Depuis des années, je suis avec une attention amusée quelques hommes que par ailleurs j’aime beaucoup . Des amis tendres au long cours. À intervalles irréguliers ils m’appellent pour m’annoncer qu’ils sont amoureux. D’une femme géniale, belle, sensuelle, et qui les comble. Celle qu’ils attendaient depuis toujours… Ils me racontent la rencontre, comment ils l’ont séduite ou se sont laissés séduire. « Cette fois ci, c’est la bonne, j’en suis sûr ! »
Passent les jours et les semaines, je n’en ai plus de nouvelles. Ils nidifient dans leur amour, peut-être même ont-ils procréé. Souvent, dans leur enthousiasme ils me disent : « Elle me donne envie de lui faire un enfant ».
Puis un beau jour, le téléphone sonne enfin, je reconnais leur voix, les taquine sur leur silence : « Tien s, un revenant », demande des nouvelles de leur amour : « Génial, un rêve, je suis heureux, tu ne peux pas savoir… » Je leur fais remarquer que si, je sais aussi ce que c’est d’être amoureuse, et demande comment va ….. (prénom de l’heureuse élue), pour m’entendre répondre après quelques secondes d’hésitation : « Ah mais non, elle c’est fini depuis…un mois, deux mois, six mois/ rayer les mentions inutiles. C’est d’une autre qu’il s’agit. D’un nouvel amour tout aussi éternel. En attendant le suivant.
Ces hommes si follement épris ne le sont pas longtemps. Tout comme arrive un jour où « le vilain mari tue le Prince charmant » comme chantait Claude Nougaro qui imaginait que seules les femmes rêvent de contes de fées, certains hommes aussi détestent et fuient l’instant où la princesse adulée devient simplement femme.
Est-ce d'ailleurs la femme qu'ils aiment, ou l'Amour, l'idée d'être amoureux, l'envie de cet état d'exaltation si particulier?