"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
Oh le beau discours qu’il a fait le Nicolas ! Avec des mots qui touchent : démocratie irréprochable, bonnes intentions à l’égard de tous, de l’émotion là où il fallait dans la voix et le regard presque mouillé… Je ne sais pas qui lui a rédigé le texte ni qui lui a appris à le jouer, mais c’est de la belle ouvrage !
Je n’ai pas vérifié si Erik Orsenna, qui a troussé tant de beaux discours pour Mitterrand, est dans le staff de Ségolène. Si oui il a intérêt à lui ciseler d’aussi beaux discours qui prennent les foules aux tripes. Et elle, elle a intérêt à apprendre à les dire avec naturel, à y introduire la sensualité et l’humour qui lui font si cruellement défaut, à renoncer à son insupportable diction de pasteur évangéliste si elle veut gagner le cœur des électeurs.
On me dira qu’on ne doit pas voter sur de l’émotion mais sur un programme. Certes, certes, mais dans une élection aussi personnalisée que la présidentielle, même si je le déplore, ce qu’on appelle le charisme, la capacité à faire vibrer le public compte autant sinon plus que le programme…
Tout simplement parce que les gens savent aussi, intuitivement, que ce qu’on leur raconte est du pipeau. Il en a dit de belles choses, le Nicolas, mais à chaque phrase, je me disais « Pourquoi depuis douze ans n’a-t-il pas fait le dixième de ce qu’il promet aujourd’hui ? Parce qu’il n’était pas président ? OK, mais pourquoi est-il resté dans ce gouvernement si contraire à ce qu’il prétend vouloir faire ?
De toute façons, nous savons bien que dire « nous reviendrons au plein emploi » est une phrase creuse quand on ne cesse de vouloir « moins de fonctionnaires » (seul secteur où l’Etat peut embaucher) et que le libéralisme se refuse à obliger les entreprises à embaucher ou à les empêcher de licencier. Nicolas a dit : « Des entreprises qui peuvent licencier facilement embaucheront facilement. » C’est faux : si elles licencient, ce n’est pas pour embaucher en France. Nicolas a dit : « Je ne veux pas protéger les emplois (tiens donc !), je veux protéger les gens, sécuriser le parcours professionnel. » En clair, ça veut dire qu’un travailleur licencié ne sera pas
Bref, un beau discours creux, un spectacle étonnant. Le héros du jour était dans un état pré orgasmique. Ce soir, il a intérêt à prendre une tisane pour s’endormir, bourré d’adrénaline et d’endorphines comme il est. C’est aphrodisiaque, le pouvoir, mais ça ne calme pas comme l’amour.
J’ai repris mon vélo et suis descendue Porte de Versailles, juste pour la sortie du congrès UMP. Une foule, plein de flics, des vieux agrippés à leur drapeau trop lourd pour eux, des dames bien mises et des jeunes bien propres. Sur l’escalier roulant, j’ai écouté, espérant avoir des commentaires sur le dieu du stade. Un monsieur a dit : « Ca va, il n’est que 16h, on va avoir le car tranquille » Une dame s’est tournée vers une autre : « J’espère que t’as apporté une bonne bouteille, parce que j’ai soif. » L’autre, désappointée : « Quand je pense qu’à l’intérieur, ils sont en train de boire le champagne.. » La vie reprenait, champagne pour les uns, retour en car pour les autres… Chacun a payé dix euros pour venir, la fête de Nicolas a coûté plus de 3,5 millions et demi d’euros. Ca fait cher pour l’orgasme d’un seul homme.
