"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
Pas le temps d'écrire un billet. Alors, petit cadeau de lecture pour le week-end, un extrait de "Autres désirs, autres hommes" que j'ai relu il y a quelques jours, et que je persiste à préférer à "Des désirs et des hommes". Moins directement érotique sans doute, mais tellement plus subtil dans la découverte de ce qui nous trouble chez vous, messieurs... ou plutôt de ce qui me trouble chez vous, messieurs.
LEURS SALLES DE BAINS
« Veux-tu prendre une douche ? »
Phrase la plus intime de l’amour…. Leurs salles de bains révèlent tant d’eux-mêmes…
Leurs négligences : « Attention, la douche fuit à l’entrée de la pomme ». Leur féminité, dans la multitude des gels douches aux fragrances de vanille ou de miel, de fleurs d’hibiscus là où l’on s’attendait à des senteurs boisées. Leurs manies, à la façon dont ils rangent ou ne rangent pas cet antre.
Découvrir sur leurs étagères les shampoings pour cheveux très fins ou colorés, les traitements antirides et les gels autobronzants discrètement dissimulés derrière leurs médicaments de base, eux aussi ont leurs fragilités et leurs obsessions hypocondriaques.
Retrouver chez des hommes différents les mêmes produits de soins peu connus, les mêmes flacons d’huiles essentielles rares, et comprendre que l’attirance pour l’un ou pour l’autre, pour l’un et pour l’autre, ne doit rien au hasard.
Remarquer trois brosses à dents dans un verre, des produits de maquillage récents ou périmés et en déduire d’autres vies, familiale, amoureuse, territoires d’autres femmes installées là comme à demeure. Le célibataire endurci ne l’est pas tant que ça…
Certains transforment leur salle de bains en impeccable show-room où les piles de serviettes, comme l’harmonie des couleurs entre étagères, linge de toilette et ustensiles divers racontent l’importance qu’ils donnent à leur corps et une part de leur sensualité. Ceux là aiment qu’on les surprenne au bain, qu’on penche la tête sur leur corps alangui dans la mousse, que nos mains se perdent sous l’eau, saisissent leurs bites comme un narguilé érotique à savourer à l’exacte température du bain, 33°, qu’on les savoure longuement tandis qu’ils ferment les yeux et écartent les cuisses pour nous laisser glisser un ou plusieurs doigts savonneux en eux, qu’on les apaise de caresses pendant qu’ils éjaculent dans l’eau et regardent les gouttes de leur plaisir se mêler à la mousse de surface qui peu à peu finit de se diluer. Car ces voluptueux là, bien sûr, s’attardent dans la baignoire jusqu’à ce que leur peau frise.
Il est des salles de bains austères, réduites au minimum : une savonnette, un shampoing. Souvent le flacon est presque vide, retourné sur son bouchon pour récupérer les ultimes gouttes. C’est une pièce à tout faire, sauf l’amour, un bazar incroyable : litière du chat, bâtons de ski, emballages d’ordinateurs, magazines périmés… où surnage parfois, insolite, la fragrance d’une eau de toilette de marque, seul luxe de cette virile frugalité. Ces hommes là ne vous tendent pas au sortir de la douche une serviette propre soigneusement sortie d’une pile impeccable. Depuis la cuisine, ils vous crient de prendre la leur, ou leur peignoir, « oui, le bleu, celui qui est suspendue à la porte… » Et de vous vautrer dans l’étoffe qui a touché leur dos, leur ventre, leur sexe et leurs fesses tandis que vous-même frottez votre dos, votre ventre, votre sexe et vos fesses, c’est comme si vous mêliez vos deux intimités, pénétriez un fragment inconnu de leur vie, celle qu’ils mènent lorsque vous partez.

Et puis il y a parfois au–dessus de la baignoire un fil, sur lequel sèche une robe de fillette ou un tee-shirt taille 12 ans. Ces salles de bains là parlent de la solitude des pères divorcés qui d’un week-end à l’autre, d’une vacance à l’autre, s’essaient à être de bons pères, des pères- mères câlins, sévères, ils ne savent plus trop. Cette solitude que ne comble aucun plaisir de femme, aucun nouvel amour.
Depuis longtemps ils savent que ceux-ci peuvent exploser en vol comme une bulle de savon, laissant le père esseulé collectionner le moindre dessin d’enfant et pleurer parfois en sortant de la machine à laver le tee-shirt taille 12 ans. Pleurer, seul, dans sa salle de bains.