"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
« J’ai déjeuné avec un vieux pote, me raconte un ami. Il avait une mine resplendissante, je lui ai demandé s’il était amoureux. » « Pas du tout, au contraire, tu ne peux pas savoir comme je suis heureux, j’ai enfin la paix du pantalon. - La paix du pantalon ? Tu veux dire que… tu ne peux plus ? – Si, si , je peux toujours et ça me fait toujours autant plaisir, mais ce n’est plus une obsession ! » Et le pantalon pacifié d’expliquer : « Depuis trente ans, je suis comme tous les mecs, obsédé à l’idée de séduire, pas forcément consommer mais plaire, et bander parce que je plais. Croiser les yeux d’une fille et que ce regard me fasse bander, avoir envie d’en aborder une autre et que cette seule pensée me fasse bander, me réveiller le matin en me demandant si ma secrétaire aura mis sa jupe ras le bonbon qui me fait… - bander ? –Tout juste. Et voilà qu’enfin je suis libéré de cette obsession et de toutes les questions qui vont avec : suis-je beau ? Est-ce que je vieillis ? Ce mec en a-t-il une plus grosse que la mienne ? Et tu sais quoi ? C’est fou le nombre de choses passionnantes que j’ai le temps de faire depuis que je ne pense pas qu’à mon sexe. (il n’a pas dit sexe, il a dit autre chose mais on va encore me reprocher mon langage cru.) Qu’est-ce qu’on se gâche la vie avec cette obsession ! J’ai l’impression d’être un alcoolique enfin capable de boire sans être dépendant ! »
Je vois très bien ce que veut dire cet homme. Au cours de mes pérégrinations, combien de fois ai-je été fascinée de voir des hommes apparemment intelligents perdre leurs moyens juste parce que je les excitais. J’en ai joué. Pour pas un centime, ni pour une liaison, rien d’intéressé. Juste pour constater l’effet de ma main entre les jambes d’un homme. Lui raconter quelques anecdotes excitantes et d’un coup d’œil apprécier son deux-pièces avec poutre apparente. En jouer parfois, comme avec cet universitaire un tantinet imbu de lui-même qui m’avait avertie avant une interview : « J’ai une demi-heure, après je donne un cours particulier. » Vingt deux minutes m’avaient suffi pour l’entretien, puis cinq minutes pour le mettre en érection, une minute pour délivrer sa bite de son habitacle trop étroit, puis je m’étais levée : « Merci infiniment, au revoir. » Il gémissait, me tutoyant soudain (incroyable ce que le fait de bander rend un homme familier) « Tu ne peux pas me laisser comme ça, tu ne peux pas. » « Mais si, je peux, vous savez bien que vous avez un cours, votre élève ne devrait pas tarder. » Une autre fois, relisant au téléphone une ITV à un professeur- la libido du corps enseignant est assez vive, j’ai déjà dit dans ce blog tout le bien que je pense de la fonction publique en la matière - j’enchaînai après l’article ô combien sérieux avec quelques propos coquins qui ne tardèrent pas à faire soupirer, haleter, puis gémir et enfin jouir ce sympathique professeur que je félicitai pour sa vitalité.
Mort de rire à ces récits, mon cher et tendre m’avoue qu’il est exactement pareil, totalement excité à l’idée de séduire et reconnaissant à toute femme qui le fait bander, qu’il concrétise ou non ensuite. « En somme, votre bite compte, plus que la femme en face. » Il a ri : « Tout à fait, mais si tu écris ça dans ton blog, tous les mecs vont m’en vouloir d’avoir vendu la mèche. » « Pas sûr, le rassuré-je. C’est parce que je le savais que j’ai pu aimer les hommes pour ce qu’ils sont, sans me raconter d’histoires, et sans être obsédée par l’angoisse de leur plaire. Dois-je appeler cela la paix de la petite culotte ? »
dessin offert par l'Amante poivrée
En sortant de l’immeuble, les yeux de Lola se posent sur le mur d’en face, un mur tout délabré qui masque un chantier de démolition. En lettres rouge sang, quelqu’un a écrit : « tout homme vient au monde une valise dans chaque main. Dans l’une il y a sa mère, dans l’autre il y a sa bite. » Elle a envie de comprendre comment ils font pour vivre avec cette verge indomptable qui bande sans prévenir et refuse de le faire lorsque l’homme, là-haut, niveau cerveau, aimerait tant assurer avec la fierté d’un infaillible étalon. Elle veut savoir pourquoi ils mettent tant de fierté dans ces quelques centimètres. Sexe et/ou sentiments, sexe et violence, sexe et pornographie, sexe et pouvoir. Que des faux débats, d’obsessionnels tabous qui masquent la crainte révérencielle de l’être humain devant le désir…(« Ce qui trouble Lola »)