme les mères. La cour européenne lui donne raison au nom de l’égalité homme/femme/ Du coup, voilà qu’il semble urgent à nos chers législateurs de pondre un texte sur la question. Sans s’aviser que l’homme dont on parle est une exception. Or, légiférer sur l’exception, cela équivaut à faire une loi à partir d’un fait-divers, sans tenir compte de la réalité des choses. Et cela engendre des effets pervers, pépère !
Donner à tous les pères des trimestres supplémentaires pour leur retraite sous prétexte d’égalité hommes/femmes est absurde. Ces trimestres sont destinés à compenser le retard professionnel imposé aux femmes par les grossesses et par le fait que la charge des enfants leur incombant majoritairement, leur carrière en pâtit tant au niveau de la promotion que des salaires. Or, jusqu’à preuve du contraire, les femmes subissent toujours les grossesses, les accouchements, le post-partum, et les remarques insidieuses des employeurs qui se méfient des salariées jeunes « parce qu’elles vont être tout le temps en congé de maternité ». Tout le temps, ça veut dire en moyenne deux fois dans leur vie, mais le mythe demeure.
Question élevage, la dernière enquête officielle montrait que les femmes consacrent 2,4 fois plus de temps que les hommes aux taches ménagères, dont 3,3 fois plus de temps aux soins des enfants (ce chiffre va à l’encontre des idées reçues selon lesquelles les pères sont aujourd’hui aussi impliqués que les mères dans l’éducation de leurs rejetons). Comme me disait un cadre dynamique à une réunion de parents d’élèves quand je parlais de la nécessité de s’occuper des enfants pour leur donner des limites et du savoir-vivre : « Vous avez bien du temps à perdre, madame. Moi, quand je vais travailler, ils dorment encore, et quand je rentre, ils dorment déjà ! »
Encore, s’agit-il de couples. Mais quand ils se séparent, qui élève seul(e) les enfants ? Les femmes, à une écrasante majorité. Prenez Nicolas Sarkozy : il divorce une première fois, ses fils sont élevés chez leur mère. Il divorce une seconde fois : Petit Louis – pauv’ gosse, jusqu’à ses 50 ans on l’appellera petit Louis- est confié à Cécilia. Ce serait tout de même extraordinaire, comme il dirait, qu’on lui valide des trimestres supplémentaires pour ses trois enfants !
En fait, la question n’est pas là. Cette histoire de trimestres est juste l’occasion de réduire le coût des retraites en supprimant ou limitant cet avantage pour les femmes. Et en le faisant au nom de l’égalité Homme/femme, principe que nul n’osera évidemment contredire !
Mais si l’inégalité homme/femme est vraiment la préoccupation d’un gouvernement par ailleurs majoritairement masculin, pourquoi ne s’attache-t-il pas d’abord à faire respecter les lois existantes ? Entre autres, la loi sur l’égalité professionnelle qui interdit les discriminations salariales fondées sur le sexe. Loi inappliquée puisque l’écart des salaires entre hommes et femmes, atteint toujours 20 à 25% selon les secteurs.
Personnellement, je trouve que les lois sur l’égalité ou la parité font un peu « protection d’espèce en péril ». Je rêverais que les femmes aient naturellement les mêmes droits que les hommes sans qu’il soit besoin de lois pour l’imposer. Hélas, force est de constater que les lois qui cherchent à rétablir un semblant d’équilibre entre hommes et femmes ne sont même pas appliquées,alors que nos députés- majoritairement masculins- considèrent comme une urgence cette histoire de trimestres de retraite en plus pour les hommes, à partir d’un cas d’espèce rare !
Alors les filles, faites gaffe ! Vous croyez que tout va bien dans le meilleur des mondes féministe et que vous êtes libres et égales à vos compagnons ? Que nenni : il suffit d’un rien de non-vigilance pour que vous perdiez ce que vos mères ont obtenu par des années de lutte.
Alors si vous n’êtes pas friandes de manifestations ou de pétitions, FAITES LA GREVE DE LA PROCREATION puisque cette loi parle d’enfants : cela fera du bien à notre planète surpeuplée, et du mal à l’industrie de la couche-culotte, des petits pots, des landaus, des vêtements d’enfants, des céréales de petit-déjeuner, des jouets, des médicaments, des vaccins, des cahiers et des crayons, des cartables, des chaussures qu’il faut changer tous les six mois parce que leurs pieds grandissent, des bonbons, des dessins animés…. Putain, quel gouffre financier, les gosses !!! Une grève comme ça, c’est 2 points de croissance en moins, de quoi prouver qu’élever des enfants est une activité économique majeure et faire capoter le plan de relance !
Et même FAITES LA GREVE DU SEXE, ça mettra les hommes dans la rue pour réclamer qu’on ne touche pas à vos retraites et qu’on augmente vos salaires. En Grèce ancienne, Lysistrata, héroïne athénienne imaginée par Aristophane, lassée de la guerre entre Sparte et Athènes avait convaincu ses copines de se refuser aux hommes tant qu’ils feraient la guerre. En une semaine, le conflit était terminé.
Sur ce, je vais éternuer et me moucher dans mon bras, comme le recommandent les spots TV contre la grippe H1N1. C’est un peu dégueu, non, surtout que si on vous recommande de jeter votre mouchoir en papier, on ne vous dit pas de jeter votre bras morveux. Ca va être gluantissime bientôt dans le métro…
Merci aux bébés de la famille pour leur aimable participation à ce billet