"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
J’ai retrouvé des photos d’un camarade de classe très cher, perdu de vue, retrouvé dix ans après le lycée, puis rencontré de loin en loin,
Mon doigt hésitait sur le téléphone. Crainte que ça ne réponde pas, ou qu’une voix chevrotante m’annonce que l’autre parent n’existait plus. Au bout du fil, la voix fraîche de madame M*** m’a répondu, reconnue dès que j’ai dit mon nom de jeune fille. J’ai eu l’impression d’entrer chez elle, de sentir un parfum de cire et de pommes, cette odeur si quiète des maisons anciennes bien entretenues. J’imaginais les tableaux au mur, les livres par centaines sur des rayonnages… Nous avons parlé de la Vendée qu’elle et son mari affectionnent, de leur projet de « monter » à Paris bientôt, des trois filles de mon ami devenues aussi artistes que leur père dont j’ai plusieurs tableaux chez moi.
En pensant à mon propre plaisir à feuilleter des albums où posent mes parents avant que je naisse, jeunes parents aventureux descendant le fleuve Congo sur une pirogue ou fêtant le Nouvel an avec le Dr Schweitzer, je lui ai demandé si les filles de mon ami aimeraient découvrir leur père sur mes photos quand il avait leur âge, 18 ans, 20 ans…. Un père inconnu pour elles puisqu’il avait plus de 35 ans à la naissance de l’aînée.
Nous avons bavardé près d’une demi-heure. Conversation entre parenthèses du monde qui m’évoquait les givres sur les cerisiers de leur jardin, l’humour du père face aux frasques de son fils quand il était lycéen, nos discussions essentielles et futiles autour de l’étymologie d’un mot ou de l’absurde selon Camus, de la pêche au gros ou des meilleurs crus d’huîtres, on ne plaisante pas avec ces choses là sur le littoral ouest.
C’était bon comme une douche mentale qui m’aurait débarrassée de tous les miasmes agressifs. En raccrochant, j’ai eu l’impression d’avoir fait un voyage dans le temps heureux de l’insouciance, celui où l’on était invincible, protégé par le rempart de la génération précédente contre laquelle on pestait évidemment, mais dont on profitait
Allez voir ces vieux tant qu’il en reste, ces vieux costauds et rigolards qui lèvent leur verre avec entrain, ces vieux qui ont connu la crise de 29, la guerre de 40, celle d’Algérie et bien d’autres secousses et regardent avec un certain détachement nos angoisses contemporaines. Chez eux ça sent des odeurs en voie de disparition, l’odeur de la cuisine au beurre, du tabac miellé des pipes chaudes et de la vieille prune de derrière les fagots, odeurs de péché mortel qui ont pourtant fait les centenaires d’aujourd’hui. (selon une très sérieuse étude sur les centenaires que j'avais chroniquée il y a quelques années, leur seul point commun est la consommation quotidienne d'un petit verre de porto)
